LE TACLE

12 septembre 2011

RÉVÉRENCE...

Cher(e)s ami(e)s et internautes assidu(e)s, LE TACLE aura parcouru une infime partie du chemin sur lequel il s'était engagé. L'administrateur modestement satisfait, vous remercie pour votre participation, à bientôt...peut-être...sûrement...ailleurs...

Un fuerte abrazo a tod@s,

¡Hasta la vista Compañer@s!

E.G.

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LIBYE : LES LIBYENS NOUS DEMANDENT : "QU'AVONS-NOUS FAIT DE MAL ?"

De retour de Libye, où elle s'est rendue en juillet avec Michel Collon, Ilse Grieten a répondu aux questions d'Intal. Cette ONG a lancé la campagne « F-16 hors de Libye », qui vise faire sortir la Belgique de la coalition en guerre contre la Libye.

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Intal : Pourquoi es-tu allée en Libye ?

Ilse : En 2002, je suis allée en Irak avec une mission internationale. C’était la période pendant laquelle la guerre contre l’Irak était en pleins préparatifs, avec la diabolisation de Sadam Hussein et le récit touchant les armes de destruction massive, visant à ce que chacun soit prêt à participer à la guerre. Par après, j’ai eu très mal au cœur quand j’ai vu que tout avait été bombardé de fond en comble. Maintenant que nous voilà plus de 8 ans plus tard, ils y sont encore.

Pouvons-nous comparer la Libye à l’Irak ?

Quand la guerre en Libye a commencé, j’étais aussi très fâchée. Quand j’ai regardé les messages transmis par les medias et que j’ai vu la vitesse à laquelle les décisions étaient prises, j’étais littéralement malade de colère, furieuse et incrédule devant le fait que notre pays agisse ainsi, un petit pays qui ne sait déjà pas se gérer lui-même. De plus, le Parlement tout entier a soutenu la décision. Les verts y compris ! Comme si nous devions d’urgence aller sauver des citoyens avec nos F-16 ? Y a-t-il quelque chose de plus absurde ?

Une fois de plus, on pointe un leader qu’on diabolise pour justifier la guerre. S' il s’agissait de Kadhafi, ils auraient pu tout simplement le faire inviter par Berlusconi ou Sarkozy et l’arrêter à ce moment-là. Aussi longtemps que quelqu’un sert nos intérêts, nous le soutenons pour notre propre profit. Son accord pour contenir le flot de réfugiés, les nombreux contrats avec des entreprises européennes, … La Libye est un pays qui mène sa propre course indépendante, sans dette extérieure, et c'est le seul pays qui peut en dire autant (1). Les Libyens ont une bonne économie (avec un taux de croissance économique de 7 %), et ce n’est pas un hasard s’ils ont aussi du pétrole.

2Une fois que vous étiez en Libye, qu’est-ce qui vous a le plus frappée ?
Peut-être trois choses.
A Tripoli, on ne percevait pas de climat de guerre. Les gens n’étaient ni hostiles ni méfiants les uns envers les autres. On avait le sentiment que la vie se déroulait comme d’habitude, tous les magasins étaient ouverts, les familles étaient à la plage, … Il y avait bien des pénuries d’essence aux stations de distribution, avec de longues files pour conséquence. Tout était calme, vous n’aviez pas l’impression qu’à tout instant une bombe pouvait tomber sur votre toit.

Ce à quoi je ne m’étais pas du tout attendue, c’est à la composition de la population. Celle-ci est très mélangée et l’on voit que les Libyens de toutes couleurs vivent ensemble tout simplement, sans distinction. En plus de ça, il y a presque autant de migrants africains provenant des pays voisins qui vivent et travaillent là depuis des années, et semblent complètement intégrés dans le paysage.

Tertio, et c’était ce qu’il y avait de plus important et de plus surprenant à Tripoli et partout où nous sommes allés dans l’ouest du pays, l’immense soutien de la population pour Kadhafi. Partout où vous allez, à toute heure du jour, des gens sillonnent les rues en klaxonnant et en agitant le drapeau vert libyen, avec des photos de Kadhafi, et criant :“Allah, Muammar wa Libya, bus” (Dieu, Muammar et la Libye, c’est tout !).

Sur la Place Verte à Tripoli, le vendredi après la prière de midi, des heures durant il y avait une protestation massive contre3 l’attaque des forces de l’OTAN et en appui au gouvernement. Je ne peux pas dire combien de centaines de milliers ou combien de millions de personnes il y avait car je n’ai jamais vu une telle masse de gens. Toute la journée, sur toutes les places et dans toutes les rues régnait une sorte d’atmosphère de fête. Les gens voulaient tout le temps parler avec vous. Même quand nous nous promenions dans le souk, des personnes s’adressaient à nous spontanément : « Qu'avons-nous fait de mal ? Pourquoi nous avez-vous bombardés ? Nous n’avons fait de mal à personne. Dans ce pays, chacun est bienvenu et que faites-vous ? Pourquoi ? » Chacun était indigné et fâché, se demandant pourquoi nous (l’Occident) venions détruire leur pays. Ils n’épargnaient pas non plus leurs critiques à l’encontre des journalistes, qui font tout pour vendre la guerre et ne pas raconter la vérité.

Les grands rassemblements de masse ne sont-ils pas une propagande du gouvernement ?

De la propagande ? C’était très spontané et sincère, inspiré par un sentiment national. Il en émanait une force et une énergie énorme. Des milliers de personnes d’autres régions avaient voulu venir mais ils n’y étaient pas parvenus faute d’essence.

Ce que nous entendions ici dans les medias depuis le début était de la propagande et de la pure désinformation. Al Jazeera (chaîne du Qatar) a également joué un rôle important au cours des premiers jours. Ils ont lancé le récit de mercenaires africains loués par Kadhafi pour combattre les rebelles ou encore celui de la distribution de viagra que Kadhafi aurait faite à ses soldats pour qu’ils se livrent à des viols en masse. Donatella Rovera, d’Amnesty International, qui s’est livrée à une enquête en Libye pendant plusieurs mois, a écrit qu’il n’existait aucune preuve pour aucun des deux récits. Mais les actes sur le terrain ont bien fait de nombreuses victimes noires (des Libyens et des travailleurs migrants africains) qui avaient été exécutés d’une manière horrible (corps découpés en morceaux, cœurs arrachés en public, ….)

C’est tout de même hallucinant quand on sait que les États-Unis ont retiré la télévision libyenne du satellite de façon à n’offrir l’antenne qu’aux rebelles dans les medias de langue anglaise. (2)

4Avez-vous rencontré des journalistes ?

Oui, dans notre hôtel j’ai parlé à quelques-uns d’entre eux au petit-déjeuner : un journaliste du Monde et un du Nouvel Observateur. Quelques jours plus tard, nous étions invités à une cérémonie commémorative en l’honneur des victimes d’un bombardement à Sorman au cours duquel 13 personnes avaient été tuées parmi lesquelles 4 enfants. Toute la presse internationale était présente, mais les Français s’étaient tenus à l’écart de l’événement. Le samedi, nous avons lu en grand titre sur le site web du Nouvel Observateur : « De plus en plus de fusillades la nuit à Tripoli ». C’est étrange, tout de même, que ce soit ça leur conclusion. N’avaient-ils pas été étonnés de cette masse de gens le vendredi ? Ou bien avaient-ils eu peur de quitter leur hôtel ?

Vous-même n’aviez-vous pas eu peur ?

Ce n’était pas un problème. Nous allions à tout moment dans le souk de la vieille ville. Nous étions en route toute la journée et nous parcourions les rues jusqu’à minuit. C’était commode de pratiquer un peu l’arabe : cela ouvre des portes. Grâce à cela nous avons pu voir beaucoup de migrants des pays voisins et parler avec eux. Depuis des Algériens et des Marocains, jusqu’à des femmes nigériennes avec leurs petits étals de vente, des étudiants en médecine somaliens, des Camerounais, des vendeurs de vêtements soudanais, … Des gens qui vivaient en Libye depuis 24 ans parfois, dont les enfants étaient nés là. Tous étaient plein de louanges à l’égard de la Libye.

Explique-nous cela, car ici (en Belgique) la Libye est tout de même présentée comme un pays très répressif.

Tous nous ont raconté qu’ils vivaient bien, mieux que dans leur propre pays. Qu’ils n’avaient pas besoin de permis de séjour, qu’ils pouvaient tout simplement travailler ou commencer une petite affaire, sans payer de taxes. L’eau et l’électricité sont gratuits, leurs femmes pouvaient accoucher à l’hôpital sans payer un centime, etc. Là-bas, tous les enfants vont à l’école, et visiblement on y investit fortement dans l’enseignement. Il n’y a pas de chômeurs ni de mendiants ou de gens qui meurent de faim.

Quelques Camerounais faisaient une analyse plus détaillée. Ils disaient que leur pays était très riche en matières premières, mais que les gens étaient pauvres et sans travail. La jeunesse n’y a pas d’avenir. Ils étaient fâchés du sort réservé à l’Afrique et du rôle de la France en la matière. Plus d’une fois, nous avons entendu : « La Libye est la mère de l’Afrique » « Elle nous a donné davantage que les colonisateurs occidentaux nous ont jamais donné. » Pour eux, il est clair que le but est d’occuper la Libye. Casser complètement le pays et puis le partager et le dominer.

5
Un chef de tribu élu, représentant des 2.000 différentes tribus de Libye (la Libye est un pays basé sur le système tribal , ce qui est parfois cité comme leur forme de démocratie de base) insistait sur l’unité de la Libye. La Libye a toujours été pacifique , elle n’a attaqué aucun autre pays. Il mettait l’accent sur la nécessité de protéger les matières premières et la richesse au bénéfice des Libyens et de leur avenir.

Pourquoi alors y a-t-il une insurrection en Libye ? Que veulent réaliser les insurgés ?

Beaucoup de gens disaient : « Nos frères de Benghazi, je ne les comprends pas. Ils sont devenus fous. Ils prennent des armes et de l’argent, ils sèment la terreur, ils terrorisent les simples gens. Cela entraîne de grands afflux de réfugiés. » Nous avons entendu d’atroces récits de la bouche des réfugiés qui arrivaient à Tripoli, des récits vraiment atroces. (video skynews)

Nous avons aussi rendu visite à la famille d’un martyr dans le district d’Ajalat : Hicham, un jeune homme de 27 ans qui a été assassiné par des rebelles à Benghazi parce qu’on prétendait qu’il était un mercenaire de Kadhafi. Un jeune homme libyen mais … noir ! Al Jazeera a utilisé ce récit pour lancer le récit relatif aux mercenaires.

Un jeune Camerounais qui avait fui Benghazi disait des insurgés : ce sont des groupes armés qui veulent une prétendue démocratie, une démocratie imposée par l’Occident. Les Libyens eux-mêmes parlent de « nos frères qui se sont appelés eux-mêmes révolutionnaires ».

Ces prétendus révolutionnaires sont selon eux répartis en 3 groupes. Un petit groupe qui vivait en Occident au cours des 30 dernières années ; une partie d’entre eux ont des liens étroits avec la CIA. Un deuxième groupe composé de transfuges qui ont participé au pouvoir pendant des années et dont le peuple sait quelles fautes ils ont commises. Au cours des mois qui ont précédé l’insurrection, une enquête pour fraude a d’ailleurs été menée contre différents ministres. Et qu’avons-nous vu après les premiers bombardements de l’OTAN ? Le bâtiment où les dossiers étaient consignés avaient été bombardés. Peut-être cela faisait-il partie du motif qui les avait poussés à devenir transfuges ? Le troisième groupe est fait de gens qui ont tout simplement été abusés par les groupes d’Al Qaïda et/ou par l’Occident. Ces deux derniers ont depuis longtemps concocté des plans pour renverser le gouvernement de la Libye. Ils ont utilisé les révoltes arabes pour gagner à leur suite une partie de la population libyenne, quelque cchose qui en fait n’a pas réussi. C’est Al Qaïda et l’Occident qui depuis le premier jour ont veillé à ce qu’il y ait des armes.

Ces rebelles sont-ils actifs dans le pays tout entier ?

L’insurrection se situe surtout dans 4 villes. Si l’on additionne la population de ces villes, on atteint un total de 20% de la population totale. Dans ces villes, de nombreux habitants ont fui devant des actes de violence et de criminalité ou parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec les rebelles. Les rebelles n’ont en fait aucun programme, aucune structure et, surtout, ils sont très divisés. Comment vont-ils diriger le pays ? Ils veulent que Kadhafi s’en aille mais ça ne va pas beaucoup plus loin.

Nous avons vu comment ça se passe en Irak. Saddam a été éliminé depuis bientôt 8 ans et les Occidentaux sont encore là, ils n’ont pas l’intention de partir. Cela, les Libyens aussi l’ont compris.

Quand j’entends aujourd’hui que le Conseil National de Transition, à savoir : les rebelles, est reconnu comme le seul représentant de la Libye, je me pose de grosses questions. Qu’apporteront-ils comme démocratie ? On voit clairement qui tire les ficelles et que le Conseil National de Transition ne peut subsister qu’avec le soutien de l’OTAN.

Ils vendent leur propre pays. Rien comme droits humains, rien comme démocratie … la première victime est leur propre population. Une partie du pétrole national est déjà commercialisé par le Qatar, des milliards de dollars sont déjà accaparés – en parfaite illégalité – par les États-Unis et l ‘Union européenne. De telle sorte que ce sont les Libyens qui paieront leur guerre !

Si l’Europe veut du pétrole, alors ils doivent le négocier, ça me paraît logique. On ne se bombarde et on ne se force pas soi-même, sans quoi on perd tout. Pour ces gens-là, Kadhafi est considéré comme l’homme qui protège son pays contre le pillage néo-colonial.

Quelle est alors la solution selon vous ?

L’Union Africaine a déjà fait une proposition début avril en vue d’une solution politique. Le gouvernement de Kadhafi a6 immédiatement promis sa contribution à cette proposition. Selon eux, c’est la seule solution, une solution diplomatique grâce à des négociations.

La proposition de l’Union Africaine (53 pays d’Afrique) veut un cessez-le-feu avec une commission de contrôle internationale qui veille à son respect. Ensuite, la composition d’un gouvernement transitoire qui élabore une Constitution. Et là-dessus un vote par referendum, et tous les observateurs internationaux seront invités.

En attendant, presque tout le monde est d’accord sur le fait qu’il faut travailler plus sur cette proposition. Pendant les négociations portant sur cette proposition, le Conseil National de Transition n’a donné aucune réponse. Quelques-uns se sont montrés plutôt positifs mais le président ne pouvait prendre aucune décision. Un jour après, il est arrivé avec un NON. Cela montre qui tire les ficelles : l’Occident doit être d’abord consulté. Il est évident que l’Occident ne veut pas de solution diplomatique. L’OTAN est probablement favorable à une division de la Libye. Mais cela ne doit pas forcément réussir.

Ilse Grieten

Notes

(1) Liste_de_pays_par_dette_publique
(2) Entre-temps, l’OTAN a également bombardé la station de télévision libyenne : http://www.vancouversun.com

Article paru le 12 septembre 2011 sur InvestigAction : Les Libyens nous demandent : “Qu’avons-nous fait de mal ?”

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10 septembre 2011

LIBYE, OTAN, MÉDIAMENSONGES

Investig'Action

mediamensongesÀ paraitre


SATISFAIT ? Vous croyez que les médias vous ont bien informé sur la guerre en Libye ?
Ou bien vous pensez que « la première victime de la guerre, c’est la vérité » ?
La seconde étant les gens qui meurent sous des bombes pas forcément « humanitaires ».
Et si la troisième victime de la désinformation, c’était vous ? Que fait-on avec vos impôts ? Vous rend-on complice d’intérêts inavouables derrière chaque guerre ?
Ce Manuel de contre-propagande vous apprend à repérer et démasquer les prochains médiamensonges.

A paraitre le 16 septembre, mais vous pouvez le commander dès maintenant sur le site Investig'Action.

192 pages / 9 euros + frais de port
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04 septembre 2011

LIBYE : UN MASSACRE COLONIAL

Témoignage de Thierry Messan

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01 septembre 2011

LIBYE : "REBELLES" ET ABRUTIS ...

Avez-vous vu des imbéciles armés par la France se croyant à la fête foraine ?
Ils tirent à l'aveuglette sur n'importe quoi, en l'occurence sur une facade, d'autres idiots traversent le feu incontrôlé d'un abruti usant un fusil mitrailleur comme d'un tuyau d'arrosage, un autre demeuré ouvre le tir...sur rien...pour la photo et se fait presque sauter le caisson  endommageant le pickup sur lequel il pose, un autre se promène avec un lance-roquette et  part au front chaussé d'une paire de pompes "Nike" dernier cri et "chargé" de...sa sacoche ted lapidus en bandoulière...
Et pendant que ces "révolutionnaires" font leur révolution, qu'ils se filment et se photographient pour les TV du monde, les mercenaires occidentaux et islamistes fanatiques, payés par l'Otan et par la France, écument leur pays, tuent, pillent, détruisent...

Le réveil sera difficile...

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31 août 2011

LIBYE : LES FANATIQUES DE L'OTAN ET DE LA FRANCE

Nouveau slogan de la démocratie barbare de l'occident
" ALLAH AKBAR !" ( الله أَكْبَر)

"Dieu est le plus grand !" clament ces fanatiques islamistes à la solde de l'OTAN... Âmes sensibles ou pas sensibles, ne pas s'abstenir. La réalité crue et avec la bénédiction de Sarkozy et des parlementaires français...

fanatiques islamistes de l-otan

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28 août 2011

LIBYE: ENCRE ROUGE POUR RASSMUSSEN...

SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L'OTAN, PILLARD  ET ASSASSIN DU PEUPLE LIBYEN
AVEC SARKOZY PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

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TRISTE LIBERTÉ

nAZIM iKMET
Nazim Hikmet

FL

Tu gaspilles ton regard
Le travail chatoyant de tes mains,
Et tu pétris une pâte pour des pains par dizaines
Dont tu ne goûteras pas une bouchée ;
Tu es libre de trimer pour les autres –
Libre de rendre le riche encore plus riche.

Dès l’instant où tu nais
Ils plantent autour de toi
Des moulins qui broient des mensonges
Des mensonges qui te suivent une vie durant.
Tu continues à songer à ta liberté superbe
Le doigt sur la tempe
Libre d’avoir une conscience libre.

La tête penchée, comme à moitié coupée depuis la nuque,
Les bras allongés, ballants
Tu flânes, immensément libre
Tu es libre
Libre d’être au chômage.

Tu aimes ton pays
Comme la chose qui t’est la plus proche, la plus précieuse.
Mais un jour, par exemple,
Ils décident de l’adosser à l’Amérique,
Et toi aussi, avec ta liberté superbe –
Tu as la liberté de devenir une base aérienne.

Tu peux bien proclamer que l’on doit vivre
Non comme un outil, un numéro ou un chaînon
Mais comme un être humain –
Alors, d’un coup, ils menottent tes poings.
Tu es libre d’être arrêté, emprisonné
Et même pendu.

Pas le moindre rideau de fer, de bois
Ou de tulle
Dans ta vie ;
Nul besoin de choisir la liberté :
Tu es libre.
Mais cette sorte de liberté
Est chose triste sous les étoiles.

Nazim Hikmet

Source : armenian trends

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24 août 2011

BOLIVIE : DES RETROUVAILLES NÉCESSAIRES AVEC LA BOLIVIE, VICTOR MONTOYA

 L’écrivain bolivien nous confie que le Tio de la mine, personnage central de la mythologie andine et dieu tutélaire du ventre de la Pachamama, l’a toujours maintenu en contact avec sa terre, ses gens et sa culture.

emi
Interview réalisée par Émilie Beaudet

 

Víctor+MoVictor Montoya est né à La Paz en 1958, mais il a passé son enfance dans la ville minière de Llallagua-Siglo XX. En 1976, à cause de ses activités politiques, la dictature de Hugo Banzer le poursuit, le torture et l’emprisonne. C’est dans une cellule humide du Pénitencier National de San Pedro qu’il écrit clandestinement son œuvre « Grève et Répression ». En 1977, à la suite d’une campagne d’Amnesty International, il obtient sa libération et part en exil en Suède, où il vit depuis plus de trente ans.

A Stockholm, il suit des études de pédagogie à l’Ecole Supérieure des Professeurs. Il donne des cours de quechua, coordonne des projets culturels dans une bibliothèque et dirige des Ateliers de Littérature pour Enfants, dont le projet culmine avec la publication du livre « Contes de jeunes et d’enfants latino-américains en Suède », en 1985. Il se consacre actuellement au journalisme culturel et à la littérature.

Il y a peu, il était en Bolivie, dans le cadre de la Vème Rencontre d’Ecrivains Boliviens, à laquelle il a été invité par le Centre Culturel Simon Patiño de Cochabamba. Dans l’interview qui suit, où il aborde différents aspects de la réalité socio politique du pays, il nous commente aussi les impressions suscitées par son voyage de retour en Bolivie après plus de trente ans d’absence.

-Tu viens de rentrer de ton voyage en Bolivie. As-tu retrouvé le même pays qu’il y a trente ans ?

-En trente ans, beaucoup d’eau est passée sous les ponts. En réalité, la Bolivie que j’ai laissée n’est pas la même que celle que j’ai retrouvée. On remarque un changement pour plusieurs raisons. Par exemple, les campements miniers de Siglo XX et Catavi, qui il y a trente ans étaient en plein essor, je les ai retrouvés démantelés comme si sur eux s’était acharné le décret 21060, qui a « relocalisé » les travailleurs de la COMIBOL et a délaissé les campements qui aujourd’hui ressemblent à des ruines sur les versants des montagnes. De même, j’ai constaté que les couches sociales qui auparavant étaient rejetées, durant l’époque coloniale et les gouvernements miniers-féodaux de la république, font aujourd’hui partie du processus de « changement », qu’a mis en route le nouveau gouvernement, avec toutes ses erreurs, au cœur de son projet dénommé « révolution culturelle ». Ce qui est intéressant, c’est qu’on remarque un intérêt pour l’activité politique et une participation plus active des indigènes et des secteurs qui auparavant étaient exclus des appareils décisifs de l’Etat bolivien. Cependant, la pauvreté est toujours un mal endémique et la corruption semble être institutionnalisée, parce qu’elle est à l’ordre du jour et il semble à tous qu’elle fait partie de l’idiosyncrasie de l’homme bolivien et des structures d’une société hiérarchique, où l’autorité exercée par le pouvoir soudoie les plus nécessiteux. Evidemment il y a eu des changements, mais je pense qu’on doit intensifier les réformes de manière plus radicale si on veut vraiment forger un pays où tous auront les mêmes droits, les mêmes possibilités et responsabilités ; en partant du principe que tous les individus, sans distinction de sexe, de culture ou de race, ont droit à une scolarité gratuite, le droit à la santé, au travail, à un logement et à l’alimentation.

-Quels ont été les motifs et les circonstances de ton voyage ?

-Mon voyage en Bolivie était dû à une invitation que m’a envoyée le Centre Pédagogique et Culturel Simon I. Patiño, de la ville de Cochabamba, où j’ai participé à la Vème Rencontre des Ecrivains Boliviens. J’ai profité de cette invitation pour développer d’autres activités en rapport avec mon travail littéraire, comme par exemple devenir membre honorifique de l’Académie Bolivienne de Littérature Infantile et Juvénile, à La Paz, et pour promouvoir dans plusieurs villes et centres miniers mes livres « Contes de la mine » et « Le labyrinthe du péché », qui ont été réédités en Bolivie par les Editions Kipus.

-Tu as dit que ce voyage de retour s’était réalisé à un moment opportun. Peux-tu nous expliquer ?

-C’est vrai, je suis revenu dans ma condition d’écrivain à un moment où je me sentais mûr pour le faire, tant du point de vue émotionnel que professionnel. Quand je parle du « moment opportun », je ne fais pas référence à l’actuelle situation politique qui existe dans le pays, mais plutôt à un facteur de caractère personnel. Cela n’aurait pas été la même chose de revenir par mes propres moyens et de ma propre initiative, que d’être invité par une institution désireuse de promouvoir mon œuvre dans le contexte de la littérature nationale. Dans cette situation, je me sens « rapatrié » par une institution culturelle et non par le gouvernement. Je pense que le moment était opportun, parce que j’avais déjà très envie de partager mes expériences et mes connaissances avec les lecteurs boliviens, car je fais partie de cette pléiade d’écrivains latino-américains qui ont subi la persécution des dictatures militaires et ont été projetés dans la diaspora de l’exil, après être passés par les supplices infligés par les forces répressives de la tristement célèbre « Opération Condor ».

-Pourquoi attendre aussi longtemps ?

-Je n’ai pas attendu aussi longtemps. Simplement, dans mon cas, cela s’est fait ainsi. Si je ne suis pas revenu avant c’est pour plusieurs raisons ; d’une part, parce qu’il n’y avait pas d’opportunité idéale pour le faire et, d’autre part, parce que je me suis tellement habitué à la Suède que, comme les plantes, j’ai même commencé à m’y faire des racines. Maintenant que je suis revenu en Bolivie, qui est la terre qui m’a vu naitre et celle qui a formé ma personnalité et mon identité nationale, je peux chanter la chanson de Matilde Cazasola, qui dit : « De loin je reviens/ je t’ai déjà dans mon regard/ je contemple déjà dans ton infini/ les montagnes chères à mon souvenir/ … Je ne peux m’expliquer/ avec quelles chaines tu m’attaches/ avec quelles herbes tu me captives/ douce terre bolivienne… » De sorte qu’avec les chaines qui m’attachent maintenant à la Pachamama, je n’ai pas d’autre issue que de retourner vers ses montagnes encore et encore.

-Qu’est-ce qui te manque le plus de la Bolivie dans ton pays d’adoption ? Qu’est-ce que tu étais le plus heureux de retrouver ?

-En Suède, où la géographie et la démographie sont très différentes de celles de Bolivie, j’ai toujours vécu avec le regret de mes gens et de ma culture, parce que je n’ai jamais cessé de me sentir bolivien là où j’étais. Plus encore, j’ai toujours dit que j’avais une Bolivie portable, qui m’accompagnait partout où allaient mes pas. Et là où je faisais une halte, j’ouvrais ma valise, dans laquelle se trouvait ma Bolivie portable, et de l’intérieur s’échappaient les mille visages de ma terre, la symphonie de voix multilingues, les sons musicaux et, à côté de toutes les couleurs, odeurs et saveurs, mes chuños (pommes de terre déshydratées et séchées), mes charques (viande séchée), mes feuilles de coca, mes bouteilles de Singani et même un Tio de la mine qui m’accompagnait jour et nuit.

-Quel regard portes-tu sur la situation actuelle en Bolivie ? Quelles sont les évolutions les plus importantes ?

-Comme je te l’ai déjà dit : le changement le plus remarquable est l’inclusion des secteurs les plus marginaux de la société à la vie de l’Etat bolivien. Je crois que, pour la première fois depuis plus de cinq cent ans de colonisation, on a vu que les nations originales, à travers leurs représentants, font entendre leur voix à tous les niveaux de la vie politique, économique et culturelle de la nation. Cela me semble être l’une des évolutions ou avancées les plus significatives du gouvernement actuel. Le fait d’avoir concédé l’un des droits les plus élémentaires à ceux qui depuis des siècles attendaient leur tour dans la queue de l’histoire. La lutte ouverte contre la discrimination sociale et le racisme me semble l’une des autres avancées. Pourtant, pour en finir une fois pour toute avec ce mal de tous les temps, il sera nécessaire de structurer une société plus équitable et moins compétitive. C’est-à-dire, une société où on en finisse avec la grande propriété privée et où les moyens de production, comme l’administration des ressources naturelles, soient entre les mains des travailleurs eux-mêmes.

-Une réédition de ton livre « Contes de la mine » vient d’être publiée là-bas. As-tu d’autres projets en Bolivie ?

-Effectivement, on a réédité les « Contes de la mine », mais aussi mon roman « Le labyrinthe du péché». Maintenant il y a une possibilité pour que les Editions Kipus publient le reste de mes livres pour une distribution au niveau national, car j’ai la sensation que mon œuvre est encore inconnue de la majorité des lecteurs, dû au fait que les institutions culturelles de l’Etat ne stimulent pas le travail des écrivains boliviens et que les éditeurs ne font pas ce qu’il faut pour faire connaitre l’œuvre des auteurs nationaux. J’espère, sincèrement, que les autorités concernées du Ministère de l’Education et de la Culture consacreront plus d’attention et de budget au développement de l’éducation et de la culture, parce que ce sont les deux piliers sur lesquels se fonde l’avenir d’une nation, car une nation sans éducation ni culture court le risque de perdre sa mémoire historique et court le risque de finir dans l’oubli.

-Chez toi, en Suède, tu vis avec un personnage un peu spécial, le Tio. Est-ce que c’est cette relation avec lui qui t’a permis de rester en contact permanent avec ta terre et sa culture ?

-Le Tio de la mine, sans aucun doute, m’a maintenu en contact permanent avec la réalité bolivienne. Ce personnage de la mythologie andine, qui a la propriété d’être dieu et démon en même temps, est très lié au plus profond et tellurique des mines, où les travailleurs du sous-sol lui rendent hommage en lui offrant des feuilles de coca, des cigarettes et de l’eau de vie. Chez moi j’ai une statuette du Tio et avec lui j’ai des conversations et des discussions concernant la réalité de Bolivie et les boliviens. Il me permet de respirer la tradition la plus authentique des cultures originales et me permet de comprendre que je suis fait de la terre nationale. Et, tout comme il fait partie du syncrétisme religieux entre le catholicisme occidental et le paganisme ancestral, il est un personnage qui possède un grand savoir et développe un grand sens de l’humour. Avec lui je m’amuse beaucoup et, comme si cela ne suffisait pas, c’est lui le personnage central de l’une des facettes les plus significatives de ma création littéraire. Le Tio de la mine, qui selon la cosmovision andine est le maître absolu des richesses minérales et le maître des mineurs, est le meilleur lien que j’ai avec ma terre et ma culture.

Emilie Beaudet

Source : "Interview à Victor Montoya"
Publié le 24 août 2011

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