LE TACLE

LA CONSCIENCE VAUT MILLE TÉMOINS

10 novembre 2009

BERLIN, BILIN, NILIN : CES ONZE MURS MURANT LE MONDE QUI RENDENT LE MONDE MURMURANT

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Ayman El Kayman

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Le Mur de Berlin, la « barrière de protection antifasciste » qui était censée protéger le paradis socialiste de l’enfer capitaliste, rasé à Berlin même, se réincarne (ou plutôt se réinbétonne) aux quatre coins de la planète :

- En Palestine, où il est censé protéger « l’Unique Démocratie du Moyen-Orient » du « terrorisme » indigène

- Aux USA, le long du Rio Grande, où il est censé protéger la « bonne Amérique » de l’invasion latina

- À Ceuta et Melilla, où il est censé protéger l’Europe riche de l’invasion des Nègres affamés.

- Au Sahara occidental, où il est censé protéger l’occupant marocain des attaques menées par les indigènes, chassés par l’occupation en Algérie

- Au Pakistan, pour protéger le « pays des purs » des méchants Talibans

- Au Cachemire occupé par l’Inde, pour le protéger des « méchants-terroristes-cachemiris-manipulés-par-le-Pakistan »

- À Chypre, où il est censé éviter aux serviettes grecques de se mélanger avec les torchons turcs

- En Corée, où il est censé protéger le Sud démocratique du Nord totalitaire

- En Arabie saoudite, où il est censé protéger les pétro-princes des pouilleux yéménites

- À Bagdad, où il est censé protéger les « bons Chiites » des « mauvais Sunnites »

- À Belfast, où il est censé éviter aux bons et loyaux sujets protestants de Sa Majesté de se friter avec les papistes républicains

Cela fait onze murs à abattre, onze chaînes de dominos à faire basculer. De toute urgence. Du boulot en perspective pour Angela, Nicolas, Lech, Mikhaïl, Hillary et Barack.

À Nilin, ils ont déjà commencé les travaux de démolition :

« Marquant le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin, les Palestiniens ont démoli ce vendredi dans le village cisjordanien de Ni’lin, un pan de mur construit par Israël. Lors de la manifestation hebdomadaire contre le mur, qui traverse le centre du village situé dans la région de Ramallah et isole les habitants de 60% de leurs terres agricoles, quelque 300 manifestants ont méthodiquement démantelé une section en béton avant que les forces israéliennes n’ouvrent le feu. Ils ont brûlé des pneus et abattu une dalle de béton de huit mètres de haut en s’aidant d’un vérin mécanique pour voiture. «Il y a vingt ans, personne n’imaginait que la monstruosité d’un Berlin divisé en deux pourrait jamais être abattue, mais il n’a fallu que deux jours pour le faire», a déclaré Muhib Hawaja, un des manifestants, au journal israélien Yedioth Aharonot. «Aujourd’hui, nous avons prouvé que nous aussi pouvions l’imposer, ici et maintenant. Ce sont nos terres au-delà de ce mur, et nous n’avons pas l’intention d’accepter son existence. Nous triompherons car la justice est de notre côté.» (Ma’an News Agency/ info-palestine.net, 7 novembre 2009).

Ayman El Kayman, délégué général du SMDM (Syndicat mondial des démolisseurs de murs)

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Je suis berlinois

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Source : "
Berni, Bilin, Nilin..."
Article publié le 10 novembre 2009
URL de cet article sur Coup de dent d'Ayman El Kayman :
http://kayman-coupsdedent.blogspot.com/2009/11/n118-berlin-bilin-nilin-ces-onze-murs.html

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09 novembre 2009

HONDURAS : L'ACCORD DE FAÇADE DES PUTSCHISTES

Manuel Zelaya demande des comptes aux USA
alors que les putschistes refusent d’appliquer l’accord

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Auteur : Sébastien MADAU

Voici une semaine que l’accord prévoyant la restitution du président Manuel Zelaya au pouvoir a été signé et toujours aucun changement à l’horizon. Manuel Zelaya est toujours réfugié dans l’ambassade du Brésil de la capitale hondurienne Tegucigalpa depuis le 21 septembre et ce alors que la période prévue par l’accord pour sa réinstallation est arrivée à échéance hier (5 novembre).

Alors que l’accord stipule dans son article 5, le rétablissement des organes du pouvoir exécutif tels qu’ils étaient avant le coup d’état du 28 juin, les putschistes estiment que la décision finale revient uniquement au Congrès.

Détail qui a son importance : c’est le Congrès lui-même qui avait avalisé la « destitution » de Manuel Zelaya et installé Roberto Micheletti.

Surenchère dans le camp du gouvernement putschiste

Pis, le gouvernement putschiste a écrit une lettre enflammée à José Miguel Insulza, secrétaire général de l’Organisation des États Américains (OEA) dans laquelle il lui « manifeste (sa) profonde inquiétude » après qu’il a déclaré à une radio chilienne que « l’unique sortie pacifique est le rétablissement du président Zelaya pour le peu de temps qu’il lui reste à la Présidence ».

De leur côté, les putschistes ne reculent devant rien. Alors qu’ils ont traîné des pieds durant des mois avant de signer quelque accord, les voilà en train de revendiquer la direction du futur gouvernement d’unité nationale qu’annonce l’accord signé vendredi dernier.

Dans un courrier envoyé au président Zelaya (voir l'édition), les auteurs du coup d’Etat semblent s’arroger le droit d’imposer les conditions de création de ce gouvernement en demandant une liste de 10 personnes au sein de laquelle une sélection sera faite. Manuel Zelaya a qualifié cette attitude « d’agression ».

Un courrier à Hillary Clinton

Devant cette confusion générale, Manuel Zelaya a adressé un courrier à la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton pour lui demander « si la position de votre pays a été modifiée ou changée au sujet de la condamnation du coup d'Etat ». Cette remarque intervient après l’intervention dans les médias du diplomate américain Thomas Shannon présent lors de la signature de l’accord qui avait estimé que le texte était déjà en vigueur (alors que Manuel Zelaya n’est toujours pas revenu au pouvoir !) et qu’il fallait désormais se concentrer sur les élections du 29 novembre prochain. Une éventualité toujours écartée par la résistance qui estime que le préalable doit être le rétablissement de Manuel Zelaya.

Les USA accusés de dévoyer l’accord

C’est dans cet esprit que Patricia Rodas, la chancelière du Honduras a accusé, depuis le Nicaragua, les USA de vouloir trahir l’accord alors qu’ils ont promis aux Honduriens la restitution du « président constitutionnel et qui d’un autre côté veulent maintenant des élections. Il ne va pas y avoir d’élections au Honduras, pas de légalité, ni de reconnaissance s’il n’y a pas de restitution ».

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Source : l’Auteur
Article publié le 6 novembre sur
la Marseillaise (sud-est) P.40

HONDURAS : CE QUI RETARDE LE RETOUR DE MANUEL ZELAYA AU POUVOIR

Le Congrès refuse d’entériner le retour de Manuel Zelaya
tant que la Cour Suprême ne se prononce pas.

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Auteur : Sébastien MADAU

Peut-être trop beau pour être vrai. D’un autre côté, la situation était tellement bloquée depuis l’expulsion du président Manuel Zelaya du Honduras le 28 juin dernier, que la signature de l’Accord Tegucigalpa/San José vendredi dernier par les deux parties, poussait à l’optimisme quant au retour à l’ordre constitutionnel. Depuis vendredi, le mouvement de résistance au coup d’Etat se félicitait de la signature de l’accord tout en appelant à la prudence. Sa vigilance n’était pas superflue.

Les putschistes emmenés par Roberto Micheletti ne veulent plus se porter garants d’une des clauses de l’accord : la décision du Congrès qui doit décider le retour de Manuel Zelaya. Et ce en estimant que la restitution ne va pas de soi.

Mais désormais, c’est le Congrès qui renvoie lui aussi la balle dans le camp de la Cour Suprême. Pendant ce temps, Manuel Zelaya est toujours réfugié à l’ambassade du Brésil dans la capitale hondurienne.

L’exécutif du Congrès réuni ce mardi (3 novembre) pendant deux heures n’a pas consulté les députés présents et a donc décidé de solliciter la Cour Suprême pour qu’elle donne son avis. Et d’assurer que cet avis serait pris en compte lors de la décision finale du Congrès.

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Une manifestation des partisans de Manuel Zelaya

Elvia Argentina Valle et Carolina Echeverria, députées du Parti Libéral soutenant Manuel Zelaya, ainsi que les députés du parti « Unification démocratique » (communistes, anticapitalistes) ont qualifié cette décision de « manœuvre dilatoire » de la part des putschistes.

José Miguel Insulza, le secrétaire général de l’Organisation des Etats Américains a demandé au Congrès qu’il « cesse de faire de la rhétorique » et qu’il installe, comme prévu dans l’accord, un gouvernement d’unité nationale avec Manuel Zelaya à sa tête. Et d’insister sur la responsabilité du Congrès, « car c’est lui, le 28 juin, qui a pris la décision de nommer Monsieur Micheletti ».

C’est sûr que dans ce dossier, le Parlement a été plus prompt à nommer le représentant des putschistes qu’à restituer l’ordre constitutionnel…

Quand Micheletti fait écrire une lettre à Zelaya

En revanche, un des points de l’accord est en train de se mettre en place puisque mardi s’est réunie pour la première fois la Commission visant justement à superviser son accomplissement.

Cette commission est composée de l’ancien président du Chili Ricardo Lagos Escobar, la secrétaire du travail des Etats-Unis Hilda Solís, le secrétaire aux affaires politiques de l’OEA Víctor Rico ainsi que Jorge Arturo Reina et Arturo Corrales représentants respectifs de Manuel Zelaya et Roberto Micheletti. La délégation aura notamment pour mission de faciliter la création du nouveau gouvernement auquel participeront des organisations de la société civile mais aussi l’exécutif qui était en place avant l’expulsion de Manuel Zelaya.

Sur ce point, Roberto Micheletti a fait adresser par un de ses « ministres » un courrier à Manuel Zelaya dans lequel il lui demande de lui remettre « une liste de dix citoyens (…) pour, parmi eux, procéder au choix des serviteurs publics qui à partir du 6 novembre auront à intégrer le Gouvernement d’unité et de réconciliation nationale ».

L’armée refuse d’être « le bouc-émissaire »

Au-delà des négociations sur la mise en œuvre de l’accord, Roberto Micheletti risque d’avoir à affronter à présent les réactions de l’Etat-major de l’armée. En effet, c’est elle qui avait expulsé Manuel Zelaya vers le Costa-Rica. Jusque-là, les putschistes « politiques » ne s’en étaient jamais plaints. Or, Roberto Micheletti vient d’affirmer que les auteurs de l’expulsion devaient être poursuivis !

Et comme Roberto Micheletti a signé dans l’accord l’impossibilité de recourir à l’amnistie, le chef d’Etat-major, le Général Romeo Vazquez, qui s’est toujours dit fidèle à Roberto Micheletti, se retrouve en première ligne.

« Une chose est claire » a-t-on lâché dans la hiérarchie militaire, « l’armée a accompli une mission le 28 juin. Quelqu’un nous a donné l’ordre et nous l’avons accompli. Notre intervention s’est arrêtée à ce moment. Ni le Général ni personne d’entre nous n’a participé ensuite au nouveau Gouvernement (…). Ce serait injuste que les politiques se mettent maintenant d’accord et que nous devenions les boucs-émissaires ». Les gradés ne sont visiblement pas prêts à payer seuls les accusations d’atteintes aux droits de l’homme de ces quatre derniers mois.

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Source : l’auteur
Article publié le 5 novembre 2009 sur la Marseillaise (sud-est) P.46

08 novembre 2009

MOHAMED VI : RELATIONS DANGEREUSES : LE ROI ET LA SECRÉTAIRE D'ÉTAT

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Auteur: Atenea ACEVEDO

mohamed_VI_HillaryRire ensemble est une des manières infaillibles de resserrer des liens d'amitié. Que ne donneraient ceux qui voient cette photo pour savoir quelle a été la blague de Mohamed VI qui a motivé l'élégant éclat de rire de Hillary Clinton ?

Lui aurait-il raconté que ce 6 novembre se déroule la commémoration du trente-quatrième anniversaire du début de la Marche Verte tandis que le Maroc reste impuni et l'ONU indifférente ? C’est impossible. Car il est difficile d’imaginer que les connaissances de la Secrétaire d'État soient au point lorsqu’il s'agit d’exactions anciennes de puissances plus petites.

Nous devons observer l'image avec attention pour pouvoir faire des hypothèses. Le mouchoir assorti dans la poche du roi et les insignes qui ornent la cravate et le revers de veste, l’index de la main droite qui pointe son interlocutrice. Les immanquables perles et le buste penché pour tenter de sympathiser avec discrétion dénotant ainsi la classe de Clinton. Le récepteur avec les oreillettes pour l’interprétation simultanée qui menacent de glisser, démontrent que lui, parle anglais, mais qu’elle ne comprend pas l’arabe.

Je me risque à dévoiler les possibles motifs du rire : le Prix Nobel de la Paix décerné à Barack Obama, la chatoyante politique étrangère d'un gouvernement incapable d'abandonner la realpolitik, les dérapages diplomatiques de Clinton, la poudre aux yeux de la dernière visite de l'UNHCR (Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU) aux camps de la population sahraouie réfugiée en Algérie, les mensonges de Felipe González sur le Sahara Occidental, la vulgaire complicité entre le sultanat alaouite et la monarchie espagnole ou les longs tentacules qui lient l'État espagnol avec l’État français et l’État israélien.

Rien de ceci ne serait de nature à provoquer le rire mais plutôt l'indignation de tout être humain ayant un minimum de conscience morale. L'agence presse espagnole EFE publie la photographie dans son contexte : dans le cadre du sommet international du Forum pour le Futur, le Maroc a présenté un projet pour la construction de cinq centrales solaires grâce à un accord stratégique passé avec l'Espagne et l'Allemagne. Le projet sera mis en chantier en novembre 2010 et deux de ces centrales seront construites au Sahara Occidental sous occupation militaire marocaine. Mohamed VI a certainement informé Hillary Clinton qu’une d'elles sera installée à Laâyoune, la Secrétaire d'État a du tenter sans succès de prononcer le nom d'une ville aussi exotique si bien que le roi a été obligé de se servir de son index pour l'aider à le formuler. Elle s’est mise à rire de sa propre ignorance, et lui, chevaleresque, il a souri.

Je suis soulagée : nous avons de la chance, ce ne sont que deux personnes confortablement installées dans l'opulence du pouvoir, réunies pour un acte officiel prévu pour faire des projets et des alliances communes. Heureusement.

Traduction : Esteban

Révision : Fausto Giudice

ESPAÑOL

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Source :
Relaciones peligrosas
Article original publié le 6/11/2009
Sur l’auteure
Atenea Acevedo, Esteban et Fausto Giudice sont  membres de Tlaxcala.
Article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9214&lg=fr

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06 novembre 2009

92ème ANNIVERSAIRE DE LA RÉVOLUTION D'OCTOBRE

Interview de l’écrivain Manuel Talens à l’occasion du
92ème anniversaire de la Révolution d’Octobre

« La Révolution russe a été la preuve tangible dont les parias de la terre avaient besoin pour être sûrs que le rêve de Marx n'était pas irréel »

Salvador_Lopez_Arnal
Auteur : Salvador LÓPEZ ARNAL

manuelLa Révolution d'octobre a été depuis ses tous débuts une référence pour le mouvement ouvrier international et internationaliste et les organisations socialistes qui n'ont pas cédé face au bellicisme et à l’avidité de conquête des puissants de la terre. Une référence qui est, de plus, chaque année célébrée. Les cérémonies organisées en hommage à cette glorieuse date du 7 novembre, sont dans la mémoire de beaucoup de combattants révolutionnaires. Depuis la désintégration de l'URSS, depuis le triomphe de la contre-révolution capitaliste (sauvage) sur la terre de Gorki et de Maïakovski, ici également, sur cette page rougie, s’est installé l’oubli, un oubli injuste et suicidaire. Aussi, afin que l’on se souvienne de cette date, que l’on apprenne la signification de cette révolution socialiste, nous avons discuté avec l'écrivain, scientifique, traducteur et militant Manuel Talens.

*     *     *

Il n’y a pas longtemps, tu me rappelais que ton premier roman, La parábola de Carmen la Reina [La parabole de la Reine Carmen], se terminait par les phrases suivantes :
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« [À Artefa, un très petit village des Alpujarras(1), on peut entendre les trompettes de l'Apocalypse]… María Espinosa se trouvait dans la basse-cour, et lançait des graines aux poules ; elle avait rêvé que José Botines lui déclarait son amour en la caressant avec des mots doux à la lumière de la bougie, elle s’était réveillée avec l'esprit si heureux qu'elle en avait oublié d’ouvrir la fenêtre pour aérer la chambre, et elle ne s'était même pas rendu compte que l’azur était couvert par des nuages de plomb qui s’étaient lentement installés pendant la nuit ; mais elle leva le regard lorsqu’elle sentit que ses cheveux de neige commençaient à être mouillés, c’est alors qu’elle vit la lumière d'un éclair tomber sur la croix du clocher ; elle passa par le côté gauche de sa maison pour arriver jusqu'à la place, avec les tympans à moitié sonnés à cause des explosions assourdissantes ; elle sentait une odeur de poudre brûlée et à travers les fenêtres de l'église elle voyait s’échapper les flammes scintillantes ; elle était presque à deux pas de la mort, et cependant elle avait cru entendre dans le bruit des tonnerres le début d'un nouvel espoir ; c’était le 7 novembre de l'année 1917, et au même instant les hordes libératrices sautaient par-dessus les barricades au rythme de la septième et dernière trompette, en avançant victorieuses au milieu de la fumée opaque des canons pour assiéger le Palais d'Hiver… »

Permets-moi de t’interroger justement, presqu'un siècle plus tard, sur ce 7 novembre. Tu parlais d’un nouvel espoir, de hordes libératrices. Que s’est-il donc passé le 7 novembre 1917 ? Pourquoi penses-tu qu'il a représenté un nouvel espoir pour les classes laborieuses du monde entier ?

Puisque ta question est un mélange de fiction et de réalité, ce qui m’enchante d’autant plus que j’ai l’habitude de le faire en tant que narrateur, je vais d'abord ajouter un peu de contexte à cette citation extratemporelle de mon roman, pour mieux situer le lecteur. La parábola de Carmen la Reina se déroule dans la région montagneuse des Alpujarras granadinas (1), ce coin d'Andalousie d'où ma famille maternelle est issue, et évoque la lutte des classes dans un village imaginaire, Artefa, tout au long du XIXe siècle et au début du XXe. La coïncidence précise des dates entre le dénouement apocalyptique des événements à Artefa et la prise du Palais d'Hiver - qui avait marqué la naissance de l'URSS - n'est pas une chose fortuite, mais plutôt un recours rhétorique par lequel j'ai voulu rendre hommage à cet événement historique fondamental qu’a été la Révolution d'Octobre.

Quant à ce 7 novembre, je dois rappeler que la Russie tsariste s’appuyait sur l'ancien calendrier julien, différent du grégorien qui aujourd'hui est utilisé partout. Ce qui a fait que, le 25 octobre, date du triomphe des soviets selon le calendrier prérévolutionnaire, coïncide avec le 7 novembre grégorien. De là vient l’apparente contradiction temporelle d'une Révolution d'octobre qui se commémore en novembre.

J'ajouterai que la toute jeune Union Soviétique a immédiatement adopté le calendrier grégorien, mais sans pour autant cesser de parler de sa révolution comme celle d'octobre. Plus tard, cette confusion a été fixée pour toujours dans l'inoubliable film d'Eisenstein. Aujourd'hui le monde est si globalisé et si uniforme que ces divergences paraissent illogiques, mais à cette époque, pas très lointaine, c’était le contraste entre les pays et les cultures qui était normal, et non pas la similitude. Ceci étant clarifié, revenons à ta question.

Au sujet du 7 novembre 1917 et de son importance historique, des tonnes de pages ont déjà été écrites et, aujourd’hui, ce que je pourrais rajouter à l’occasion de cette interview n'est rien de plus que l’insignifiant avis personnel - sans volonté de convaincre qui que ce soit - de quelqu'un qui a toujours considéré ces faits avec des yeux bienveillants. Aussi, je m'excuse par avance si mes commentaires ne sont pas à la hauteur.

La Révolution russe a été la deuxième de l'histoire, mais la première que le prolétariat ait gagné, puisque la première, la française – de caractère bourgeois - avait laissé intacte la propriété privée capitaliste des moyens de production comme système économique régnant. Par contre, la Révolution russe a été la preuve tangible dont les parias de la terre avaient besoin pour être sûrs que le rêve de Marx n'était pas irréel. Elle représentait le début d'un nouvel espoir, car comment ne pouvait-il pas en être autrement ? Cette fois-ci, le capitalisme exploiteur n’était pas resté en place, mais avait été remplacé par le communisme, merveilleux concept malgré toute la désinformation dont il a eu à souffrir pendant plus d’un siècle, et ce communisme-là signifiait l'égalité dans la répartition des biens terrestres.

Qu'en dernier ressort cet édifice se soit effondré sept décennies plus tard, ne rend pas moins sublime sa construction. Tout au plus cela confirme que les rêves, une fois réalisés, ont besoin de ferveur et de combat quotidiens durant toute la vie pour ne pas s’éteindre.

Donc, le communisme, ce merveilleux concept selon tes dires, serait « l'égalité dans la répartition des biens terrestres ».

Bien sur, il s'agit d'un concept de base du matérialisme historique, qui se dégage de la société sans classe et de la propriété publique des moyens de production. Le paradis, si celui-ci existe, est ici-bas et ne doit pas être seulement pour quelques-uns, mais pour tous. C’est ce qui s’appelle partager, un concept qui est étranger à la nature même du capitalisme. Le message évangélique du christianisme est précisément le même que celui du communisme, à la différence qu'il s’expérimente sur le terrain de la pensée magique pour faire rêver à un hypothétique usufruit égalitaire dans l’au-delà.

Tu t'es référé à un film d'Eisenstein. Lequel concrètement ?

À Octobre, une merveille du cinéma muet, dédiée aux prolétaires de Petrograd, qu’Eisenstein avait filmé en 1927 pour célébrer le dixième anniversaire de la révolution. Beaucoup de combattants qui avaient réellement combattu ont joué leurs propres personnages dans le film, détail historique à ne pas dédaigner, mise à part la maestria démontrée dans ce film par ce cinéaste extraordinaire qu’a été Eisenstein. Il est disponible sur internet, mais au fur et à mesure que le temps passe, il y a chaque fois moins de gens qui sont encore capables d'apprécier une narration cinématographique comme celles d’autrefois, à l’état pur, sans dialogues.

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On a parfois entendu affirmer, surtout de la part de ceux qui lui ont été hostiles, que la Révolution russe a été plutôt un coup de main des bolcheviques. Que peux-tu dire de cette appréciation ?

Que nous sommes, ici, sur le terrain de la propagande, dont l'objectif n'est autre que la désinformation. Il est évident que la réécriture de l'histoire de la part de l'adversaire reste accrochée comme un pot de colle à toute entreprise révolutionnaire. Nous avons des exemples très proches : depuis cinq décennies Cuba endure des calomnies, quant au Venezuela, il ne se passe pas un seul jour sans que la presse privée occidentale n’affirme que quoique fasse le gouvernement de Hugo Chávez, c’est mauvais. Il faut apprendre à vivre avec cet obstacle qui pour l'instant paraît insurmontable.

Le supposé coup de main des bolcheviques ne résiste même pas à la plus petite analyse, c’est une insulte à l'intelligence. Il se base sur la fausseté sémantique que toute révolution est un état de pagaille et de désordre, sans tactique réfléchie de combat, qui finit par asphyxier l'ordre légal comme étant le passage précédant le chaos. Avec une prémisse aussi trompeuse il est facile de déduire le sophisme que la prise du Palais d'Hiver - dernière escarmouche révolutionnaire, un prodige de tactique militaire - a été un coup de main de plusieurs centaines de bolcheviques intrépides, qui ont fini par pêcher en eaux troubles.

Il s’agit sans aucun doute d'une thèse réductrice ad infinitum, qui fait intentionnellement abstraction de tout le processus révolutionnaire antérieur, lequel en mars, avait poussé le tsar Nicolas II à abdiquer et à former un fragile gouvernement provisoire de la bourgeoisie capitaliste. En outre, cette thèse, fait complètement abstraction de ce que Petrograd (Saint-Pétersbourg) était déjà sous le contrôle des soviets et ignore, par-dessus tout, l’intelligence de Lénine qui à ce moment le rend maître de l’échiquier.

C’est comme si nous prétendions oublier Fidel Castro et le combat de guérillas qu’il avait initié à partir de la Sierra Maestra et que nous nous focalisions seulement sur la bataille finale de Santa Clara - autre prodige de tactique militaire -, qui avait débouché sur la victoire finale de la Révolution cubaine. Quel est celui qui pourrait dire aujourd'hui avec bon sens que cette Révolution n'a été qu'un coup de main de plus de Che Guevara ? Ce serait absurde et pure supercherie.

Il y a un instant tu parlais de l’intelligence de Lénine. En quoi réside-t-elle ? Dans son audace ? Dans son courage ? Dans ses analyses politiques inhabituelles ? Dans son hétérodoxie ? Il y a eu un Lénine avant et un Lénine après la révolution ?

En général, les grands leaders politiques ou militaires qui en bien ou en mal ont marqué l’histoire – on peut citer Alexandre le Grand, Jules César, Gengis Khan, Hernando Cortés ou, en ce qui nous concerne, Lénine – sont des êtres d’un intelligence supérieure, courageux jusqu’à l’indicible et dotés d’une capacité de stratégie hors du commun.

Naturellement, cette capacité n'est pas un mérite en soi, mais elle l’est lorsqu’elle est consacrée exclusivement à une tâche aussi noble et altruiste que celle de l’amélioration du genre humain. Lénine – de même qu’ensuite Fidel, Ho Chi Minh ou Nelson Mandela- font partie de cette galerie restreinte d'êtres uniques. J’espère ainsi avoir répondu aux cinq premières interrogations que tu me poses dans ta question.

Et, en ce qui concerne le dernier point, la métamorphose me paraît indiscutable entre le leader qui préconisait la lutte révolutionnaire et l'homme d'État qu’il fut ensuite, après la prise du pouvoir. Mais cela entre dans cadre normal de la situation, car les circonstances dans les deux périodes étaient radicalement différentes. Un des exemples de cette évolution a été le rôle, chaque fois plus important, assigné au Parti. De l’entité qu’il était au début, consacrée à l'éducation populaire afin que les masses puissent devenir l'avant-garde du prolétariat, il s’est mis en quête d’exercer le pouvoir. Il est indéniable que la singularité de ce triste paradoxe, profitera ensuite à Staline pour légitimer ses crimes.

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L'éducation populaire : « Le livre est ton meilleur compagnon, instruis-toi »
(affiche soviétique, vers 1919)

Quelle attitude les grandes puissances du moment - l'Angleterre, la France, les USA également - ont-elles adopté face aux nouveaux événements ? Les ont-ils laissé respirer ?

Comme on pouvait s'y attendre, l'attitude de ces pays a été l'hostilité totale. Le passage du capitalisme au socialisme n'est pas une chose qui peut rester impunie dans le concert des nations, car cela suppose la perte d'un marché et, en même temps, la possibilité que d'autres peuples soient contaminés par le virus de la révolution. L'Angleterre, la France, les USA et même le Japon, le Canada, la Tchécoslovaquie et l'Allemagne, parmi d'autres pays, se sont empressés de financer les armées de mercenaires nationalistes, tsaristes, anticommunistes et conservateurs dans la guerre civile qui avait éclaté en URSS en 1918 mettant aux prises l'armée rouge avec ce qu’on appelait l’armée des « Russes blancs », c'est-à-dire, le pire du pire de cette société, une espèce de gusanos avant la lettre*. Mais cette tentative contrerévolutionnaire a échoué.

Ce qui est curieux - ou peut-être pas tant que çà – c’est que cette attitude hostile des nations, persiste encore aujourd’hui ; la plus petite tentative dans quelque pays ou continent que ce soit de changer les règles du jeu par d'autres règles plus justes, reçoit toujours en retour la même réponse. L’Amérique latine en connait assez par sa propre expérience. Le Honduras n'est que le dernier exemple d'une longue liste d'interventions contrerévolutionnaires attisées de l'extérieur.

Lénine est mort au début de l’année 1924. Certains ont dit qu'il était mort déprimé, abattu devant l’évolution les événements, pas seulement par les difficultés du processus, mais plutôt par les attitudes de certains de ses camarades. Est-ce que cette hypothèse te semble plausible ?

Personnellement, cet argument me semble être une bêtise magistrale, une de plus parmi les nombreuses qui ont été inventéeslenine afin de ne pas laisser accepter ce qui pour le capitalisme s'avère inacceptable : c'est-à-dire que Lénine était incombustible, comme Mandela, comme Fidel, ou comme Chávez le sera probablement. Quand la réaction ne peut rien faire contre quelqu'un, elle le dénigre. On a dit aussi qu'il est mort de la syphilis. Quelle importance y a-t-il si l’on meurt de la syphilis, d'un accident cérébro-vasculaire ou d'un faux-pas ? Est-ce si difficile d'admettre que Lénine est mort parce que son heure était venue? L’invention d’une dépression tardive, est d’un ridicule, surtout pour quelqu'un qui a survécu à la prison, aux déportations, à l'exil et à toutes sortes d’aléas sans jamais dévier du chemin qu’il avait tracé à l'avance.

Je précise que je ne prétends pas, par là, insinuer que Lénine était insensible à la souffrance. Personne ne l'est.

Pourquoi penses-tu que le processus a pris au bout de quelques années une direction aussi autoritaire ?

Cette partie est celle qui est la plus douloureuse pour l'URSS, parce qu'elle invite à imaginer ce qu’aurait pu être cette grande patrie internationaliste sans Staline dans le paysage, sans l’affaiblissement dans la Seconde guerre mondiale et sans la course à l'armement dans laquelle le pays avait été entrainé durant la guerre froide. C’est comme imaginer un destin différent pour l'Espagne si Franco n'avait jamais existé. Le problème c’est que l'histoire ne permet pas de faire marche arrière pour rectifier les erreurs.

Ce qui est certain - et terrible – c’est que Staline a été un cancer non seulement pour l'Union Soviétique, mais pour l'idée même du communisme comme  horizon. Et ceux qui lui ont succédé, sauf peut-être Khrouchtchev, ont été les métastases tardives de Staline, qui ont fini par éliminer l'héritage de Lénine. Mais le communisme ce n'est pas cela. Par chance, Cuba la solidaire, nous montre depuis cinquante ans le visage merveilleux et compatissant du communisme.

Tu viens de citer Khrouchtchev. Comment se fait-il que cette tentative de rénovation, cette autocritique du stalinisme au XXe Congrès qui avait de nouveau libéré tant et tant d'espoirs, n’ait pas donné ses fruits ou que ceux-ci n’aient que très peu duré ?

Je ne suis pas kremlinologue ni rien de ce style-là, de sorte que je ne peux qu’interpréter ce que me suggère mon odorat. Je crois que le XXe Congrès est arrivé trop tard. Si Staline avait été une flor de un día (2) tout aurait pu être évité, mais tu as beau réaliser des choses dignes d'éloges, il n'y a pas de révolution qui puisse résister à vingt-neuf ans de crimes, d’abus et de terreur. Je considère que Khrouchtchev n'a pas du tout réussi à extirper le cancer stalinien et, par conséquent, il n'a pas tardé à se régénérer.

Il y a quelques années à Moscou, on m'a raconté une histoire adorable sur Khrouchtchev, que j’ai reproduis dans une nouvelle. Rappelle-moi de t’envoyer  le passage.

(Quelques jours plus tard, Manuel Talens a eu la gentillesse de m'adresser le texte et la photo reproduits ci-dessous) :

[…] C’est ainsi que le lendemain il m'a fait connaître le cimetière de Novodevichi. Les allées aménagées étaient couvertes de neige. Nous errions au milieu des pierres tombales et je n'avais pas pu résister à la vieille tentation de monologuer avec elles, cette fois-ci sur les personnages célèbres qui sont enterrés là et de ce que je connaissais d’eux. Il m’écoutait attentivement et son regard devenait moqueur. Nous arrivons à la tombe de Khrouchtchev. C’est Mei-Ling qui, là, ouvrit ses lèvres pour me dire que l'ancien président de l'URSS n'est pas au Kremlin parce qu’il est mort loin du pouvoir. Depuis que je la connais, c’est la première fois qu’elle m'a adressé plus de cent mots à la suite. J'ai su alors que le mausolée est l’œuvre d'Ernst Neizvstny, un sculpteur que Khrouchtchev avait fait convoquer du temps où il était premier secrétaire du PCUS pour lui reprocher violemment que son art lui semblait contraire aux idéaux du socialisme ; c’est alors que le jeune artiste, au lieu d’être effrayé, lui avait répondu que tout camarade secrétaire qu’il était, il ne connaissait absolument rien à la sculpture. Apparemment, après être tombé en disgrâce, Khrouchtchev avait rappelé le sculpteur et tous les deux avaient établi une certaine amitié, de telle sorte que dans son testament il avait laissé la charge à Neizvstny de sculpter son monument funéraire. Sur celui-ci, de chaque côté du visage réaliste de l'ancien dirigeant, il y a deux grandes figures angulaires abstraites, l’une en marbre blanc et l’ autre en marbre noir, qui comme Mei-Ling me l’a confessé, symbolisent deux oreilles.

- À la fin de sa vie – conclut-elle, Khrouchtchev avait appris à écouter. […]

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Tombe de Nikita Khrouchtchev, cimetière de Novodevichi (Moscou)

Il est probable que l'Union Soviétique s’est désintégrée parce que ses dirigeants étaient autistes, ils n'écoutaient personne.

Mais je ne voudrais pas donner l'impression que dans la trajectoire de l'URSS tout me semble négatif. Pour mémoire il restera toujours l'aide qu'elle a apporté à la République espagnole pendant notre guerre civile, l'héroïsme du peuple soviétique dans la Seconde guerre mondiale (les deux choses s’étant déroulées pendant le mandat de Staline, il faut également le dire) et jusqu'à son dernier souffle son appui constant et inconditionnel à Cuba.

Quant au reste, dans les années quatre-vingt, il y a eu plusieurs tentatives pour modifier le cap. La première avec Andropov, qui n'était pas stupide, et ensuite avec Gorbatchev et la perestroïka. Quel est ton avis sur ces nouvelles tentatives ?

Aucun des dirigeants qui ont succédé à Khrouchtchev n’était stupide, mais je suppose qu’aucun d'eux, non plus, ne croyait comme il fallait croire - avec une conviction inébranlable - à la survie du legs de la révolution. Je ne ressens aucune sympathie si minime soit-elle pour leur mémoire.

Le dernier, Gorbatchev, a été une sorte d'Adolfo Suárez soviétique que le hasard avait catapulté à l'improviste dans un lieu inattendu : d’austère serviteur de l'appareil il s’est vu reconverti en frivole démocrate télévisuel du style occidental. Il a sans doute fait ce qu’il a pu, il a essayé d'ouvrir la fenêtre pour faire entrer de l’air frais, mais l'URSS était déjà moribonde. Un cancer ne se soigne pas avec des cataplasmes et Gorbatchev a du tenir le rôle ingrat d'assister à regret en tant que spectateur à une agonie qui s’accentuait, et insensible à tout traitement.

Il y a une chanson de Jacques Brel, J'arrive, qui exprime bien l'impuissance que Gorbatchev a dû ressentir au fur et à mesure que la situation lui échappait des mains : C'est même pas toi qui es en avance, c'est déjà moi qui suis en retard . Et l’inévitable est arrivé, un jour Eltsine est apparu – arriviste, menteur, voleur, ivrogne et traître – pour lui donner le coup de grâce.

À un certain moment tu t'es référé à l’épine qu’était la guerre froide. J’y reviens. La guerre froide, qui a toujours été très chaude pour l'Occident belliciste, qui avait l'intention d’étouffer l'URSS dès le début, est-ce qu’elle ne lui a pas laissé, peut-être, que très peu de marge de manœuvre ? De fait, dans ces conditions limitées, était-ce possible d’emprunter d’autres chemins ?

Dans des cas comme celui de l'URSS, ma grand-mère disait généralement « entre tous ils l'ont tuée et elle-seule est morte ». Il n’y a aucun doute que les yankees ont eu beaucoup à voir dans cette course à l'armement irréfléchie et dans la stupide compétition spatiale que les USA et l'URSS ont maintenu pendant des décennies.

Je peux comprendre que Washington dépense des sommes colossales (qu'il ne possède pas) pour la conquête de l'espace, parce que finalement il est un empire colonialiste et envahisseur et que le nombre important de ses citoyens pauvres, sans soins médicaux lui importe guère. Mais ce que je ne peux pas comprendre, et jamais je ne le pourrai, c’est que l'URSS ait accepté le défi de jeter dans le caniveau des milliers de millions de roubles en spoutniks, voyages spatiaux et autres galères, tandis que ses citoyens souffraient de privations dans les différentes républiques. Toute ménagère sait quelles sont les priorités et ne viendrait à l’esprit  d’aucune d’elle ayant un brin de bon sens d’acheter une Rolls Royce alors que ses enfants n’ont même pas un verre de lait. Je regrette de le dire, mais les dirigeants du Kremlin ont choisi d'acheter la Rolls Royce. Ces délires de grandeur ont laissé filer des ressources qui auraient du être consacrées au bien-être du peuple soviétique, au lieu de les gaspiller de la sorte.

Je ne fais pas partie de ce petit monde, ce que je dis, n’est que mon avis de spectateur : j'ignore quelle était la réelle marge de manœuvre de Moscou et si vraiment c’était nécessaire d'accepter la course aux armements - qui était une fuite en avant, vers la ruine - au lieu de se contenter d'organiser la défense face à de possibles attaques usaméricaines. Mais il me semble que les politiques impériales, même si elles sont imposées de l'extérieur, ne devraient pas avoir de place dans un État révolutionnaire.

En comparaison, ce que fait Cuba me semble, ô combien, plus logique: il consacre ses faibles ressources économiques à fabriquer des vaccins, à former des médecins, des enseignants et des travailleurs sociaux, qu'il met ensuite à la disposition de ses pays frères.

L'URSS a été désintégrée en 1991. À ton avis, quel est l’élément qui a été le plus décisif pour son effondrement ?

Au harcèlement constant de Washington il faut y ajouter les propres erreurs de Moscou : la perte des idéaux, la perpétuation d'une bourgeoisie du Parti éloignée de la réalité quotidienne du peuple soviétique, la ruine économique et morale, la corruption incrustée dans tous les domaines. C’est notre quotidien à nous, que nous ne saurions ignorer dans les démocraties bipartites occidentales. L'Espagne est un bon exemple d'une telle décadence.

Dans mon roman que tu as cité plus haut, juste après les paroles que tu as reproduites et juste avant le point final, le narrateur ajoute : « les hommes ont sans doute été créés pour être brièvement libres l’instant des batailles, et retourner à l'esclavage dès qu’ils enserraient la victoire dans les mains ». Qui peut savoir si notre destin est celui-ci : essayer, échouer, essayer une autre fois, échouer de nouveau et ainsi de suite, sans jamais nous résigner à l'échec. Je suis un pessimiste actif, empli d'optimisme.

Tu dis, essayer, échouer et essayer à nouveau. Aller aux batailles que l’on sait perdues, combattre pour perdre et combattre à nouveau. N'est ce pas un peu absurde ? Le panorama que tu dessines n’est-il littérairement brillant, mais politiquement non viable ? N’y a-t-il pas là, sous-jacente, une philosophie de l'histoire non seulement pessimiste-optimiste mais, disons, très romantique ?

Je reviens à Lénine : deux pas en arrière, un en avant. Pure praxis. Ce qui est absurde serait de renoncer. Il n'y a rien de romantique dans cette manière de penser. Le romantisme me laisse froid.

Vu avec le recul, à partir de notre position actuelle, et en tenant compte des dix ans ou plus de capitalisme sauvage en Russie après la chute de l'Union Soviétique, penses-tu que ce 7 novembre valait la peine ? Crois-tu que les mouvements libérateurs de la terre doivent continuer à garder cette date comme une référence ? En définitive, devons-nous continuer à nous reconnaître dans cette révolution ?

Oui, ça valait la peine. Le critère pour évaluer les faits qui font l'histoire ne devrait jamais être leur succès ou leur échec, mais leur essence, bonne ou mauvaise. Et l'essence de cette révolution, qui a été faite pour améliorer le sort des parias de la terre - j'aime revendiquer l’Internationale -, a été bonne.

Dans la Russie actuelle le capitalisme sauvage a, du jour au lendemain, créé des multimillionnaires. C'est ce qui figure dans les grands titres des Unes de la presse occidentale, tandis que dans les pages intérieures les entrefilets nous renseignent sur l'autre facette, beaucoup plus sinistre : qu’entre 1990 et 2008 l'espérance de vie des Russes - une donnée qui mesure la qualité de vie et qui résume le taux de mortalité pour tous les âges, les deux sexes confondus - a baissé de 69 à 65 ans. Ces 4 années de différence peuvent paraitre mineures, mais elles sont l'expression statistique d'une tragédie humaine de dimensions énormes.

Quant à la question de savoir si nous devons nous reconnaître dans la Révolution d'octobre, je ne saurais pas te dire. La nostalgie me déplaît, parce que le passé n'a jamais été meilleur. Je préfère analyser les faits historiques, à tête reposée, pour ne garder que leurs côtés positifs, mais sans ignorer ce qui est négatif. De plus, aujourd'hui les choses sont très différentes et, du moins pour l'instant et dans certaines circonstances sociales,  il s’avère possible de faire la révolution en utilisant  le système électoral de la démocratie comme levier, sans avoir recours aux armes. Bien que ce soit beaucoup plus compliqué, bien sûr, car le vote ne permet pas de neutraliser complètement l'ennemi, qui reste toujours tapi en embuscade.

J’aimerais finir par une question sans nostalgie. Comment conçois-tu le socialisme du XXIe siècle ? Quels sont les territoires qui te semblent les plus propices à sa conquête ?

Bien, pour terminer moi aussi, et avant de te donner mon opinion sur le socialisme du XXIe siècle, j’aimerais te dire que j’ai été enchanté de discuter avec toi sur des sujets aussi extratemporels, et décalés du discours actuel comme le sont le marxisme et la Révolution d’Octobre. Et je suis d’autant plus enchanté que cette conversation sera publiée, car de nos jours elle est franchement hétérodoxe, ce qui n’empêche pas que c’est une vertu au milieu d’autant électroencéphalogrammes idéologiques plats [sourire]. La postmodernité, toi tu le sais très bien, a fait des ravages dans les partis traditionnels de gauche et dans la pensée politique des sociétés contemporaines, et le seul fait de parler de ces choses-là s’apparente presque à de la science-fiction. On n’y peut rien !

Je termine donc : le socialisme du XXIe siècle je le conçois parlant espagnol et pas exactement dans notre pays [l’Espagne], mais en Amérique latine. C’est là-bas que réside le futur de l'humanité, si celle-ci peut encore avoir un futur. Nous, nous ne verrons pas son apogée, mais il a déjà commencé. De fait, sa semence avait été officiellement plantée le 8 janvier 1959, lorsque les barbus sont entrés à La Havane. Sans Cuba et son exemple tenace de résistance durant cinq décennies, le socialisme du XXIe siècle, aujourd'hui, ne serait pas possible. Il ne manque plus qu'au moins un des trois géants latino-américains - le Mexique, le Brésil ou l'Argentine – trouve et élise un Chávez, un Evo ou un Correa à sa mesure afin que la locomotive de ce train commence à prendre de la vitesse et devienne impossible à arrêter. C’est une question de temps. Ce jour-là, si j'arrive à y assister, je serai heureux.

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Un rêve qui n'était pas irréel…
« Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde, il s'agit maintenant de le transformer. ». »
Tombe de Karl Marx au Cimetière de Highgate Cemetery à Londres. Photo Patricio Suárez

Traduction : Esteban

Révision : Fausto Giudice

ESPAÑOL, ENGLISH, DEUTSCH, PORTUGUÊS, ITALIANO

Notes:

*Gusanos : vers de terre, terme cubain utilisé pour désigner les anticastristes de Miami. Avant la lettre : En français dans le texte original.

(1) Las Alpujarras : Région montagneuse du sud de l'Espagne, partagée entre les provinces andalouses de Grenade et d'Almería. Elles se situent sur les flancs sud de la Sierra Nevada.
Les Alpujarras sont divisées en deux comarques : l'Alpujarra granadina, dans la province de Grenade, et l'Alpujarra almeriense, dans la province d'Almería. Cette division a été arrêtée par l’Assemblée d’Andalousie en 1993. Source : Wikipédia

(2) Flor de un día : « flor de la maravilla » ou fleur de la merveille; Plante d’ornement, originaire du Mexique…avec ses tiges se terminant par de grandes fleurs aux pétales couleur pourpre, qui se fanent quelques heures après s’être ouvertes…
Au sens figuré : une personne qui peut subitement passer d’un état de bonté à celui de méchanceté (et réciproquement). Source : Real Academia Española

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Source : “La Revolución rusa fue la prueba tangible que necesitaban los parias de la tierra para estar seguros de que el sueño de Marx no era irreal
Article original publié le 6/11/2009
Sur l’auteur
Salvador López Arnal et Manuel Talens sont membres de Rebelión. Manuel Talens, Esteban G. et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9198&lg=fr

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PARAGUAY : UN COUP D'ÉTAT SE PRÉPARE-T-IL AU PARAGUAY ?

Mémoires de l'eau

Matilde_Sosa
Auteure : Matilde SOSA

« En ce moment, un coup d'État politique et militaire est en préparation au Paraguay, fomenté par le Congrès d'extrême-droite, à travers une mise en accusation du président Fernando Lugo de violer la Constitution et d’entreprendre rien de plus que la bataille contre la pauvreté qu'ils interprètent comme étant une lutte de classes » : c’est ce qu’a déclaré Carolus Wimmer, vicePprésident du groupe vénézuélien au Parlement latino-américain, à l'Agencia Bolivariana de Noticias.

Selon certaines versions de la presse paraguayenne, le président de la Commission des Affaires Constitutionnelles du Sénat, Hugo Estigarribia, qualifie d’« irresponsables » ces déclarations faites par le député vénézuélien. Selon le sénateur paraguayen les appréciations du Vénézuélien sont « très loin de la réalité » car si l’on se réfère au jugement politique, « ce n’est pas un putsch militaire mais un moyen constitutionnel pour écarter Lugo de son poste ».

Ce dernier argument, dévoile, pour le moins, l’intention certaine de destituer Lugo et permet alors de donner raison à l'affirmation du député vénézuélien C. Wimmer.

Carolus Wimmer : Il y a un coup d'État dans l’air au Paraguay

Caracas, 02 novembre 2009. - Le vice-président du Parlement d’Amérique Latine (Parlatino) et secrétaire des Relations1_Carolus_wimmer Internationales du Parti Communiste du Venezuela (PCV), Carolus Wimmer, a dénoncé, hier lundi 2 novembre qu'une conspiration était en préparation au Paraguay, pour favoriser un coup d'État contre le président constitutionnel de ce pays, Fernando Lugo.

« Ils espèrent faire le coup d'État en suivant la doctrine appliquée au Honduras, avec les mêmes acteurs : un Congrès manipulé par la droite et les USA cachés dans l’ombre », a t-il ajouté.

Le parlementaire a souligné qu’une campagne féroce s’est déchaînée contre Lugo afin de faire croire qu’il est lié à différentes affaires dans l'intention d’instruire un procès politique devant le Congrès paraguayen.

« En ce moment la campagne contre Lugo tourne autour de trois aspects principaux, d'abord ils veulent le compromettre dans le kidnapping d'un éleveur paraguayen, deuxièmement l’impliquer dans une supposée action de guérilla et troisièmement l’accuser de violer la Constitution du Paraguay, dans le sens où la lutte engagée par le président contre la pauvreté, et interprétée par la droite comme une haine de classe, serait interdit par le code de la Constitution de ce pays », a t-il précisé.

Le dirigeant communiste a indiqué que cette campagne est dirigée par l'ex-général putschiste Lino Oviedo, le petit-fils du dictateur Alfredo Stroessner et un Chilien portant le nom d’Eduardo Avilés.

Il a indiqué que ce Chilien demeurant au Paraguay parle de la nécessité de former un Commando Anticommuniste paraguayen, avec cinq objectifs immédiats qui doivent être diffusés dans les médias et propagés par tracts dans les rues du Paraguay.

Selon Carolus Wimmer les 5 points auxquels la campagne fait référence sont les suivants :

1- Réunir l'argent pour libérer l'éleveur kidnappé.

2- Collecter de l'argent pour organiser le commando anticommuniste paraguayen.

3- Récolter de l'argent pour acheter des armes.

4- Poursuivre, attraper et liquider physiquement tous les communistes.

5- Communiquer publiquement au gouvernement de « Monsieur Lugo que ses festivités vont se terminer, que les jours de son idylle avec Chávez, Morales, Correa, Castro et autres sont comptés ».

Selon Wimmer, ce groupe met l’accent sur le fait qu’ils sont prêts à jouer le tout pour le tout et qu’« ils sont préparés à tuer et à mourir plutôt que de céder » et que cette menace est soutenue par d'autres organisations de la droite paraguayenne.

Il a déclaré que cette situation s'inscrit dans le cadre de la perte de terrain des USA en Amérique latine avec les victoires populaires des peuples et que par conséquent le gouvernement d'Obama a recours à la solution des coups d'États dans la région.

Carolus Wimmer a lancé un appel à tous les dirigeants, organisations et institutions, à manifester publiquement leur soutien au gouvernement constitutionnel du président Lugo, à maintenir l'état d'alerte face à la possibilité d'une escalade du conflit, à informer opportunément le peuple vénézuélien de la situation du Paraguay et à rejeter la campagne anticommuniste dirigée et financée par l'ambassade des USA.

PRÉOCCUPATIONS

Comme cela a filtré, ces dernières heures le président Fernando Lugo s'est réuni pendant plusieurs heures avec les principaux représentants du Parlement paraguayen et des mouvements sociaux, avec les représentants de l'aile la plus progressiste de son gouvernement, avec des paysans et des députés. Selon l’information de journaux paraguayens, les libéraux ne se sont pas présentés à cette réunion. Pour sa part la Table de Coordination de Groupements Paysans du Paraguay a informé, que ces secteurs putschistes qui cherchent à provoquer une explosion sociale, appartiennent à la droite rétrograde, et se recrutent parmi les éleveurs et planteurs de soja. Il est probable qu’un rassemblement en défense de la démocratie paraguayenne sera organisé le samedi 7 novembre.

INTENTION PUTSCHISTE EN DIFFÉRENTES ÉTAPES

PROCÈS POLITIQUE - PARLEMENT

Actuellement, la situation est qualifiée d’intention imminente d'aller vers un coup d'État, qui se déroulerait en plusieurs étapes.

D’après cette stratégie putschiste, le premier acte est : amener le Parlement à instruire un procès politique au Président, et mettre en place, dès lors, le vice-président paraguayen Federico Franco, qui fait partie de l'Alliance Patriotique pour le changement mais qui est une force qui a été en dissidence manifeste dans le gouvernement de Fernando Lugo.

Dans l’après-midi, selon les informations de la presse paraguayenne, l’ambiance semblait être tendue dans l'environnement présidentiel, principalement à cause de la relation difficile entre le président, Fernando Lugo, et le vice-président, Federico Franco. Mais suite à la dernière réunion du Conseil des Ministres, ils avaient tous les deux affirmé qu’ils clarifieraient personnellement la situation.

Pour situer le niveau de ce premier acte en tant que première étape, dans l’imaginaire journalistique, quelques professionnels se sont référés au putsch de Pinochet contre Salvador Allende au Chili.

Le procès politique en tant que première étape du putsch serait lancé et soutenu par la presse au nom de la supposée « inaptitude et inefficacité à assurer la sécurité intérieure », c'est-à-dire le sempiternel thème cent fois rabâché « de l'insécurité comme cheval de bataille » qui s’appuie sur le cas du kidnapping de l’éleveur paraguayen.

Voilà maintenant que sur le thème de « l'insécurité » apparait une hypothèse d’un mouvement de guérilla, supposé être une Armée du peuple paraguayen qui serait liée au Président Lugo selon les déclarations journalistiques d’un collègue paraguayen d’Asunción, pour Radio del Sur du Venezuela, annoncées cet après-midi, dans le programme de Marcos Salgado.

SAMEDI 7 NOVEMBRE, LE PEUPLE PARAGUAYEN DANS LA RUE

marche_7novembreSelon les versions des journalistes de quotidiens on line paraguayens, certains affirment que « le gouvernement craint un éventuel coup d'État du fait qu’il a programmé ce samedi « une Rencontre avec les secteurs démocratiques et progressistes pour le changement », les secteurs populaires et l'Alliance Patriotique pour le Changement. Les critiques constantes de Franco contre le président, lui ont valu que plusieurs membres du gouvernement, parmi eux le sénateur du mouvement Tekojoja, Sixto Pereira, n’écarte pas l’idée qu’il soit mêlé à une tentative de conspiration contre Lugo.

Pour l’instant, les actions décidées pour les prochains jours sont l’organisation de la mobilisation de ce samedi 7 novembre pour un grand rassemblement afin de soutenir la démocratie.

LUGO-UNASUR CONTRE COMMANDEMENT SUD

Nous rappelons qu'après la réunion de l’Unasur (Union des Nations d’Amérique du Sud), le président du Paraguay, Fernando Lugo, avait refusé la présence de 500 militaires usaméricains prévue pour 2010 dans son pays, dans le cadre d'un programme d'exercices de troupes nommé Nouveaux Horizons. Selon le compte rendu de journaux locaux le président Lugo avait déclaré : « Ce n'est pas un refus catégorique. Simplement nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire que le Commandement Sud des USA reste présent au Paraguay avec 500 effectifs pour ce type d'exercices ».

Selon les mêmes sources, Lugo, expliquait qu'un nouveau scénario en ce qui concerne la défense, la sécurité et la souveraineté conçu par l'Unasur « parie d'abord sur l'intégration régionale ».

Le Président du Paraguay indiquait que dans la réunion des ministres des Relations Extérieures et de la Défense des douze pays de l'Unasur, « la présence importante de soldats usaméricains dans des bases militaires de la région avait été un sujet de grande discussion ».

Selon des agences d’informations la délégation diplomatique des USA à Asunción, déplorait la décision de refus prise par le président Fernando Lugo au sujet des exercices militaires programmés pour 2010 avec 500 soldats US au Paraguay.

Malgré les accords passés entre les USA et le Paraguay pour effectuer des exercices militaires en 2010, le programme avait été baptisé « Nouveaux Horizons ».

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L'Aquifère Guarani

MÉMOIRES DE L'EAU

L'Aquifère Guarani est une des plus grandes réserves souterraines du monde. Il est situé dans une zone stratégique, la Triple Frontière, ce sont le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay qui se le partagent. Comme l’on sait, en Europe et aux USA, l'eau est une ressource déficiente.

L'Aquifère Guarani, appelé ainsi en hommage au peuple originaire qui a majoritairement occupé ce territoire  avant l'arrivée des Européens en Amérique, est situé entre les 16è et 32è parallèles latitude Sud et les 47è et 56è méridiens longitude Ouest, il s’étend jusqu’aux bassins alimentés par les fleuves Paraná, Paraguay et Uruguay. Il a une surface approximative de 1.194.000 km2, dont 839.000 se trouvent au Brésil, 226.000 en Argentine, 71.700 au Paraguay et 59.000 en Uruguay. La recharge (remplissage naturel) de l'aquifère, est estimée entre 160 et 250 km3 par an et seulement 40 km3 par an pourraient suffire à approvisionner 360.000.000 de personnes avec 300 litres par habitant et par jour.

La guerre préventive, les bases militaires en Colombie, le récent putsch au Honduras et la décision qui circule à travers nos peuples pour éviter que demain cet extraordinaire territoire d'eau douce, patrimoine latino-américain, soit la cible d'un nouvel exercice militaire du pouvoir usaméricain, en appellent maintenant à la nécessité de prendre en compte cette réalité.

L’UNASUR EST DÉJÀ EN ALERTEpr_sence_yankee_en_AL

L'ALCA, le Plan Colombie, les Traités de libre échange (TLC) sont des outils hégémoniques. Il se trouve que le Paraguay, déjà membre du MERCOSUR, s’est également inscrit dans l'UNASUR. Les USA n’interviennent dans aucune de ces organisations régionales, et encore moins dans celui qui a été un des principaux promoteurs, le Conseil de la Défense de l'Unasur.

L’Unasur devra agir, et son Conseil de sécurité devra très rapidement se mettre en alerte car le souvenir récent le réclame d’autant plus que la mémoire future de l'eau l’anticipe déjà.

Traduction : Esteban

Révision : Fausto Giudice

La présence yankee en Amérique latine

ESPAÑOL, DEUTSCH

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Source : ¿Golpe de estado en Paraguay?
Article original publié le 3/11/2009
Sur l’auteur
Article sur Tlaxcala

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03 novembre 2009

HONDURAS : UNE IMPROBABLE SOLUTION

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Auteur: Atilio BORÓN

La crise au Honduras est-elle résolue? Si une fenêtre d’opportunités s’est bien ouverte tout parait indiquer que l’optimisme n’est pas vraiment de mise. Il convient de rappeler ce que nous disions dans ces mêmes colonnes au moment du coup d’État: que Micheletti restera au pouvoir dans la mesure où il pourra compter sur l’appui, actif ou passif, de Washington. La Maison Blanche a attendu quatre mois pour comprendre le coût élevé d’un soutien à un régime putschiste dans la région. Pressée par les divers problèmes qu’elle affronte dans sa politique extérieure - notamment la rapide détérioration de la situation en Afghanistan et au Pakistan et l’embourbement de ses troupes en Irak- Obama a donné un coup de barre qui a décoiffé sa Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, principal artisan de l’appui aux putschistes, en envoyant Thomas Shannon à Tegucigalpa avec pour mission de restaurer l’ordre dans sa tumultueuse arrière-cour. Peu après, Micheletti remisait ses fanfaronnades et acceptait docilement ce qu’il avait refusé jusque-là. Bien entendu, Shannon avait transmis peu auparavant l’impératif catégorique impérial. Pour adoucir le coup il a proclamé bien haut son admiration pour les deux leaders de la démocratie hondurienne: le putschiste et le destitué.

Zelaya propose un programme en trois points: sa réintégration dans ses fonctions, une loi d’amnistie et un gouvernement de réconciliation nationale. La première est du ressort du Congrès, le même organisme qui a approuvé avec enthousiasme le coup d’État et ne se prive pas d’insulter Zelaya et de le calomnier. Il faudra voir, mais ce ne sera pas simple. Amnistie, pour qui? Pour les fonctionnaires civils et militaires d’un gouvernement qui a violé les droits humains et toutes les libertés?  Ou Zelaya accepterait-il d’être amnistié pour des délits qu’il n’a pas commis, par exemple avoir eu l’audace de prétendre demander à son peuple s’il était d’accord pour convoquer une Assemblée constituante? Ceci pour ne rien dire de la troisième clause, intimement liée à la précédente. Dans les conditions actuelles, un gouvernement de réconciliation nationale ne serait-il pas en effet un passeport pour l’oubli, le refus de mémoire, l’impunité?

Un bilan sommaire de la crise et de son apparente résolution révèle que les putschistes peuvent se sentir satisfaits parce qu’ils préserveront leurs deux principaux objectifs: destituer Zelaya, bien qu’il doive assumer à nouveau sa charge pour les quelques mois qui restent jusqu’à la fin de son mandat; et avoir réussi à faire reconnaître par la communauté internationale les élections frauduleuses du 29 novembre, chose dont Shannon lui-même s’est charge. Quant à l’oligarchie hondurienne, elle échappe au danger d’une agression plus active  des USA en direction de ses propriétés et privilèges, ce qui aurait pu arriver si un accord n’était pas intervenu.  La possibilité d’un contrôle plus strict exercé par Washington sur ses actifs et fonds aux USA l’empêchait de trouver le sommeil, et l’intransigeance de Micheletti devenait une menace inutile pour ses intérêts.

Pour Zelaya le bilan s’avère beaucoup plus complexe, et c’est précisément ce qui assombrit le panorama hondurien. Sa réintégration ne change rien aux causes profondes du coup d’État. De plus, en pareil cas, ne confirmera-t-elle pas les résultats d’élections lourdement entachées de très graves irrégularités et dont la campagne s’est déroulée dans un climat de violence et de terreur imposé par les putschistes? Micheletti fait déjà retentir les tambours de guerre. A peine l’accord était-il conclu qu’il a déclaré à CNN en español qu’une fois revenu au pouvoir “Zelaya et les siens vont sûrement lancer une chasse aux sorcières. Seuls ceux qui ne connaissent pas Zelaya peuvent croire que cela n’ aura pas de suites”. Quelle sera la réponse de Zelaya au cas où il reviendrait au gouvernement: amnistier les putschistes, se réconcilier avec eux, tomber dans les bras de Micheletti ? Mais il est loin d’être l’acteur unique de ce drame: comment réagiront les héroïques militants qui ont risqué leur vie et leur intégrité physique pour défendre le gouvernement légitime?  Il y a eu beaucoup de morts et de blessés; de gens emprisonnés et humiliés: ces femmes et ces hommes qui sont descendus dans les rues du Honduras accepteront-ils l’oubli de tant de crimes et le pardon accordé à leurs assassins ? En outre, s’il est bien une leçon que les mouvements sociaux et les forces populaires ont tirée de ces quatre mois de résistance, c’est que s’ils s’organisent et mobilisent leurs forces ils peuvent avoir un impact beaucoup plus décisif qu’ils ne l’imaginaient auparavant . La crise leur a d’un seul coup enseigné qu’ils peuvent cesser d’être des objets de l’Histoire pour se transformer en sujets et protagonistes de celle-ci. Et pour cette raison, au-delà des retombées de cet accord, ils peuvent décider de poursuivre leurs luttes pour un Honduras différent, ce qui ne saurait être le fruit d’injustes amnisties et de réconciliations bâtardes.

Traduction : Gérard Jugant
Révision : Michèle Mialane
Édition : Fausto Giudice

ESPAÑOL, ENGLISH, DEUTSCH

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Source : l'auteur -
Honduras: una improbable solución
Article original publié le 2/11/2009
Sur l’auteur
Atilio Borón est un auteur associé à
Tlaxcala, Gérard Jugant, Michèle Mialane et Fausto Giudice en sont membres.
Article sur Tlaxcala

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02 novembre 2009

LA POSTE : CAMPAGNE POUR UN RÉFÉRENDUM SUR LE SERVICE PUBLIC POSTAL

“J’écris au Président”

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Nous pouvons gagner cette bataille. Nous étions plus de 2,3 millions à participer à la votation citoyenne. Partout en France, devant les bureaux de poste, les mairies, dans les entreprises, sur les marchés, les lieux publics soyons encore plus nombreux à écrire au Président pour qu’il organise le débat public et le référendum sur le service public postal.

A partir du 31 octobre, journée nationale de rassemblements devant les bureaux de poste, des cartes postales à envoyer au Président pour lui demander un référendum sur le service public postal seront mises à disposition à travers la France.

carte_referendum

4 millions de signatures sont nécessaires pour obtenir du Président de la République française un référendum constitutionnel

Il est également possible d'envoyer une carte postale électronique

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Le Collectif National contre la Privatisation de la Poste

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01 novembre 2009

L’AGONIE DU SAHARA OCCIDENTAL

Compte-rendu du livre de l’auteur nigérian Ike Abonyi

Auteur : Sola BALOGUN

Pour la majorité de la population nigériane les mots « Sahara Occidental » évoquent le désert du Sahara. Et très peu de personnes au Nigeria (et en Afrique en général) connaissent l'existence d'un pays de notre continent qui s’appelle Sahara Occidental. Peut-être ignorent-ils son existence à cause de l’étranglement que le Maroc a imposé à ce pays.

En effet, de nos jours il y a un pays qui souffre toujours de l'oppression d'un autre. Le pire c’est qu’il s'agit de deux pays africains. La République Démocratique Arabe Sahraouie (son peuple porte le nom de sahraoui) est une ex-colonie espagnole riche en ressources minérales comme les phosphates et a dans ses eaux territoriales une des plus grandes réserves de poisson du monde. Actuellement ses gisements sous-marins de pétrole sont en cours d’exploration.

Lorsqu’en 1975 l'Espagne se retirait de sa colonie en laissant le processus de décolonisation inachevé, elle avait laissé la facilité au Maroc, pays voisin du Sahara, de l’envahir immédiatement et de prendre possession du territoire. La Mauritanie s’était, elle aussi, approprié d’une partie des terres sahraouies, mais elle ne tarda pas à signer la paix et à les restituer au Front Polisario, mouvement politique qui a poursuivi la guerre contre le Maroc.

Africa’s Last Colony: Spain’s Error, Morocco’s Sin (la dernière colonie africaine : l'erreur de l'Espagne, le péché du Maroc) décrit avec justesse la situation et les circonstances atroces qui marquent la vie du peuple sahraoui : eau empoisonnée, torture, disparitions forcées et autres aberrations.

Le livre rassemble l'expérience de l'auteur, Ike Abonyi, qui a visité la République Démocratique Arabe Sahraouie. Dans son introduction, Abonyi déplore qu’une histoire aussi inquiétante que celle de ce pays soit méconnue ou ignorée par le reste du monde. Le livre est divisé en trois parties, il est d’une écriture simple et accessible. Le titre complet est très pertinent : Africa’s Last Colony: Spain’s Error, Morocco’s Sin; An African Journalist’s Diary On Western Sahara (la dernière colonie africaine : l'erreur de l'Espagne, le péché du Maroc. Journal d'un journaliste africain au Sahara Occidental).

Le prologue est écrit par le professeur Nuhu Yaqub, qui a récemment quitté son poste de recteur adjoint de l'Université d'Abuja, et il décrit le livre comme étant une œuvre qui complète opportunément la littérature existante sur la décolonisation africaine. Yaqub souligne également le fait que beaucoup d’Africains, même s'ils sont progressistes ou ont reçu une éducation sérieuse, méconnaissent l'existence d'un pays qui s’appelle République Démocratique Arabe Sahraouie, et encore moins sa lutte pour l’indépendance.

Dans son prologue, il dénonce l'hypocrisie de ces pays occidentaux qui se vantent de respecter les droits humains (la France, l'Allemagne et l'Espagne) tandis qu'ils ferment les yeux aux violations flagrantes des droits humains commises par le Maroc. De plus, il ajoute que le Nigéria a le devoir, en tant qu’État africain, d’aider le Sahara Occidental dans sa lutte pour la récupération de son indépendance.

La première partie du livre résume l'histoire du Sahara Occidental du temps de la colonie espagnole, le retrait espagnol de ce pays et l'invasion marocaine et mauritanienne. Il explique aussi la manière avec laquelle la Mauritanie avait restitué les territoires qu’elle avait spoliés alors que le Maroc s’est obstiné à garder les territoires occupés.

Tout comme d'autres analystes, Abonyi accuse l'Espagne de ne pas avoir finalisé le processus de décolonisation, c'est-à-dire, de ne pas avoir donné la direction du pays au Front Polisario, groupe politique fondé en 1973 pour en finir avec la colonisation espagnole.

Malgré la résolution de la Cour Internationale de Justice votée en 1975 stipulant que le Sahara Occidental était dès lors un pays indépendant de la colonisation espagnole et que sa souveraineté appartenait à son peuple, le Maroc a refusé de se retirer de ses territoires occupés et la guerre contre le Front Polisario a continué. En 1991 l'ONU avait négocié un cessez-le- feu et avait approuvé un référendum d'autodétermination du peuple sahraoui, mais le Maroc a empêché sa concrétisation.

Plus de 150.000 Sahraouis sont des réfugiés, d'autres sont déplacés à l’intérieur même de leur propre pays. Ils vivent grâce à une ration quotidienne du Programme Alimentaire Mondial de l'ONU ou bien ils sont harcelés et arrêtés sans procès légal, ou forcés à l'exil.

Dans la seconde partie du livre, Abonyi raconte l’expérience de son voyage au Sahara. En tant que hôte de la présidence, il a pu dormir sur un matelas de six pouces (15 cm) d’épaisseur, une chose courante dans les internats du Nigéria. Il avait pu observer que le camp avait bénéficié d'une certaine paix durant les 17 dernières années, mais il a également été témoin de la désillusion d'une grande partie de la jeunesse sahraouie, notamment au regard de la politique marocaine d'exploitation unilatérale des ressources et de l’indifférence totale face aux besoins du peuple sahraoui.

Notre indignation doit certainement se réveiller lorsque dans son récit, Abonyi raconte de quelle manière de jeunes Sahraouis ont perdu un de leurs membres et même la vie à cause de l’explosion des mines que le Maroc a disséminées tout le long du mur de 2.500 kilomètres qu’il a dressé dans le Sahara Occidental occupé. De même, il rapporte des détails terribles sur la vie de 140 personnes qui reçoivent des soins médicaux dans le Centre de Réadaptation pour les Victimes de la Guerre et des Mines au siège administratif des camps sahraouis.

La troisième partie de Africa’s Last Colony est composée d'interviews avec des responsables du gouvernement sahraoui. Au cours d’une conversation avec Abonyi, le président Mohammed Abdulaziz fait l'éloge de l'attitude du Nigéria envers d'autres pays africains et de son leadership dans le continent. D’autres interviews y sont également retranscrites, notamment celle avec Mohamed Salem, commandant de l'école militaire sahraouie, et celle avec Mohammed Yeslem Beisat, ministre pour l'Afrique.

L'auteur pose des questions d’une très grande importance : pourquoi l’Espagne n'a-t-elle pas achevé un processus total de décolonisation dans lequel elle aurait fait une passation de pouvoir au Front Polisario ? Pourquoi le fait de partager la religion, la langue et la géographie n'aide pas à résoudre le problème entre le Maroc et le Sahara Occidental ? Qui peut bien fabriquer et fournir les armes que le Maroc utilise pour terroriser la population sahraouie ? Quel sont les autres pays qui profitent de l'exploitation marocaine du Sahara Occidental ? Quel est, dans cette situation, le rôle de la France, ex-puissance colonisatrice du Maroc ?

Il y a d'autres questions qui exigent des réponses : pourquoi le reste du monde arabe reste-t-il indifférent à l'oppression d'un « peuple frère » ? Quelles sortes de pressions l'Union africaine et d'autres organismes régionaux qui reconnaissent le Sahara Occidental comme un État souverain exercent-ils sur le Maroc ?

La dernière colonie africaine met sur la table une situation réelle et regrettable: tandis que d'autres peuples sont passés, entre autres, à la discussion de problèmes internes liés à des questions ethniques et de népotisme, il existe un gouvernement africain qui continue à vouloir arracher le droit à l'autodétermination à un peuple africain. Le plus abject de cette situation, c’est que des soldats torturent et tuent des Sahraouis, sans distinction d'âge ni de sexe, dans une guerre qui a pourtant cessé officiellement.

Traduction : Esteban

Révision : Fausto Giudice

ENGLISH, ESPAÑOL

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Source : Daily Sun -
Agony in Western Sahara
Article original publié le 27/10/2009
Sur l’auteur
Article également sur Tlaxcala

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MONDE : LES CAUSES DE LA PAUVRETÉ MONDIALE

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Auteur : Vicenç NAVARRO

Le 17 octobre on a célébré la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté (voir aussi http://www.oct17.org/fr), qui a été l’occasion d’un nombre élevé de conférences sur la pauvreté. Pendant quelques jours ce fut un sujet visible dans les moyens de communication les plus importants du monde, bien qu’en Espagne cette visibilité ait été limitée. Dans les pays développés on a mis une fois de plus l’accent sur la nécessité d’ “aider” les pays pauvres, notamment par l’envoi d’aliments et de fonds. On a aussi mis l’accent, dans divers forums internationaux, sur la nécessité de transférer connaissances et nouvelles technologies des pays riches aux pauvres pour augmenter la productivité de leurs secteurs agricoles, les plus importants dans leurs économies.

Cet intérêt médiatique pour le thème de la pauvreté se répète année après année à la même date. Et pendant ce temps, huit millions d’enfants meurent chaque année de malnutrition (un toutes les deux secondes), l’équivalent des morts que causeraient 43 bombes atomiques comme celle lancée sur Hiroshima, des bombes qui explosent chaque année sans produire aucun bruit. En réalité ce nombre de morts fait partie de la réalité qui nous entoure de telle manière qu’ils n’apparaissent même pas ni à la première ni même à la dernière page des journaux les plus importants du monde.

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Ares, Cuba

Ce qui rend cette situation  moralement intolérable est que du point de vue scientifique nous savons comment résoudre tant le problème de la pauvreté que de ses conséquences, dont la faim est la plus dramatique. Et le paradoxe de la situation est que la pauvreté n’est pas due au manque de ressources. En réalité, la planète a suffisamment de terre fertile pour alimenter deux fois la population existant aujourd’hui (FAO 2008). Dans les pays économiquement développés, les États vont même jusqu’à subventionner les agriculteurs pour qu’ils ne produisent pas plus d’aliments. Mais ce qui est encore plus intolérable est qu’on appelle ces pays pauvres, alors qu’ils ne le sont pas. Les pays ainsi appelés ont des populations de manière prédominante pauvres, mais eux-mêmes en soi ne le sont pas.

Pourquoi donc la pauvreté se produit-elle et se reproduit-elle? Si nous analysons le pays le plus pauvre du monde (la liste de candidats à une telle distinction est longue), nous verrons que les racines de la pauvreté sont faciles à voir, si on veut les voir. Le quotidien The New York Times, un journal d’orientation libérale, qui publie de temps à autre quelques informations qui ne cadrent pas avec cette sensibilité, a publié un rapport sur la pauvreté au Bangladesh, un des pays que l’on peut identifier comme les plus pauvres (24-1-05).

Ce rapport était écrit par un groupe d’économistes qui avait visité ce pays. Parmi leurs nombreuses observations ressortaient les suivantes: “Les racines du problème de la pauvreté au Bangladesh sont dans l’énorme concentration de la terre (le principal moyen de production dans une économie agricole) dans ce pays. Seulement 16% de la population rurale contrôle les deux tiers de toute la terre cultivable, tandis que 60% de la population possède seulement un acre (4 000 m2, NdT). D’autre part, le rapport ajoutait que “l’introduction des nouvelles technologies-comme des nouveaux fertilisants-accentuait encore plus la polarisation dans la propriété de la terre, car seuls les grands propriétaires peuvent avoir accès au crédit et à d’autres facteurs nécessaires pour pouvoir exploiter et utiliser les nouvelles technologies”.

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Ben Heine, Tlaxcala

Quant à l’ “aide” qui provient de l’extérieur, le rapport signalait “que les responsables chargés de l’aide aux nécessiteux au Bangladesh reconnaissent eux-mêmes (dans des conversations privées) que seule une fraction minuscule des millions de tonnes d’aliments qui arrive dans le pays, comme partie de l’aide extérieure, finissent dans les mains des familles affamées qui en ont besoin. Les aliments de l’extérieur sont canalisés par le gouvernement, qui les vend aux militaires, à la police, aux classes moyennes des villes...”. Le rapport concluait que “l’énorme potentiel productif de terres énormément fertiles est tel que le Bangladesh pourrait alimenter une population bien supérieure à l’actuelle”.

Mais les produits alimentaires qui sont produits ne sont pas consommés, dans leur majeure partie, au Bangladesh, car la majorité de la population n’a pas un pouvoir d’achat suffisant. Au lieu de cela, ils sont exportés, surtout dans les pays de niveau de revenu plus élevé, ce qui contribue à reproduire ainsi une économie basée, non sur la consommation et la demande internes, mais sur la consommation externe et les exportations. Il semblerait que le plus logique serait de créer une telle demande interne, en redistribuant les ressources (dont la terre) pour permettre le développement du pouvoir d’achat de la grande majorité de la population.

Seulement voilà, la structure de pouvoir, monopolisée par les grands agriculteurs, s’oppose à de tels changements dans la redistribution. Comme le soulignait bien le rapport cité “le parlement de ce qui est prétendument un système politique démocratique (le Bangladesh figure dans la classification établie par le Département d’Etat des USA, comme une démocratie) est contrôlé par les grands agriculteurs. 75% des membres du Parlement possèdent de grandes superficies de terres, et il ya là peu de possibilités de changement”. Le système économique et politique soutenu en partie par l’armée et en partie par des systèmes d’information et de persuasion (avec des connexions à des groupes médiatiques étrangers), a de maigres possibilités de changement. La Constitution du pays, écrite par cette structure de pouvoir, inscrit par écrit l’impossibilité d'engendrer un tel changement. D’où la présentation de la défense de cette structure de pouvoir comme une défense de la démocratie.

Ce sont là les causes de la pauvreté, de la faim et de la malnutrition dans le monde. Et quand la population “pauvre” se mobilise pour changer cette situation, on l’accuse de violer l’ordre démocratique. Le cas du Honduras est le plus récent mais je doute qu’il soit le dernier. Ce sont là les causes de la pauvreté dans le monde, qui rarement apparaissent dans les médias de persuasion.

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"Ne nous donnez pas d'argent...Apprenez-nous à devenir riches". Juan Ramón Mora, Málaga

Traduction : Gérard Jugant

Révision : Fausto Giudice

ESPAÑOL

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Source : Público-Las causas de la pobreza mundial
Article original publié le 29/10/2009
Sur l’auteur
Gérard Jugant et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9152&lg=fr

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