EVO NE SAIT PLUS QUOI FAIRE

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Toutes les initiatives pour freiner le référendum séparatiste que l’oligarchie impulse ont échoué, le gouvernement de la gauche indigène hésite entre laisser faire les séditieux ou user de la force et des troupes ou continuer collé aux soutanes de l’église.

La Paz, le 8 avril 2008.- Une manifestation populaire mercredi dernier à l’Est de la ville prospère de Santa Cruz a affirmé que la rébellion oligarchique compte avec un appui populaire massif et détient le contrôle de la rue, laissant le Président Evo Morales enfermé dans les montagnes de l’Ouest, sans savoir comment contenir l’avance de la droite séparatiste, sans savoir comment faire asseoir autour de la table des négociations la vieille bourgeoisie agro exportatrice, et conclure avec elle un grand accord national.

Jusqu’à maintenant, tout s’est très mal passé pour le premier Président indigène de La Bolivie dans son intention de dissuader les préfets (gouverneurs) du tropique et des vallées pour qu’ils ne mettent pas en avant leur référendum d’autonomie inconstitutionnel et illégal, le premier dimanche de mai, avec lequel et le vote populaire, ils veulent légitimer le double pouvoir que se donnerait La Bolivie, avec Evo Morales gouvernant l’Altiplano (La Paz, Oruro et Potosí) et l’oligarchie maîtrisant le reste du pays (Santa Cruz, Beni, Pando, Tarija et partiellement Chuquisaca et Cochabamba).

Jusqu’à présent, Evo n’a pas pu freiner la sédition séparatiste ni avec les lois du Parlement, ni avec les décrets présidentiels, ni avec les décisions de la Chambre Nationale Electorale, ni avec les avertissements du Tribunal Constitutionnel, ni avec l’aide de l’église catholique, des organismes internationaux et l’intervention de l’OEA et les délégations des pays voisins (voir : Même pas la loi ne freine l’oligarchie).

Rébellion à l’Est

« Ce n’est pas avec 20 décrets qu’ils vont nous arrêter, ce 4 mai nous allons être autonomes », a dit Rubén Costas, le préfet de Santa Cruz, un des leaders de la révolte qui a assuré lors de la grande manifestation de mercredi que « ce 4 mai nous allons les réduire en poussière, ce 4 mai débute la véritable révolution ».

Un autre meneur, Branko Marinkovic, le fasciste et millionnaire président du Comité Civique de Santa Cruz et icône des 100 clans (familles) qui dirigent le complot et maîtrisent la terre, l’économie et le pouvoir régional, a également réaffirmé la tenue du référendum et a promis des augmentations de salaire et de meilleures conditions de vie aux habitants de Santa Cruz.

“le 4 mai ne se négocie pas, le 4 mai est à vous tous, c’est la véritable révolution dans ce pays et ce sera le véritable changement, le changement du travail, du panier basique de la ménagère accessible à tous (…) car vos salaires vont être dignes, cela est l’autonomie », avait-il dit lors de la manifestation au cours de laquelle il donnait, de plus, son appui aux chefs d’entreprises de l’huile et du soja que le Président Evo Morales tente de mettre en faillite avec sa mise en application de l’interdiction à l’exportation.

Sans drapeau

Lors de cette même journée, l’oligarchie, en offrant au peuple de meilleurs salaires, l’assurance santé gratuite pour tous, des logements et de l’eau potable pour les indigènes, a ôté à la gauche indigène le dernier drapeau avec lequel elle pouvait casser l’adhésion/soumission de leurs organisations syndicales, sociales, populaires et sympathisantes envers les loges qui dirigent la rébellion sécessionniste. C’est aussi qu’en deux ans de gouvernement de la gauche indigène, Morales s’est refusé d’améliorer réellement les maigres salaires des boliviens (110 dollars mensuels en moyenne), il n’a pas pu rendre les terres aux paysans pauvres, ni empêcher la grande exploitation laborieuse, la situation des travailleurs et des classes moyennes dans tout le pays a empiré, le coût de la vie a fortement augmenté et les conditions de travail sont devenues plus précaires dans le secteur privé et non contrôlé.

Durant cette période, le budget de l’État et la trésorerie des chefs d’entreprises ont augmenté plus que jamais, comme les prix élevés des matières premières, alors que les pauvres ont réduit leur consommation alimentaire, ce qui du moins à l’Est, a eu pour conséquence d’aller grossir les rangs de la droite, attirés par la démagogie des oligarchies, déçus par la défection du gouvernement sans pouvoir aller vers des positions révolutionnaires à cause de la faiblesse des organisations politiques et ouvrières situées à gauche du Mouvement Au Socialisme (MAS) au pouvoir.

Entre deux eaux

À moins d’un mois du référendum sécessionniste, dans le gouvernement de Morales il y deux grandes tendances qui s’agitent : Une qui lève les mains et qui pense que ce n’est déjà plus possible de retenir la consultation populaire des sécessionnistes et qui propose de négocier après le 5 mai, une fois que l’oligarchie aura légitimé son pouvoir dans les urnes. L’autre, en échange, propose d’user des forces de l’État et envoyer l’Armée et la Police pour empêcher le vote et couper court à la sédition.

Dans les deux cas, il y a beaucoup de dangers pour l’administration de Morales. Beaucoup pensent que d’aller au-devant du référendum de Santa Cruz, d’autres également suivraient immédiatement comme à Beni, Pando et Tarija, et plus tard à Cochabamba et Chuquisaca, ce qui donnerait l'illusion que la majeure partie du pays aurait donné son appui explicite a leurs gouverneurs de droite et aurait retiré sa confiance à « président indien ».

Avec cet aval populaire en sa faveur, l’oligarchie serait dans une meilleure situation pour imposer ses conditions à l’administration gouvernementale, ce qui légaliserait l’existence de deux gouvernement en Bolivie.

C’est pour cela, que les plus durs du cabinet de Morales insistent pour empêcher le référendum du 4 mai en utilisant l’Armée et la Police, en décrétant un « état de siège » ce qui permettrait d’arrêter les conspirateurs. Cependant, dans ce cas-là, les officiels craignent que les forces en uniforme ne soient dépassés par la population ou qu’il se produise un « bain de sang », ce qui rendrait impossible que Morales atteigne son objectif d’un grand accord national avec l’oligarchie, du moins dans les termes dont il l’entend.

État de siège ?

Pour l’instant, le président Morales lui-même a rejeté la possibilité de décréter un état de siège ou de militariser la ville de Santa cruz pour empêcher la tenue du référendum de Santa cruz sur le statut d’autonomie et il a affirmé qu’il n’existe pas de division à l’intérieur des Forces Armées ni dans la Police Nationale.

“J’ai écouté ces derniers jours, ce qui se dit, sur la militarisation de Santa Cruz, sur l’état de siège, totalement faux, je rappelle qu’en décembre de l’année passée l’on parlait d’exils, de confinements, informé seulement par vous-même (la presse), jamais il ne m’étais passé par la tête ni pensé sur un état de siège, de même qu’aujourd’hui », a-t-il dit lundi.

Impotence et consolation

En appui sur leur position, les partisans de la première tendance minimisent l’impact de la victoire électorale prévisible de l’oligarchie, avec laquelle elle légaliserait ses statuts d’autonomie qui donnent à l’administration régionale l’autorité pour créer son propre Parlement, sa Police et le contrôle de la terre, les ressources naturelles et les impôts.

“ Nous croyons que ceux qui sont sur le terrain de l’illégalité auront beaucoup de difficultés au moment d’appliquer les résultats d’un acte illégal”, a dit le ministre du gouvernement, Alfredo Rada, qui a qualifié le référendum de Santa Cruz  comme « un simple sondage institutionnalisé » car il n’a pas été convoqué en accord avec la loi.

Dans le même sens, le président de la Chambre nationale Électorale, José Luis Exeni, avait assuré « que la Chambre Électorale ne se prononcerait pas sur les résultats du référendum de Santa Cruz, et ne les avalisera pas, ni au niveau national et ni international ».

Mais cela ne pose aucun souci aux oligarchies qui préparent déjà un chronogramme d’activités, après le référendum. . Carlos Dabdoub, dirigeant civil et secrétaire des autonomies de Santa Cru, avait dit que, après le 4 mai, ils auront une période de transition de 90 jours pour inscrire l’élection directe de leur gouverneur, conseillers départementaux et sous-préfets. Ensuite, ils essaieront de démarrer un processus de concertation avec le gouvernement de Morales pour le transfert de compétences exclusives, et la coordination pour les attributions partagées et d’exécution.

Et c’est, précisément cela, que redoutent les partisans de la seconde tendance à l’intérieur du gouvernement : que la négociation après le 4 mai se fasse sur la base des compétences exigées par les préfets de l’opposition en accord à leurs statuts d’autonomie et plus sur ceux de la nouvelle Constitution Politique de l’État.

Rédition et réalisme

Entre les deux courants, ceux qui veulent “laissez faire et laissez passer” et ceux qui veulent user de la force, il y en a d’autres qui luttent pour continuer d’espérer que réussissent la médiation de l’église catholique ainsi que les gestions des délégations étrangères qui n’ont, comme jamais, une grande ingérence dans les affaires de la Bolivie. Ils croient qu’il est possible d’asseoir autour de la table de dialogues, les préfets de l’opposition si l’on annule maintenant les réductions des budgets aux régions (remboursement de l’Impôt Direct des Hydrocarbures, 200 millions de dollars), si l’on annule le décret contre l’exportation des aliments (huile, soja, maïs et autre) et si l’on flexibilise ou l’on élimine la proposition officielle de la nouvelle Constitution Politique de l’État, qui à ce stade de la conjoncture politique n’est qu’un simple papier trempé de bonnes intentions et rien de plus.

“Quelques-uns disent que c’est se rendre avant la bataille, mais ce n’est pas sûr, c’est simplement comprendre l’actuelle proportion des forces », pour tenter de débloquer le dialogue avant le 4 mai.

Cependant, cette perspective paraît presque impossible de parvenir. Lors de la dernière réunion d’urgence tenue durant la nuit de ce lundi à la demande de Morales, avec l’église catholique et les cinq préfets rebelles, la hiérarchie de l’église à entendu de la bouche des opposants qu’ils assisteraient au dialogue avec le gouvernement après le référendum de Santa Cruz du 4 mai, lorsque « les conditions seront données ».

Mobilisation populaire

Dans ce scénario, les syndicats et les secteurs sociaux qui commencé à déborder par la gauche le gouvernement de Morales, signalent la nécessité de reprendre l’action directe des masses pour freiner la conspiration de droite et avancer vers un réel processus de changement en Bolivie, en nationalisant le gaz, le pétrole et les mines, en améliorant les conditions de vie des gens, en prenant les terres des propriétaires et ainsi stopper depuis la racine la rébellion oligarchique.

Ainsi, le XXXè Congrès national des mineurs syndiqués ont appelé à l’unité et à la mobilisation populaire pour reprendre les drapeaux révolutionnaires et pour affronter la droite qui avance d’un pas ferme vers le référendum séparatiste (voir : Les mineurs en guerre contre les 100 clans). Les mêmes ont appelé les travailleurs de l’industrie de transformation, les paysans, les colonisateurs et les autres syndicats.

Parmi les mineurs, spécialement ceux de Huanuni, il y a la certitude que c’est la politique de conciliation avec l’oligarchie de Morales qui a permis l’expansion de l’extrême droite.

“Le gouvernement national présidé par le Mouvement Au Socialisme est aussi coupable de cette situation pour avoir permis que cette minorité de riches se réorganise et relève de nouveau la tête, ceux-là mêmes qui sont puissants parce qu’ils ont le pouvoir économique leur offre l’exploitation de nos ressources naturelles, comme les hydrocarbures, la mine, la terre », avait signalé en fin de semaine le syndicat de Huanuni dans une déclaration publique.

Les prolétaires de l’étain ont averti que si le gouvernement de Evo ne récupère pas ces ressources pour l’État, « ces vampires seront toujours puissants et le chômage se maintiendra, ainsi que la pauvreté et la misère dans lesquelles nous avons vécu toutes ces dernières décennies ».

“ Seule l’application des agendas de 2003 et 2005 (nationalisation du gaz, des mines et des terres, NdR) garantira le démantèlement et la déroute de l’oligarchie. Les mineurs de Huanuni, exigeons du gouvernement d’assumer des mesures plus énergiques pour démonter la fraude du référendum autonomique et d’appliquer une fois pour toutes les véritables changements structuraux dans le pays » a-t-il ajouté.

L’avant-garde prolétaire veut vaincre l’oligarchie qui nourrit une haine profonde et viscérale contre les indiens et les pauvres et qui est en guerre contre la Bolivie; par contre, Morales veut la concertation avec eux dans le cadre d’un processus de changement qui normalise et approfondisse le fonctionnement du capitalisme, en respectant la propriété privée et les investissements étrangers, avec des entreprises qui paient des impôts et qui ne se soustraient pas à la loi, avec une meilleure qualité de vie pour les gens et sans autant de discriminations sociales et raciales contre les indigènes.

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SIGNER LA PÉTITION POUR L'UNITÉ DE LA BOLIVIE

Trad: Esteban