05 mai 2008
BOLIVIE: 7 QUESTIONS ET 7 RÉPONSES SUR LA BOLIVIE DE EVO MORALES
AU SUJET DES NOUVELLES GAUCHES EN AMÉRIQUE LATINE
CEPRID
1- Evo est-il indigéniste ?
Avec une mère aymara qui en espagnol ne connaissait seulement que « Notre Père », élevé dans une maison construite de boue dans un petit village perdu à Oruro, Evo Morales a vécu une enfance d’une pauvreté difficile à imaginer, endeuillé de quatre de ses sept frères morts juste après leur naissance et la faim toujours à l’affût. Son étonnante trajectoire politique se comprend comme faisant partie du processus de la réaffirmation indigène apparu dans les années 70, avec le katarisme - en référence à Túpak Katari, le cacique aymara écartelé par les espagnols durant le siège de La Paz en 1781 – qui était sa branche la plus radicale qui parvint à sa première reconnaissance en 1994, avec une réforme constitutionnelle qui établit le caractère « pluriculturel et multiethnique » du pays et inaugura l’apprentissage bilingue dans les écoles. Cela prit forme pendant la présidence néolibérale de Gonzalo Sánchez de Lozada, un fait qui à première vue peut paraître paradoxal mais qui peut-être ne l’est pas tant que cela : le remplacement de l’idée de classe par celle de l’ethnie ou de culture s’accordait parfaitement avec l’esprit en vogue. Avec un problème : les indigènes boliviens ne sont pas des minorités que l’on doit protéger, mais de grandes majorités exclues, dont la discrimination ethnique se rajoute et se réalimente avec l’inégalité sociale. Une réalité qui ressemble plus à l’apartheid sud-africaine qu’à ces images de ces indiens postmodernes colorés qui apparaissent souvent dans la National Geographic. L’échec de ces premières opérations d’ouverture de nature néolibérales qui avaient seulement changé en apparence, a consolidé l’idée dans le mouvement indigène, qu’il était nécessaire de construire son propre instrument politique pour arriver au pouvoir et à partir de là, changer les choses. La grande réussite de Evo Morales a été d’obtenir la confluence entre l’appel indigène et d’autres courants politiques – anti néolibéraux, nationalistes – derrière un projet politique unique. « Si ce fut Evo Morales et non Felipe Quispe qui avait accédé au poste de premier président indigène de la Bolivie, c’est parce qu’il est parvenu à articuler un projet national face à la perspective aymaracentrique », avait écrit Pablo Stefanoni (Nueva Sociedad 209, mai-juin 2007). En d’autres termes, il sut s’exprimer politiquement aux paysans des zones les plus reculées à l’intérieur, mais aussi aux indigènes et autres métis urbains usant du marché de consommation, qui achètent des jeans et des chaussures, qui se connectent à Internet et qui dans nombreux cas ont abandonné définitivement le quechua et l’aymara.
2- Quelle importance a eu la coca dans la carrière de Evo morales ?
Bien que la coca se cultive depuis l’invasion des Incas, le véritable boom à commencé vers le milieu des années 80, lorsque la fermeture des mines d’étain et une brutale sécheresse sur les Hauts Plateaux produisirent une migration massive vers le Chapare, une zone fertile du tropique, juste à un moment où, aux États-Unis, la mode de la cocaïne et de la drogue arrivait et s’accordait bien avec l’esprit hippie de l’époque. La coïncidence entre la demande et l’offre avait produit une expansion géométrique des plantations de coca, une culture qui contient une série d’avantages qu’aucun autre produit ne possède : elle emploie une grande quantité de main d’œuvre, n’a pas besoin de beaucoup de capital ni d’engrais, ni d’une infrastructure spéciale ; il suffit d’acheter ou de louer un lopin [de terre] et les seuls besoins en plus de bras disponibles, sont les plants. De plus, la coca reste rentable même avec de petites parcelles. Comme dirait un économiste, cela ne nécessite pas d’économie d’échelle. La coca est une culture classique de petite propriété et ressemble à celle du café, à la différence qu’elle produit trois récoltes par an au lieu d’une seule.
Pendant que la coca s’étendait, la guerre contre les drogues déclenchée par Ronald Reagan a forcé les successifs gouvernements boliviens, d’essayer une série de stratégies d’éradication qui échouèrent les unes après les autres, aussi bien par manque d’attrait à d’autres produits de substitution que par la montée de la brutalité policière. La réaction du mouvement des cocaleros [planteurs de coca] fut de se rassembler, se renforcer pour se présenter aux élections, gagner en premier quelques intendances, ensuite un député national, et finalement la présidence. En ce sens, l’ascension au pouvoir des cocaleros est le résultat d’un processus qui avait combiné les triomphes électoraux avec des méthodes d’actions directes, les blocages et les piquets de grève ont précipité la chute des gouvernements, pour finalement accéder au pouvoir.
3- Le gouvernement de Evo Morales est-il révolutionnaire ?
Si au Venezuela, Hugo Chávez parle de sa « révolution bolivarienne » et si Rafael Correa définit son projet comme une « révolution citoyenne », Evo Morales également en appelle quelquefois au terme ancien, bien que l’adjectif qui le suit n’est pas tout a fait clair. C’est pour cela, au-delà des définitions, peut-être que la meilleure façon de s’approcher d’une réponse est d’analyser les raisons et l’impact de la décision plus radicale de son gouvernement : la nationalisation des hydrocarbures.
Le décret de nationalisation, annoncé avec surprise en janvier 2006 et théâtralisé avec l’occupation militaire des champs gazéïfères, a obligé les entreprises privées à céder la totalité de leur production et la majeure partie de leurs actions à l’État. En plus, il a ordonné une augmentation des offres de 50% à 82%. Et bien qu’au début, les grandes compagnies étrangères comme Petrobas et Repsol avaient menacé de se retirer, elles ont accepté de renégocier les contrats sous les nouvelles conditions, ce qui permit au gouvernement d’accomplir son objectif d’augmenter la participation de l’État sans produire un transfert total des investissements étrangers.
L’augmentation du pourcentage obtenu par l’État, plus l’accroissement des prix internationaux et la renégociation des valeurs des exportations vers l’Argentine et le Brésil ont permit au gouvernement d’augmenter ses recettes fiscales. Selon la CEPAL [Commission Économique Pour l’Amérique Latine], celles-ci avaient augmenté de 47% depuis la signature du décret. Il convient alors de nuancer les critiques sur le populisme de Evo Morales en signalant que, malgré la jalousie de plus d’un néolibéral, son gouvernement est fiscalement le plus solide de ce dernier demi siècle. Avec un excédent de 4,5%, des réserves record et une diminution de la dette extérieure grâce aux remises de la Banque Mondiale et de la BID [Banque Interaméricaine de Développement], la macroéconomie reste stable et ordonnée. En Bolivie, personne ne s’intéresse assez au ministre des finances, puisque l’attention demeure dans la crise politique, mais ce n’est pas de trop d’y consacrer deux lignes : Luis Arce Catacora est un fonctionnaire de carrière de la Banque Centrale, diplômé en Angleterre, il parle l’anglais, le portugais et ne renie pas les mesures de rigueur. Il est de fait, responsable pour appliquer la politique orthodoxe des taux d’inflation pour contrôler la montée des prix.
4- Le gouvernement parie -il sur un secteur économique post capitaliste ?
Du moins, c’est cela que m’avait dit Alvaro García Linera, vice président de Bolivie et intellectuel reconnu par une partie de la gauche de son pays, lorsque nous nous sommes rencontrés dans son appartement plein de livres à La Paz. « Notre économie a un espace capitaliste qu’il faut renforcer. La différence avec d’autres gouvernements, c’est qu’il ne s’agit pas de capitalisme de clan, endogamique et spéculatif, mais d’un capitalisme productif. Mais il y a également un secteur non capitaliste ou post capitaliste, qui sont les forces communautaires traditionnelles. Elles sont séparées et dispersées, mais elles ont à l’intérieur d’elles un fort potentiel. C’est une structure très large : 90% de l’économie paysanne est de type familio-communautaire ».
Cela sonne bien. Cependant, il paraît difficile qu’un secteur avec ces caractéristiques – basse productivité, manque d’apport technologique, échelle réduite – puisse être utilisé pour autre chose que pour la plus élémentaire autosuffisance. Mais, pour García Linera, il y a là un potentiel productif. « Notre grand défi est de transformer la communauté en une force post capitaliste. Que pourrons-nous développer de cela ? Nous l’ignorons. Mais nous croyons que le principal est, que les choses qui sont en train de s’éclairer vont au-delà du simple réajustement démocratique à un capitalisme mûr déjà existant.
5- Evo Morales est-il en train de progresser dans la lutte contre la pauvreté ?
Le point de départ est désolant. La Bolivie est, après Haïti, le pays le plus pauvre d’Amérique Latine, avec 63,9% de pauvreté et 34,7% d’indigence, un taux de mortalité infantile qui est le triple de celui de l’Argentine, deuxième dans l’espérance de vie la plus basse de la région et un des pires indices de répartition des revenus du Continent.
Peut-être, est-ce encore trop tôt pour évaluer l’exercice de Evo Morales à se sujet. Depuis son accession au pouvoir, l’économie à augmenté à un rythme raisonnable : 4,6% en 2006, 3,9% en 2007 et on l’estime à 4% pour 2008. Bien qu’il n’y a pas de données précises, il est probable que la pauvreté ait légèrement diminué grâce à l’élargissement de certains programmes sociaux, comme le Bono Juancito Pinto d’aide scolaire et l’augmentation des retraites. « Nous sommes en train de chercher un chemin distinct » m’avait dit Juan Ramón Quintana, ministre de la présidence de Bolivie, lors de notre entretien au siège de l’ambassade de son pays à Buenos Aires. « Les recettes obtenues par la nationalisation nous ont permis de renforcer les investissements sociaux, avec des crédits aider les petits entrepreneurs, l’économie familiale, les petites entreprises. Mais cela ne se fait pas du jour au lendemain ».
Le problème qui s’interpose dans ces plans est la dualité structurelle de l’économie bolivienne : d’un côté, le secteur hyper productif et moderne : les mines et les hydrocarbures, plus quelques exportateurs de soja, de bijoux et de cuir ; d’un autre côté, des dizaines de milliers de petits entrepreneurs arriérés avec une très faible productivité. La difficulté vient du fait que le premier secteur génère 60% des recettes, emploie seulement 7% de la population, pendant que le second qui développe 40% des recettes, emploie 83% de la main d’œuvre. Le dernier rapport de PNUD [Programme des Nations Unies pour le Développement] sur la Bolivie, soutient que le changement de ce modèle économique est la clé du développement. Dans un autre cas, la pays pourra progresser, mais ce sera un accroissement appauvrissant, comme l’avait expliqué Salvador Ric, ex ministre des Œuvres Publiques de Evo Morales, qui fit les calculs et arriva à la conclusion suivante : à ce rythme et avec ce type de progression, la Bolivie mettra 20 ans pour atteindre les niveaux de développement du…Paraguay.
6- Que manque t-il pour l’approbation de la nouvelle Constitution ?
Six mois après l’arrivée au pouvoir de Evo Morales, les élections des constituantes avaient été organisées, dans lesquelles le parti au pouvoir s’était clairement imposé, bien que sans atteindre les deux tiers nécessaires pour pouvoir définir à lui seul les réformes à instaurer. Le plébiscite sur les autonomies départementales qui s’était déroulé simultanément, fit apparaître un triomphe du NON – la position défendue par le gouvernement – au niveau national. Cependant, le OUI s’était imposé dans quatre départements : Santa Cruz, Tarija, Pando et Beni. L’assemblée s’était réunie et après un an et demi de discussions au cours des sessions, pas un seul article n’a été adopté.
Le virage est arrivé en novembre 2007, lorsque les députés alignés au gouvernement se sont réunis dans une caserne militaire et, avec les deux tiers des officiels présents (pas du total) ils ont approuvé en une session, 400 articles : entre autres, la récupération du rôle de l’État dans l’économie et l’interdiction de la privatisation des services de base. Le jour suivant, les préfets des départements rebelles ont annoncé qu’ils ignoraient la nouvelle Constitution et que des plébiscites sur l’autonomie seraient organisés. Le gouvernement répondit en annonçant des élections, mais il fut débouté par la Justice.
Cette confusion institutionnelle compliquée, ne devrait pas cacher l’état de fait principal : le blocage qui paralyse la Bolivie. À la différence de Chávez, qui dans les premières années de gouvernement il s’était assuré du monopole absolu de l’initiative politique, Evo Morales, affronte une opposition qui même qu’elle soit quantitativement minoritaire, possède du pouvoir, de l’argent et des ressources. Le chef de file Santa Cruz, département le plus prospère de Bolivie qui tire 30% du PIB national, génère 62% des devises et reçoit 47,6% d’investissement étranger. Elle est de plus, la région la plus intégrée au MERCOSUR et celle qui possède ce qui ressemble le plus à une industrie manufacturière de tout le pays. Il suffit de marcher quelques heures dans les rues de Santa Cruz, bondées de 4x4 pour se faire une idée d’une prospérité qui s’érige là-bas comme un étendard d’un progrès individuel dans un pays habitué à un échec économique.
7- Y a-t-il une issue pour la Bolivie ?
Le changement politique amené par Evo Morales en janvier 2006 est le plus profond et le plus radical de tous ceux qui sont en train de se produire en Amérique Latine. Si le processus de refondation vénézuélien s’est limité à une rotation d’élites avec de grandes politiques sociales, le processus bolivien pointe l’introduction d’une énorme majorité indigène exclue (selon le dernier recensement, 64% de la population) à double sens : économique et politique. Le premier est difficile dans un pays, qui, en plus d’être extrêmement pauvre, n’est pas arrivé à diversifier sa structure de production (75% de ses exportations sont des hydrocarbures et des produits alimentaires) et dont le volume, bien qu’il soit en augmentation reste toujours bas. Quand à l’ouverture politique, au-delà de l’énorme révolution symbolique qu’a signifié l’arrivée au pouvoir de Evo Morales, celle-ci n’est pas pour autant fermée. Le gouvernement n’est pas parvenu à étendre son influence aux régions rebelles de l’Est et, dans un contexte de polarisation grandissante, il court le risque de perdre l’appui des classes moyennes. Transformer son projet de refondation en un consensus national minimum – exemple de Nelson Mandela – impliquera tôt ou tard de concéder et de négocier, sans laisser de côté les appels de justice : un équilibre compliqué sur un chemin à peine plus large que celui d’une corniche.
José Natanson 30 - IV - 2008
CEPRID ESPAÑOL
Traduction : Esteban
BOLIVIE: L'URGENCE DE LA SOLIDARITÉ AVEC LA BOLIVIE
Parmi toutes les expériences progressistes en cours en Amérique Latine, qui découlent des victoires électorales des forces les plus à gauche, c’est celle de la Bolivie qui court aujourd’hui le plus grand risque de retour en arrière. Selon de nombreux analystes, le pays voisin serait au bord de la guerre civile. L’oligarchie raciste, qui n’a toujours pas digéré l’élection historique du leader paysan et indigène Evo MORALES, s’emploie de toutes ses forces, par le biais d’un mouvement séparatiste de type fasciste, à faire éclater la nation. Le “référendum sur l’autonomie” du riche département de Santa Cruz, du 4 mai risque de constituer le point culminant de l’affrontement.
À l’origine de cette initiative illégale, contraire à la Constitution et à l’unité nationale, Rubén COSTA, gouverneur de l’Etat et chef des séparatistes, prétend que ce référendum sera le premier pas vers la scission du pays. Trois autres départements (Pando, Tarija e Beni) menacent de suivre le même chemin. Depuis la prise de fonctions d’Evo MORALES, en janvier 2006, la bourgeoisie bolivienne prépare ce coup de force, qui vise à séparer la partie orientale, la “Media Luna”, la plus industrialisée et la plus riche en ressources naturelles, de la partie occidentale – plus pauvre et où la population indienne prédomine. Et pour imposer cette partition, elle peut compter sur l’appui déclaré des U.S.A. et a commencé à recruter des mercenaires en vue d’un probable conflit armé.
L’ambassadeur séparatiste
L’interventionnisme du Président-terroriste George Bush est flagrant. La nomination comme ambassadeur en Bolivie du redoutable Philip GOLDBERG apparaît comme une claire provocation. Cet agent de l’impérialisme s’est notamment distingué dans ses actions de soutien au séparatisme dans les Balkans, au sein de la dénommée “Mission Kosovo”. Comme le rappelle Stella CALLONI, dans un texte intitulé “contre-insurrection et putschisme”, “GOLDBERG est un expert reconnu dans l’exacerbation des conflits ethniques et raciaux et par son action et son expérience dans les luttes ethniques en Bosnie et jusqu’à l’éclatement de l’ex-Yougoslavie”. Ses états de service “diplomatiques” comprennent aussi le putsch en Haïti qui a provoqué la chute de Jean ARISTIDES et la militarisation du Plan Colombie.
Selon elle, “il ne fait aucun doute que l’action de GOLDBERG est derrière le processus séparatiste à Santa Cruz de la Sierra”, qui a débuté juste après la prise de fonctions de MORALES et qui a déjà provoqué des sabotages et des victimes. “Lors de son arrivée en Bolivie, les patrons croates de Santa Cruz (ses vieux amis) ont structuré le mouvement ‘Nación Camba’. Un des principaux leaders du mouvement, qui dispose aussi d’intérêts au Chili, Branco MARINKOVIC, est un des premiers instigateurs des mesures de déstabilisation, qui ont eu des répercussions sur l’ensemble de la Media Luna”, et dispose de liens solides avec l’ambassadeur yankee.
Les manœuvres militaires dans la région
Lors du 17ème sommet Ibéro-américain, qui s’est tenu l’an dernier au Chili, le Président Evo MORALES a présenté aux chefs d’Etat participants plusieurs photos montrant l’ambassadeur GOLDBERG tout sourire aux côtés du chef mafieux et paramilitaire colombien Jairo VANEGAS. D’ailleurs même les fonctionnaires de l’ambassade des U.S.A à La Paz reconnaissent que George BUSH considérait la victoire de MORALES comme “une menace pour la sécurité de la Région” en raison de son “populisme radical” et de ses liens avec Hugo CHAVEZ et Fidel CASTRO. L’ex-secrétaire à la Défense des U.S.A., Donald RUMSFELD, a même précisé que “la Bolivie faisait dorénavant partie de l’axe du mal”.
Dans une autre action d’intimidation, les troupes yankees ont réalisé des exercices militaires chez les voisins du Paraguay dès la fin de 2005, lorsque la victoire du leader indien apparaissait comme plus que probable. “Des Forces spéciales des U.S.A. continuent à opérer dans la zone frontière dans des pseudos manœuvres civiques, une vieille tactique contre-insurrectionnelle”, dénonce-t-elle. Les Escadrons Opérationnels Avancés (EOA) peuvent s’appuyer sur une forte infrastructure dans ce pays voisin, dont une piste aérienne de 3,8 km sur la base de Mariscal Estigarribia, construite à l’époque de la dictature d’Alfredo STROESSNER. L’arrivée de Fernando Lugo à la présidence du Paraguay menace la permanence de ces accords militaires, ce qui pourrait accélérer le risque d’une aventure militaire en Bolivie.
Groupes fascistes et mercenaires
Ulcérée par les changements progressifs mis en œuvre par le gouvernement MORALES, mais forte du soutien affiché des U.S.A., l’oligarchie raciste s’arme en vue d’un conflit. Manfred REIS, ex-militaire à l’époque de la dictature de Hugo BANZER et autonomiste influent à Cochabamba, a mis sur pied des groupes de jeunes fascistes responsables de violents affrontements qui ont provoqué des morts et des blessés. Il est aujourd’hui réfugié à Santa Cruz. En novembre 2006, l’agence de presse Erbol a révélé qu’un groupe de patrons est parti en Espagne pour recruter des mercenaires. Des propriétaires d’entreprises de “sécurité” ont confirmé ce juteux marché. L’un d’eux a même précisé avoir fourni 650 “combattants, anciens membres des “unités d’élite”, qui sont déjà en action dans les zones limitrophes de la Bolivie”.
Les putschistes peuvent aussi compter sur le riche soutien financier de l’Usaid et de la NED, organismes des U.S.A. qui financent des organisations non-gouvernementales d’opposition à MORALES. Les services de renseignement gouvernementaux ont récemment établi que des millions de dollars avaient été versés aux leaders séparatistes, à des organisations estudiantines ainsi qu’à des journalistes lors de la campagne contre l’Assemblée Constituante. Ce sont ces financements qui ont alimenté les “opérations civiques de ville morte” et les violents blocus sur les routes. En 2007, le consulat du Venezuela et la résidence d’un médecin cubain ont été la cible d’attentats et une fonctionnaire de l’ambassade des U.S.A. a été arrêtée en possession d’armes et de munitions. Dans ce processus, “les média constituent des soutiens majeurs de la contre-insurrection, appelant à l’affrontement intérieur et à l’intervention extérieure”, dénonce CALLONI.
Internationalisme actif et pression
Les manœuvres séparatistes de l’oligarchie bolivienne, qui risquent de prendre une nouvelle dimension après le référendum de mai à Santa Cruz, ont pourtant été condamnées de toutes parts. Même l’Organisation des Etats Américains (OEA), pourtant réputée pour son passé servile au service des U.S.A., a condamné les intrigues putschistes. Lors d’une session extraordinaire tenue à Washington, le 26 avril, l’OEA a apporté son soutien aux institutions démocratiques et au respect de la Constitution et a appelé au dialogue les dirigeants politiques de la Media Luna. Des intellectuels de renom ainsi que des personnalités politiques, sociales et religieuses – entre autres, Pérez Esquivel, Noam Chomsky, Eduardo Galeano et les brésiliens Frei Betto, Oscar Niemeyer et Fernando Morais – ont rendu public un manifeste de solidarité :
“Le processus de changement en cours en Bolivie risque de se voir brutalement interrompu. L’accession au pouvoir d’un Président indigène, ses programmes sociaux et sa volonté de recouvrer la maîtrise des ressources naturelles se heurtent depuis le début à des conspirations oligarchiques et à l’ingérence impériale. Ces derniers jours, l’escalade de la conspiration a atteint son niveau le plus élevé. Les actions subversives et anticonstitutionnelles par lesquelles les groupes oligarchiques prétendent diviser la nation bolivienne illustrent la mentalité fasciste et élitiste de ces secteurs... Face à cette grave situation, nous tenons à exprimer notre soutien le plus résolu au Président Evo MORALES. Nous condamnons également le statut d’autonomie de Santa Cruz, pour son caractère inconstitutionnel et parce qu’il porte atteinte à l’unité d’une nation de notre Amérique”.
La grave situation bolivienne, qui constitue un danger pour toute la vague progressiste en cours en Amérique Latine, exige la solidarité active de toutes les forces démocratiques et populaires du continent et du monde. Il est urgent de dénoncer la stratégie séparatiste et putschiste de l’oligarchie bolivienne, appuyée par les U.S.A. en mobilisant les travailleurs, les parlementaires et élus, les média progressistes. Il faut faire pression sur l’O.E.A. et sur le gouvernement LULA afin qu’ils adoptent des positions plus actives et concrètes face à ce risque de retour en arrière dans la région.
Altamiro Borges
Altamiro Borges Journaliste, membre du Comité Central du PC do B (Parti communiste du Brésil).
BRASIL
Traduction: Pedro DA NOBREGA
BOLIVIE: LE GRAND FLOP de la consultation du 4 mai de l'oligarchie séparatiste de Santa Cruz
UJC fasciste manipulée par branco Marinkovic 
Des affrontements entre les mouvements sociaux de travailleurs et les bandes fascistes de la Unión Juvenil Cruceñista préparées par Branco Marinkovic (plus grand propriétaire du pays avec 300.000 ha de terre et de plusieurs fabriques d’huile) ont eu lieu durant la journée du 4 mai.
Les premiers afin d’empêcher le déroulement d’un « scrutin » illégal et fantoche et pour démontrer leur attachement à l’Union de la Bolivie, au gouvernement élu démocratiquement et à la nouvelle Constitution ratifiée par le MAS. Les seconds pour amplifier les affrontements et terroriser les populations, afin que les 100 clans, grands propriétaires terriens et les éleveurs conservent leurs privilèges, les ressources et le pouvoir économique sans partage du pays en continuant à commercer indépendamment du pouvoir central avec les entreprises multinationales et transnationales.
Manifestation pour l'union de la Bolivie
Pour autant le peuple bolivien, les travailleurs et les paysans boliviens ont tout de même fait savoir à Evo Morales qu’il ne doit pas reculer et que sa tentative de pactiser ou de concilier avec l’oligarchie sur la base d’un « capitalisme andin » a échoué et n’est pas d’actualité :« Arrêtons la conciliation ! Écrasons l’oligarchie ! », « Il est temps de reprendre les terres aux oligarchies, de parachever le processus de nationalisation à 100% de l’entreprise d’État YPFB et d’imposer un salaire minimum adéquat au panier de la ménagère » signalaient les dirigeants de la COB d’Oruro. Les faits démontrent qu’il ne s’agit pas d’une lutte de régions ni d’ethnies, mais une lutte de classes. La bourgeoisie, l’église, l’impérialisme et l’oligarchie des grands propriétaires des terres se sont unis pour tenter de renverser le processus révolutionnaire. Ils ont déclaré la guerre aux majorités populaires de Bolivie.
Au milieu de la journée des dizaines d’urnes bourrées de bulletins « OUI » ont été trouvées cachées près des bureaux de votes et détruites en partie par les mouvements manifestants. D’autres irrégularités ont été constatées par des infiltrés, personne ne sait où se trouvent les urnes, aucun agent des Nations Unies n’a été invité pour contrôler cette mascarade, le dépouillement a été effectué à « huit clos » à Santa Cruz.
Aucun journaliste non accrédité par l’oligarchie n’a été autorisé de circuler dans la région « bunkérisée ». Seuls les laquais inféodés à ces Cambas fascistes ont pu délivrer des messages dictés par ces derniers.
Certaines sources comme Anmcol annoncent une abstention de 75%, et sur les 25% de votants, 15% auraient voté NON et 85% OUI. Dans le discours d’Evo Morales, le chiffre de 25% de votants, 15% de NON et 85% de OUI est confirmé. Le chiffre de participation par contre est différent il annonce mais officieusement également que sur 935.000 citoyens inscrits 400.000 (40%) environ se seraient abstenus, auxquels il faut ajouter les votes blancs et nuls.
Voilà des chiffres peu fiables et non vérifiables qui démontrent bien l’organisation d’une consultation inconsistante et frauduleuse destinée à déstabiliser le gouvernement d’Evo Morales et qui s’apparente plus à une amorce d’un coup d’État.
Les radios, télévisions et journaux boliviens, tous aux ordres de cette oligarchie minoritaire délivre le message de la réussite de cette consultation avec 85% de OUI…une plaisanterie de plus qui discrédite ce coup de force ainsi que les médias relais.
Nous attendons maintenant que notre Zorro français Robert MESNARD de Reporters Sans Frontières qui de son Quartier général à Washington va nous délivrer son message de protestation contre la liberté de presse de la part de ces oligarchies boliviennes soutenues par ses compatriotes paramilitaires du Pentagone. De même que notre inutile faire valoir, porteur de sacs de riz, Bernard Kouchner, si prompt à dénoncer lui aussi le manque de liberté et de liberté de presse dans certains pays.
Esteban
