LE TACLE

LA CONSCIENCE VAUT MILLE TÉMOINS

11 mai 2008

BOLIVIE: UN AUTRE MOIS D'AOÛT POUR APPROFONDIR LE CHANGEMENT

Notes sur le nouveau scénario bolivien
EVO MORALES RELÈVE LE DÉFI DE L'OPPOSITION QU'IL AVAIT LUI-MÊME LANCÉ IL Y A UN AN

Images_EvoLe Sénat bolivien dominé par l’opposition, a agité la scène politique en approuvant lors d’une rapide session le même projet qu’ils ont délaissés pendant plusieurs mois : une loi pour révoquer ou confirmer le mandat des plus hautes autorités du pays : préfets, vice président et président. En quelques heures, le gouvernement de Evo Morales a relevé le défi, a salué l’initiative et a annoncé une rapide promulgation. Dans trois mois, les boliviennes et les boliviens devront retourner aux urnes. Le gouvernement cherche à réaffirmer ses majorités et consolider son pouvoir remis systématiquement en question par les élites qui auront maintenant une nouvelle opportunité pour matérialiser leur désir de briser le processus de changement. Changement de scène, continuité des objectifs.

L’an passé au mois de décembre, la Chambre des Députés – avec une majorité du Mouvement Au Socialisme – avait donné le moyen d’approuver un projet adressé par le président Evo Morales qui tentait de résoudre la crise politique provoquée par l’opposition en appelant à la décision du peuple : Que le président, le vice président et les préfets (gouverneurs) soumettent leur mandat aux majorités. Les préfets et l’opposition politique repoussèrent le projet avec vigueur, et le Sénat – contrôlé par l’opposition – le mit de côté. Jusqu’à ce jeudi 10 mai, enhardis par ce qu’ils considèrent comme une victoire, le résultat du référendum illégal pour les statuts d’autonomie du département de Santa Cruz, ils l’ont converti en une loi sans toucher une seule virgule, évitant ainsi que le projet soit révisé par les Députés.


Le Président Evo Morales a fait la seule chose que l’on puisse espérer d’un homme, qui est arrivé au pouvoir, en accomplissant ce qu’il avait proposé durant sa campagne présidentielle et non de se laisser griser par le pouvoir : il a salué l’initiative et a annoncé qu’il la promulguera dès que le Sénat la lui adressera. Dans un bref message adressé au pays, il a estimé que le peuple décidera.

«  Si les politiques ne parvenons pas à nous accorder facilement, qui mieux que le peuple peut décider du destin du pays, du destin du Président, du vice président et des préfets » a dit Evo, en appelant à aller au référendum révocatoire « pour l’unité du pays, par respect à la légalité et à l’État de droit ».

« Ce référendum que nous avons proposé l’an passé, est orienté afin qu’en Bolivie la démocratie s’approfondisse, que l’on passe par les urnes et non avec la violence » avait noté le président et il s’est montré « satisfait » parce que le Sénat a approuvé « en fin de compte » la Loi du Référendum Révocatoire du Mandat Populaire.

Ainsi, cette année, pendant le mois d’août, la Bolivie retournera aux urnes, cette fois-ci – à la différence de ce qui s’est déroulé en fin de semaine passée, le procédure sera légale. Dans chaque département l’on répondra à deux questions, une, commune pour tout le pays : Êtes-vous d’accord pour la continuité du processus de changement dirigé par le président Evo Morales Ayma et le vice président Álvaro García Linera ? » et une autre, pour le préfet du Département : « Êtes-vous d’accord pour la continuité des politiques, des actions et de la gestion du Préfet du Département ? ».

Pour que le mandat de Evo Morales et de Álvaro García Linera s’achève avant la fin de sa période, le vote “NON” doit obtenir « un pourcentage supérieur à 53,470% et un nombre de voix supérieur à 1.544.374 », dit textuellement la Loi. C'est-à-dire, que le rejet doit totaliser, en pourcentage et absolument plus de voix que celles qui portèrent Evo Morales à la présidence lors des élections historiques de décembre 2005. La loi approuvée hier par le Sénat bolivien met également les pourcentages et les votes absolus concrets dans chaque département.

À partir de ce coup politique de la droite, assumé et projeté comme un nouveau défi pour le président Evo Morales, les objectifs immédiats des élites pourraient changer. Le processus d’autonomie à des fins de coup d’État et/ou séparatistes sera probablement ralenti ou au moins, il ne sera plus au centre de la scène, même si les référendums prévus au mois de juin à Beni, Pando et Tarija sont maintenus. Maintenant, les préfets devront s’occuper de légaliser leurs espaces de pouvoir. Pour beaucoup d’entre eux, ce ne sera pas facile. Y compris pour le promu Rubén Costas, de Santa Cruz: là-bas, presque la moitié des citoyens ont voté NON et se sont abstenus volontairement de voter pour les statuts des loges au pouvoir. Ils lui confieront difficilement leur vote de confiance dans 90 jours.

Les hégémonies des droites changent également. Maintenant, la droite politique qui avait approuvé la Loi du référendum revient en scène, pour partager l’espace avec l’opposition plus élitiste, haineuse et qui défend directement ses intérêts, incarnée par les millionnaires du Comité Civique pro Santa Cruz.

Les nécessités du parti d’État changent également. Le Mouvement Au Socialisme devra réactiver son appareil de parti pour la campagne du OUI, il devra aussi articuler le slogan et la campagne avec les mouvements sociaux qui ont incarné la résistance aux autonomies pour les privilégiés, comme en fin de semaine dernière à San Julián, Yapacaní, Montero, San Pedro et les quartiers pauvres de Santa Cruz de la Sierra.

La réaction au processus de changement en Bolivie doit maintenant changer de foyer d’action. Du grand angulaire, de la déstabilisation de tous côtés – autonomies, intrigues militaires, mensonges médiatiques, campagnes internationales, financements à travers d’ONGs non religieuses, etc – il devra passer au téléobjectif du référendum révocatoire et par la campagne du « NON ». Cela ne lui sera pas une tâche facile. Bien qu’il y ait des critiques fondamentales dans certaines conduites tactiques du gouvernement, le lien d’Evo Morales avec les majorités négligées pendant des siècles ne s’est pas rompue en deux ans de gestion.

En Bolivie la bagarre continuera – comme elle l’a été depuis la campagne qui a fait accéder Evo à la présidence – une bagarre de fond. Ce qui est en jeu est énorme. C’est tout le processus de changement : la nationalisation des hydrocarbures, la répartition équitable de la richesse, la Renta Dignidad [une retraite digne] pour les anciens, le Bono Juancito Pinto [aide scolaire] pour les enfants qui suivent les études, le protagonisme dans la gestion du gouvernement obtenu par les communautés indigènes. La bataille est la même. « La lutte continue et continuera, c’est une lutte qui dure depuis de 500 ans », se plaît à répéter le président bolivien.

Dans 90 jours, c’est un défi de fond qui se profile en Bolivie, une bataille centrale. Même si en politique les parallèles sont toujours relatifs, cela vaut la peine de rappeler le résultat du référendum qui confirma la confiance au gouvernement du président du Venezuela, Hugo Chávez, en août  2004.

Avec le triomphe du “NON” pour le départ du président vénézuélien, les changements s’étaient accélérés et l’opposition plongeait dans une crise profonde. Aujourd’hui, à peine, quatre ans après, elle commence à donner des signes de vie, signes qui émergent des erreurs mêmes du processus qui sont en train d’être rectifiées. Le triomphe du « OUI » à Evo en août prochain, produira sans doute un effet similaire, ce sera une période de consolidation du projet de changements profond que le peuple bolivien avait décidé de faire passer il y a deux ans. Le triomphe du « OUI » servira pour renforcer la confiance dans sa propre force.

Le travail sera dur jusqu’au mois d’août  pour que le résultat soit comme en 2004, un mois d’août pour garantir les changements en Amérique Latine.

Marcos Salgado

ESPAÑOL

Traduction: Esteban

Posté par LE TACLE à 08:58 - Bolivie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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