La véritable histoire du plus ancien mouvement de guérilla des Amériques,
par un de ses protagonistes

Interview de Jaime Guaracas, légendaire guérillero des FARC


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Hernando CALVO OSPINA

 C’est dans un coin reculé de la planète qu’il me reçoit. Il fait une chaleur terrible et la couleur des nuages annonce une averse. Me voyant soucieux, il me dit que cette cabane, construite de bois et de feuilles, a déjà résisté à plusieurs tempêtes. Je m’aperçois que dans la petite pièce, l’unique luxe, ce sont les livres. Les heures passant, je me rends compte que deux photos font partie de ses trésors: Il y figure sur les deux, près de Manuel Marulanda Vélez, le commandant des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), récemment décédé.

J’ai devant-moi un des guérilléros des plus légendaires de Colombie : Jaime Guaracas. Il est l’un des mythes révolutionnaires encore vivants, et partie indissoluble de la création et du développement des FARC. Au cours de la Septième Conférence, en mai 1982, il fut élu à la plus haute instance de cette organisation, le Secrétariat. Il dut abandonner sa charge à cause de son mauvais état santé.

Il raconte que ses « soucis de santé » avaient surgi progressivement, séquelles des tortures qu’ils lui infligèrent après sa capture, le 5 juin 1973, à Cali, au sud-ouest du pays. « Les militaires m’avaient gardé enfermé pendant trois mois dans une cellule qui était appelée « calme-fous » et soumis aux méthodes les plus sauvages qu’ils avaient appris des spécialistes usaméricains. »

Guaracas a une mémoire photographique. Il se souvient près de quel fleuve, quelle colline, chemin, village éloigné, quel mois et quel jour s’étaient déroulés les détails les plus importants de l’histoire colombienne, que bien peu connaissent.

Voici une petite partie de ma conversation avec ce personnage, qui n’a presque jamais donné d’interview.

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Fernando Botero, Guerrilla de Eliseo Velásquez, 1988
Huile sur toile, 154 x 201 cm. Museo Botero, Bogotá 

- D’où vient Jaime Guaracas ?

- Je viens d’une famille paysanne très humble, qui occupait un lopin de terre dans le département de Tolima, au Sud du pays. Mes parents avaient défriché un peu de forêt pour construire deux petites fermes, où sont nés six garçons et deux filles. Je suis l’unique survivant de la famille. Faute de médecin, ma mère et ma sœur cadette sont mortes très jeunes.


Le 9 avril 1948, lorsque le caudillo [chef] libéral Jorge Eliécer Gaitán fut assassiné, la violence du gouvernement conservateur contre les libéraux et les communistes se propagea dans tout le pays. Ma famille dut faire comme des milliers de paysans : se cacher dans la forêt pour fuir la mort. Mes frères ainés partirent à la recherche d’autres jeunes qui étaient en train de s’organiser pour défendre leur vie, puisque la police les cherchait pour les assassiner, pour le crime d’être des libéraux. Ces jeunes se convertirent en guérilleros qui luttèrent contre la dictature fasciste. Moi, j’étais trop petit.

- À quel moment vous êtes-vous rapproché de la lutte de la guérilla?
 
En 1953 le général Gustavo Rojas Pinilla prend le pouvoir. Devant ses propositions de paix, les guérillas libérales se démobilisent. Quelques-uns de leurs commandants qui s’étaient battus avec les communistes, décident de s’allier au gouvernement militaire pour nous persécuter.

La consigne du gouvernement était de nous éliminer, et pour cela, il comptait sur l’appui de l’armée, de la police, des conservateurs et des libéraux. C’est à ce moment que nous décidâmes de nous replier, avec à notre tête, Jacobo Prías, plus connu sous le nom de « Charro Negro » [Voyant ou  médium  Noir], chef du mouvement communiste agraire.

Charro nous a faits nous former. Nous étions environ quatre vingt guérilleros. Il nous expliqua que les offres de Rojas Pinilla n’étaient pas celles dont la Colombie et les Colombiens avaient besoin. Que tout cela était un mensonge et serait démontré très rapidement. Par conséquent, il refusait de rendre les armes et demandait à celui qui voulait s’engager au front, qu’il choisisse de le rejoindre, car cela devait être une décision volontaire, en insistant que la lutte serait longue et difficile.

Je l’ai fait. Je n’avais alors que quinze ans.

Il y avait avec nous le camarade Marulanda, qui en 1953, avait rejoint le mouvement d’autodéfense communiste du Tolima. Don Pablo, son père, déjà vieux, nous accompagnait également.

Nous étions un groupe de 30 personnes: 26 garçons et quatre filles, qui ont aidé les régions de Riochiquito, el Pato, Marquetalia et d’autres au Sud du pays à s’organiser.

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Le noyau fondateur des FARC, au début des années 60 : de g. à dr. Fernando Bustos, Manuel Marulanda Vélez "Tirofijo", Jaime Guaracas, Miguel Pascua, Joselo et le commandant Nariño.


- Comment ce processus d’organisation s’est-il développé pour aboutir à ce que seraient les FARC?

- Le 17 mai 1964 est la date de référence de la création des FARC. C’est le jour où a été déclenchée contre notre région une attaque baptisée « Opération Marquetalia », qui était une opération de guerre préventive contre l’insurrection. Cette zone ainsi que d’autres étaient qualifiées de « républiques indépendantes », je peux vous assurer qu’il n’y avait rien de cela. C’était le prétexte pour lâcher sur nous 16 000 militaires bien équipés, avec des avions, des hélicoptères et de l’artillerie.


Les véritables commandants étaient usaméricains. Nous, nous n’avions que quelques petits talkie-walkie pour communiquer, et chaque fois que nous les connections nous entendions seulement les gringos [soldats yankees]. J’en avais marre de les entendre.

Où que l’on regardait, il y avait des troupes. Et même si nous n’avions pas d’expérience ni de bon armement, les 52 hommes et les trois femmes que nous étions, nous les avons affrontés.

- Justement, dans ce cas, que veut dire « affronter » ? Car c’était le combat de la fourmi contre l’éléphant !

- Attendre, embusqués, jusqu’à ce qu’ils soient à portée de nos fusils, en visant spécialement les meneurs de la colonne, battre en retraite et les attendre de nouveau.

- Il m’a toujours semblé irréel que ce groupe de paysans n’en sorte pas complètement démoralisé.

- Oui, oui. J’ai en tête, le nom de tous, de même que le nom de leurs petites fermes.

Mais voyez-vous, ce fut un moment magnifique car c’est dans cet environnement hostile, que nous nous sommes réunis, et c’est alors que le camarade Marulanda nous posa les questions : Allons-nous résister, ou bien nous rendons-nous ? Et tous d’une même voix : Nous résistons ! Sommes-nous libres ou esclaves ? Et comme un seul homme nous avons répondu : Nous lutterons pour être libres !

- D’où provient le nom de FARC, et à quel moment Manuel Marulanda a-t-il assumé leur direction?

- En dépit qu’en 1966 les opérations militaires se poursuivaient, c’est entre avril et mai que nous réalisâmes la Seconde Conférence dans la région de Duda au Département du Meta, et après discussions, la décision fut prise, l’organisation se nommerait FARC.

Au cours de cette Conférence, où participèrent quelques 350 combattants, l’idée que nous avions, se réalisa : créer une organisation qui regrouperait les forces de différentes zones, sous le commandement d’une seule direction. Et ce fut ainsi : un État-Major était nommé, avec à la tête le camarade Marulanda. Manuel fut élu, leader officiel, car il l’était devenu naturellement depuis l’assassinat de Charro, en janvier 1960. Nous le reconnaissions tous comme chef incontesté, c’était indiscutable.

- Entre 1967 et 1970, ces FARC naissantes traversent plus ou moins une grave crise à cause des coups portés par l’ennemi. Une fois surmontée cette crise, elles commenceront à démontrer une grande méthodologie politique et militaire. D’où provient, spécialement, la méthodologie militaire? Aviez-vous des instructeurs?

- C’est une question très importante, car l’on raconte beaucoup de choses de cette période, en essayant de minimiser l’œuvre d’un groupe d’hommes et de femmes qui ont tout donné pour le bien du peuple colombien.

Lorsque l’Opération Marquetalia nous tombe dessus, aucun de nous n’a d’expérience militaire. Nous ne savions pas quelle sorte d’armée nous allions affronter. Nous avions deux réservistes, mais ils ne connaissaient pas la technique de combat, ni même comment préparer une embuscade. Je peux vous dire que ce fut très difficile.

Le seul homme qui se mit à étudier la tactique et la stratégie militaire, fut le camarade Marulanda.

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Fernando Botero, Manuel Marulanda 'Tiro Fijo', 1999
Huile sur toile,  45,72 x 33,02 cm. Museo Botero, Bogotá


- Quelle était sa méthodologie?

- Il était observateur, et de tous les aspects de la vie humaine. Sur le plan militaire, il observait, il réfléchissait comment la police et l’armée manœuvraient dans les combats communs. C’est ainsi qu’il parvint à tirer des enseignements.


Comme nous n’avions pas d’instructeurs, notre école était la pratique. Nous appliquions une méthode qui jusqu’à aujourd’hui me paraît juste : les réunions de mise au point. Le guérillero exposait tout ce qu’il avait vu, touché, écouté. Ensuite le camarade Marulanda faisait un résumé, en nous expliquant le pourquoi de beaucoup de choses et d’erreurs.

Jusqu’à ce que le camarade sente la nécessité de se mettre à étudier. C’était un autodidacte de première ligne. Il lisait Lénine, Marx, Bolívar, sur la guerre vietnamienne et la guerre de guérilla de Mao. Il lisait les manuels militaires, et spécialement ceux de l’armée colombienne, car il disait qu’il fallait connaître l’ennemi de l’intérieur.

Nous avons fonctionné jusqu’à 1972 sans école d’instructeurs. Le camarade Marulanda a été celui qui a commencé à donner des cours, à former des instructeurs, à transmettre l’expérience. Cela a été une partie de l’œuvre qu’il a laissé, en plus de la fidélité pour la cause. Cela représente 59 années de vie de guérilla.

Certainement attiré par l’arôme délicieux du repas qui mijotait, un chien s’obstinait à aboyer. Pas même cela ne venait perturber Jaime Guaracas. L’orage s’était contenu, mais les nuages gris restaient présents.

D’un coup sec, il vida le verre du jus que l’on nous offrait pour la seconde fois, préparé avec ces fruits que l’on ne trouve que sur ces terres. Cela faisait un bon moment que nous bavardions. Le souvenir de tant d’histoires semble lui impulser de l’énergie supplémentaire. C’est le moment de pointer les thèmes actuels.

- Que dites-vous des accusations qui sont faites aux FARC, par exemple, qu’elles sont une « narco-guérilla » ?

- Le gouvernement, la grande presse et beaucoup d’intellectuels, à l’intérieur et à l’extérieur de la Colombie, ont dit que les FARC ont changé. Qu’au début elles étaient un groupe avec un programme révolutionnaire, qu’il luttait pour la réforme agraire. Ils disent qu’à un certain moment et jusqu’à aujourd’hui il s’est converti en ce qu’ils appellent une « narco-guérilla ». Et on se dit : comment ils arrivent à conditionner les termes pour LEURS besoins ! [quel culot !].

Lorsque les groupes révolutionnaires surgirent, ils étaient péjorativement nommés « chusma » [foule], ce qui est une bassesse. Plus tard, ils étaient nommés « communistes », en racontant que le communisme était la pire des choses. C'est-à-dire, en disant du communisme qu’il faisait ce qu’ils faisaient eux-mêmes contre les Colombiens. Ensuite, on nous a traités d’antisociaux, de criminels, de brigands et toutes sortes de termes que l’on peut imaginer. L’accusation allait changeant jusqu’à ce qu’ils arrivent au terme de « narco-guérilla », terme imposé par l’ex-ambassadeur usaméricain, Lewis Tambs. Regardez l’ironie du sort: ce même personnage a été expulsé du Costa Rica comme narcotrafiquant !

- Les FARC sont interpellées sur le fait qu’elles détiennent des militaires et des policiers.

- Ceux-ci n’ont pas été séquestrés, ils ont été capturés en plein combat. Par conséquent, il s’agit de prisonniers de guerre, comme le sont les guérilleros qui sont détenus dans les prisons.

- Mais vous ne pouvez pas dire pareil pour les civils.

- Voyez çà, pendant les négociations avec le gouvernement du président Andrés Pastrana, les FARC avaient remis plus de trois cent militaires retenus : Pastrana n’a libéré aucun prisonnier, il en existe certains qui sont condamnés jusqu’à cinquante et soixante ans d’emprisonnement, et beaucoup d’entre eux sont malades.

Lorsque les FARC ont vu qu’il n’y avait aucune intention d’échange de prisonniers, elles ont décidé de retenir des notables qui avaient un poids politique.

Pour Ingrid Betancourt, il n’a pas été nécessaire d’aller la chercher, puisque elle-même était entrée dans une zone de guérilla. Elle croyait que nous ne connaissions pas son appartenance à la bourgeoisie.

C’est que dans cette guerre la bourgeoisie n’a pas souffert !

Mais, même avec ces prisonniers, le gouvernement n’a pas réagi, car la négociation sur les prisonniers lui importent peu, et encore moins celles pour la paix. Uribe Vélez ne veut que la guerre.


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1984 : photo prise lors de la tentative de négociation menée avec le Président Belisario Betancur. Aux côtés de l'ex-ministre Leyva Durán et de Jaime Castro, Manuel Marulanda et les trois commandants des FARC  Raúl Reyes, Jacobo Arenas et Alfonso Cano.

- Maintenant que vous mentionnez madame Betancourt, comment a-t-elle été libérée, en réalité ?

- Ce sont les Français, les Israéliens et les Gringos qui sont intervenus dans cette opération. Mais l’essentiel c’est que, elle [Betancourt] et le groupe des quatorze, sont sortis grâce à l’offre d’une récompense pécuniaire aux deux principaux responsables chargés de leur surveillance. Et plus encore : il est possible que cette négociation ait débuté bien avant. Sur la dernière preuve de survie qui fut remise, cette photo d’Ingrid, dans laquelle on la voit assise avec un visage de mort, elle a été travaillée. Expliquez-moi : pourquoi les responsables de leur surveillance avaient laissé passer la lettre adressée par Ingrid à sa mère, où elle racontait autant de mensonges sur son état de santé et sur les mauvais traitements qu’elle recevait ? À quel moment ont-ils eu besoin de l’aider pour descendre de l’avion lorsqu’elle se rendit à Bogotá ou à Paris ? Les examens médicaux qu’ils lui avaient été pratiqués à Paris, ont-ils démontré un quelconque problème de santé ?


Ceux qui se sont vendus avaient cru à des promesses, se la couler douce, avec exil doré à Paris. Ils ne leur ont rien donné : ils sont toujours emprisonnés et menacés d’extradition aux USA.

Il leur arrive la même chose qu’à l’assassin du commandant Iván Ríos, dont il avait coupé la main pour l’apporter comme preuve à l’armée : Il fait la grève de la faim en prison parce qu’ils n’ont pas respecté le deal. Et ils ne le respecteront pas.

Ainsi paye le diable à qui le sert bien.

- La dame Betancourt est en train de dire qu’elle ne retournera pas en Colombie parce qu’elle est l’objectif militaire des FARC.

- Avec ce racontar, peut-être qu’elle et sa famille veulent avoir plus de compassion et obtenir plus de millions qu’ils n’ont gagné avec les campagnes qu’ils ont réalisé, et dans lesquelles tant d’ingénus sont tombés ? Ou bien, est-ce son ego démesuré qui a besoin d’enfler encore un peu ? L’importance politique qu’elle s’est donnée, a disparu.

- En cette année 2008 les FARC ont eu des coups durs. Est-il certain que les FARC sont très affaiblies ?

- Je ne dis pas que les FARC sont vaincues : elles ont eu quelques échecs. La mort de Raúl Reyes, d’Iván Ríos et d’autres commandants sont des revers. Avec la sortie d’Ingrid et du groupe des 14, je suis conscient et je le dis : sur ces faits, une bataille politique a été perdue. Mais les guerres sont ainsi, on ne gagne pas toujours toutes les batailles.

La direction s’est déjà restructurée. Le nouveau chef, Alfonso Cano, a dit que le Manifeste Bolivarien continue son cours ; que les FARC s’orientent sur lui sur le plan militaire, politique et organisationnel , et qu’elles gardent des portes ouvertes pour la recherche de la paix et de la justice sociale.

Tout le reste n’est que mensonge, çà oui : oubliez que les FARC sont vaincues ou qu’elles ont perdu leur cap, parce que les causes qui sont à l’origine de cette guerre se sont amplifiées, elles se sont développées. Aujourd’hui, le peuple souffre et subit plus qu’en 1946. Aujourd’hui plus que jamais, le pays est dirigé depuis Washington : Uribe est un simple majordome.

- On répète qu’avec Alfonso Cano beaucoup de choses vont changer chez les FARC, en commençant par devenir « plus politiques », ou qu’elles vont se démobiliser.

- Alfonso est un homme très intelligent et éduqué. Il est un cadre politique qui va jouer un rôle important dans la direction, parce que dans les FARC, la direction est collective. C’est là que les propositions remontent et lorsqu’elle se réunit, elles sont discutées et les décisions sont prises par la majorité. Personne ne peut s’écarter de cela.

C’est pour çà, que dire, qu’avec Cano les possibilités d’une capitulation des FARC sont grandes ouvertes, n’est que spéculation.

- Combien d’années de guerre attendent encore le peuple colombien?

- Malheureusement, la paix n’est pas entre les mains des FARC, mais dans celles de la bourgeoisie et de l’impérialisme.

Si Uribe, qui se croit un super-président, était un peu intelligent et voulait la paix, il pourrait mettre fin à la guerre par un simple décret. Les FARC sont disposées à négocier à n’importe quelle heure, mais pas n’importe où, pas dans n’importe quelles conditions, pas pour des postes au  Congrès [parlement, NdRv] pour les remercier de leur diligence.

La Colombie à besoin de paix, mais pas d’une paix de reddition, pas de rendre les armes en échange de rien du tout pour la majorité du pays.

Les besoins du peuple, c’est ce qui prime pour les FARC, parce que, OUI, ses commandants vivent entourés du peuple et ils savent ce que souffre ce peuple.

- Une négociation politique peut-elle ouvrir un réel chemin vers la paix ?

- Regardez, au cours des dialogues avec le gouvernement du président Pastrana réalisés dans la zone du Caguán, il y avait eu beaucoup d’avancées. Un agenda commun avait pu être signé, dans lequel les points des FARC et du gouvernement avaient fusionné en un seul. Il ne restait qu’à à se mettre au travail pour les appliquer.

Qu’est-ce qui s’est alors passé ? Hé bien, que Washington et la bourgeoisie colombienne ont cru qu’ainsi la révolution arriverait. Et donc, ils ont préféré réinvestir dans la guerre. Bien entendu, impulsés par le puissant consortium militaire US. Car ce sont eux, avec la grande bourgeoisie et le commandement militaire colombien, qui ont fomenté la guerre pour remplir leurs coffres.

Ce qui est certain, c’est que de toutes les bourgeoisies latino-américaines, la colombienne, est celle qui a une caractéristique sans pareille: elle a choisi la solution, d’appliquer la violence et la mort à ses opposants. Elle veut tout résoudre en tuant quiconque dérange ses plans.

- D’où peut venir cette caractéristique de la bourgeoisie colombienne ?

- Moi je l’attribue aux Espagnols, bien qu’il faille faire une recherche sociologique et psychologique qui nous dise, quel fut le type d’Espagnol qui est venu en Colombie. Quelle hérédité si terrible ils nous ont laissé, car la violence politique des puissants, dans notre pays, vient de la colonie.

- Bien qu’il n’y ait plus que quelques fous ou intéressés pour croire que c’est par la voie militaire et la violence contre le peuple que l’on pourra mettre fin à la guérilla, je ne vois pas non plus, pour le moment, qu’une prise de pouvoir par la guérilla soit faisable.

- Nous sommes très réalistes, pour le moment, nous ne pouvons pas les vaincre, mais un mal ne dure pas cent ans, et aucune espèce n’y résiste. Jamais, aucun changement social n’a été facile. Tant que les causes qui ont fait naître la lutte persisteront, la guérilla sera invincible, qu’ils ne se trompent pas sur cela.

Leur propagande martèle que le peuple colombien est las de la guerre, et que c’est pour cela que beaucoup collaborent avec l’armée, mais ce n’est pas vrai. S’il en était ainsi, la guérilla ne serait plus sur tout le territoire.

La guérilla a pratiqué un repli stratégique pour faire face au Plan Colombie. C’est dans la jungle que sont situées les forces principales, mais il existe également des combattants dans les faubourgs de Bogotá, Cali, Medellín. La réalité est qu’ils ne se rendent pas compte de leur présence car il y a une base populaire qui les cache et les aide.

Les FARC ont leur parti communiste clandestin bien organisé, et le Mouvement Bolivarien pour une Nouvelle Colombie. Les deux travaillent en silence et clandestinement avec les masses dans tout le pays.

Si l’on observe avec objectivité, Uribe sort vaincu car, avec ses plans Colombie et Patriote, il n’est pas parvenu à achever les FARC. Et associé avec Washington, ils ont dilapidé des milliards de dollars, alors que les FARC sont toujours là.

- Dites-moi, Comment l’État colombien avec Washington pourraient-ils faire chanceler réellement les FARC, si ce n’est militairement ?

- Si cet argent qu’ils investissent pour la guerre et la répression, ils l’investissaient pour la santé, l’éducation et pour une réforme agraire, l’existence même des FARC serait, alors, remise en question.

Si l’on commence par résoudre les causes qui maintiennent le conflit latent, si l’on arrête l’assassinat des opposants, logiquement la tension baissera, et les FARC n’auront plus la possibilité de dire que le peuple souffre.

C’est pour cela que  l’establishment  a les possibilités de résoudre ce conflit, et dès aujourd’hui !

Mais non: Uribe, l’Impérialisme et la bourgeoisie ont la grande illusion de vaincre militairement les FARC. Et là, je vous le répète, ils se trompent lourdement.

Dans les conditions actuelles du peuple colombien, soyez certain que les FARC continueront d’exister. Elles sont prêtes à poursuivre la lutte, à résister et à vaincre.

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Fernando Botero, Presidente durmiendo, 1998
Huile sur toile, 41,91 x 34,29 cm. Museo Botero, Bogotá

Auteur : Hernando CALVO OSPINA

Traduction : Esteban

Réviseur : Fausto Guidice

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Source : Entrevista a Jaime Guaracas, legendario guerrillero de las FARC: “Son las necesidades del pueblo lo que ha primado para las FARC”
Article original publié le 30/9/2008
Esteban G., Fausto Giudice rédacteur du blog Basta ! sont membres de Tlaxcala
URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=6093&lg=fr