30 juin 2009
COLOMBIE : URIBE N'EST PAS LE BIENVENU AU CANADA
Action et solidarité pour la Colombie (ASOCOLOM)COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Sur la journée du 10 juin 2009 à Montréal
ASOCOLOM & APCAL
En tant que Colombiennes/iens vivant au Canada, nous tenons à exprimer notre indignation au sujet de la présence en ce pays, avec l’aval du gouvernement canadien, du président de la Colombie, Alvaro Uribe Velez. Nous considérons la visite d’Uribe comme un affront à la défense et à la protection universelle des droits humains et rappelons que la majorité des Colombiennes/iens résidant au Canada ont été forcés d’émigrer au cours des dernières années, chassés par la violence, la pauvreté et la persécution politique dont le gouvernement d’Uribe est responsable.
Nous considérons, par conséquent, que le peuple canadien, dans le respect de sa tradition démocratique particulièrement en ce qui a trait aux droits de la personne, ne peut donner son aval à la présence au Canada d’un chef d’État directement responsable de crimes contre l'humanité :
1) En raison de son implication directe dans les persécutions et le harcèlement contre le système judiciaire visant à empêcher que les membres de sa famille ainsi que les députés et les sénateurs qui sont ses alliés politiques et ont appuyé sa campagne présidentielle et sa réélection ne soient l’objet d’enquêtes et ne soient traduits en justice pour avoir été impliqués dans la création, l’appui et le financement des groupes paramilitaires et pour avoir été co-responsables de crimes contre l'humanité en Colombie.
2) En raison de son intérêt à garder dans leurs fonctions d’État et à des postes de direction d’agences gouvernementales des membres de son parti et des amis personnels tout en ayant connaissance de leur implication dans des crimes commis par les paramilitaires. Tel a été le cas de l’ancien directeur du DAS (Département administratif de sécurité), Jorge Noguera, actuellement en prison pour avoir été trouvé coupable de co-responsabilité avec les paramilitaires de l’assassinat de syndicalistes et de dirigeants de mouvements sociaux et de gauche : Uribe a nommé Noguera consul à Milan, alors que ce dernier était sous enquête judiciaire, faisant ainsi fi du système de justice colombien.
Un autre cas connu est celui de Salvador Arana, ancien gouverneur de Sucre, membre du parti d’Uribe et ami personnel de celui-ci, responsable de l'assassinat d'Eudaldo Diaz, maire de la municipalité de Roble. Avant d'être assassiné, Diaz avait dénoncé, en présence d'Uribe, les menaces de mort qu'il avait reçues. On a retrouvé Dias assassiné et, quelques jours après, Arana a été récompensé par le président, qui l'a nommé consul au Chili. Ultérieurement, Arana a été arrêté par l'Interpol et condamné à une peine de prison pour assassinat, complicité et co-responsabilité dans des crimes perpétrés conjointement avec les groupes paramilitaires, dont le massacre de Chengue.
3) En raison de l’implication directe de sa famille, nommément de son cousin Mario Uribe et de son frère Santiago Uribe, dans les assassinats commis para les paramilitaires, dont le massacre de l’Aro, dans le département d’Antioquia. Récemment, Enrique Villalba, auteur direct et témoin principal de ces massacres, ainsi que prête-nom et responsable de vols de terres, ordonnés par Mario Uribe, vient d’être assassiné en Colombie. Des enquêtes à son sujet sont menées aujourd’hui par la «Fiscalia General», la plus haute instance en matière d’enquêtes judiciaires.
4) De par sa responsabilité directe à titre de commandant en chef des Forces armées de la Colombie dans les actes criminels prouvés par la justice colombienne et commis par le haut commandement militaire, ainsi que par sa participation et complicité dans les massacres et les assassinats de civils connus sous le nom de «faux positifs» (personnes tués par des militaires et présentées par ceux-ci comme des membres de la guérilla pour toucher la récompense promise par le gouvernement Uribe pour tout guérilléro tué en combat).
5) De par sa responsabilité directe dans le maintien de l’impunité sur les crimes contre l'humanité perpétrés par les chefs des groupes paramilitaires en Colombie lorsqu’il a permis leur extradition aux États-Unis pour trafic de drogues.
6) Pour avoir choisi la politique de l’indifférence face aux attaques des groupes paramilitaires, qui ne se sont pas démobilisés, et qui, selon leurs propres communiqués, ont l’intention de s'emparer du pays par la terreur.
7) De par les liens directs de la maison présidentielle lorsqu'elle a ordonné la filature et l'écoute téléphonique par le DAS (Département administratif de sécurité) de magistrats de la Cour suprême de justice, de dirigeants syndicaux et de journalistes, dans le but de continuer la persécution politique contre ces derniers.
8) De par sa responsabilité directe dans le maintien d’une politique de guerre, faussement qualifiée de "sécurité démocratique", dirigée particulièrement contre les paysans, les populations autochtones et d'origine africaine, politique qui plonge de plus en plus notre pays dans une grave crise humanitaire et dans la misère absolue, comme l’ont confirmé les plus récents rapports d’Amnistie Internationale, de la Fédération internationale des droits de la personne, du Haut commissaire des Nations Unies et de l'Organisation des États américains (OEA).
Pour toutes ces raisons, nous demandons la mise sur pied, avant la fin 2009, d’un comité de vérification sur les droits de la personne en Colombie, qui serait composé de membres de la société civile du Canada et de la Colombie, de syndicalistes, de dirigeants politiques et de personnalités de la Colombie.
Pour le respect des droits et de la dignité du peuple colombien.
Non à la réélection d'Uribe
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FACE À L'HÔTEL HILTON BONAVENTURE, COLOMBIENS, SYNDICATS CANADIENS ET ORGANISATIONS SOCIALES ONT MANIFESTÉ AUJOURD'HUI (10 juin) CONTRE DE LA PRÉSENCE DU PRÉSIDENT URIBE VÉLEZ À MONTRÉAL. ILS ONT EXPRIMÉ LEUR OPPOSITION À LA RATIFICATION DU TRAITÉ DE LIBRE ÉCHANGE CANADA-COLOMBIE.

APCAL
Agence de presse Canada-Amérique latine
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À partir de 8h30 du matin, environ deux cent personnes ont occupé la rue devant l'Hôtel Hilton, à Montréal, où se déroule le Forum Économique des Amériques.
C’est avec des marionnettes et des caricatures artistiques qu’ils ont illustré les raisons pour lesquelles ils considèrent non grata la présence du président colombien. Pendant ce temps Álvaro Uribe Vélez, exposait dans l'enceinte du Forum des Amériques, les raisons pour lesquelles son gouvernement espérait la ratification du traité de libre échange avec le Canada, il s’est vu obligé de défendre son gouvernement contre les accusations de violation des droits humains, dont les assassinats de syndicalistes, en tentant de démontrer combien la Colombie dépensait pour assurer la sécurité personnelle des syndicalistes et des leaders de gauche.
Cependant le groupe de pression des syndicats, des Colombiens et des organisations sociales canadiennes conduits par des députés de partis politiques comme le Nouveau Parti Démocratique NPD et le Bloc Québecois, sont parvenus à faire reporter les discussions du Traité au Parlement canadien jusqu'à l’automne prochain.
Hier au cours d’une conférence de presse, un front uni des principaux syndicats canadiens a exposé, chiffres en main, l'augmentation des assassinats de syndicalistes et la détérioration des conditions de sécurité et du droit syndical en Colombie. Auparavant, le Secrétaire Général de la Confédération Syndicale Internationale, Guy Ryder, invité au Forum, avait exposé à la presse qu’en Colombie, 49 syndicalistes ont été assassinés en un an seulement et qu’à peine 1,2% des travailleurs colombiens peuvent disposer de la protection de leurs droits à travers une convention collective. La Confédération Syndicale Internationale compte 170 millions d’adhérents dans 150 pays.
D'autre part, le président de la Fédération des travailleurs du Québec, Michel Arsenault, a exposé que tandis que « le gouvernement colombien, Álvaro Uribe Vélez en tête, vient dire qu'ils sont en train de faire de grands efforts en matière de sécurité pour les syndicalistes et les dirigeants de gauche, les assassinats continuent, et ce fait démontre au moins l'attitude permissive de l'actuel gouvernement qui favorise la violation du droit à la syndicalisation, un droit fondamental, ceci se voit par l'augmentation de 25 % des assassinats de syndicalistes au cours de l'an passé».
Pour les Colombiens qui aujourd'hui ont protesté devant l'hôtel Hilton, la journée a été ternie par les manœuvres peu démocratiques par lesquelles les organisateurs du Forum et le consulat colombien ont traité la libre expression. Selon les déclarations d'ASOCOLOM, Action et Solidarité pour la Colombie, un des assistants à la conférence d'Uribe, syndicaliste de la Confédération Nationale des Syndicats, CSN, a été arrêté alors qu’il tentait d’intervenir après que le président colombien eut terminé son discours. Le syndicaliste canadien Marc de Sève n’a pas été autorisé à placer un seul mot puisque dès qu'il a levé la main pour demander la parole, les forces de sécurité l’ont arrêté, puis sorti de force de l'enceinte et détenu pendant plusieurs heures.
De même la journaliste colombienne Adriana Petro s’est vue retirer son accréditation de presse, que les organisateurs eux-mêmes lui avaient accordée pour couvrir l'événement. Elle lui a ensuite été retirée sans aucune sorte d’explication par Marie Dupont, Directrice de la Conférence de Montréal-Forum des Amériques, comme l’a indiqué la directrice d'ASOCOLOM, Martha Ligia Nino,
Devant la presse canadienne, Uribe avait également dépeint les manifestants à Montréal comme des alliés des FARC ou des parents de Raúl Reyes, exilés au Canada. Toutefois lorsque les journalistes lui ont demandé si le gouvernement colombien avait connaissance de ce que le Canada acceptait comme réfugiés des ex-guérilleros ou paramilitaires, le président Uribe n'a pas voulu répondre.
Les lois canadiennes ne permettent pas que des personnes accusées de terrorisme ou de crimes contre l'humanité soient acceptées comme réfugiés dans ce pays.
Ces faits répressifs ont terni la visite du président Uribe car ils ont été filmés par la presse canadienne.
APCAL mercredi 10 juin 09, adrianapress2003@yahoo.com.mx
Traduction : Esteban
Révision : Fausto Giudice
URL Articles sur Tlaxcala
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Brutalités policières, durant la visite d'Uribe, président de la Colombie, le 10 juin à Montréal, par des agents de la GRC contre un syndicaliste de la CSN qui voulait poser au président une question sur les droits de la personne en Colombie lors de la Conférence de Montréal.
Voici une vidéo http://www.youtube.com/watch?v=n6YmdP0g8ks , tournée le 10 juin, lors de la visite du président Uribe au Canada.
La vidéo montre, en partie, le traitement brutal infligé par les agents de la Gendarmerie royale du Canada en civil contre Marc-Aser de Sève, militant syndical de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), durant la Conférence de Montréal.
D'autres vidéos des émissions de Radio-Canada montrent le moment où le syndicaliste a levé la main, comme ce dernier l'a expliqué, pour soulever la question des droits de la personne en Colombie au président Uribe à la Conférence de Montréal. Il a immédiatement été encerclé, menotté, traîné hors de la salle et maintenu en détention pendant plus d'une heure.
Il a été cité à comparaître le 25 juin prochain à la Cour municipale de Montréal au 775 Gosford à 9h00 située dans le Vieux-Montréal. Il est accusé d'avoir "troublé la paix et résisté à son arrestation".
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Canada : plus qu'un traité de libre-échange
POUR LA PREMIÈRE FOIS DANS SON HISTOIRE, le Comité de commerce international du Parlement canadien a écouté le témoignage d'un chef d'État.
Pendant 100 minutes, le président Uribe a répondu aux questions du Comité, plusieurs d'entre elles difficiles, d'autres ouvertement hostiles, sur les droits de la personne et la démocratie dans son pays. Bien que le chef d'État colombien se soit retenu plus que d'habitude, n'élevant la voix et ne frappant sur la table que de temps en temps, il est difficile de conclure qu'il y ait eu une “évolution positive” quand au Traité de libre échange avec le Canada au cours de sa visite.
Après le blocage du Traité de libre-échange avec les États-Unis, cet accord s'est transformé en une épreuve de feu cruciale pour le gouvernement en matière de politique internationale. Jusqu'à il n'y a pas longtemps, la ratification du traité semblait imminente. Non seulement cet accord était fortement appuyé par le premier ministre et les membres de son parti au Parlement, mais un grand nombre de libéraux avaient appuyé le libre-échange et la nécessité de montrer clairement au monde l'opposition du Canada au protectionnisme. Mais à quelques semaines de la visite d'Uribe, les conservateurs ont retiré de l'ordre du jour législatif le projet de loi qui aurait donné le feu vert au Traité de libre-échange, et n'ont pas donné le moindre indice de leur intension de redemander le vote.
Le bloc qui s'oppose au Traité de libre échange est considérable : il est loin de pouvoir être décrit comme se réduisant à une poignée de “compatriotes” ou de “guérilléros déguisés en militants d'ONG”, qui, comme l'a insinué le président Uribe, ne voudraient que discréditer les efforts du gouvernement. Il comprend de nombreux groupes de la société civile canadienne et colombienne, des professeurs d'université, deux partis de l'opposition au Parlement et un secteur de libéraux. Leur principale exigence est que le Traité de libre-échange avec la Colombie comporte des garanties que cet accord ne détériorera pas davantage la situation déjà si déplorable des droits de la personne et qu'il contribuera à renforcer la démocratie au lieu de l'affaiblir. Pour cela, et avant de le ratifier, ce secteur exige qu'une étude indépendante sur les droits de la personne en Colombie et sur les conséquences possibles du Traité soit réalisée.
Le désespoir du gouvernement Uribe, que la visite du président au Parlement canadien a rendu évident, vient de la reconnaissance du fait que son image internationale se détériore. Il sait, comme le devinent également les opposants au Traité, que la ratification du Traité de libre-échange entre la Colombie et le Canada, un des leaders mondiaux en matière de droits de la personne, constituerait une reconnaissance implicite de sa légitimité, et que, s'il était ratifié, il serait difficile pour les autres gouvernements, y compris celui de Barack Obama, de refuser de signer de futurs accords avec le pays.
En résumé, la situation comporte un plus grand nombre d'enjeux que le seul traité de libre-échange, autant pour le gouvernement d'Álvaro Uribe que pour le Canada. Il est révélateur que le quotidien conservateur «Toronto Star», dans son éditorial du 14 juin, ait affirmé qu'il s'agit d'une décision qui met en jeu la réputation de ce pays, raison pour laquelle celle-ci ne peut être prise à la hâte. C'est-à-dire que cette question se poursuivra et que, contrairement à ce qu'affirme le gouvernement, pour l'instant elle ne se présente nullement bien.
Auteure : Arlene B. Tickner
* Professeure titulaire du Département des sciences politiques de l'Universidad de los Andes, Colombie.
Traduction : APCAL - Agence de presse Canada-Amérique latine
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