Rien qu’un « chín-chín »…

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Ma fille Irène n’avait alors guère plus de deux ans lorsqu’un jour elle surprit, sur le carrelage de notre cuisine, une fourmi solitaire égarée là. Fascinée, elle la suivait, à quatre pattes, le long de quelques dalles et finit par me demander :

- Papa, regarde… une petite fourmi… Je la tue ?

Je ne me souviens plus pourquoi, par solidarité avec la fourmi, je plaidai sa cause. Irène ne paraissait pas très disposée à accepter mes arguments en faveur de la fourmi et me proposa en échange :

- Rien qu’un « chín-chín »..

Un « chín-chín » en bon parler de Saint-Domingue, ça signifie : « un peu, un petit peu »… Irène voulait tuer la fourmi un petit peu, un petit morceau, un dix pour cent, peut-être…

Irène était alors loin de savoir que les décisions, les mesures que l’on prend dans la vie, généralement, n’admettent pas de palliatifs.

Je raconte cette histoire parce que certains journalistes, ministres, chefs d’Etat européens, bien qu’ils aient dépassé et de loin l’âge d’Irène bébé, à lire leurs déclarations et communiqués, ou bien font preuve de la même candide ingénuité que ma fille Irène bébé ou bien sont de fieffées canailles.

Face à l’attentat terroriste perpétré par l’armée israélienne dans les eaux internationales contre une flotille de bateaux chargés de coopérants et d’aide humanitaire destinée à la ville palestinienne de Gaza asssiégée, certains médias et politiciens ont déjà commencé à justifier le massacre, les dizaines de morts et de blessés, en avançant que « l’opération israélienne a été disproportionnée ».

Il y a un peu plus d’un an, c’était déjà ce que déclarait le président du gouvernement espagnol après que l’armée israélienne, cette bande de terroristes la plus sanguinaire du Moyen Orient, eût assassiné des centaines de Palestiniens à Gaza : « Israël est un ami de l’Espagne et c’est pourquoi il est de notre devoir de lui dire la vérité : sa réponse est disproportionnée ».

l’Europe aussi, poussée par les mêmes sentiments amicaux et la même solidarité, s’accordait alors pour dénoncer le côté disproportionné de la « réponse ».

Et ce n’était pas la première fois que les champions de la morale, de la tolérance et des Droits de l’Homme, dans cette civiliste et démocratique Europe, insistaient sur le problème de la proportionnalité pour évoquer le génocide que le barbare Etat Israélien met en application, en toute impunité, contre le peuple palestinien.

Ils ont été, alors, dans la totale incapacité de dire quelle devait être la proportion correcte. 300 morts, peut-être, au lieu des 1.500 cadavres que laissa la « réponse disproportionnée » israélienne dans les territoires occupés auraient été convenables ? Une centaine d’enfants palestiniens morts au lieu des 400 massacrés, ça aurait été acceptable ? Des bombes à fragmentation, peut être, ça aurait pu cadrer avec une « réponse proportionnée » acceptable pour l’Europe ? Est-ce que bombarder un hôpital ou des installations de la Croix-Rouge ou des Nations-Unies c’est compatible avec une correcte proportion ?...

Face à la dernière monstruosité terroriste de leur associé et ami, cette bande de cyniques salauds qui gouvernent les destinées de l’Europe ne nous éclairent pas davantage, aujourd’hui, à propos de la convenable proportion avec laquelle cet Etat fasciste israëlien peut perpétrer des crimes et semer la terreur impunément. Le gouvernement israëlien est le seul à avoir clairement annoncé la nécessité, pour lui, de se défendre et il se pourrait même, et peut-être le fait-il déjà, qu’il fasse appel, pour sa défense, à cet argument de l’usage proportionné de la violence, en grandeur et en nature, exigé par ses complices, puisque 16 morts sur les 700 coopérants qui étaient à bord de la flottille de la paix, c’est à peine 0,02 pour cent de l’équipage. Ils n’ont même pas coulé, les bateaux et ils ne les ont pas bombardés avec des bombes au phosphore blanc ; et ils ont même porté une assistance sanitaire aux survivants.

Ce à quoi l’Europe ne donne encore aucune réponse c’est au sujet de la proportion de résolutions des Nations Unies que l’Etat israélien a le droit de continuer à ignorer sans que cela lui vaille la moindre sanction y compris une possible et bien entendu proportionnelle occupation, ni le nombre d’années que la Palestine doit continuer à attendre pour retrouver ses territoires occupés. En fait, 65 années se sont écoulées depuis la résolution 181 des Nations-Unies, en 1947, curieusement connue sous le nom de « résolution du partage de la Palestine » sans que semblable attente semble suffisamment proportionnée pour trouver le droit d’être respectée.

Irène a grandi et ne poursuit plus les fourmis sur le carrelage pour les écraser modérement, d’un coup de talon bien proportionné et radicalement efficace.

Pire : Irène, aujourd’hui, passe beaucoup de temps à s’informer, à écouter les nouvelles, à lire les journaux et c’est ainsi qu’elle a fini par apprendre que tout principe juridique, éthique, constitutionnel, tout Droit de l’Homme, toute raison pure … sont contenus dans un « chín-chín », dans un tout petit peu.

Auteur : Koldo Campos Sagaseta

Traduction : M. Colinas

ESPAÑOL

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Source : Rebelión :
Sólo un “chin-chin
Article publié le 2 juin 2010 sur "
Le grand soir"