La place que Cuba occupe en Amérique latine est semblable à celle qu’elle occupe dans la résistance médiatique


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Le 5 octobre 2010, une rencontre-débat sur la presse et Cuba a eu lieu à la salle de fêtes de la Mairie du 14ème arrondissement à Paris, à laquelle ont participé une délégation* de la presse cubaine et des médias français.


Résumé des principaux thèmes abordés au cours de cette initiative

Le divorce entre l’image touristique et l’image politique de Cuba. Les participants ont reconnu qu’aujourd’hui, l’image sur la Cuba touristique projetée par les medias est en décalage total avec son image transmise sous l’angle politique, comme s’il s’agissait de deux pays différents. La chaîne Euronews en France est précisément un exemple classique. Cette chaîne diffuse en boucle des spots promotionnels sur la destination touristique vers Cuba entrecoupés de reportages tendancieux sur la contrerévolution et les « changements sur l’île ».

Les stéréotypes et les concepts viciés lorsqu’il s’agit de Cuba. Pourquoi y a-t-il cette stratégie expresse de nuire à l’image de l’île ou bien, tout simplement, pourquoi les médias préfèrent-ils vendre seulement des images déformées de Cuba ? La majorité des participants considère qu’il s’agit de deux aspects. Les grands médias, qui répondent aux intérêts politiques et économiques, se sont appropriés de certains mots tels que, régime, castrisme, dictature, dissidence, et les imposent au marché de l’information comme étant des concepts qu’il faut obligatoirement respecter. Par contre, d’autres sujets sur la réalité cubaine sont purement écartés, par ces mêmes agences de rédaction : l’éducation et l’instruction des cubains, l’accès à la santé, au travail, à la culture, etc.

Cuba est considérée comme un pays développé et, de fait, on lui exige d’être à cette hauteur, sans connaître l’histoire et la réalité de ceux qui vivent sur l’île. Pour quelle raison Cuba est-elle si importante ? Elle n’est pas une puissance économique ni militaire, et pourtant elle est constamment observée et traitée avec des concepts préétablis. La presse s’empare d’un sujet, certes critique, et l’amplifie. Par exemple : la corruption est un phénomène qui existe dans presque tous les pays du monde, mais pour Cuba ça doit être traité de manière disproportionnée.

Dans l’histoire de la Révolution, la presse a joué un grand rôle de désinformation. À chaque décennie depuis 1959 jusqu’à nos jours, il y a des exemples de manipulation médiatique. Les médias maintiennent une guerre culturelle. Et dans cette guerre il y a Cuba. Elle, c’est son prestige qui la sauve, et qui l’a sauvé comme aucun autre pays n’a pu l’être.

Cuba est une pierre dans la chaussure des médias. Pour la commémoration du 30ème anniversaire de l’assassinat de Che Guevara, la couverture de presse en France et en Espagne avait été correcte. Cependant, 10 ans plus tard, pour la commémoration du 40ème anniversaire tout a changé. Qu’a-t-il pu se passer en une seule décennie ? L’élément principal est l’émergence de l’Amérique Latine et à l’intérieur il y a Cuba avec sa caractéristique. Aujourd’hui, on peut observer un scénario différent. Beaucoup de pays regardent vers Cuba, font référence à Cuba et s’inspirent même du Che. Cuba est une référence pour la presse latino-américaine. Elle dérange parce que cet ensemble de pays regardent dans sa direction. En France on ne comprend pas cette réalité et ce qui est le plus déplorable c’est que des médias se réclamant de la gauche et du centre gauche ne la comprennent pas non plus. Le Figaro, qui est à droite, est moins agressif que Libération et Le Monde. En fin de compte, Cuba est devenue le casse-tête des médias. Elle est comme une sorte de thermomètre infaillible ; un produit magique, révélateur. La place que Cuba occupe en Amérique latine est semblable à celle qu’elle occupe dans la résistance médiatique.

Pour l’Occident, la priorité a toujours été de créer une opposition interne à Cuba et pour ce faire il compte sur la presse. Les prisonniers politiques font partie d’une construction médiatique. En France comme dans d’autres pays du monde il existe la même loi qui défend Cuba de l’ingérence d’une puissance étrangère. Cependant, personne ne la conteste à la France ni à aucun autre pays comme on le fait pour Cuba.

Les journalistes français ignorent la réalité et l’histoire de Cuba. Cuba est malheureusement loin de l’Europe, elle n’est pas une priorité pour la presse française. Le binôme Fidel-Raúl est une réalité qui choque dans un contexte comme celui de la France. Mais si l’on n’analyse pas le contexte de Cuba on ne peut pas comprendre et c’est cela qui fait défaut aux journalistes français qui se disent spécialistes alors qu’ils ignorent vraiment la réalité et l’histoire de Cuba. Il faut ajouter aussi, que les journalistes français ne savent pas tous lire et parler l’espagnol, d’où leur besoin d’utiliser des supports français qui rajoutent des insuffisances à leur ignorance.

L’information est chaque fois plus réduite, par conséquent un communiqué a plus de risques d’être oublié. L’information sur le blocus devient trop longue pour un journaliste classique, car il n’a ni le temps ni la place pour la traiter. Il doit être plus inventif avec les façons plus attractives pour informer sur ce phénomène politique et économique qui affecte Cuba depuis plus de 50 ans. C’est la même chose pour le cas des Cinq. Pour quelle raison les journalistes ne parlent-ils pas de ce cas ? Parce qu’ils ne font pas leur devoir de journaliste, ils ne s’informent pas.

Peut-on faire librement son métier de journaliste à Cuba ? Oui bien sûr. On peut écrire sur les contradictions mais il est important que le journaliste soit honnête et qu’il ne vienne pas à Cuba avec ces idées négatives préconçues qui font 70% de la couverture médiatique. Avec l’éducation et la santé on peut écrire beaucoup de choses justes, car sur de tels sujets qui semblent être rebattus on pourrait être étonné. Pourquoi ne parle-t-on que de jeunes qui veulent quitter le pays, alors qu’au contraire, la majorité est fidèle à leurs parents, ceux-là mêmes qui ont fait la Révolution et ont vécu avec elle en la maintenant ? Il est vrai aussi qu’à Cuba, quelquefois, selon où l’on se trouve, il n’est pas facile de trouver les informations. Le Centre de Presse International est un système bureaucratique qui n’aide pas à couvrir tous les coins de l’île.

Comment délimiter le journalisme critique et le dissident ? Avec l’honnêteté. À Cuba un « dissident » vit mieux qu’un journaliste. Le monde nous réclame d’être contre la Révolution et il oublie de dire qu’à Cuba les médias critiques existent mais ils sont à l’intérieur de la Révolution.

Plus l’image de Cuba s’améliorera, plus le travail politique à tous les niveaux lui sera facilité. C’est l’un des défis de Cuba. De nos jours, tous les sujets sont véhiculés par l’image. Ce secteur doit donc aller à la conquête de l’occident. Dans l’environnement des médias, la guerre est uniquement médiatique et elle passe par les photos, les images et l’information. Cuba doit démontrer qu’elle est apte à gagner cette guerre ou au moins à savoir se défendre. D’où l’importance de perfectionner ses systèmes d’information et pas seulement à l’intérieur mais également à l’extérieur. La Mesa Redonda et Cubavisión Internacional n’ont aucune efficacité en France. Il faudrait réfléchir, en comptant avec les ressources de Cuba, sur la possibilité d’améliorer ces deux vecteurs de communication extérieurs.

*Délégation Cubaine:
M. Enrique UBIETA, essayiste, chercheur et journaliste cubain. En avril 2008, il fonde et dirige le mensuel culturel La Calle del Medio, dont le tirage atteint 100.000 exemplaires. Il a publié des dizaines d’articles dans des revues nationales et étrangères et collabore avec différents quotidiens nationaux, comme Juventud Rebelde et Trabajadores, ainsi qu’avec l’hebdomadaire sur Internet La Jiribilla. Il a été interviewé par des journalistes de quotidiens mexicains et espagnols. Il publie fréquemment sur Rebelión (Espagne). Il a été membre du Conseil Éditorial du supplément Patria (1995) du quotidien national Granma. Il est membre du Groupe Conseil International de la revue mexicaine Pensares y Quehaceres. Il est un des six fondateurs de la Société Culturelle José Martí, et membre de l’Union des Auteurs et Artistes de Cuba (UNEAC) et de l’Union des Journalistes à Cuba (UPEC). Il est membre fondateur de la Société Ibéro-américaine de Philosophie et Politique.

M. Luis MORLOTE, directeur de programmes radio, professeur universitaire, et Président National de l’Association Hermanos Saíz (association de jeunes auteurs et artistes à Cuba). Il est actuellement directeur de la Revue d’Art et Littérature “Dédalo”. Plusieurs de ces textes ont également été publiés dans les quotidiens tels que, Juventud Rebelde, Caimán Barbudo, etc. Il est membre de l’Union des Auteurs et d’Artistes de Cuba (UNEAC).

M. Fausto TRIANA, rédacteur à l'Agence d'Information Latino-américaine Prensa Latina  S.A. depuis décembre 1976. Il a occupé les postes d'éditeur (à partir de 1991), éditeur en chef de la rédaction (1998-1999), gérant de promotion et de publicité (1999-2000) et éditeur général de l'agence (2001-2004). Il a été correspondant en chef des bureaux de Prensa Latina à Bonn, Berlin, Vietnam, Indochine, Thaïlande, Indonésie, Colombie et Panama. Son poste actuel est correspondant en chef de Prensa Latina en France.

Mme. Juana MARTINEZ, directrice de l’information et de la communication auprès du Ministère des Affaires étrangères de Cuba.

28 professionnels de la presse, la culture et la politique ont participé côté français.
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Source : Cuba et la presse
Article publié le 2 décembre 2010