Regard sur le livre "Kiel Israelo elpelis la palestinanojn (1947-1949)" [Comment Israël expulsa les Palestiniens], de Dominique Vidal et Sébastien Boussois, édit. Monda Asembleo Socia (MAS), Embres-et-Castelmaure, 2009, 361 p.

Ce livre, dont l’original français est sorti en 2007, est maintenant disponible en espéranto dans la traduction de  Wilhelm Luttermann. Son auteur est l’historien et journaliste français Dominique Vidal, de famille séfarade [juif de branche ibérique], collaborateur habituel de la revue le Monde Diplomatique (dont l’édition en ligne en espéranto se trouve à http://eo.mondediplo.com/).

Comment_Israel_expulsa_les_palestiniens__eo_Au lieu de proposer une thèse de plus, Vidal nous rapporte les contributions de ceux que l’on nomme les « nouveaux historiens » israéliens, comme Benny Morris, Ilan Pappé etc. Depuis la moitié des années 80, cette génération d’historiens juifs est parvenue à faire sauter les tabous et les mythes officiels sur la création de l’État d’Israël et sur la guerre, d’abord entre Juifs et Arabes habitant la Palestine sous mandat britannique (période durant laquelle le mot de « Palestiniens » était la référence pour tous), et ensuite entre Israël d’un côté et, d’un autre, les Palestiniens et les pays arabes voisins, de 1947 à 1949.

Comme le dit l’introduction, « entre le 29 novembre 1947, date de l’approbation par l’Assemblée Générale [de l’ONU] du plan de division de la Palestine, et le jour de la signature des accords d’armistice de 1949 qui ont mis fin à la première guerre israélo-arabe déclenchée par l’intervention des forces arabes le 15 mai 1948, plusieurs centaines de milliers de Palestiniens qui vivaient dans les territoires, qu’Israël finira par annexer, fuiront les lieux ». Selon l’historiographie traditionnelle israélienne, les réfugiés (dont le nombre est estimé à 500 000 maximum) sont partis de leur plein gré ou convaincus par les appels des dirigeants qui leur promettaient un retour rapide après la victoire ; les historiens arabes et palestiniens, eux, affirment que la grande majorité (entre 700.000 et 900.000) ont été chassés par les massacres orchestrés dans le cadre d’un plan politico-militaire. Après avoir consulté documents, archives, journaux etc. de l’armée israélienne et/ou de dirigeants israéliens comme David Ben Gourion, les « nouveaux historiens » démontrent que ces plans et cette expulsion, si consciencieusement exécutés, existent vraiment.

Vidal présente les résultats de ces recherches dans un ordre chronologique. Il va donner, dans son livre, la plus grande place à celles de Morris, car c’est lui, le premier, qui avait analysé en détail, entre autres, le plan Dalet, le massacre de Dayr Yāsīn ou le rôle principal joué par Ben Gourion dans cette politique d’expulsion et de nettoyage ethnique. On comprend mieux comment s’est articulé le processus qui a fait du peuple palestinien un peuple de réfugiés. Ensuite ont peut lire les arguments contraires de ceux que l’on appelle les historiens orthodoxes (également juifs ou israéliens), qui soutiennent la version officielle de l’histoire israélienne. Dans la deuxième moitié de l’ouvrage, l’exposé de l’actuelle position d’extrême-droite de Morris, non pas en tant qu’historien mais comme individu, transforment le livre en une sorte de roman. Là, sans cacher sa partialité, Vidal nous fait partager son émotion, comme celle des autres chercheurs.

Il poursuit avec, entre autres, Pappé, fervent militant d’extrême-gauche, qui est très clair sur ce sujet, également en tant qu’historien. Ses travaux sont une relecture de la période que Morris a déjà étudiée mais reproduite dans une autre perspective qui ne laisse place à aucun malentendu. Il termine par épilogue bouleversant de Sébastien Boussois qui résume, d’abord, les parcours de ces deux auteurs et celui de quelques-uns de leurs semblables, de Simha Flapan jusqu’à Avi Shlaim, Tom Segev ou Akiva Eldar, et poursuit par l’histoire de l’occupation israélienne de la Palestine jusqu’à l’oppression sanglante dont elle est aujourd’hui victime.
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Dans la préface de Yehuda Lancry on lit que « la création de l’État d’Israël a été la cause d’une catastrophe nationale pour les Palestiniens ». Pour nommer comme il convient cette catastrophe, utilisons le mot arabe, la « Nakba ». Nous disposons déjà, de livres, également en espéranto, sur l’histoire de la Chine, du Japon et de la Corée écrits avec la collaboration d’auteurs de ces trois pays ; Vilhelmo Lutermano nous a rendu un grand service en traduisant cette œuvre qui force le respect. Les 350 pages de la traduction sont très agréables à lire ; toutefois, permettez-moi d’ouvrir une parenthèse avec quelques notes relatives au style et langage employés.

Premièrement, l’abondance des noms arabes et hébreux ou plutôt l’absence de leur transcription respective gêne le lecteur […]. Pourquoi le lecteur doit-il attendre la page 325 pour découvrir que Beni Moris, tant de fois cité jusque-là, n’est autre que la transcription de Benny Morris, plus utile du point de vue bibliographique ? […]. Bien sûr, ceci n’est qu’un détail, comparé à l’importance de cette œuvre - si précieuse pour une compréhension plus affinée du monde- que nous pourrions qualifier sans risque d’erreur de « livre de l’année 2009 » [en espéranto]. Comme le disait Eldar, déjà cité : « Reconnaître ce qui s’est passé en 1948, tel que l’ont montré les « nouveaux historiens », est la condition première pour parvenir à la paix et à des accords ». Et son travail de recherche de la vérité, comme le dit Lancry « est un devoir, un devoir moral ».

Auteur : Jorge Camacho Cordón

Traduction : Esteban

Révision : Michèle Maliane (Tlaxcala)


ESPÉRANTO, ESPAÑOL

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Source : http://uea.org/revuo/index.html
Article publié le 2 décembre 2010