LE TACLE

LA CONSCIENCE VAUT MILLE TÉMOINS

18 juin 2008

AFRIQUE DU SUD : RETOUR AUX FONDAMENTAUX

SACPReconstruire l’organisation, s’attaquer au clientélisme et à la corruption pour mettre en échec le fléau de la xénophobie
Parti Communiste Afrique du Sud

La vague actuelle d'agressions xénophobes doit faire l’objet de la condamnation la plus unanime de la part de tous les Sud-Africains. C’est pourquoi le SACP a tenu à exprimer sa plus ferme condamnation de ces attaques. Non seulement ces attaques sont aussi barbares qu’inhumaines, mais elles donnent une image extrêmement choquante et très embarrassante pour les Sud-Africains, tant à l'intérieur du pays qu'internationalement. C'est particulièrement vrai pour ceux d’entre nous qui avons pu bénéficier d’un si vaste élan de solidarité internationale. Peut-être d’ailleurs que l’un des buts de ces barbares agressions perpétrées contre nos frères et sœurs africains, pauvres et ouvriers, consiste à saper le prestige international de l'Afrique du Sud et ses peuples.

Exprimer notre plus vive réprobation ne saurait suffire, il nous faut dès à présent avoir une action puissante et visible tant sur le court que sur le moyen terme. Une des premières mesures à prendre est une application ferme et résolue de la loi ainsi que des mesures préventives légales pour mettre un terme à cette situation.

Cependant, la protection et les mesures de sécurité publique ne constituent pas à elles seules les réponses adéquates. Nos organisations, en particulier l'alliance [référence à la triple alliance ANC-SACP- COSATU, centrale syndicale – pilier de la Révolution Démocratique Nationale, ndt] et des formations communautaires progressistes, doivent instamment marquer leur présence dans les secteurs affectés pour contribuer à isoler ceux qui se trouvent derrière ces actions barbares afin de discuter avec eux. Le SACP a effectivement chargé ses structures provinciales d’œuvrer précisément en ce sens. Notre direction nationale engagera des forces au côté des structures provinciales pour s’assurer que ces tâches sont menées à bien.

Nous devrions considérer ces événements comme une piqûre de rappel pour toutes nos formations, mais aussi pour  les structures de sécurité de l'Etat. Ils nous imposent une réflexion profonde très sérieuse, non exempte de critique et d'autocritique. Comment se fait-il qu'aucune de nos structures politiques ou communautaires n’ait pu avoir connaissance de tels plans aussi graves d’agressions contre des « étrangers » ? Comment se fait-il que les services de renseignements de l’Etat aient pu être à ce point pris au dépourvu ? En outre, pourquoi, même après les premiers incidents en Alexandra qui suivaient des événements antérieurs à Tshwane et dans certains secteurs du Cap Occidental, avons-nous été dans l’incapacité d'empêcher de tels actes xénophobes et de les laisser s'étendre à Ekurhuleni et dans d'autres parties de Johannesburg ?

Pour répondre à ces questions, il nous faut analyser certaines des causes sous-jacentes à cette xénophobie et à ses manifestations violentes actuelles.

La violence entre pauvres : les faillites des programmes d’ajustement structurel et du capitalisme prédateur

Comme nous avons pu le déclarer déjà auparavant, les Programmes d'Ajustements Structurels Économiques (ESAPs) imposés par le FMI à pratiquement toute l’Afrique Australe depuis les années 1980, ont été un échec complet.

Depuis 1994, beaucoup d'ouvriers et de paysans immigrés dans notre pays, comme bien d’autres travailleurs, ont émigré (légalement et illégalement) en Afrique du Sud démocratique, surtout comme réfugiés économiques à la recherche de meilleures opportunités pour des gagne-pain durables.

Malgré les nombreux mais modestes acquis de notre démocratie depuis la rupture démocratique de 1994, notre propre programme d'ajustement structurel, GEAR [Growth, Employment and Redistribution – Croissance, Emploi et Redistribution, ndt], n’a pas réussi à faire reculer le chômage ( le chômage s’est en réalité dramatiquement accru entre 1996 et 2006 ) et a miné notre capacité à construire un état développé. Il a plutôt favorisé l’émergence d’un État-providence, avec maintenant plus de 12 millions de personnes comptant pour vivre sur les aides sociales de toutes sortes.

La confusion politique et économique au Zimbabwe a augmenté la pression migratoire sur l'Afrique du Sud afin d’absorber des réfugiés économiques supplémentaires de ce pays, ainsi que de bien d'autres pays.

La conséquence concrète de ces événements a été de voir les secteurs les plus démunis de la société sud-africaine devoir cohabiter avec les populations pauvres de notre région. C'est arrivé de deux façons. Premièrement, ce sont les communautés les plus vulnérables qui, de façon informelle, ont dû partager leurs maigres ressources spatiales avec ces communautés immigrées miséreuses. La bourgeoisie et les classes moyennes ont été épargnées par l’impact de l'échec de l'ESAPS dans notre pays et par celui particulier de la crise au Zimbabwe et ils se sont littéralement protégés derrière les hauts murs de leurs banlieues cossues. Les élites des autres pays dans notre région n’ont pas eu non plus à supporter le fardeau principal de cette confusion économique et politique.

Deuxièmement, il y a eu une régionalisation rapide des forces du travail en Afrique du Sud, particulièrement pendant les 8 à 10 dernières années, avec une transformation croissante de la division du travail dans certains des secteurs clefs de notre économie. Le capitalisme Sud-Africain a exploité sans relâche la vulnérabilité des ouvriers venant du reste de l’Afrique Australe, le plus souvent aux dépens directement des ouvriers sud-africains, en leur payant des salaires d'esclave et en les soumettant à des conditions de travail en violation flagrante des lois du travail en vigueur en Afrique du Sud.

Ces faits n’ont pas été atténués mais plutôt aggravés par le rôle, non pas de locomotive du développement, mais de prédateur joué par le capital privé Sud-Africain dans la région. Beaucoup d’entreprises Sud-Africaines qui investissent dans le continent ont tiré grand profit des faiblesses du marché du travail local pour maximiser leurs profits et ne contribuent que très peu aux objectifs majeurs de développement de notre région.

Ce ne sont certainement pas les pauvres de l’Afrique Australe qui viennent prendre aux travailleurs et miséreux Sud-Africains leurs emplois et leurs moyens de subsistance, mais les pratiques de prédateur du capitalisme, tant en Afrique du Sud que dans le reste du continent.

L’enseignement que l’on peut en tirer est que tout discours sur la « renaissance africaine » qui ne s’accompagne pas de mesures économiques radicales afin de changer les conditions de vie des pauvres et des travailleurs et de s’attaquer aux méthodes prédatrices du capitalisme sur notre continent, n’est rien d’autre qu’un nouvel et « moderne » opium du peuple, une attitude de complaisance qui ne débouche sur aucune politique de transformation.

L’économie politique au niveau des Etats de l’Afrique du Sud (1)

La flambée de violence actuelle constitue aussi une illustration de la réalité contradictoire de notre système de collectivités locales avec ses avancées et ses reculs. Depuis la rupture démocratique de 1994, notre gouvernement central a en effet mis en place beaucoup de services locaux et changé la nature antidémocratique des collectivités locales que nous avions héritées de l’apartheid.

Ces avancées se sont cependant accompagnées de nouvelles pratiques de corruption et de clientélisme, qui ne concernent hélas pas que le niveau local, mais aussi celui des gouvernements provinciaux et national, et qui les ont remises en question [(1)- L’Afrique du Sud est composée de plusieurs états ou provinces disposant de gouvernements provinciaux en plus d’un gouvernement national, ndt].

Si la plupart de nos élus accomplissent un travail remarquable au service de nos populations, un nombre significatif d’élus de l’ANC [Conseil National Africain, parti au pouvoir allié du SACP, ndt] sont devenus si corrompus que leurs comportements portent sérieusement atteinte aux acquis engrangés depuis 1994. Par exemple, pourquoi des attributions de logement sont faites par des élus plutôt que d’être traitées collégialement par les conseils municipaux et les commissions appropriées ?  Comment se fait-il que dans certains cas, les recrutements pour des projets ou services municipaux soient traités personnellement par des élus ? Dans trop d’endroits, ces élus s’affranchissent du contrôle des conseils municipaux et des organismes concernés et desservent les intérêts de notre peuple.

Ils sont devenus ni plus ni moins que des « caciques » dans leurs collectivités [le terme Indunas employé fait référence aux chefs coutumiers, ndt] et ces collectivités ni plus ni moins que des outils à leur service. Il nous faut assumer le fait que beaucoup de ces pratiques ont cours dans des collectivités contrôlées par l’A.N.C.. Certains de nos élus perçoivent indûment des pots-de-vin et attribuent abusivement des logements à des gens qui ne sont pas prioritaires, qu’ils soient Sud-Africains ou non d’ailleurs !

Ces méthodes corrompues créent un terreau fertile pour les conflits intra-communautaires et la xénophobie, attisés par des élites locales réactionnaires et anti-ANC arc-boutées dans la mise en œuvre de leurs mesquins objectifs politiques.

Notre critique principale à l'ANC avant sa 52ème Conférence Nationale de Polokwane [qui s’est tenue du 16 au 20 décembre 2007 et a vu l’élection à sa présidence de Jacob ZUMA et la défaite de Thabo M’BEKI, ndt] était qu’il s’est trouvé confisqué par ce que nous avons appelé « le Projet de Classe de 1996 », qui est une alliance entre les secteurs du capitalisme national et mondial, les couches émergentes de la petite bourgeoisie noire, encouragée par des groupes de nos propres cadres occupant des positions clefs au sein de l'Etat. Une des conséquences les plus dommageables de cette situation a été la démobilisation des organisations de l’ANC et la « colonisation » de l'ANC par l’appareil d’Etat. Cela a transformé l'ANC en simple machine électorale et l’a coupé du quotidien des luttes de la majorité écrasante de ses membres et de ses diverses composantes.

La violence actuelle contre des « étrangers » est une singulière illustration de l'affaiblissement et de la « quasi-décrépitude » des structures de l'ANC sur le terrain et de leur incapacité à mener des luttes collectives progressistes comme à détecter les menées réactionnaires contre nos frères et sœurs africains.

Ces événements montrent non seulement un ANC incapable de mobiliser les masses en dehors des campagnes électorales, mais aussi un SACP particulièrement affaibli. La faiblesse du SACP sur le terrain illustre l’effet combiné de la marginalisation du SACP inspiré par le projet de classe 1996 et des politiques globales d’alliances qui ont amené un certain nombre de nos organisations, en collaborant avec le projet de classe 1996 dominant dans l'ANC et l'Etat, à y être finalement assimilées. Cela s'est produit dans de nombreux endroits du pays.

Toutes ces caractéristiques spécifiques de la politique et de l'économie de l'Afrique du Sud ont grandement contribué à l'affaiblissement de nos structures organisationnelles.

La contre-révolution

Il est clair que derrière ces attaques violentes concertées et organisées se trouve un plan d’action contre-révolutionnaire, visant à jeter le discrédit sur l'ANC dans l’optique des élections nationales devant se tenir l'année prochaine. C'est une campagne bien orchestrée, exploitant les frustrations très réelles des plus pauvres de nos concitoyens.

Il est en effet plausible que ces forces contre-révolutionnaires exploitent ce qu'elles considèrent comme des « divisions » dans l'ANC et la relative « incertitude » de cette période transitoire entre la Conférence Nationale de Polokwane et les élections 2009. C’est aussi un moyen de tester la force, la capacité de résistance et l’aptitude tant de l'ANC que de l'Etat à résister à de telles pressions.

La question fondamentale à laquelle nous devons répondre est de savoir dans quelle mesure nous avons réussi à démobiliser les forces contre-révolutionnaires au pouvoir dans les années 1980 au début des années 1990 et à changer les conditions sociales de notre peuple que ces forces du passé ont su exploiter ? La vague actuelle de violence ressemble en beaucoup de points aux flambées de violence du début des années 1990, particulièrement dans le Gauteng [un des Etats composant l’Afrique du Sud, ndt].

Comme au début des années 1990, les foyers de travailleurs pauvres ( hostels ) semblent constituer le centre névralgique où sont organisées et déclenchées les violences actuelles.

L'urgence de mettre un terme à cette situation est encore renforcée par le danger réel que ce type d’émeutes puisse se propager sous la forme de conflits inter-ethniques entre les Sud-Africains eux-mêmes.

Il est donc légitime de considérer cette flambée de violence non pas comme simplement de la xénophobie, mais comme s’inscrivant dans une offensive contre-révolutionnaire qui vise notre mouvement et s’attache à miner tous les acquis gagnés par notre démocratie.

Que faire ?

Une action forte et immédiate des forces de sécurité est indispensable pour mettre un terme à ces agissements avec en particulier l’arrestation et la punition des criminels. Il est également essentiel que nos organisations coopèrent avec les services de police dans l'appréhension de ces criminels.

Il est simultanément capital, qu’à la lumière de cette tragédie, nous procédions à une franche et honnête évaluation de l'état de nos organisations, afin d’identifier le déclin qui commençait à les frapper et d’entamer un processus rigoureux de reconstruction de  l’ensemble de nos structures locales dans tout le pays.

Dans ce processus de reconstruction de nos organisations, il est important aussi de savoir quel type de structures et d’organisation nous souhaitons privilégier auprès de nos forces militantes. Faut-il par exemple, revivifier la SANCO [South African National Civic Organisation – structure nationale regroupant les « civics », associations des habitants des townships et autres quartiers défavorisés, ndt] ou construire de puissants comités de quartier pour former le nouveau noyau révolutionnaire de l'organisation populaire, ou les deux à la fois ?

Quelle que soit la voie que nous choisirons, il est essentiel de se concentrer sur la construction de comités de quartier, qui représente une nouvelle occasion d'organiser et de mobiliser nos communautés pour combattre la criminalité et de constituer les nouveaux noyaux révolutionnaires qui nous permettront de poursuivre notre programme de développement local.

Il est aussi important que soit intensifiée l'organisation des ouvriers précaires et des travailleurs informels plus vulnérables. Cela suppose une stratégie volontariste visant à s’assurer que tous les ouvriers de chaque région sont organisés dans des syndicats. Voilà qui bâtira un socle plus puissant pour lutter contre ces employeurs exploitant la vulnérabilité de ces ouvriers originaires des autres pays de l’Afrique Australe et contribuera à forger une solidarité de classe entre les travailleurs, sur leurs lieux de travail et au-delà.

Asikhulume ! (Parlons-en ! en zoulou )

Blade Nzimande est Secrétaire Général du S.A.C.P. ( Parti Communiste Sud-Africain)

ENGLISH

Traduction: Pedro DA NOBREGA

Posté par LE TACLE à 20:08 - Afrique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 juin 2008

AFRIQUE : SAHARA, LA RÉVOLUTION DE LA FEMME, DANS LE DÉSERT

femme_saharaouiLA FEMME SAHRAOUIE

Forte, combative et travailleuse. Durant ses trois décennies d’exil, la femme sahraouie est parvenue à s’imposer et avancer dans plusieurs secteurs de sa société. « Nous avons toujours été respectées, mais nous avons chaque fois plus de libertés, beaucoup plus que dans d’autres pays arabes », dit la secrétaire générale de l’Union des Femmes Sahraouies, Fatma Medi.

« La femme sahraouie ne pleure jamais », affirme radicalement et avec orgueil, Zukeina. Elle travaille comme médecin dans la province de Smara, dans les campements de réfugiés de Tinduf. Elle fait partie de ces milliers de sahraouies qui ces dernières années ont obtenu un titre universitaire. Avant 1975, lorsque l’Espagne avait abandonné le Sahara Occidental, il n’y en avait aucune. Depuis, « beaucoup de choses ont changé pour nous », explique Fatma Mehdi, secrétaire de l’UNMS et membre de la direction politique du Front Polisario. « Nous luttons pour l’indépendance de notre peuple, mais également pour celle de la femme parce que cette indépendance ne servirait à rien si nous ne parvenions pas à une société équitable ».

Aujourd’hui « nous avons beaucoup de chances pour nous former et nous développer en tant que personnes », dit Mehdi. Il y a chaque jour plus d’avancées. Cela est dû au statut qu’elles ont acquis en temps de guerre. « Nous avons levé les campements et nous avions dû nous faire valoir par nous-mêmes pendant longtemps », raconte t-elle. Le caractère nomade de cette population a également influé cette liberté de la femme sahraouie. « On nous respecte parce que nous avons toujours participé en conditions d’égalité dans toutes les tâches du foyer, des champs, de l’élevage du bétail… ».

Maintenant elles doivent travailler dur pour ne pas perdre les privilèges qu’elles ont gagné « avec tant d’efforts ». « Lorsque les hommes étaient revenus du front » en 1991, « nous avons senti la menace qu’ils voulaient reprendre de nouveau les rênes de la famille et qu’un certain machisme revenait s’implanter, mais nous nous efforçons pour atteindre l’égalité des chances et nous sommes sur le bon chemin ».

Maîtresses de leur foyer

Fatma, sait qu'il serait impossible que son discours  soit soutenu dans d’autres pays arabes, « comme au Maroc », par exemple. « Nous sommes les patronnes de notre foyer, nous n’avons pas besoin de demander la permission pour recevoir quelqu’un dans notre maison et rien ne peut nous être interdit ; ce n’est pas ainsi dans d’autres peuples ».

L’égalité est également entrée dans le monde de la politique. « 34% des députés du Parlement sont des femmes, alors que le nombre fixé était de 24% de députées ». Elles envisagent maintenant de créer une plateforme de femmes politiques et représentantes des institutions afin d’aborder les thèmes qui les préoccupent le plus et ainsi chercher leurs solutions. « Nous devons parvenir à ce qu’ils s’habituent à nous laisser des charges de responsabilité, car le fait qu’une femme se présente à la présidence de la République, ne parvient pas encore à leur entrer dans le crâne », ajoute Suelma Beirut, représentante des affaires Etrangères et de la Coopération de la UNMS.

L’alphabétisation est un des programmes les plus importants de cette organisation. « Nous ne voulons pas que nos femmes délaissent leur formation, faute de recours ». L’Union peut compter avec une structure très large dans toutes les provinces et les municipalités répartie dans tous les campements. Toutes leurs activités sont canalisées au travers de leurs délégations.

Zukeina a passé plusieurs heures avec la délégation de Smara. Dans la garderie de leurs installations, joue un groupe d’enfants sous le contrôle d’une jeune sahraouie. Pendant ce temps, leurs mères assistent à des cours ou se réunissent pour débattre sur des thèmes sociaux ou religieux. À côté du salon de beauté, quelques jeunes filles récitent le verbe « avoir ». Pilar Campo, de Cordoba et qui est établie à Barcelone, est leur professeur depuis plus d’un an. «  Elles sont très intelligentes, très bonnes étudiantes mais également très turbulentes et je les surprend souvent en train de se copier ».

Mariages et divorces

Les progrès qu’ont obtenu les femmes du désert est également parvenu dans les relations personnelles. « Les femmes ne doivent plus se marier avec le candidat élu par nos familles, la loi interdit le mariage avant l’âge de 16 ans et le divorce n’est plus mal vu », raconte Glana, une sahraouie de la province de Smara. Elle a 18 ans et ne pense pas encore à se fiancer. « Je veux d’abord étudier ».

Depuis que « nous sommes sorties du Sahara Occidental, notre liberté s’est amplifiée petit à petit », insiste la secrétaire de la UNMS. Et malgré la certitude que la femme divorcée ne soit pas répudiée, « dans la majorité des cas c’est l’homme qui a toujours le dernier mot parce que la femme sahraouie a encore beaucoup de difficulté à s’extérioriser ». Pour changer les choses, « il existe depuis quelques années des commissions d’écoute ». Lorsqu’une femme veut divorcer, elle peut venir à la commission « et là nous l’aidons à identifier ses problèmes, qu’elle les exprime et fasse le premier pas ; l’homme ne peut le refuser ».

Fatma craint que tout le terrain gagné dans l’égalité des genres pourrait se perdre, si l’on ne légifère pas les acquis qui se développent. « Nous luttons pour que cela se réalise, pour qu’il y ait des lois qui nous protègent, parce qu’il peut nous arriver la même chose qu’à d’autres peuples, dans lesquels la femme a joué un rôle important en temps de guerre et lorsque ils sont parvenus à installer la paix et l’indépendance, elle a été de nouveau emprisonnée à vie ». La femme sahraouie n’est pas disposée à perdre l’élan qui va permettre une société éduquée dans l’égalité des tous ses membres. Elles veulent un Sahara libre, pour tous.


archipielagonoticias

ESPAÑOL

Traduction: Esteban

Posté par LE TACLE à 10:52 - Afrique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 mai 2008

ZIMBABWE : POUR COMPRENDRE LA CRISE ÉLECTORALE

zimbabwe_hand

Les élections parlementaires et présidentielles zimbabwéennes de mars 2008 étaient supposées constituer un facteur de déblocage de la situation qui apporterait finalement la stabilité et la paix au Zimbabwe. Le président MBEKI, dans son adresse à la nation en février, avait assuré au Parlement sud-africain que tout était en place : « Ne subsistaient que quelques questions procédurales ». Hélas, au moment de mettre sous presse, les résultats ne sont toujours pas validés ni divulgués, et la violence patronnée par l’Etat s'intensifie, les forces Zanu-PF (parti gouvernemental, ndt ) se servant cyniquement des résultats électoraux afin de déterminer les secteurs devant être punis.

Tout cela était hélas prévisible et avait d’ailleurs été dénoncé par le SACP. Point besoin d’une grande intelligence pour en deviner les tragiques conséquences. Après tout, nous voyons se répéter de biens des façons ce qui s’était déjà passé en juin 2000 lors des élections parlementaires ainsi que lors des scrutins suivants de 2002 et 2005.

En février 2000, le tout nouveau MDC s'était surpris lui-même en infligeant une défaite au Zanu-PF, au pouvoir depuis 20 ans, lors du référendum sur la réforme constitutionnelle. Fort de cette victoire, le MDC était convaincu qu'il gagnerait les élections parlementaires de juin 2000. Il les a perdus pour 5 sièges (du moins selon les résultats officiels), malgré une grande vague de violence, des occupations agricoles fomentées à la hâte (supposées faire office de réforme agraire ) et la mobilisation de milices de jeunes.
Les mêmes procédés violents, trucage de votes et manipulation générale se sont produits en 2002 et 2005. A chaque fois, la SADC ( South of Africa Development Community -Communauté de Développement de l’Afrique Australe, ndt ) et le gouvernement sud-africain ont cru bon de considérer ces scrutins comme « suffisamment libres et sincères » ! Et à chaque fois, la SADC, l'UE et les USA ont encouragé le MDC à y participer.

Concernant les scrutins de cette année, il y avait pourtant un élément réel mais passé sous silence - les protocoles électoraux déterminés par la SADC. Ces protocoles, solennellement agréés par tous les gouvernements membres de SADC, Zimbabwe compris, définissaient très clairement les conditions nécessaires à la tenue d’élections libres et sincères. Ils comprenaient l'accès équitable aux médias pour tous les partis, la liberté de tenue de réunions publiques et d’assemblées ainsi que des restrictions claires quant à l’intervention des forces de sécurité.

Ces préconisations n’étaient pas censées s’appliquer simplement pendant la quinzaine précédant les scrutins – mais devaient être mises en œuvre bien des mois auparavant. Une nouvelle fois cependant, le Président MUGABE a grossièrement manœuvré le Président de la SADC, Thabo MBEKI, mandaté pour un rôle de médiateur, en annonçant unilatéralement la date de la tenue des élections pour mars 2008 sans que les conditions préalables n'aient été effectives, ni même mises en œuvre. Et encore une fois, le Président MBEKI a fermé les yeux sur ces agissements et a laissé faire.

Et, à la suite d’un débat interne animé, les forces d'opposition ont de nouveau été persuadées de participer aux joutes électorales.
Il est vrai qu’existaient cette fois de nouveaux événements. Le Zanu-PF apparaissait, y compris au plus haut niveau du Bureau Politique, plus divisé que jamais. Les tensions au sein des forces de sécurité zimbabwéennes semblaient plus fortes et l'unité dans leurs rangs faiblissait.
Il est clair également que l’acheminement immédiat des résultats électoraux aux centres de dépouillement dès que le décompte des voix était complet rendait plus difficile et plus évidente toute manipulation et tricherie, d’où le retard prolongé de l'annonce des résultats.

En tant que Sud-Africains, nous ne contribuerons pas au progrès du Zimbabwe tant que nous n’accepterons pas quelques faits essentiels :
Le Zanu-PF n'est pas ( ou au moins a depuis longtemps cessé d'être ) un allié de mouvement national de libération. Le Zanu-PF est l’illustration même de ce qui peut arriver à un mouvement national de libération qui perd le contact dynamique et démocratique avec les masses et se laisse contrôler par une élite parasite qui se sert de l’accès au pouvoir pour son enrichissement personnel.

Cela ne signifie pour autant pas que, à l’image de certains secteurs de la direction de l’ANC, nous devrions prendre parti pour telle ou telle formation politique non plus. Notre mobilisation doit s’effectuer en faveur des ouvriers et des pauvres de notre pays voisin. Notre mobilisation doit se faire en faveur de la démocratie, des droits de l'homme et du développement social.

Le problème avec « la diplomatie de coulisses » ne réside pas dans le fait qu’elle ne soit pas une diplomatie « de slogans tonitruants ». Le problème majeur est qu'elle se fonde sur l’illusion que des solutions durables peuvent être trouvées au Zimbabwe par des tractations de sommet, des arrangements confidentiels sans une forte mobilisation populaire, sans la consultation et la participation active des ouvriers, des paysans, des classes moyennes, des membres des forces de sécurité de base, des organisations évangéliques, des ONG et de tout l’éventail des larges forces patriotiques du Zimbabwe.

Un accord de sommet suivi d’une consultation électorale ne garantiront jamais de transition démocratique stable au Zimbabwe. Et c'est en quoi les préalables conditions démocratiques définies par les protocoles d'élections de la SADC sont si importantes. Elles ne sauraient se résumer à n’être qu’une liste de vœux devant trouver leur place juste le temps d’une élection – mais doivent plutôt être les conditions permettant de créer un climat propice pour que les forces motrices (aujourd’hui tragiquement en panne) de la NDR ( National Democratic Revolution – Révolution Démocratique Nationale, appellation utilisée en Afrique du Sud pour désigner les forces du changement démocratique, ndt ) puissent totalement jouer leur rôle.

JEREMY CRONIN, Secrétaire-Général adjoint du SACP ( Parti Communiste Sud-Africain )

Publié dans l’édition de mai de “Umsebenzi” – organe du S.A.C.P.

ENGLISH

Traduction Pedro DA NOBREGA

Posté par LE TACLE à 09:03 - Afrique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 mai 2008

AFRIQUE DU SUD : ÉLÉMENTS CLÉS DE LA POLITIQUE SUD-AFRICAINE: JIPSA et EPWPs

immigration_afrique_du_sud

 20 - V – 2008 CEPRID. La "Accelerated and Shared Growth Initiative for South Africa" (ASGISA) définie comme un vaste cadre d’interventions en faveur d’une croissance économique accélérée et partagée, a permis la création de la "Joint Initiative on Priority Skills Acquisition" (JIPSA) et du "Expanded Public Works Programme" (EPWPs), avec l’objectif d’éradiquer les problèmes sociaux qu’affronte la société sud-africaine et qui constituent un obstacle au profit d’une réelle transformation des tendances socio économiques héritées du régime de l’apartheid.

Le JIPSA est considéré comme programme gouvernemental (et non comme une stratégie d’éducation et de transcendance des capacités en soi), dont le lancement fut encouragé par l’observation que la qualification de la main d’œuvre pouvait être un frein à la croissance économique. C’est pour cela que fut crée un groupe composé de la Vice présidente de la nation Phumzile Mlambo-Ngcuka, d’un Cabinet d’Étude, d’importants commerciaux et d’un groupe de spécialistes dirigé par Gwede Mantashe afin d’impulser et d’analyser les points particuliers de la stratégie.(1)

Les objectifs poursuivis se basent sur l’ordre des priorités à court et moyen terme, que nous pouvons citer :

À court terme:

1. La formation des capacités techniques et l’aptitude pour les programmes de développement d’infrastructure contenus dans l’ASGISA

2. Le développement des aptitudes dans les secteurs de la technologie et des communications

3. Le recrutement et la formation professionnelle des diplômés sans emploi

À moyen terme:

1. La réussite d’un haut niveau de formation des travailleurs associés aux secteurs des transports, des communications et de l’énergie.

2. La formation hautement qualifiée des ressources humaines dans les zones urbaines et au niveau régional.

3. Le développement des aptitudes pour diriger et contrôler les secteurs de l’éducation et de la santé.

4. Le perfectionnement de la formation compétitive dans l’enseignement public, particulièrement dans les matières comme les sciences exactes, l’information et les communications.(2)

Les interventions gouvernementales dans le but de réaliser les objectifs envisagés comprennent la création de nouvelles écoles, ainsi que le perfectionnement et le monitorage des plans d’étude. Dans la finalité du programme, il est pris également en compte les motivations salariales pour retenir le personnel hautement qualifié et éviter la fuite des cerveaux vers les pays développés, ce phénomène a accentué la carence de personnel qualifié dans le pays. Si l’on cherche à élever les niveaux d’aptitude de la force de travail et à son tour contrôler son mouvement hors des frontières nationales, dans le plan d’actions on lance un appel à stimuler l’immigration professionnelle, qui est un facteur qui motive la migration de techniciens provenant d’autres régions du continent vers le marché du travail national. De cette manière, l’Afrique du Sud s’est convertie en un pôle attractif pour ces diplômés qui trouvent des choix d’emploi avec moins de restrictions comparé aux pays européens.(3)

Avec le résultat de ces processus migratoires, les programmes nationaux d’aptitudes risquent de ne pas devenir effectifs si le marché du travail est saturé de cette force de travail immigrante, ce qui dans un tel cas obligerait le gouvernement à trouver une solution pour créer de nouvelles sources d’emploi. La compétence que la main d’œuvre étrangère offrira, peut également constituer une pression effective sur les salaires, qui s’ajusteront au niveau de l’offre de travail quantitatif, et le réajustement ne favorisera pas forcément les offrants nationaux.

Les EPWPs, pour leur part, se sont transformés en un élément essentiel pour la localisation des investissements de l’État. Plus qu’un programme spécifique, les EPWPs synthétisent une stratégie gouvernementale qui s’accorde à reprendre le rôle de l’État dans les investissements des secteurs clés avec l’objectif de stimuler la création d’emplois et l’infrastructure nationale. Les secteurs ci-dessous cités ont été reconnus comme « créateurs potentiels d’emplois » dans le cadre des EPWPs :

Environnement: Peut créer des opportunités de travail dans des projets publics pour améliorer les conditions d’environnement dans le pays.

Social: en finançant des projets comme le programme de soins aux personnes âgées et aux enfants.

Économique: en mettant en oeuvre un ensemble de mesures associées aux secteurs productifs grâce au financement à de petites entreprises dans le but de stimuler les capacités du travail et la gestion des ressources. Il faut également souligner l’investissement en matière d’infrastructure qui emploie une main d’œuvre importante et qui peut activer la création d’emplois.(4)

L’existence des EPWPs date depuis 2003, lorsque les secteurs sociaux sud-africains ont souffert de la crise sociale alarmante, manifestée par de forts taux de chômage, dans l’économie nationale et dans les réductions budgétaires imposés depuis 1996 par la politique Growth Employment and Redistribution (GEAR), cela avait donné lieu à un processus de réforme gouvernementale en matière de politique économique. Son incorporation à l’ASGISA avait doté celle-ci d’un élément keynésien mais avec un haut degré de décentralisation si nous tenons compte que le financement s’effectue grâce aux budgets des provinces et des localités. Pour autant ces programmes préconisent que les décisions de l’investissement se réalisent au niveau communautaire, l’accomplissement des projets devant être une source d’emploi sérieuse et qu’à son tour il ait un effet multiplicateur en relation avec d’autres secteurs productifs.(5)

Théoriquement, la JIPSA et les EPWPs peuvent être catalogués comme des politiques keynésiennes appliquées dans le contexte sud-africain. Leurs interconnexions évidentes permettent d’atteindre les objectifs globaux envisagés dans l’ASGISA grâce à un ensemble d’interventions spécifiques. Malgré que la réalisation de la JIPSA dépende en grande partie de l’aide financière publique, le processus de priorité devient complexe si nous lui ajoutons le sujet social des EPWPs. Loin d’obtenir une cohérence, la multiplicité des projets en ce sens, peut-être un élément déstabilisateur lorsqu’il faut attribuer les fonds d’investissements. Si pour l’étude des projets infra structuraux (qui à leur tour génèrent des emplois) un certain niveau de financement est nécessaire, les ressources humaines qualifiées pour leurs exécutions dépendent en grande partie de l’initiative de la JIPSA, qui demande en même temps une part élevée de ressources financières. Dans ce cas-là, nous pourrions assister à une espèce de cercle vicieux dans lequel il devient difficile d’avoir une vision claire des priorités à l’intérieur de l’ASGISA.

Cependant, on peut apprécier un effort conscient de la part des architectes de la politique économique sud-africaine pour résoudre les problèmes sociaux d’une manière inclusive. Le processus d’identification qu’a comporté le lancement de l’ASGISA, nous démontre les potentialités de l’Afrique du Sud comme étant un pays capable de tracer son modèle de développement de manière endogène.

Références:

1 - The Construction Conference ICC Durban: “Joint Initiative on Priority Skills Acquisition”. Conference Presentation by Glen Fisher, 31-10-06.

2 - The South African Institute of Architects: “Joint Initiative on Priority Skills Acquisition”. JIPSA Survey September 2006, www.info.gov.za, 25-08-07.

3 - Behar, A.: “ASGISA and JIPSA: Will those who Remain Unskilled also get to Share?” The Birchwood Hotel and Conference Centre Johannesburg, South Africa. 18-10-06.

4 - Phillips, S.: “The Expanded Public Works Programme (EPWP)”. Overcoming underdevelopment in South Africa’s second economy Jointly hosted by the UNDP, HSRC and DBSA. 28-10-04.

5 - ANC Discussion Document: “Creating Opportunities towards Human Fulfilment”. First 2006/07 quarterly report. www.anc.org.za, 08-05-07.

Roger Benítez
est investigateur du (
CEAMO) Centre d’Études sur l’Afrique et le Moyen Orient de La Havane (Cuba)

(ASGISA) Initiative de Croissance Accélérée et Partagée pour l'Afrique du Sud
(JIPSA) Initiative Commune Prioritaire sur l’Acquisition de Compétences
(EPWPs) Programme Étendu de Travaux publics

ESPAÑOL

Traduction : Esteban

Posté par LE TACLE à 21:38 - Afrique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 mars 2008

La triple faute des grandes banques privées

africa

Depuis août 2007, les banques nord-américaines et européennes sont sous les feux de l’actualité à cause de la crise très sévère qu’elles traversent, et qu’elles font traverser au système économique néolibéral dans son ensemble. Le montant actuel des dépréciations d’actifs auxquelles elles ont dû procéder dépasse 200 milliards de dollars. Plusieurs services d’études des banques et des économistes chevronnés considèrent que la facture dépassera 1000 milliards de dollars |1|.

Comment les banques ont-elles pu construire un montage de dettes aussi irrationnel ? Avides de profits, les organismes de crédits hypothécaires ont prêté à un secteur de la population déjà fortement endetté. Les conditions de ces prêts à haut rendement (pour le prêteur) constituent une véritable arnaque : le taux est fixe et raisonnable au cours des deux premières années puis augmente fortement ensuite. Les prêteurs affirmaient aux emprunteurs que le bien qu’ils achetaient gagnerait rapidement de la valeur vu l’augmentation des prix du secteur immobilier. Le hic, c’est que la bulle du secteur immobilier a fini par exploser en 2007 et les prix ont commencé inexorablement à baisser. Comme le nombre de défauts de paiement s’est considérablement accru, les organismes de crédit hypothécaire ont éprouvé des difficultés à rembourser leurs dettes. Les grandes banques, pour se protéger, ont refusé de leur octroyer de nouveaux prêts ou ont exigé des taux beaucoup plus élevés. Mais la spirale ne s’est pas arrêtée là car les banques avaient acheté les créances hypothécaires en très grande quantité, et largement hors bilan en créant des sociétés spécifiques appelées Structured Investment Vehicles (SIV), qui finançaient l’achat de créances hypothécaires à haut rendement transformés en titres (CDO, Collateralized Debt Obligations).

A partir d’août 2007, les investisseurs ont cessé d’acheter les commercial papers émis sans garantie par les SIV dont la santé et la crédibilité s’étaient fortement détériorées. En conséquence, les SIV ont manqué de liquidité pour acheter les crédits hypothécaires titrisés et la crise s’est amplifiée. Les grandes banques qui avaient créé ces SIV ont dû assumer les engagements de ceux-ci pour éviter qu’ils ne tombent en faillite. Alors que jusque-là les opérations des SIV ne faisaient pas partie de leur comptabilité (ce qui leur permettait de dissimuler les risques pris), elles ont dû reprendre dans leur bilan les dettes des SIV.

Résultat : panique à bord ! Aux Etats-Unis, 84 sociétés de crédits hypothécaires ont fait faillite ou cessé partiellement leur activité entre le 1er janvier et le 17 août 2007, contre seulement 17 sur toute l’année 2006. En Allemagne, la banque IKB et l’Institut public SachsenLB ont été sauvés d’extrême justesse. Récemment, l’Angleterre a dû nationaliser la banque Northern Rock tombée en faillite. Le 13 mars 2008, le fonds Carlyle Capital Corporation (CCC), connu pour sa proximité affichée avec le clan Bush, s’est effondré : ses dettes représentaient 32 fois ses fonds propres. Le lendemain, la prestigieuse banque états-unienne Bear Stearns (5e banque d’affaire aux Etats-Unis), à cours de liquidités, a appelé à l’aide la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed) pour obtenir un financement d’urgence. Elle sera rachetée par la banque JP Morgan Chase pour une bouchée de pain.

Plusieurs segments du marché de la dette constituent des constructions bancales en train de s’effondrer. Ils entraînent dans leurs déboires les puissantes banques, les hedge funds, les fonds d’investissement qui les avaient créés. Le sauvetage des institutions financières privées est réalisé grâce à l’intervention massive des pouvoirs publics. Privatisation des bénéfices, socialisation des pertes sont encore une fois de mise.

Mais une question se pose : pourquoi les banques, qui aujourd’hui n’hésitent pas à effacer des dettes douteuses par dizaines de milliards de dollars, ont-elles toujours refusé d’annuler les créances des pays en développement ? Elles font là la démonstration que c’est parfaitement possible et tout à fait nécessaire. Rappelons qu’à l’origine des dettes actuelles réclamées par les banques à ces pays, on trouve des dictatures criminelles, des régimes corrompus, des dirigeants fidèles aux grandes puissances et aux créanciers. Les grandes banques ont prêté sans compter à des régimes aussi peu recommandables que ceux de Mobutu au Zaïre, de Suharto en Indonésie, aux dictatures latino-américaines des années 1970-1980 sans oublier le régime d’apartheid en Afrique du Sud. Comment peuvent-elles continuer d’infliger le joug de la dette à des peuples qui ont souffert de régimes dictatoriaux qu’elles ont elles-mêmes financés ? Sur le plan juridique, de nombreuses dettes odieuses figurent dans leurs livres de compte et n’ont pas à être remboursées. Mais les banques continuent d’exiger leurs remboursements.

Rappelons également que la crise de la dette du tiers-monde a été provoquée en 1982 par la hausse brutale et unilatérale des taux d’intérêts décidée par la Fed. Auparavant les banques privées avaient prêté à tour de bras à taux variable à des pays déjà surendettés, finalement incapables de faire face. Aujourd’hui, l’histoire se répète, mais au Nord cette fois et d’une manière spécifique : les ménages surendettés des Etats-Unis sont devenus incapables de rembourser leur emprunt hypothécaire à taux variable car la bulle de l’immobilier a éclaté.

Les effacements de dette que les banques réalisent donnent raison à tous ceux qui, comme le CADTM, revendiquent une annulation de la dette des pays en développement. Pourquoi ? Parce que la dette à long terme des pouvoirs publics du tiers-monde envers les banques internationales atteignait 181,9 milliards de dollars en 2006 |2|. Depuis août 2007, elles ont déjà dû effacer un montant bien supérieur, et ce n’est pas fini…

Les grandes banques privées ont donc triplement fauté :

  • elles ont construit de désastreux montages de dette privée qui ont conduit à la catastrophe actuelle ;
  • elles ont prêté à des dictatures et ont obligé les gouvernements démocratiques qui ont succédé à rembourser jusqu’au dernier centime cette dette odieuse ;
  • elles refusent d’annuler des dettes des pays en développement alors que leur remboursement implique une détérioration des conditions de vie des populations.

Pour toutes ces raisons, il faut exiger qu’elles rendent des comptes sur leurs agissements au cours des décennies passées. Les gouvernements des pays du Sud doivent réaliser des audits de leur dette, comme le fait l’Equateur aujourd’hui, et répudier toutes leurs créances odieuses et illégitimes. Les banquiers leur démontrent que c’est parfaitement possible. Il s’agira du premier pas pour rendre à la finance le rôle qui lui revient, celui d’outil au service de l’être humain. De tous les êtres humains.

[CADTM], Damien Millet, Éric Toussaint

notes articles:

|1| Le service d’étude de Goldman Sachs estimait le 7 mars 2008 les pertes à 1156 milliards de dollars, George Magnus de UBS avançait en février un chiffre supérieur à 1000 milliards, Nouriel Roubini de l’Université de New York- émet l’hypothèse d’une perte d’au moins 1000 milliards de dollars.
http://www.rgemonitor.com/blog/roubini

|2| Banque mondiale, Global Development Finance 2007.

Posté par LE TACLE à 11:24 - Afrique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 octobre 2007

"Au Congo on est en train de détruire l’espèce féminine"

femme_violee_congoL’activiste congolaise pour les droits humains, Christine Schuler Deschryver, parle sur le terrorisme sexuel et la guerre oubliée d’Afrique.

Dans une guerre qui a déjà tué plus de 4 millions de personnes, Christine Schuler Deschryver décrit comment, au Congo, les femmes continuent d’êtres les victimes du "terrorisme sexuel". John Homes, le secrétaire général adjoint  des Affaires Humanitaires de l’ONU, a qualifié la violence sexuelle au Congo comme étant "la pire du monde".

Amy Goodman : Le Président Bush a fait une déclaration ferme en ce qui concerne le viol et le génocide lors de la réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies le 25 septembre 2007.

Président George W.Bush : "Peut être certains ne pensent pas que c'est un génocide, mais si vous avez été violé, vous pensez que c'en est un…vos droits humains ont été violé. Si les gens sont tués impitoyablement par des bandes organisées, vous savez que c'est un génocide."

Amy Goodman : Le président Bush parlait de la violence au Darfour et au Soudan, mais il n’a pas mentionné les autres crises en Afrique : les guerres interminables qui se déroulent dans la République Démocratique du Congo.Entre 1997 et 2004, plus de 4 millions de personnes sont mortes pendant le conflit. Ce chiffre est le résultat de la dernière enquête réalisée par le Comité de Secours International [IRC- International Rescue Committee) et publiée dans la revue britannique de médecine "Lancet". L’IRC estime qu’aujourd’hui, trois ans après, 38 000 personnes par mois meurent encore.
Aujourd’hui, nous allons nous centrer sur un aspect spécialement brutal de la guerre qui se déroule au Congo : La guerre contre les femmes. [Comme dit plus haut] dans une entrevue au New York Times, John Homes secrétaire adjoint des Nations Unies pour les Affaires Humanitaires, a fait référence à la violence sexuelle au Congo pour la citer comme "la pire du monde".
Christine Schuler Deschryver est une activiste congolaise des droits humains. Elle vit à Bukavu, à l’Est du Congo, où sévit la pire des violences contre les femmes. Je lui ai demandé de me décrire la situation dans son pays.
 

Christine Schuler Deschryver : Au Congo, depuis dix ans, la guerre a commencé en 96. Après le génocide au Rwanda en 94, tous les coupables du génocide arrivèrent au Congo et s’installèrent dans des campements. En 96, lorsque la guerre a débuté, ils sont sortis de leur campement pour se mettre dans la forêt, et ont commencé à tuer et violer la population congolaise. Il y a trois ans, Une information de l’IRC disait qu’il y avait déjà au Congo 4 millions de morts, sinon plus.

Amy G. : Quatre millions ?

Christine S.D : Oui quatre millions. Cela était il y a trois ans, en 2004. Nous attendons maintenant les résultats d’une nouvelle enquête, je crois en principe au mois d’octobre. Probablement seront-ils 7 millions ou plus, et personne ne parle de cette guerre silencieuse qui se passe au Congo parce que la guerre officielle s’est terminé depuis trois ans. Et l’an passé il y a eu des élections.
Mais il y a une autre forme de guerre plus violente avec du terrorisme sexuel qui se développe dans ce pays. Nous sommes en train de parler, de toute la partie Est du Congo, de plus de…200 000 femmes, enfants et bébés qui sont violés jour après jour, et maintenant, à l’instant même où je vous parle, des milliers de femmes et d’enfants sont emportés dans la forêt pour servir d’esclaves sexuels. Et aujourd’hui…

Amy G. : Comme des esclaves sexuels ?

Christine S.D. : Comme des esclaves sexuels, oui. Et là nous ne parlons pas…je suis désolée de le dire ainsi… là nous ne parlons pas de viols normaux. Nous parlons de terrorisme sexuel parce qu’ils détruisent et ils…vous ne pouvez imaginer se qui se passe au Congo. Le viol est tabou, je crois dans la majorité des pays africains, aussi les femmes qui acceptent d’aller à l’hôpital ou qui viennent s’enregistrer, c’est parce qu’elles n’ont plus d’autres choix. Elles doivent y aller pour se faire "réparer", parce que nous en sommes à une nouvelle chirurgie afin de réparer les femmes, parce qu’elles sont totalement détruites. Et celles qui sont violées sans trop de dégâts, ne parlent pas de viol, parce que la femme africaine, la femme congolaise a tant souffert qu’elle peut supporter d’être violée sans le dire lorsqu’elle ne nécessite pas de soins médicaux.

Amy G. : De quel type d’intervention médicale parlez-vous ?

Christine S.D. : De la chirurgie lourde. Nous avons par exemple des femmes dans l’hôpital de la ville de Bukavu.

Amy G. : Vous vivez à Bukavu ?

ChristineS.D. : Oui, Bukavu, à l’Este du Congo, à cinq minutes à pieds de la frontière du Rwanda. Et nous avons un hôpital qui est spécialisé pour le viol, parce que…

Amy G. : L’hôpital Panzi ?

Christine S.D : Oui.

Amy G. : Et les femmes qui viennent à cet hôpital, ont été violées et…

Christine S.D. : ils les ont détruites physiquement.

Amy G. : Comment ? De quelle intervention chirurgicale s’agit-il ?

Christine S.D. : L’intervention chirurgicale, aujourd’hui, est une chirurgie de réparation, parce qu’il faut réellement réparer ces femmes. Ce ne sont pas des viols "normaux". Dans les organes, ils leur enfoncent des plastiques chauffés, du bois, du bambou, de tout…

Amy G. : Des pistolets ?

Christine S.D. : Oui, des pistolets. Ils tirent à l’intérieur des femmes, Ils les détruisent entièrement. Nous avons quelques survivantes dans ces hôpitaux depuis plus de trois ans, tous les deux ou trois mois nous devons les réopérer. C’est impossible de garder toutes ces femmes dans l’hôpital. Nous n’avons pas de place.

Amy G. : Elles ont une fistule. Peux-tu expliquer ce que c’est ?

Christine S.D. : Je ne suis pas médecin, c’est difficile. Mais je sais que lorsque elles ont une fistule, c’est comme si…tout s’écoule, l’urine et tout.

Amy G. : Elles sont donc complètement incontinentes.

Christine S.D. : Elles ne peuvent rien contrôler. Ces personnes sentent très mauvais et ont des infections. Elles ne peuvent pas vivre dans des communautés. Il faut les réparer avec une chirurgie lourde.

Amy G. : Donc elles ne peuvent contrôler ni l’urine ni l’intestin…

Christine S.D. : Elles ne contrôlent rien. Tout coule lorsqu’elles marchent, même lorsqu’elles dorment.

Amy G. : Elles deviennent les parias de la communauté.

Christine S.D. : Oui, c’est ce qui se passe. De plus, il faut savoir que dans ta communauté, lorsque l’on sait que tu as été violée, ils t’expulsent du peuple. Tu es stigmatisée et le mari aussi. Si tu survies, il te dit de partir la plus part du temps avec les enfants.

Amy G. : Qui a crée l’hôpital ?

Christine S.D. : L’hôpital Panzi a été crée par une communauté d’église, et nous avons reçu beaucoup d’aides, de l’Union Européenne, de l’UNICEF et d’une ONG suisse.

Amy G. : Et là, les femmes viennent, se font opérer, et elles vivent sur place ?

Christine S.D : Ce sont celles qui sont fortunées qui viennent à l’hôpital Panzi, parce que le Congo est un pays très grand, nous pouvons avoir en permanence 250 femmes violées, les cas les plus sérieux. Vous vous imaginez lorsqu’une femme doit attendre pour qu’on l’opère ? Nous devons trouver des maisons près de l’hôpital pour qu’elles restent, là, à attendre. Elle ne peuvent rester ici [dans l’hôpital]. C’est pour cela que nous avons besoin d’un toit, une maison pour que toutes ces femmes puissent vivre en attendant l’opération.

Amy G. : Et que fait le gouvernement de Kabila à ce sujet, il connaît cela ?

Christine S.D. : Je crois qu’au Congo tout le monde est au courant de se qui est en train de se passer, mais ils ont des problèmes de toutes parts, ils ne savent pas décider des priorités. La priorité au Congo fut certainement la sécurité des gens, parce que maintenant ils ne parlent seulement que de nouveaux contrats, spécialement avec les chinois qui viennent au Congo comme…Mon dieu, c’est comme le lointain Ouest, seules les signatures de gros contrats avec les mines intéressent les gens, mais personne ne se préoccupe de la population. Si nous voyons le montant budget du gouvernement, il n’y a rien pour les femmes violées, rien pour ces gens.

Amy G. : Vous avez accompagné madame Kabila visiter l’hôpital Panzi ?

Christine S.D. : Madame Kabila est venu le mois d’octobre dernier, et bien sûr, elle a promis de revenir nous aider, mais nous attendons encore. Comme je disais ; au Congo il y a des problèmes de toutes parts, ils devraient savoir quelles sont les priorités. Pendant ce temps nous avons des bébés violés, des grand-mères violées…

Amy G. : Des bébés?

Christine S.D. : Des bébés. Le dernier bébé [une fillette] a été violé en avril. Elle avait dix mois et ils l’ont violé. La même bande a violé la mère pendant deux semaines. Elle est venue à mon officine à Bukavu. Elle voulait amener le bébé à l’hôpital, mais elle était tellement blessée qu’elle est morte dans mes bras. Dix mois, vous vous imaginez ? Et ces gens, ces femmes du Congo, qui n’implorent que pour leur vie, elles ne demandent pas d’argent, seulement le droit de vivre en sécurité dans leur pays.

Amy G. : Qui est en train de faire cela ?

Christine S.D. : Ceux qui font cela, à 60% - nous l’avons étudié – sont ceux qui ont commis le génocide au Rwanda, les rwandais, les hutu. Nous parlons avec les femmes et ceux qui agissent ainsi leur disent "nous sommes morts au Rwanda en 94, maintenant ce que nous faisons nous importe peu". Ce qui veut dire que 60% de ces viols sont commis par ces hutu qui avaient accompli le génocide dans leur propre pays.

Amy G. : On suppose qu’il se déroule des réunions pour une démarche de paix. Les ministres extérieurs des pays des grands lacs ont échoué dans leurs discussions pendant deux jours au Rwanda. Selon les dernières nouvelles, aucune solution n’a été trouvé sur la façon d’agir avec le Général dissident Laurent Nkunda, dont ses forces ont combattu contre les autorités du Congo. Quel rapport pouvons-nous faire avec ce que vous nous décrivez ?

Christine S.D. : Je veux dire que ce n’est qu’une réunion de plus, et je crois que ces réunions ne se font que par la pression internationale. Je suis certaine qu’il n’en ressortira aucun résultat. Le Général Nkunda a un mandat International à son encontre, mais n’importe qui, n’importe quel journaliste qui va à Goma – Goma est au Nord de Bukavu – peut le voir et l’interroger. Il est comme un roi là-bas. Il est devenu pasteur. Cette impunité, est-elle normale ?

Amy G. : Comment ces viols peuvent-ils se faire ? Comment cela se passe t-il dans un village ? Comment peuvent-ils prendre les femmes, les fillettes et les bébés ?

Christine S.D. : Ils arrivent toujours en fin d’après-midi ou tard dans la nuit. Ils viennent et rodent autour des villages. La plupart du temps ils tuent tous les hommes et emmènent tous les garçons, les filles, les mères, les grand-mères dans les bois, leur volent tout ce qu’ils ont, souvent ce n’est qu’une chèvre ou une poule, ils emportent tout le monde, les utilisent comme esclaves sexuels et ils les font travailler pour eux dans la forêt.

Amy G. : Christine, comment avez-vous commencé à travailler pour la défense des droits humains ?

Christine S.D. :
je ne sais si c’était mon destin, mais la première femme violée était mon amie. Elle était comme ma sœur. C’était en 98, elle était mulâtre comme moi, ni blanche ni noire, elle n’avait rien à voir avec la politique. Ils l’ont violée d’une façon tellement…je ne peux décrire la violence, plus de vingt hommes l’avaient violée pour ensuite la tuer, nous avons pu identifier plus de cent coups de poignard dans son corps. Son mari fut obligé d’assister- il était canadien- et après ils le tuèrent lui aussi. Ce fut le premier cas en 1998. Nous avons pensé que peut-être c’était un accident.

Amy G. : Où habitait-elle ?

Christine S.D. : À Goma, au Nord de Bukavu. Ensuite en 2000 ils m’emmenèrent une fillette de 18 mois.

Amy G. : Que faisiez-vous à cette époque ?

Christine S.D. : Je faisais un travail administratif dans mon bureau. Mais lorsqu’ils m’apportèrent cette petite fille de 18 mois, avec les jambes cassées et violée deux mois durant, dès lors j’ai compris qu’il y avait un problème au Congo. Bien sûr elle en est morte car c’était impossible de la sauver. À cet instant j’ai dit que quelque chose de mauvais arrivait dans ce pays, et les deux solutions que j’avais, étaient, prendre mes valises, mes enfants et abandonner cet enfer ou tenter de changer quelque chose au Congo. J’ai essayé de mettre en route un Lobby international pour aider ces gens parce qu’il n’est pas facile de trouver de l’aide. Le problème c’est que le Congo est très grand.

Amy G. : Comment vous protégez-vous, vous-même ?

Christine S.D. : En réalité je ne me protège pas car c’est impossible, je ne peux pas vivre avec des gardes du corps autour de moi. Je sais que je suis en danger à cause de la guerre que j’ai commencé contre ces gens, je reçois beaucoup de lettres dans lesquelles on m’averti que bientôt ce sera mon tour et des choses comme çà, mais je ne veux pas savoir ce qui peut arriver autour de moi. Je me focalise à aider les gens comme je peux, en divulguant, en dénonçant et en essayant d’obtenir des fonds. Et peut-être que celui qui me protège est mon père qui est mort il y a quelques années, ou bien ma meilleure amie, celle qu’ils tuèrent la première…

Amy G. : Comment les gens peuvent-ils vous aider ici ?

Christine S.D. : Les gens peuvent m’aider, en premier lieu, en étant nos ambassadeurs, en parlant du problème qui se déroule en ce moment au Congo parce que c’est une guerre silencieuse. On tue, on viole des bébés et des femmes au Congo. C’est comme au Darfour. Au Darfour, cela a commencé il y a quatre ans. Je ne veux pas comparer les problèmes qu’il y a dans le monde, mais au Congo, cela a commencé depuis presque onze ans et personne ne parle de ce "Fémicide", cet holocauste.

Amy G. : Fémicide ?


Christine S.D.
:
Oui, parce qu’ils sont en train de détruire le genre féminin, on peut le dire ainsi. En Afrique la femme est le noyau de la famille. C’est elle qui fait tout, les bébés, chercher de quoi manger, s’occuper de toute la famille. Et aujourd’hui ils détruisent ce recours.
- De plus, avec ces viols massifs, imaginez-vous le SIDA. Comment sera devenue la population, par exemple dans dix ans ? Et ces enfants qui ne connaissent que la violence, qui voient les assassinats dans leur famille, la sœur, la mère violée, ils sont la prochaine génération.
- Pour moi, le plus important, c’est que la communauté internationale se rende compte qu’ici il y a un holocauste, qu’elle se réveille et tente de changer quelque chose, parce qu’en plus de la guerre que nous avons eu au Congo, ce fut comme une guerre mondiale africaine parce que beaucoup de pays intervinrent. Ce ne fut pas une guerre de congolais entre eux, c’étaient des pays qui avaient envahi le Congo avec l’appui, bien sur, de la communauté internationale pour piller tout ce pays. Maintenant nous réclamons à celle-ci une réparation, nous ne demandons pas de l’argent, mais au moins qu’elle participe et tente de chercher une solution. Le Rwanda devrait retirer tous ces gens, les coupables du génocide, et le Congo devrait faire, de la sécurité, sa priorité.

Amy G. : Madame Kabila avait prit contact avec vous depuis octobre, lorsqu’elle a visité l’hôpital ?

Christine S.D. : Elle m’avait appelé avant que je ne vienne ici, et je crois que maintenant il lui plairait…elle m’avait dit qu’elle penserait sur ce que nous pouvons faire pour concrétiser l’aide. Je crois qu’elle se rend compte aussi que la pression monte de toutes parts, en premier lieu des congolais, je pense que la première dame, le Président et l’institution que avons maintenant, il faut se renforcer, bien sur avant la communauté internationale. Ils doivent donner au moins un signal pour dire "nous sommes ici, nous voulons que çà change". Aussi pourront-ils demander de l’aide, mais ils doivent démontrer leur volonté de changer les choses.

Amy G. : Avez-vous peur de retourner chez-vous lorsque vous partirez d’ici pour prendre l’avion ?

Christine S.D. : Non, je n’ai absolument pas peur de retourner chez moi. Même si je suis ici, mon cœur est en Afrique, c’est comme retourner à mon foyer. Je serai contente de voir ma famille et toutes ces femmes dans l’hôpital  Panzi. Non, mon foyer est au Congo et je n’ai pas peur de retourner à la maison.

Amy G. : Et les gens qui désirent aider l’hôpital Panzi ?

Christine S.D. : Pour aider l’hôpital Panzi, nous demandons seulement un toit [abri], ou bien nous aimerions, avec V-Day et UNICEF faire ce que nous appellerons "la Cité de la Joie" afin qu’une centaine de femme ait un toit en attendant leur opération chirurgicale. Nous avons par exemple de très jeunes mères violées de douze et treize ans qui ont perdu leur famille et ne savent pas où aller. Au lieu qu’elle soient jetées à la rue, pour se prostituer afin de survivre, nous aimerions…nous demandons des fonds pour construire notre "Cité de la Joie". Évidemment nous travaillerons avec l’hôpital Panzi, parce que si tu vois une femme, par exemple ces femmes adultes lorsqu’elles sont suffisamment rétablies pour retourner chez elles, elles essayent de ne pas partir de l’hôpital parce que là, elles se sentent en sécurité, cela nous brise le cœur. La priorité pour 2008, avoir cette Cité pour les survivantes.

Amy G. : Où les gens peuvent-ils s’informer sur Internet ?

Christine S.D. : Sur V-Day.

Amy G. : L’organisation internationale de Eve Ensler, V-Day.

Christine S.D. : Eve Ensler, oui. Elle est venue à Bukavu il y a quelques mois. C’est une femme incroyable, ce qu’elle a entendu et ce qu’elle a vu l’a beaucoup touché. Elle ne pouvait imaginer que de nos jours l’on puisse encore parler de cannibalisme, des femmes qui témoignaient comment…vous savez…comment elles avaient mangé leur enfants, le repas qu’elles faisaient était leur propre enfant, et d’autres horreurs dont nous n’arrivons même pas à en parler. Elle a été très touché et je crois qu’elle veut réellement ébranler tout le monde pour que l’on tente de changer quelque chose au Congo.

Amy G. : Christine Schuler Deschryver, activiste congolaise pour les droits humains, vit à Bukavu à l'Est de la République Démocratique du Congo,là où règne la pire violence contre les femmes. J’ai parlé avec elle lorsqu’elle est venue à New York. 

Amy Goodmann

Español
English

traduction : Esteban



Posté par LE TACLE à 19:31 - Afrique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1