LE TACLE

LA CONSCIENCE VAUT MILLE TÉMOINS

16 juillet 2008

NICARAGUA : DANIEL ORTEGA SOUTIENT RAFAEL CORREA

Daniel Ortega soutient la décision de l’Équateur

de ne pas renouer les relations avec la Colombie


ortega_et_correaLe Président du Nicaragua, Daniel Ortega, qui s’est rendu à Quito ce lundi afin de rencontrer son homologue équatorien, Rafael Correa, a manifesté son appui à la décision du Gouvernement de l’Équateur de ne pas renouer les relations diplomatiques avec la Colombie. Devant rester moins de 24 heures dans le pays sud-américain, il a  annoncé: « Nous soutenons entièrement la décision du Gouvernement équatorien de ne pas rétablir les relations avec la Colombie et, si pour cette raison, le Gouvernement de la Colombie décide de rompre les relations diplomatiques avec le Nicaragua, ainsi soit-il ».

Après l’arrivée de l’avion présidentiel à la base aérienne de Mariscal Sucre, le président nicaraguayen est allé immédiatement au Palais de Carondelet (siège de la Présidence) pour s’entretenir avec Rafael Correa qui l’avait invité.

Le leader sandiniste, qui arrivait du Venezuela où il avait assisté au Vè Sommet de Petrocaribe durant toute la fin de la semaine dernière, s’est solidarisé avec l’Équateur face à la violation de la souveraineté que ce pays avait du pâtir le 1er mars dernier. Cette opération dirigée par les militaires colombiens a été qualifiée par Ortega comme un acte de « terrorisme d’État » et avec l’aide logistique des Etats-Unis, contre un campement clandestin des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), dans la zone équatorienne de Angostura.

« Cette arrogance du Gouvernement colombien nous a énormément indigné, car au travers d’un typique acte de terrorisme d’État, il a bombardé sur le sol équatorien, un campement des FARC qui étaient en train de travailler à la paix », avait signalé le président nicaraguayen. L’attaque a laissé 25 morts, et parmi eux, un équatorien, quatre étudiants mexicains et le chef guérilléro Raúl Reyes, qui officiait comme médiateur afin de parvenir à un accord humanitaire ; de même qu’une autre mexicaine et deux colombiennes ont été blessées. Les trois femmes qui ont survécu au bombardement sont réfugiées au Nicaragua.

Le Président Ortega a exprimé sa “solidarité inconditionnelle” à Rafael Correa, dans ce qu’il a nommé la « bataille de la révolution » en ajoutant qu’il soutenait toute décision démocratique qui va en faveur du peuple et non de l’oligarchie.

Les Présidents acclamés par la foule

Pour accueillir le Président Ortega, dès midi, des milliers de personnes ont investi la Plaza de la Independencia, en face du Palais présidentiel de Carondelet. Là, le leader sandiniste a averti devant son auditoire qu’il fallait se méfier de ce que disaient les medias de communication parce que « la plupart d’entre-eux représentent des entreprises ».

Avant d’entrer dans le bureau présidentiel pour parler en aparté, les deux présidents ont salué la foule présente et ont entonné quelques chansons révolutionnaires. Ortega vient donc appuyer deux jours après, la déclaration de Correa, dans laquelle il insistait qu’il ne renouera pas les relations diplomatiques avec la Colombie (rompues depuis le 3 mars après l’agression militaire colombienne) tant que Uribe sera en charge de l’État.

Le 11 juillet dernier, depuis le Venezuela, le président Álvaro Uribe avait renouvelé son désir de « reconstruire » le plus rapidement possible les relations avec l’Équateur, après avoir tranché la crise diplomatique avec le Gouvernement de son homologue vénézuélien, Hugo Chávez.

D’autre part, la présence de Daniel Ortega à Quito se révèle 24 heures avant la venue du chef d’État du Venezuela, Hugo Chávez, à la province équatorienne de Manabí, lequel participera à côté du président Correa à la cérémonie d’ouverture de la construction du complexe de raffinerie-pétrochimique du Pacifique.


TeleSUR

Traduction: Esteban

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14 juillet 2008

CASTRO, CHAVEZ ET LES COMBATTANTS FARC-EP

LES RÉFLEXIONS (géostratégiques) ET LES DÉCLARATIONS DE FIDEL CASTRO NE SOUFFRENT JAMAIS D’AUCUNE AMBIGÜITÉ. SEULS LES CONTORSIONNISTES TENTERONS DE PROUVER LE CONTRAIRE...à leur grand désespoir.

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Il suffit pour s'en apercevoir, dans la mesure où l'on n'est pas aveuglé par l'idolâtrie, de lire les déclarations et les réflexions de Fidel Castro au sujet des FARC, qui ne datent pas d'aujourd'hui. Les intellos du fan’s club qui bêlent derrière Fidel démontrent leur incapacité de discernement, ils voudraient cacher et effacer l'erreur du maître, par ce procédé ils dévoilent leur asservissement intellectuel et leur capacité de trahir dans les moments difficiles, on peut les appeler DES VENDUS!

Jour après jour, ces intellos dénoncent avec virulence le " glissement " et " l'acoquinement " des leaders du PCF avec des organes sociaux-démocrates, au contraire ils s'empressent d'encenser et d'approuver cet éloignement des fondamentaux de la part de leurs "dieux"; ils ont deux poids deux mesures; ils sont incohérents, contradictoires et non crédibles. Ils desservent et empêchent de fait tout mouvement contestataire et révolutionnaire.

Ces " techniciens de la pensée marxiste " attaquent également avec une violence inouïe toute personne qui tenterait de donner des leçons de morale ou tactique au peuple cubain, et Fidel le premier qui réagit dans ces cas-là (OUI, cela est juste, aucun peuple n'a besoin d'ingérence extérieure pour avancer dans ce qu'il croit juste pour lui), donc inversement, Fidel, si grand et estimé soit-il (et il EST dans mon estime) avec ses petits chiens de garde doivent en faire autant : NE PAS ORDONNER AUX AUTRES CE QUI EST DE LEUR RESSORT ! Dorénavant ils n'auront raison  que lorsqu'ils se tairont.

AIDE ET APPUI, SONT NÉCESSAIRES AUJOURD'HUI À NOS CAMARADES DES FARC-EP ET NON PAS, INGÉRENCE ET ORDRES, ET ENCORE MOINS DISCRÉDIT !!! 

Je ne suis pas de ceux qui s’adonnent aux leçons de morale et de technique théorique, ni aux Cubains, ni aux autres, mais sur la dernière déclaration de Fidel, je peux m’avancer non pas sur ce qu'il fallait qu’il fasse mais au moins sur ce qu'il ne fallait pas qu’il dise, surtout de sa part car il est un leader estimé et entendu dans le monde entier.

D'aucun diront que Fidel a bien étudié les nouvelles technologies d'intelligence, de guerre et de détection. Il est très facile d'imaginer sa capacité de réflexion. Pour autant, de même que Hugo Chavez, ils insultent les FARC qui SONT également DES COMBATTANTS AGUERRIS, en distillant qu'ils sont incapables d'être au fait de l’actualité et de s'instruire sur ces nouvelles technologies.

Ils combattent depuis 50 ans, et eux seuls sont capables d'analyser, de décider, d'agir et de diffuser ce qui est le meilleur pour leur combat. Les FARC-EP n'ont pas besoin en ce moment que des leaders révolutionnaires entravent leurs stratégies avec des déclarations qui ne sortent que de leur "désirs" ou de leur géostratégie.

Toutes les gauches du monde, tous les anti-impérialistes, tous les anti-terroristes, tous ceux qui se battent pour la liberté des peuples prisonniers des mâchoires dévoreuses des États-Unis et de leurs laquais, tous les opposants à  l'État fasciste, raciste, narco paramilitaire du sanguinaire Uribe, tous les leaders révolutionnaires du monde DOIVENT, au lieu de consolider la VOIX unitaire de l'Empire, APPUYER À L'UNISSON le chemin que les FARC ont dû emprunter en CONNAISSANCE DE CAUSE. Leur combat est difficile. Ils n'ont pas besoin que certains les discréditent, l'empire sait s'en charger.

- AIDONS NOS CAMARADES DES MONTAÑAS DE COLOMBIA !
- RELAYONS LEUR JUSTE COMBAT ! SOUTENONS D'UNE SEULE VOIX LEUR ENGAGEMENT HÉROÏQUE POUR LA PAIX DE LEUR PEUPLE !
- DÉNONÇONS AVEC VIGUEUR L'IMMONDE GÉNOCIDE COLOMBIEN PERPRÉTRÉ PAR URIBE VELEZ.

La voie officielle du combat politique leur a été interdite, défendons maintenant leur lutte armée qu'ils ont le courage de mener et jusqu'à ce qu'ils décident ou qu'on leur donne la possibilité honorifique d'en changer.
500 camarades croupissent encore dans les geôles de l'assassin Uribe et son gouvernement paramilitaire et narcotrafiquant.

Toute sa Caste Impérialiste fait bloc derrière lui et il est toujours reçu dans tous les pays du monde à bras ouverts. Il est de notre devoir de contrer TOUS UNIS, et de démonter toute leur machination et d'appuyer nos camarades révolutionnaires: les FARC-EP.

Personne n'est parfait !
Ni Fidel, ni Hugo…

Voir aussi à ce sujet

Esteban

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13 juillet 2008

COLOMBIE : FIDEL CASTRO ET LES FARC

castro_farcHuit thèses erronées de Fidel Castro

Par James Petras

Je suis un supporter de la Révolution cubaine depuis exactement cinquante ans et je reconnais Fidel Castro comme l'un des grands dirigeants révolutionnaires de notre temps. Mais je n'ai jamais été un béni oui-oui: à plusieurs reprises, j'ai exprimé mes désaccords par écrit, en public et dans mes discussions avec les dirigeants, les écrivains et les militants cubains. Les articles et les commentaires de Fidel Castro sur les récents événements survenus en Colombie, à savoir son analyse sur la libération par le régime colombien de plusieurs prisonniers des FARC (dont trois agents de la CIA et Ingrid Betancourt) et ses commentaires critiques sur la politique, la structure, les pratiques, la tactique et la stratégie des FARC et de leur dirigeant de renommée mondiale Manuel Marulanda, méritent un examen sérieux.


Les remarques de Castro exigent une analyse et doivent être réfutées, non seulement parce que ses opinions sont largement lues et influencent des millions de militants et d'admirateurs dans le monde, en particulier à Cuba et en Amérique latine, mais parce qu'il se propose de fournir une base "morale" à l'opposition contre l'impérialisme aujourd'hui. Tout aussi important est le fait que la regrettable diatribe critique de Castro contre les FARC, contre Marulanda et contre l'ensemble du mouvement de guérilla constitué principalement de paysans, a été bien accueillie, publiée et diffusée par l'ensemble médias pro-impérialistes sur les cinq continents. Fidel Castro, sans rencontrer beaucoup d’opposition, a rejoint sans esprit critique le chœur condamnant les FARC et, comme je le vais le démontrer, sans raison ni logique.

Huit thèses erronées de Fidel Castro

1 - Castro affirme que la "libération" des prisonniers politiques des FARC «ouvre un chapitre pour la paix en Colombie, processus que Cuba soutient depuis 20 ans comme le plus approprié pour l'unité et la libération des peuples de notre Amérique, en utilisant de nouvelles approches dans les circonstances actuelles particulières et complexes après l'effondrement de l'URSS» (Réflexions de Fidel Castro, 4 Juillet 2008). Ce qui est étonnant dans cette thèse (et dans tout le texte) est le fait que Castro ait totalement omis de faire état de la terreur de masse déclenchée par Uribe, le président de la Colombie, contre les syndicalistes, les critiques politiques, les communautés paysannes, qui est documentée par tous les groupes de défenses des droits de la personne en Colombie et ailleurs. En fait, Castro disculpe le régime d'Uribe, le plus meurtrier des régimes, et fait porter toute la faute à «l'impérialisme US». Depuis l'"effondrement de l'Union soviétique" et suite à l'offensive militaire dirigée par les USA, une multitude de mouvements révolutionnaires armés ont vu le jour au Liban, en Palestine, en Iraq, en Afghanistan, au Népal et d'autres groupes armés qui existaient déjà en Colombie et aux Philippines, ont continué à mener la lutte armée. En Amérique latine, les "nouvelles approches" de la révolution ont été tout sauf pacifiques : des soulèvements populaires massifs ont renversé des hommes politiques électoralistes corrompus en Argentine, en Bolivie, en Équateur, au Venezuela, au prix de plusieurs centaines de vies. La "libération" de Betancourt a renforcé la poigne de fer du régime Uribe, a augmenté la militarisation des zones rurales et a donné une couverture aux assassinats de syndicalistes et de paysans actuellement perpétrés par les escadrons de la mort. Contrairement à ce que dit Fidel Castro, les USA et le président de la Colombie lié aux escadrons de la mort ont utilisé leurs "succès" pour étayer leurs arguments en faveur d'une action militaire conjointe des USA et de la Colombie. Les éloges de Fidel envers le régime colombien pour son action permettant une "ouverture vers la paix" servent à détourner l'attention de la décision de la Cour suprême colombienne selon laquelle la réélection de Uribe était illégale parce que le tyran a corrompu des membres du Congrès afin de modifier la Constitution dans le but de l'autoriser à briguer et obtenir un second mandat.

2 - Fidel Castro a récemment dénigré le défunt dirigeant des FARC, Manuel Marulanda, "paysan, militant communiste, principal dirigeant de la guérilla "(Réflexions). Dans son texte du 5 juillet 2008 (Réflexions II), Castro se réfère avec condescendance à Marulanda, «(...) doté d'une intelligence et de qualités naturelles de leader remarquables, [mais qui], d'autre part, n'a jamais eu la possibilité de faire des études dans son adolescence. On dit qu'il n'a fait que cinq ans d’école. Il a conçu (la révolution) comme une lutte longue et prolongée, point de vue que je n'ai jamais partagé.» Castro était le fils d'un propriétaire de plantation, il a reçu une éducation dans des collèges privés jésuites et a eu une formation d'avocat. En fait ses propos impliquent que l'enseignement supérieur et un statut supérieur préparent les leaders révolutionnaires à diriger des paysans manquant d'éducation formelle mais que les «qualités naturelles de leader» suffisent juste à permettre de suivre les intellectuels et les professionnels mieux adaptés à diriger la révolution. Or l’épreuve de l'histoire réfute les allégations de Castro. Marulanda a construit, pendant une période de plus de 40 ans, une armée de guérilla avec une base de masse plus large que toute force de guérilla inspirée par Castro depuis les années 1960 jusqu'aux années 2000. Castro a répandu la théorie des «foyers de guérilla» entre 1963 et 1980, selon laquelle de petits groupes d'intellectuels organiseraient un noyau armé à la campagne, mèneraient la lutte et attireraient ainsi l'appui des masses paysannes. Chaque foyer de guérilla castriste a été rapidement anéanti - au Pérou, au Venezuela, au Brésil, en Uruguay (foyers urbains), en Bolivie et en Argentine. Contrairement à cela, Marulanda a choisi la stratégie de la guerre de guérilla prolongée, fondée sur une organisation des masses à la base impliquant des liens étroits des paysans avec la guérilla, en se fondant sur les liens de solidarité communautaires, familiaux et de classe, en construisant lentement et méthodiquement une armée politico-militaire populaire et nationale. En fait, un réexamen profond de la révolution cubaine montre que les guérilleros de Castro étaient recrutés dans les organisations de masse des zones urbaines, qui étaient méthodiquement organisées avant et pendant la formation des foyers de guérilla de 1956 à 1958. Bien que des données fiables existent sur les FARC, Castro a sous-estimé de moitié le nombre de guérilleros des FARC, se fiant à la propagande des médias uribistes.

3 - Castro condamne la « cruauté » de la tactique des FARC consistant à « capturer et retenir des otages dans la jungle ». Selon cette logique, Castro devrait condamner chaque mouvement révolutionnaire du XXème siècle, à commencer par les révolutions russe, chinoise et vietnamienne. Les révolutions sont cruelles mais Castro oublie que les contre-révolutions sont encore plus cruelles. Uribe a établi des réseaux locaux d’espionnage impliquant des fonctionnaires locaux, comme cela avait été fait au Vietnam durant la guerre. Et les révolutionnaires vietnamiens éliminaient les collaborateurs parce qu’ils étaient responsables de l’exécution de dizaines de milliers de militants villageois. . Castro omet de commenter le fait que Mme Betancourt, après sa “libération” tant célébrée, a embrassé et remercié le général Mario Montoya. Selon un document déclassifié de l’ambassade US, Montoya a organise une unité terroriste clandestine, l’Alliance américaine anticommuniste, qui a assassiné des milliers de dissidents colombiens, pour la plupart atrocement torturés au préalable. La cruauté de la captivité chez les FARC n’est pas apparue lors de l’examen médical de Betancourt : elle était en bonne santé !


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4 - Fidel proclame : "Cuba est pour la paix en Colombie, mais pas pour une intervention militaire US ". C'est l'oligarchie colombienne et le régime Uribe qui a invité les USA à intervenir militairement et a collaboré avec eux. Castro sous-entend que l'intervention militaire US est imposée de l'extérieur, au lieu de la voir dans le cadre de la lutte des classes en Colombie, dans laquelle les gouvernants, les propriétaires terriens et les narcotrafiquants jouent un rôle prépondérant dans le financement et l’entraînement des escadrons de la mort. Dans les 6 premiers mois de 2008, 24 dirigeants syndicaux ont été assassinés par le régime Uribe, plus de 2562 ont été tués au cours des vingt dernières années, dans ce que Castro décrit comme les «nouveaux chemins de circonstances complexes et particulières. » Fidel ignore totalement la suite ininterrompue de meurtres par les escadrons de la mort de militants non armés des mouvements sociaux, et le manque de solidarité de Cuba avec tous les mouvements colombiens depuis que La Havane a développé des liens diplomatiques et commerciaux avec le régime Uribe. Est-ce que l’équilibrisme entre les intérêts d’État cubains dans les liens diplomatiques et économiques avec la Colombie et la revendication de lettres de créance révolutionnaires fait partie des « complexités » de la politique étrangère cubaine ?

5 - Castro appelle à la libération immédiate de tous les prisonniers détenus par les FARC, sans prendre aucunement en considération les 500 guérilleros torturés et déshumanisés dans les horribles “prisons spéciales” de haute sécurité d’Uribe et Bush. Castro se vante que Cuba avait libéré les prisonniers faits pendant la lutte contre Batista et appelle les FARC à suivre l’exemple cubain, plutôt que celui, révolutionnaire, des Vietnamiens et des Chinois. La tentative de Castro d’imposer universellement à la Colombie sa tactique, fondée sur l’expérience cubaine, dénote l’absence du moindre effort pour comprendre, ou au moins analyser, les spécificités de la Colombie, de son armée, le contexte politique de la lutte des classes, le contexte social et politique des négociations humanitaires qui s’y déroulent.


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6 - Castro déclare que les FARC devraient mettre fin à la guérilla mais ne pas rendre leurs armes, car dans le passé les guérilleros qui avaient été désarmés avaient été massacrés par le régime. Au lieu de cela, il suggère qu’ils devraient accepter l’offre française d’abandonner leur pays ou accepter la proposition de Chávez (le “frère” et “ami » d’Uribe) de négocier et d’assurer la mise en place d’une commission faite de notables latino-américains qui superviseraient leur intégration dans la politique colombienne. Que devraient faire des guérilleros “armés” quand des soldats et des escadrons de la mort d’Uribe ravagent par milliers les zones rurales ? Se réfugier dans les montagnes et faire la chasse aux sangliers ? Aller en France signifierait abandonner des millions de paysans affamés et vulnérables qui sont leurs partisans, cela voudrait dire abandonner la lutte de classe.

7 - Fidel Castro omet totalement dans sa discussion la manière dont chacun des leaders politiques impliqués dans la “mission humanitaire” a utilisé la célébration de la “libération” de Betancourt pour couvrir et détourner l’attention de ses propres difficultés politiques sérieuses. Avant tout, la réélection d’Uribe a été jugée illégale par la Cour suprême colombienne car il a été accuse et condamné pour avoir corrompu des membres du Congrès afin qu’ils votent l’amendement à la Constitution lui permettant de se présenter pour un second mandat. La présidence d’Uribe est illégale de facto. La remise en liberté de Betancourt et ses accolades délirantes avec Uribe sabotent le verdict judiciaire et éliminent l’ordonnance de la Cour en faveur d’un nouveau vote du Congrès ou d’une nouvelle élection présidentielle. La popularité de Sarkozy était en chute libre en France, son intervention dans les négociations avec les FARC, qui avait fait l’objet d’une énorme publicité, avait été une faillite totale, sa politique militariste au Moyen-Orient et sa politique anti immigrés virulente lui avait aliéné d’importants secteurs de l’opinion française (tout comme l’augmentation du coût de la vie et la stagnation économique).La remise en liberté de Betancourt, ses effusions et ses éloges de Sarkozy ont ravivé l’image ternie de celui-ci et lui ont donné un répit provisoire face au mécontentement politique et économique bouillonnant devant sa politique intérieure et étrangère. Chávez a utilisé la remise en liberté de Betancourt pour embrasser son “ennemi” Uribe, et pour prendre encore plus de distances avec les FARC, en particulier et les mouvements populaires colombiens en général, ainsi que pour lancer des ponts vers celui qui succèdera à Bush. Chávez a ainsi retrouvé les bonnes grâces de l’ensemble des medias pro-impérialistes et a eu droit à des commentaires favorables du candidat de droite à la présidentielle US, John McCain, qui a dit « espérer que les FARC suivent la demande de Chávez qu’elles désarment ».Cuba, ou du moins Fidel Castro, a utilisé la 'libération' de Betancourt pour exposer son hostilité aux FARC, qui ne date pas d’hier (elle remonte au moins à 1990), car celles-ci sont un obstacle à sa politique de réconciliation avec le régime colombien.
 
8 - Adoptant une posture humanitaire et quasi-électorale en célébrant la remise en liberté de Betancourt, Castro a vilipendé les FARC pour leur « cruauté » et leur résistance armée au régime Uribe. Castro a attaqué la “structure autoritaire et la direction dogmatique” des FARC, oubliant que celles-ci avaient accepté d’entrer dans le jeu électoral entre 1984 et 1990 (ce qui coûta la vie à 5000 militants désarmés et candidats politiques) et avaient mené un débat libre et ouvert avec tous les secteurs de la société colombienne sur une alternative politique, dans la zone démilitarisée de 1999 à 2002. En revanche, Castro n’a jamais permis de débat et d’élections libres et ouverts, même entre candidats communistes, dans aucun processus législatif – du moins jusqu’à son remplacement par Raúl Castro.

Les leaders politiques susmentionnés n’ont fait que servir leurs propres intérêts politiques en dénigrant les FARC et en célébrant Betancourt aux dépens du peuple colombien.

Conclusion

Castro a-t-il bien réfléchi aux conséquences désastreuses (de ses propos, NdT) pour des millions de Colombiens réduits à la pauvreté ou bien n’a-t-il en tête que la possibilité d’une amélioration des relations entre Cuba et la Colombie, une fois liquidées les FARC ?Les articles de Castro contre les FARC ont eu pour effet de fournir des munitions aux mass médias impériaux afin de discréditer les FARC et toute résistance armée à la tyrannie et d’améliorer l’image du président des escadrons de la mort Uribe. En dénigrant l’histoire révolutionnaire et la pratique d’un mouvement populaire en cours et de son brillant dirigeant, qui a construit ce mouvement, le premier leader révolutionnaire du monde prive les mouvements à venir d’un riche héritage de résistance et de construction réussies. L’histoire ne l’absoudra pas.


James PETRAS

en FRANÇAIS Traduit par Fausto Giudice (TLAXCALA)

en ESPAÑOL Traduit par Ulises Juárez Polanco et revisé par Caty R.(TLAXCALA)
 

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27 juin 2008

VENEZUELA, EQUATEUR ET BOLIVIE : TRAITS CARACTERISTIQUES DES EXPERIENCES EN COURS

correa_morale_chavezEn Amérique Latine, si l’on excepte Cuba, il y a en ce moment trois grandes catégories de gouvernements. En premier lieu, les gouvernements de droite, alliés de Washington, jouent un rôle actif dans la région et occupent une position stratégique : le gouvernement d’Alvaro Uribe en Colombie, Alan Garcia au Pérou et Felipe Calderon à Mexico. En deuxième lieu, les gouvernements prétendument « de gauche », qui poursuivent une politique néolibérale et soutiennent leurs bourgeoisies nationales ou régionales dans leurs projets : le Brésil, l’Uruguay, le Chili, le Nicaragua et aussi le gouvernement de Cristina Fernando Kirchner des péronistes argentins. Ce sont des gouvernements qui mènent une politique néolibérale favorable au grand capital teintée de quelques mesures d’assistance sociale. En effet, ils adoucissent un peu la pilule néolibérale en appliquant des programmes d’assistance. Par exemple, au Brésil, des familles pauvres reçoivent un peu d’aide du gouvernement, ce qui assure un appui populaire dans les régions les plus pauvres du pays.

Certains de ces gouvernements essaient d’améliorer leurs relations avec Washington, notamment en concluant des accords de libre échange avec les Etats-Unis. Le Chili en a signé un et Lula, au Brésil, cherche aussi un accord avec Washington autour d’une série de thèmes politiques. Mais en même temps, de fortes divergences d’opinion continuent à exister entre le gouvernement Lula et les Etats-Unis. Ces divergences concernent la défense des intérêts de la bourgeoisie brésilienne au niveau de l’agriculture et d’une série de secteurs industriels, en particulier les secteurs tournés vers les exportations qui n’acceptent pas le protectionnisme des Etats-Unis. Dans la troisième catégorie de pays se trouvent le Venezuela, la Bolivie et l’Equateur. Ils doivent compter avec une opposition active d’importants secteurs de la classe capitaliste locale et de Washington. Cuba forme à lui tout seul une quatrième catégorie.

L’importance des mobilisations populaires…

Insistons sur la troisième catégorie de pays : le Venezuela, la Bolivie et l’Equateur. Nous ne pouvons comprendre la politique de ces pays que si nous prenons en compte les très importantes mobilisations populaires qui jalonnent leur histoire récente. En Equateur, quatre présidents de droite ont été renvoyés à la maison entre 1997 et 2005 grâce à de grandes mobilisations de la population. En Bolivie, il y a eu une bataille importante contre la privatisation de l’eau en avril 2000 et à la fin de l’année 2004. Les mobilisations autour du gaz en octobre 2003 ont fait tomber et s’enfuir (vers les Etats-Unis) le président Gonzalo Sanchez de Lozada. Le Venezuela a connu dès 1989 d’importantes mobilisations qui inauguraient les grandes luttes sociales contre le Fonds monétaire international qui se sont développées à l’échelle planétaire dans les années 1990. Mais il y a encore eu plus spectaculaire avec les énormes mobilisations populaires du 12 avril 2002, manifestations spontanées de protestation contre le coup d’Etat pour renverser Hugo Chavez. Ces mobilisations ont eu directement pour effet le retour d’Hugo Chavez au palais présidentiel Miraflores le 13 avril 2002. Les grandes mobilisations populaires sont un facteur décisif dans l’existence et la survie des gouvernements au Venezuela, en Bolivie et en Equateur.

…et de l’adoption démocratique de constitutions nouvelles

Un deuxième point important est la révision de la Constitution. En 1999, durant le premier mandat de Hugo Chavez, une nouvelle Constitution démocratique a été adoptée par voie référendaire (elle avait été rédigée par une Assemblée constituante). Cette Constitution, toujours en vigueur aujourd’hui, a garanti davantage de droits culturels, économiques et sociaux à la majorité de la population. Elle a également instauré un mécanisme démocratique qui permet de révoquer à mi-mandat des élus à tous les niveaux (y compris le président de la République). L’adoption d’une nouvelle Constitution au Venezuela a inspiré ultérieurement les gouvernements de Bolivie et d’Equateur. La Bolivie a adopté une nouvelle Constitution en 2007 et, en Equateur, une Assemblée constituante élue en septembre 2007 est en train de rédiger un projet de nouvelle Constitution qui sera soumise à un référendum en septembre 2008. Ce sont effectivement des réformes profondes ! Ces changements politiques démocratiques en cours dans ces trois pays sont systématiquement passés sous silence dans la presse des pays les plus industrialisés et au-delà. Au contraire, une campagne de dénigrement est systématiquement orchestrée afin de présenter les chefs d’Etat de ces trois pays sous l’image repoussante de dirigeants populistes autoritaires.

Les expériences de ces trois pays andins, en terme d’adoption de nouvelles Constitutions, sont très riches. Elles devraient inspirer les peuples et les forces politiques des autres pays. Il suffit de comparer la situation en Europe avec l’absence de procédure démocratique en matière d’adoption du Traité constitutionnel. Bien sûr, les expériences en cours au Venezuela, de Bolivie et en Equateur sont aussi traversées par des contradictions et des limites importantes qu’il faut analyser. En Equateur, le processus de réforme en cours mobilise de larges couches de la population. Le président actuel, Rafael Correa, a été élu fin 2006 avec une grande majorité sans avoir un parti politique ou des parlementaires derrière lui. En dépit de la forte opposition de la droite et de tous les médias – en Equateur, il n’y a aucun canal public étatique de télévision et de radio –, Correa a gagné le referendum afin de convoquer une Assemblée constituante avec 82% des suffrages exprimés. Le mouvement politique que Correa a construit de manière improvisée dans le courant de 2007 a gagné plus de 70% des voix lors des élections à la Constituante. Si on y ajoute ses alliés, il bénéficie d’une majorité de plus de 80%. Il y a aujourd’hui en Equateur une Assemblée constituante à laquelle les mouvements sociaux sont invités de manière permanente, afin qu’on puisse mieux tenir compte de leurs propositions. De cette façon, la nouvelle Constitution pourrait être portée par une large majorité de la population. C’est donc un processus très ouvert et très intéressant. Nous connaîtrons le résultat final fin juillet quand le projet de nouvelle Constitution aura été adopté par l’Assemblée constituante afin d’être ensuite soumis aux électeurs fin septembre. Il est probable que le texte qui sera soumis aux suffrages sera critiquable sur plusieurs aspects (l’absence du concept de pluri-nationalité pour caractériser le pays –comme le demande les principales organisations indiennes-, l’absence du droit à l’avortement, l’absence d’interdiction des OGM).

En Bolivie, le processus de révision va de pair avec beaucoup plus de conflits. Le parti d’Evo Morales, le MAS, a bien gagné la majorité des parlementaires (55%), mais n’a pas la majorité des deux tiers. Cela complique la situation. Finalement, la nouvelle Constitution a été adoptée en décembre 2007 malgré les obstructions parfois violentes de la droite et des classes dominantes. Par la suite, la situation s’est polarisée à l’extrême à cause d’une mobilisation très agressive du camp réactionnaire. La droite est entrée en action avec une campagne raciste et la menace d’une séparation territoriale de la partie occidentale du pays où elle occupe une situation dominante. Cette agitation réactionnaire a réussi à empêcher jusqu’ici la tenue du referendum sur la nouvelle Constitution.

Retour au contrôle public sur les richesses naturelles

Un troisième point important : les gouvernements du Venezuela, de la Bolivie et de l’Equateur ont pris des mesures pour renforcer le secteur public et obtenir un contrôle des ressources naturelles. Au Venezuela, l’Etat a pris le contrôle de la grande compagnie pétrolière (PDVSA) qui, bien que publique, favorisait les intérêts privés et déclarait la plupart de ses revenus aux Etats-Unis. Cela ne s’est pas fait sans bataille et sans heurts. La classe capitaliste a organisé un coup d’Etat en avril 2002 suivi d’un lock-out qui a paralysé l’entreprise en décembre 2002-janvier 2003. Le Produit intérieur brut du Venezuela s’est effondré dans les premiers mois de 2003, mais finalement le gouvernement a repris la situation en main avec le soutien de la majorité du peuple. L’année dernière, l’Etat vénézuélien a aussi pu prendre en main le contrôle d’un important champ de pétrole, la falla del orinoco. Au Venezuela, les deux tiers du pétrole sont produits par l’Etat et un tiers par les grandes compagnies pétrolières. Mais aujourd’hui, le pétrole est exploité dans le cadre de nouveaux contrats négociés, où l’Etat décroche plus de revenus que précédemment. Il faut y ajouter d’autres nationalisations : la production et la distribution électrique, les télécoms (CANTV), la sidérurgie (SIDOR qui compte 15.000 travailleurs), le secteur du ciment, des entreprises de production alimentaire. Sans oublier la réforme agraire qui vise à donner la terre à ceux qui la travaillent. La Bolivie a nationalisé le pétrole et la production de gaz en 2006. Evo Morales a envoyé l’armée pour contrôler les champs pétroliers, mais les multinationales restent actives car ce sont elles qui extraient le pétrole et le gaz. L’Etat est bien propriétaire des richesses naturelles, mais ce sont les grandes multinationales qui exploitent le pétrole et le gaz. D’où l’importance stratégique des accords entre le Venezuela et la Bolivie qui permettront à la Bolivie de renforcer une compagnie pétrolière publique pour exploiter et raffiner elle-même le pétrole et le gaz. La Bolivie n’a pas de raffinerie, l’Equateur n’en a pas assez. La Bolivie et l’Equateur exportent du pétrole et importent du combustible et d’autres produits raffinés. Ici aussi, l’importance d’accords stratégiques entre le Venezuela, l’Equateur et la Bolivie pour renforcer l’autonomie de ces deux derniers pays. Ce que le Venezuela, la Bolivie et l’Equateur ont de commun avec la deuxième catégorie de pays (le Brésil, l’Uruguay, le Chili, l’Argentine), c’est une certaine politique de programmes d’assistance publique. Il ne s’agit pas de rejeter purement et simplement ces mesures, mais il faut absolument promouvoir la création des postes de travail, augmenter fortement les salaires, garantir davantage de droits sociaux et économiques pour les salariés, les paysans, les artisans, les vendeurs de rue, les retraités et autres allocataires sociaux. Le Venezuela et la Bolivie ont avancé dans cette direction mais il y a encore beaucoup de chemin à faire.

Equateur : Correa suspendra-t-il le paiement d’une partie de la dette ?

L’Equateur a pris une importante initiative concernant la dette publique. Rafael Correa a créé, en juillet 2007, la Commission d’audit intégral de la dette publique interne et externe (CAIC). C’est une commission composée de douze membres des mouvements sociaux et d’ONG d’Equateur, six membres de campagnes internationales pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde (je fais partie de cette commission en tant que représentant du CADTM) et quatre délégués de l’Etat (le Ministère des Finances, la Cour des Comptes, la Commission anti-corruption et le parquet général). Ce qui est intéressant, c’est qu’on ne parle pas ici de représentants de la société civile (ce qui inclut les associations patronales par exemple), mais bien de délégués des mouvements sociaux, comme le mouvement indigène (la CONAIE) et d’autres mouvements sociaux radicaux d’Equateur. L’idée de Correa et d’un secteur de son gouvernement est d’essayer de ne pas rembourser une partie importante de la dette publique. Si Correa réussit dans son intention, cela signifie une confrontation directe avec sa propre bourgeoisie nationale, parce que c’est la bourgeoisie équatorienne qui tire le plus grand profit du remboursement de la charge de la dette publique. Cela signifie également une confrontation avec les marchés financiers internationaux et avec la Banque mondiale. La droite du gouvernement et les grands groupes financiers, sans compter la Banque mondiale et les capitales des pays les plus industrialisés, exercent une forte pression pour convaincre le gouvernement de Correa de ne rien faire. Celui-ci devrait prendre une décision mi-juillet 2008 lorsque la CAIC remettra son rapport. Rien n’est garanti et il est possible que Correa décidera d’éviter l’affrontement.

Stratégie des Etats-Unis et des capitalistes locaux : confrontation et séparation

La stratégie des Etats-Unis et de la classe capitaliste locale est clairement axée sur la confrontation : le coup d’Etat contre Chavez en 2002, le lock-out patronal de décembre 2002-janvier 2003, la campagne des médias en Bolivie, en Equateur et au Venezuela contre le gouvernement. Mais le thème fondamental est une nouvelle stratégie de partage du pays. La classe capitaliste de Bolivie organise la séparation de la partie occidentale du pays. Ils appellent cela Media Luna avec Santa Cruz comme centre économique important. Les grands propriétaires terriens, les patrons d’entreprises d’exportation (notamment le soja transgénique) incitent la population à proclamer l’indépendance vis-à-vis de l’Etat national. Ils recourent à des actes racistes de manière régulière. Il faut dire clairement que la population de cette région riche ne constitue pas une nation qui aurait le droit à l’autodétermination. Le gouvernement répond à la droite qu’il est prêt à accorder une autonomie plus grande des régions mais pas la séparation, et dans ce cas-ci il a raison. En Equateur, le centre économique se trouve à Guayaquil sur la côte pacifique, tandis que Quito – qui est aussi importante économiquement – est la capitale politique située à 2800 mètres d’altitude dans la cordillère des Andes. La classe capitaliste de Guayaquil veut proclamer son indépendance sous la direction du maire local de droite. Au Venezuela, le gouverneur de l’Etat occidental de Zulia (qui a une frontière commune avec la Colombie) brandit la menace d’une séparation. Ceci constitue sans aucun doute une stratégie continentale consciente de Washington, qui essaie de soutenir la bourgeoisie capitaliste locale dans un processus de scission des pays qui vivent des expériences de gauche. Cela rappelle la politique de la Belgique, des Etats-Unis et d’autres puissances à l’égard de la province du Katanga en République démocratique du Congo. Rappelons-nous que les capitales occidentales avaient soutenu le séparatisme du Katanga contre le premier ministre Patrice Lumumba. Quand le dictateur pro occidental Mobutu a pris le pouvoir (après l’assassinat de Lumumba amené de force au Katanga et livré à ses pires ennemis), les grandes puissances ont abandonné le soutien aux séparatistes… Cela me semble un thème important, parce que certains au sein de la gauche considèrent ce partage des pays comme l’expression automatique du droit des peuples à l’autodétermination. Dans le cas de la Bolivie, c’est manifestement la réaction de la bourgeoisie capitaliste locale contre les droits de la majorité indienne de la nation. Par-dessus le marché, ils manient souvent un langage de droite raciste. Le maire de Santa Cruz, Percy Fernández, a déclaré le 9 décembre 2007 en commentant l’adoption par l’Assemblée constituante du projet de nouvelle Constitution : « Dans ce pays, bientôt, il faudra se peindre et se mettre des plumes pour exister ! » . Depuis lors, des ratonnades ont été organisées par ses partisans contre les Indiens qui constituent, faut-il le rappeler, la majorité de la population du pays et sont victimes depuis plus de cinq siècles de la domination exercée par l’Europe puis par ses descendants. La stratégie de Washington et de certaines capitales européennes comprend encore un autre aspect. Il s’agit du différend entre la multinationale ExxonMobil et la compagnie pétrolière nationalisée du Venezuela PDVSA, le différend entre Occidental Petroleum des Etats-Unis et PetroEcuador qui est une entreprise publique en Equateur, le conflit entre Telecom Italia et la Bolivie, etc. De grandes multinationales (sans oublier Petrobras du Brésil) s’opposent aux décisions des trois gouvernements de gauche de restaurer le contrôle public sur les richesses naturelles. Ces multinationales utilisent le tribunal de la Banque mondiale (le CIRDI, Centre international de règlement des différends liés à l’investissement) pour résoudre les différends concernant des investissements. Ils ont aussi recours à des tribunaux de commerce, comme le tribunal de commerce de Londres, d’Amsterdam ou de New York. Un conflit en matière de contrat risque d’éclater dans les mois qui viennent entre deux gouvernements latino-américains. En effet, le nouveau président du Paraguay qui prendra ses fonctions en août 2008, Fernando Lugo, a déclaré qu’il remettait en cause le contrat léonin imposé par le Brésil à son pays, du temps où les deux pays vivaient sous des dictatures militaires (le contrat Itaipu remonte à 1973). Effectivement, à l’heure où le prix de l’énergie augmente très fortement, le Brésil paie un prix ridicule pour l’électricité produite au Paraguay . Le Paraguay et le Brésil pèsent un poids économique totalement différent et le Paraguay a tout à fait raison s’il demande la révision du contrat ou son abrogation. Ce type de situation conflictuelle met en évidence la nécessité pour les pays d’Amérique latine de sortir du CIRDI, ce qu’a fait la Bolivie, et de créer un organisme latino-américain pour régler les litiges qui surgissent entre des Etats et des multinationales (qu’elles soient du Nord ou du Sud) ou qui opposent des Etats latino-américains les uns aux autres. Bien sûr, dans ce dernier cas, il faut d’abord chercher un accord bilatéral avant d’avoir recours à un organisme multilatéral.

Les Traités de commerce entre les peuples

En opposition aux traités de libre commerce que signent certains pays d’Amérique latine avec les Etats-Unis ou l’Union européenne, les nouveaux accords qui ont été passés entre les gouvernements du Venezuela, de la Bolivie et de Cuba méritent d’être soulignés. Citons par exemple les 20.000 médecins cubains qui vont travailler volontairement au Venezuela pour fournir une médecine gratuite, en priorité dans les quartiers pauvres, ou les 40.000 opérations de la cataracte ou d’autres problèmes de la vue dont ont bénéficié gratuitement des citoyens vénézuéliens dans des hôpitaux cubains. En échange, principalement sous forme de troc, le Venezuela fournit du pétrole à Cuba. Le même type d’accords s’applique entre le Venezuela et la Bolivie.

En conclusion, les expériences en cours dans ces pays sont très différentes de l’image caricaturale et négative qu’en donne la majorité des medias. Les processus en cours sont complexes et parfois contradictoires, des reflux sont possibles, même probables, les gouvernements n’iront peut-être pas assez loin dans les transformations politiques et sociales favorables au peuple. La déstabilisation orchestrée par les classes dominantes locales et Washington peut réussir à infléchir le processus en cours. Avec l’agression de la Colombie contre l’Equateur en mars 2002, on voit bien que Bogota et Washington sont prêts à utiliser l’arme de la guerre contre les régimes de Quito et de Caracas. Une des dimensions marquantes qui n’ont pas pu être abordées ici, c’est la faiblesse du contrôle des producteurs sur l’ensemble du processus de production (ce qu’on appelle, dans la tradition du mouvement ouvrier, le contrôle ouvrier et l’autogestion).


Par Eric Toussaint
CADTM

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03 juin 2008

USAID, objectif : BOLIVIE

usaid30 - V - 08 CEPRID. À l’intérieur des différents mécanismes que les États-Unis ont crée dans le but de renverser le gouvernement de la Bolivie, les actions qu’ils ont développé au moyen de l’USAID y jouent un rôle important. Ces actions sont utilisées par toute une série d’entreprises et d’organisations pour couvrir la « griffe assassine » qui donne de l’argent pour t’arracher la vie.

La stratégie qui est employée en Bolivie s’achemine vers la division des forces révolutionnaires existantes dans le pays et en même temps au renforcement de la droite. Appliquer la politique de « régression » qui réussit au temps de Reagan et que nous avions signalé dans notre article intitulé Ofensiva diplomática yanki en América Latina  (L’Offensive diplomatique yankee en Amérique Latine), publié vers juillet 2007 :

« La régression » se fera individuellement. Son application commencera dès le succès de la provocation d’une situation manifestement « ingouvernable » dans le pays et une crise de la « démocratie » telle, que pour ramener la paix, l’ordre et la protection de la population, l’intervention humanitaire des forces armées des États-Unis serait nécessaire, car elle garantirait l’instauration d’un régime « légitimement démocratique ».

La stratégie à suivre a été définie dans un rapport au Comité des Services Armés de la Chambre des Représentants le 11 juillet 2007, lors d’une assemblée d’évaluation sur la sécurité globale. Ce rapport a été présenté par Thomas Fingar, sous-directeur de la Direction Nationale de l’Intelligence (DNI), accompagné par John Kringer, Directeur de l’Intelligence de la CIA et Robert Cardillo, sous-directeur des Analyses de la DIA.

Pour effectuer le travail en Bolivie l’USAID a décidé de changer de façade, Comme la Development Alternatives, Inc. (DAI) était utilisée au Venezuela, cette entreprise fut déjà considérée comme « brûlée » et il était nécessaire de présenter une image nouvelle, fraîche, qui donnerait confiance et ne pourrait être liée aux actions subversives que la DAI avait réalisé.

Dans le cas de la Bolivie il a été considéré plus adéquat le choix de l’entreprise Casals & Associates, Inc. (C&A). Cette entreprise avait été employée par diverses agences du gouvernement des États-Unis, mais la consonance de son nom latino (Casals) a été jugée plus apte à être mieux acceptée en Bolivie et, certains même, la croient comme une entreprise nationale. Pour l’activité à développer ce serait bénéfique car tout cela associé aux plus de 25 millions de dollars qui ont été alloués, assurerait la réussite d’une opération.

En résumé, Casals & Associates, Inc, a réparti en plus de trois ans d’opérations en Bolivie, 18,8 millions de dollars à plus de 450 organisations. Les organisations bénéficiaires de cet argent de l’USAID ont travaillé avec la tâche de combattre les initiatives de l’Assemblée Constituante, promouvoir le séparatisme ou dans les régions de Santa Cruz et Cochabamba, influer sur les communautés indigènes et saper l’appui de celles-ci au gouvernement de Evo Morales. Certains projets ont été consacrés à la diffusion d’information pour créer dans l’esprit de la population une image négative de Evo, de la situation du pays et la direction révolutionnaire qu’il a lui-même impulsé.

Il est intéressant de connaître pourquoi l’USAID a sélectionné Casals & Associates, Inc pour ces fonctions. Cette entreprise a presque 40 clients, parmi lesquels 17 sont au moins des succursales distinctes du gouvernement des États-Unis. Parmi ces succursales on souligne la Oficina de Transmisiones para Cuba (Radio Martí) (Agence de Transmissions pour Cuba), la Voz de las Américas (la Voix des Amériques) et Worldnet Televisión (Télévision Martí).

La C&A travaille également avec l’USAID non seulement en Bolivie mais avec le Bureau pour l’Amérique Latine et la Caraïbe (Cuba), l’Agence de Gouvernement et Démocratie, en plus de l’Agence des Initiatives pour la Transition (Transition vers quoi ? Cela est la nouvelle façon de nommer la « régression »). Elle travaille avec le Département de Commerce pour la International Trade Administration (blocus de Cuba)

Le Département de la Défense est un autre de ses clients, et spécialement le Département de l’Armée et celui de la Marine. Également celui qui a contracté ses services, le Département récemment crée, celui de la Sécurité de la Patrie, en particulier le Bureau des Services de la Citoyenneté et de l’Immigration (exil cubain).

Lorsque quelqu’un s’aperçoit que je répète le mot Cuba ou cubain dans cet article, il pense que je deviens paranoïaque avec Casal & Associates Inc. La présidente de cette entreprise s’appelle Beatriz C. Casals, ce qui avait attiré mon attention et en recherchant quelques données sur celle-ci j’ai pu apprendre qu’elle est…CUBAINE.

J’ai pu apprendre en plus que Beatriz est Présidente de l’Association pour l’Étude de l’Économie Cubaine, basée dans l’Université du Texas (Bush ?) où elle a présenté différents travaux d’investigation, dont un en collaboration avec Sergio Díaz Brisquets qui est né à…CUBA et qui a également travaillé dans Casals & Associates, Inc.

Sans entrer maintenant dans l’analyse d’un lien possible de Beatriz et Sergio avec la mafia cubano-américaine de Miami, une des organisations terroristes qui agissent contre Cuba, ou ses contacts à Washington avec les congressistes Ileana Ros-Lethinen, Lincoln et Mario Díaz Balart, nous devons reconnaître que Casals & Associates Inc.est impliquée en grande partie dans les efforts du gouvernement des Etats-Unis pour détruire la révolution cubaine.

Je reviens ici à ma citation sur l’article publié dans "Entorno". Je considère que le final de l’autre peut s’appliquer à celui-ci (sans paranoïa aucune).

« L’objectif principal de ce plan est l’élimination de la coalition de l’ALBA. Il est considéré que chaque gouvernement qui tombera sera un coup contre Cuba, ses relations internationales, ses possibilités de développement économique et le bien-être de son peuple. C’est le raisonnement chimérique yankee sur la solution qui doit s’appliquer pour plier le peuple cubain et sa révolution. »

Néstor García Iturbe--Cuba Socialista
est Docteur en Sciences Historiques. Membre du Conseil Consultant et du Conseil Scientifique de l’Institut Supérieur des Relations Internationales.

ESPAÑOL

Traduction : Esteban

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14 mai 2008

L’AMÉRIQUE LATINE À L’HEURE DE SA LIBÉRATION

libertad_america_latinaTRIBUNAL DE LA DIGNITÉ, SOUVERAINETÉ ET PAIX CONTRE LA GUERRE

CEPRID
10 - V - 2008 CEPRID.

Cela fait trop longtemps que notre Amérique Latine a été subordonnée aux diktats impériaux. L’Espagne impériale fut la première à conquérir et à coloniser cette partie du monde et la première qui imposa les règles économiques, politiques, culturelles, religieuses pendant plus de trois siècles.

Ce fut 300 ans d’exploitation coloniale, de travail de demi esclavage, de vol systématique des ressources naturelles et humaines et 300 ans d’un génocide pratiqué à grande échelle parmi les ethnies indigènes. Mais ce fut également 300 ans d’une héroïque résistance indo-métisse et 15 ans de guerres d’indépendance.

À peine s’achevait l’indépendance de l’Espagne, qu’à nouveau les États-Unis recolonisait l’Amérique latine, mais au nom de la liberté, de la démocratie et des droits humains. Notre Amérique Latine a souffert de 200 ans de colonisation, de spoliation et de pillage de la part des États-Unis et ces 200 ans ont été nourris d’ingérences, d’invasions militaires, de guerres injustes, de tueries systématiques, d’imposition de gouvernements « démocratiques » et de cruelles et sanguinaires dictatures avec les tragiques séquelles de milliards d’exécutions extra judiciaires, des milliards de personnes condamnées à la fuite forcée, des milliards de personnes injustement emprisonnées, torturées, massacrées, violées, séquestrées, toutes au nom de la liberté et des démocraties.

Il n’existe aucun pays ou territoire latino-américain qui n’ait pas souffert d’invasion militaire yankee et d’occupation militaro civile par le biais de pirates, d’aventuriers, de banquiers, d’industriels, des prêteurs usuriers qui furent ensuite le Fond Monétaire International, la Banque Mondiale ou la Banque Interaméricaine de Développement. Les compagnies pétrolières comme la Standard Oil ou Exxon ou Texaco-Chevron ont pompé les hydrocarbures et ont organisé des guerres entre nations pendant que des entreprises comme United Fruit ont renversé des gouvernements, tué des paysans, volé les terres. Depuis 1949, l’Agence Centrale d’Intelligence, la toute puissante et obscure CIA a été le bras caché de l’empire pour semer la terreur, la mort, la violence, le sabotage, la torture, la disparition de personnes, le meurtre et l’assassinat de personnalités. Tous les crimes, sans aucune exception, ont été organisés ou commis directement par la CIA organisme géniteur de la brutalité fasciste qui a ravagé notre Amérique Latine.

Cela a été 200 ans d’agression à la biodiversité, de vol du pétrole, ainsi que l’or, l’argent, le zinc, le cuivre, le nickel, de même, ils ont emporté nos fruits, nos semences, nos matières premières et nos meilleurs cerveaux. Rien n’a échappé à la voracité et à l’avarice états-unienne. Mais tout a une fin.

C’est maintenant le moment de la libération de nos patries. C’est maintenant le moment que l’Amérique Latine doit travailler unie, côte à côte, pour se libérer de ses oppresseurs qui imposèrent le néolibéralisme afin de privatiser la richesse et socialiser la pauvreté. Aujourd’hui, nos patries unies doivent s’intégrer par la décision de leurs peuples pour lutter vers la solution des problèmes économiques, sociaux, politiques et culturels, parce que les problèmes qui accablent nos pays sont les mêmes pour tous, car derrière eux se trouvent l’empire et le pouvoir oligarchique créole.

L’union de l’Amérique Latine est une nécessité impérieuse qui se fonde dans l’histoire, dans la géographie, dans la culture, dans les traditions, dans la langue. L’intégration du MERCOSUR, de la Communauté Andine des Nations, du CARICOM, de l’Amérique Centrale doit se renforcer avec l’exécution et l’amplification des différents projets : Banque du Sud, l’ALBA, intégration énergétique, construction de gazoducs et d’oléoducs, construction de centrales hydroélectriques et de voies de communication, construction de centres régionaux de santé et d’unités d’éducations élargissant la couverture de l’enseignement supérieur avec des niveaux élevés d’efficacité, de qualité académique, scientifique et technique, pour garantir à nos peuples le droit au développement sur la base de l’avoir de professionnels engagés avec les groupes humains majoritaires qui depuis toujours ont été exclus des bénéfices du progrès et de l’insertion économique et sociale

Rétablissement des utopies

Le nouveau siècle commence à se caractériser par le rétablissement des utopies, de la possibilité de rêver et de penser en une nouvelle Latino Amérique, comme en voulant démontrer au monde qu’un autre monde, oui, c’est possible. Il émerge des processus transformateurs et des changements sociopolitiques substantiels. Les droites néolibérales battent en retraite et les peuples s’insurgent avec vigueur et force pour installer des gouvernements démocratiques et progressistes en Argentine, Uruguay, Paraguay, Brésil, Bolivie, Équateur, Venezuela, Nicaragua, Guatemala. La Révolution cubaine se consolide et se transforme pour approfondir la construction du socialisme, et de long en large de l’Amérique Latine les processus de changement semblent irréversibles.

La transformation nécessaire commence avec la réelle intégration économique, sociale et politique. Cette intégration, rencontre inévitablement de puissants opposants dans les oligarchies nationales et leurs groupements politiques des droites des cavernes, attardées et réactionnaires qui forment des groupes autonomistes ou séparatistes généralement violents et antipatriotes, des groupes qui de plus, sont les alliés de l’empire ravageur et agents à la solde ou officieux de la CIA. Cette intégration de l’Amérique Latine déplait également fortement aux multinationales ou aux transnationales monopolistes avec des capitaux impériaux, et donc elles ne sont pas disposées à permettre que chaque pays gère et exploite souverainement leurs ressources naturelles ou ce qui l’en reste depuis tant de spoliation pratiquée par l’empire.

L’union et l’intégration sont possibles et désirables, elles s’accélèreront dans la mesure où chaque peuple et chaque citoyen sera décidé de participer et d’impulser les processus, et qu’en qualité de mandants ils poussent leurs mandataires pour qu’au-delà des idéologies subordonnées à l’empire, au-delà des intérêts de groupe et de classe, ils agissent en conséquence historique et construisent la Patria Grande, telle que nos libérateurs l’avaient rêvé.

Naturellement, l’intégration s’accrochera à de nombreux écueils et d’innombrables barrières. Il existe des murs apparemment insurmontables : problèmes frontaliers, conflits entre nations, intérêts économiques de secteurs divisionnistes et égoïstes, conceptions idéologiques et doctrinaires distinctes entre gouvernements de peuples identiques, courses à l’armement, développement inégal, servilité du gouvernement aux classes dominantes et servilité de ces dernières et de leurs gouvernements à l’empire, faux leaders. Les divisionnismes et les séparations sont construits et par conséquent ils ne sont pas naturels, ils leur manquent la valeur face à ce qui unit ces peuples.

L’Union Latino-américaine sera vitale pour affronter la globalisation déshumanisée et purement capitaliste, c’est une nécessité urgente pour affronter les graves problèmes qui menacent la région : commerce inégalitaire, croissance inégalitaire, sous développement persistant avec ses conséquences concrétisées par la pauvreté, l’analphabétisme, l’insalubrité, l’absence d’infrastructure et l’augmentation de l’indigence véritable fléau de la société, la délinquance chaque fois plus violente et inhumaine, la prostitution, la traite des blanches, le trafic de personnes, la néo servitude et le néo esclavage pour, finalement, freiner les vagues migratoires que tant de problèmes et tant de séquelles douloureuses et tragiques restent gravées pour les peuples et les familles frappées et exclues par le systèmes prédateur, injuste et spoliateur. L’Union Latino américaine permettra que la lutte contre la pauvreté parvienne à des succès, que les grandes inégalités sociales imposées par le néolibéralisme ou « capitalisme sauvage » soient réduites au maximum, et qu’au mieux, elles disparaissent, que la juste redistribution de la richesse commence à être une réalité tangible pour toutes et pour tous.

Par delà les gouvernements qui ne sont que de passage, il y a les peuples qui sont permanents. Ensembles ce sont eux qui forgent les jours de l’histoire positive, mais les gouvernements avec le pouvoir qui leur a été remis, devraient fondamentalement se préoccuper de servir ses citoyens et donner des réponses effectives à leurs nécessités vitales, en priorité comprendre que la famille aux revenus faibles et limités a été principalement la plus frappée par les politiques néolibérales crées pour enrichir les plus riches et appauvrir jusqu’à l’indigence les plus pauvres, politiques économiques qui dans notre Amérique Latine, ont servi à étayer les privilèges de classe, consolider les fortunes des secteurs dominants qui constituent 18% des plus riches de chaque pays.

Notre Amérique indo-métisse a été asservie durant cinq siècles d’infamies et d’ignominies. L’Empire espagnol, dans les périodes de conquête et de colonisation, a commis un monstrueux et un impardonnable génocide dans les peuples aborigènes. Les survivants furent condamnés à des travaux serviles et astreints à l’esclavage, dans les exploitations et les terres des conquistadors. Il leur ôta leur idiome, leur culture, jusqu’à leurs dieux furent remplacés par le Dieu des blancs. Vint ensuite le pillage de tout ce qui existait et par leur avidité pour l’or, l’argent et les pierres précieuses, ils ont commis d’impardonnables crimes de lèse humanité, au nom du Roi et de la Sainte Mère Église Catholique. Massacrer, piller, humilier, offenser, abrutir, alcooliser, asservir, violer des jeunes filles et des femmes, condamner l’indigène à la faim, à la malnutrition, aux maladies européennes, elle [Am.Lat.] fut convertie en commerce et pour l’entretien des conquistadors.

Ils volèrent les terres et chassèrent leurs légitimes propriétaires à vivre sur des plateaux inhospitaliers, aux bords de vallées encaissées et dans des forêts insalubres. Ils les « christianisèrent » et les vendirent à la religion catholique pour la servir en tant qu’esclaves et débiteurs éternels de fêtes à tous les saints et saintes. Ils payèrent des dîmes et des primeurs à des curés, des nones, des évêques, des cardinaux et des papes qui leur refusèrent l’âme et payèrent pour naître, pour être malade, pour se marier, et pour mourir ils payaient des tarifs déterminés pour monter au ciel, si l’argent ne suffisait pas ils allaient au purgatoire et s’ils n’avaient rien ils allaient droit en enfer et les condamnés se comptaient par cent et par milliards. Les condamnés de la terre, dirait Fanon, n’avaient aucun droit, seulement des devoirs et des obligations envers le blanc, envers le métis. Les seigneurs de la terre réduits à des esclaves impertinents.

Mais vinrent les temps de la rébellion, de la colère et de l’espérance. Dans certains endroits de cette Amérique indienne et métisse, l’idée de liberté avançait et les luttes pour l’indépendance commençaient à poindre. Des milliers et des milliers de latino-américains perdirent la vie dans ces guerres, parce que la mort s’empare toujours des plus faibles, des plus valeureux et des héros. L’Amérique latine s’habilla de sang et d’héroïsme, elle marcha avec Bolívar et San Martín, avec Sucre et O´Higins, avec Artigas et Morelos, avec Hidalgo et Petión, avec Espejo et Nariño. Tous à l’unisson ils crièrent assez à l’empire espagnol, et Bolívar voyait une Amérique Latine unie et grande dans Carabobo et Ayacucho, dans Boyacá et Pichincha.

Les oligarchies parasitaires

L’indépendance avait été conquise mais elle restait en dette envers les indiens et les pauvres métis. La liberté rêvée n’est jamais parvenue aux peuples, car elle était restée en haut des ambitions des « libérateurs »qui, avec un goût étrange d’arrivisme, commencèrent à former des familles avec les filles à marier des espagnols vaincus, mais enrichis du travail imposé aux indiens et aux métis, aux noirs et aux mulâtres. C’est ainsi qu’ont commencé à naître et à grandir les oligarchies et les aristocraties qui par héritage génétique, se sont convertis en êtres parasites des sociétés « libres et indépendantes ».

Dès la fin de la domination de l’empire espagnol, c’est l’empire anglais qui commença à s’enraciner avec des hommes, des vivres, des armes et des prêts en livres sterling contribuant à se libérer de la compétence espagnole. La dette anglaise ou la dette de l’indépendance accabla pour des décennies les économies des « nations indépendantisées ». Ce fut la première dette externe-éternelle et les anglais l’encaissèrent au moyen de traquenards, agressions et vols pratiqués par les corsaires, pirates, hommes d’affaires, commerçants et patrons.

Le pillage anglais fut remplacé rapidement par des mercenaires, des tueurs à gages, des entrepreneurs, des aventuriers, des flibustiers anglo-saxons établis aux États-Unis transformé en genèse de l’empire actuel.

Les États-Unis se sont formés sur la base de la spoliation des territoires indiens, sur le génocide exécuté sans miséricorde sur les tribus qui peuplaient le nord du Continent Américain. Dès leur début il fut gouverné par la « classe supérieure » anglosaxone qui se croyait prédestinée par la divine providence pour s’approprier des vastes territoires et gouverner des peuples inférieurs. Le Mexique fut dépouillé de la moitié de son territoire, ils volèrent à l’Espagne la péninsule de La Floride, ils achetèrent à la Russie l’étendue du territoire de l’Alaska et ils s’inventèrent le destin manifeste pour dominer les peuples qui habitaient en Amérique Latine depuis le fleuve Bravo du Nord jusqu’à la Terre de Feu dans le Cône Sud du Continent.

Les États-Unis avaient saboté le Congrès Amphictyonique de Panama convoqué par le Libérateur Simón Bolívar et le président états-unien Monroe, très tôt, il s’inventa la doctrine « l’Amérique aux américains » et de cette manière ils commencèrent à valider l’agression et le pillage jusqu’à intégrer la mer des Caraïbes en leur lagon particulier et notre Amérique latine leur arrière cour.

Les États-Unis auraient échoué dans leurs tentatives de domination s’ils n’avaient pas compté sur le comportement de traîtres et de vendeurs de patrie des oligarchies, des classes dominantes, des militaires ambitieux reconvertis en hommes de mains et en fascistes, des curés, des nones, des évêques et des cardinaux qui mirent l’Église Catholique au service des classes dominantes et, en conséquence, des intérêts états-uniens. Le pillage de nos patries a facilité la croissance économique des États-Unis et a permis sa transformation en empire. L’écrivain uruguayen Eduardo Galeano dirait que notre pauvreté est la richesse des États-Unis et que notre faiblesse est la force et le pouvoir des États-Unis.

Les États-Unis se sont transformés en un puissant empire et cela a été une des causes de la tragédie d’Amérique Latine. Dominée par le dollar, par les armes, par l’agression systématique, par les invasions militaires et les guerres inégales, l’Amérique Latine s’est livré au joug états-unien.

La Maison Blanche avait commencé à ordonner nos patries. Elle imposa des gouvernements bourgeois et marionnettes, elle trouva des laquais adorateurs du dollar de toutes parts, des militaires hommes de mains reconvertis en mercenaires, des armées nationales convertis en armées d’occupation, des oligarchies qui ont trouvé dans le billet du dollar leur drapeau précieux et sacré.

Les navires de guerre des États-Unis s’étaient transformés catégoriquement en forces militaires d’ingérence dans nos patries et ils envahirent le Mexique, occupèrent le Nicaragua, s’emparèrent du Guatemala, usurpèrent Cuba, s’approprièrent de Haïti et de la République Dominicaine, de Grenade et El Salvador. Le Honduras s’était transformé en immense porte-avions et la CIA en formateur de tortionnaires, dictateurs sanguinaires, tueuse et assassine de leaders populaires, de milliards d’hommes et de femmes qui luttèrent pour la libération de leur patrie et ils tuèrent des présidents de républiques, sabotèrent des avions en plein vol, commettant toutes sortes d’actes terroristes, ils formèrent les transnationales du crime comme l’« Opération Condor » et ils armèrent et équipèrent des assassins de leurs propres peuples. La CIA était le bras clandestin et criminel de l’empire pour protéger les entreprises, les compagnies et les transnationales de l’empire qui emportèrent le pétrole, les fruits les poissons, les bois, les matières premières, les minéraux et maintenant ils veulent emporter l’eau, l’air, la biodiversité. La CIA était devenue experte pour planifier et exécuter des coups d’État pour détruire des gouvernements dangereux pour les intérêts de l’empire et était également devenue spécialiste en génocides et toutes sortes de crimes de lèse humanité.

Les États-Unis sont les créateurs et les soutiens des partis politiques des oligarchies et des droites les plus récalcitrantes du Continent. Conservateurs, libéraux, sociaux démocrates et démocrates chrétiens, mouvements et organisations « fascistoïdes » sont crées à l’image et à la ressemblance des États-Unis dans leur phase impériale et les États-Unis les maintiennent, les conseillent, les financent, les subventionnent. C’est cela la tragédie de notre Amérique Latine.

Et cette même tragédie est celle qui oblige à prendre conscience de la situation et à se rebeller contre cette réalité de tant de misères. L’heure des nouvelles luttes et des combats définitifs est arrivée, pour atteindre la véritable indépendance car il faut savoir, et cela est certain, que l’empire yankee n’est pas éternel ni invincible. C’est maintenant l’heure pour les peuples.

ESPAÑOL- CEPRID

Traduction : Esteban

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23 octobre 2007

DÉCLARATION DE LA VIIè RENCONTRE SYNDICALE IBÉRO-AMÉRICAINE

am_riquesDÉCLARATION DE LA VIIè RENCONTRE SYNDICALE IBÉRO-AMÉRICAINE
à Cartagena de Indias.

Les représentants des syndicats ibéro américains et des organisations régionales américaines de la Confédération Syndicale Internationale, l’ORIT* et la CLAT*, réuni(e)s du 18 au 21 septembre 2007 à Cartagena de Indias en Colombie, pour l’organisation du Séminaire sur "Le dialogue social et la concertation", courroies de transmission de la cohésion sociale ibéro américaine, se sont accordés pour transmettre la Déclaration ci-dessous aux chefs d’État et de gouvernements ibéro américains qui se réuniront à Santiago de Chile durant les journées du 8 au 10 novembre prochain, sous l’axe de travail de "la cohésion sociale et le développement des politiques sociales pour atteindre des sociétés plus inclusives en Ibéro Amérique".

Déclaration :

La globalisation régnante enregistre des coûts sociaux et de production très élevés pour nos peuples et non seulement dans les régions marginalisées mais également dans les pays où la globalisation est perçue comme un processus à succès. L’application du modèle néolibéral a provoqué la fracture sociale qui se reflète dans une détérioration croissante du niveau de vie chez diverses classes de la population affectées par la montée du chômage, de la sous traitance, de la flexibilité, de la précarité du travail, de la détérioration de la qualité de vie, de l’aggravation de la pauvreté, de la persistance de l’exploitation des enfants et de l’amplification des inégalités sociales. La priorité exclusive des intérêts des revenus du capital a nuit sur les abondantes ressources naturelles non protégées, sur la protection de l’environnement, elle a généré l’appauvrissement et la précarité de la main d’œuvre, la violation persistante des droits humains et syndicaux fondamentaux, spécialement en mesures d’inégalités entre femmes et hommes ainsi que le harcèlement au travail, la discrimination de classe, de race et d’ethnies, considérées toutes d’intérêt pour la pérennité des investissements, ce qui pose sérieusement la question sur le maintien de la viabilité des régions importantes des Amériques. Le grave déficit de travail décent est en train de détruire les systèmes de sécurité sociale, en revenant purement et simplement sur les accords des droits au travail, en empêchant toute possibilité de dialogue social et en faisant illusion sur les compromis sociaux des entreprises, ainsi que l’engagement politique des États pour impulser l’application des accords sociaux établis dans les différentes Sommets Ibéro américains.

Cohésion Sociale et Développement Durable

Le mouvement syndical Ibéro américain exprime que la Cohésion Sociale ne peut être constitué d’un mélange expectatif rhétorique mais d’assemblage effectif d’objectifs économiques, sociaux, politiques, productifs et éducatifs destinés à élever le niveau de vie des femmes et des hommes Ibéro américains à des fins de qualité démocratique, de développement de plein emploi et de travail dignes et décents, d’un rôle actif et transformateur des États Nationaux, de mécanismes permanents de dialogue social et la construction d’un modèle de développement orienté vers le social.

Les politiques publiques doivent être dirigées vers l’élimination des inégalités et de l’exclusion dont souffre une grande partie de nos citoyens et citoyennes. La construction d’une citoyenneté entière exige des politiques fiscales destinées à améliorer substantiellement la répartition de la richesse, en créant un système fiscal suffisant, équitable et progressif qui grève la richesse et garantisse la consommation des matières de base pour toute la population, qui limite les investissements inconstants et encourage ,ceux, productifs destinés à l’insertion productive des diverses régions nationales en créant des réseaux de production associés avec une meilleure valeur ajoutée dans les sous régions[défavorisées]. La croissance économique ne se traduit pas par une meilleure répartition de la richesse dans nos pays. La fiscalité constitue la base des politiques publiques et, pour cela, les États doivent s’engager avec fermeté à prendre des mesures actives pour empêcher les pratiques fiscales qui évitent l’imposition, en punissant la fraude et les caches fiscales, en particulier les mouvements purement spéculatifs et la fuite de capitaux.

Le développement durable des pays ibéro américains exige la mixité de politiques macroéconomiques, productives, sociales et environnementales afin de les diriger vers la création d’un travail digne.

La Plateforme de Travail des Amériques dénonce que le modèle néolibéral a favorisé au travers de la privatisation des biens et des services publics la polarisation sociale de nos pays. En conséquence il est nécessaire d’élaborer un programme qui reconstruise la cohésion sociale à travers d’objectifs de réduction de l’analphabétisme, l’universalisation des systèmes publics de Santé de qualité pour tous les habitants, et augmenter substantiellement l’investissement dans des programmes d’éducation de base et de plus haut niveau. De plus, il est indispensable de reconstruire des systèmes nationaux d’éducation technique avec la formation qui corresponde au monde du travail, ce qui est quasiment absent dans les pays d’Amérique Latine.

Cohésion Sociale et Dialogue Social

Nous réaffirmons notre volonté de travailler pour que le dialogue social et la concertation se constituent en un grand catalyseur de la cohésion sociale qui permettra de faire avancer la démocratie participative et représentative dans nos pays, en renforçant l’État solidaire avec la justice sociale et le respect des droits fondamentaux humains et du travail.

En comparaison avec la tradition européenne du dialogue social, en Amérique Latine et aux Caraïbes, la majorité des expériences nationales démontrent un manque notoire d’application de la part des employeurs (publics et privés) sur les accords engagés. La plus grande partie des déclarations sur le dialogue social reste opaque, interrompu et sans cadrage sur les délais et les objectifs.

Les syndicats Ibéro américains affirment que l’on ne pourra avancer seulement qu’avec l’application des accords établis au cours des Sommets des Présidents et des chefs d’États d’Ibéro Amérique, si l’on favorise un véritable dialogue social basé sur la préservation et le renforcement de la fonction règlementaire de l’OIT*, ainsi qu’avec l’exécution de la Résolution de la Conférence de 2002 sur le Dialogue Social et Tripartisme. Le dialogue social requiert des partenaires sociaux (travailleurs et employeurs) représentatifs et engagés avec ledit processus à reconnaître la capacité de dialogue et de propositions des parties et de leur autonomie.

Les gouvernements doivent garantir le plein exercice des droits économiques, politiques et sociaux, en particulier le droit à la vie, lequel est violé en permanence dans les pays comme la Colombie, le Guatemala et le Salvador, de même que la liberté d’association syndicale, de négociation collective et de grève.

De la même manière, nous demandons aux gouvernements de dépénaliser le conflit social et de respecter le droit à la libre manifestation des revendications économiques sociales et politiques de tous les secteurs de la population, et d’arrêter avec les pratiques répressives.

L’Ibéro Amérique doit s’occuper de manière urgente dans la région, de la problématique des migrants. La cohésion sociale exige d’établir des politiques de reconnaissance des droits aux migrants et à leur famille, en tenant compte de l’impact de désaffiliation sociale qui marque les travailleurs et les travailleuses obligé(e)s d’émigrer de leur environnement, de même que l’impact économique généré par la fuite de cerveaux, processus qui accentue l’inégalité entre les nations au détriment des pays sous développés.

Les organisations syndicales d’Ibéro Amérique proposent la mise en œuvre d’un mécanisme triparties qui permet de donner suite aux différents accords établis lors des Sommets de Présidents et de chefs d’États.

Cohésion sociale et renforcement des composantes du dialogue politique et de coopération dans les accords entre l’Union Européenne, l’Amérique Latine et les Caraïbes.

Le syndicalisme Ibéro américain réaffirme son engagement à renforcer les processus d’intégration économique politique qui ont une forte dimension sociale, aussi bien ceux qui se développent dans un environnement régional comme c’est le cas de l’Union Européenne, que ceux qui ont une dimension sous-régionale en Amérique Latine comme le cas récent du projet UNASUR* et d’autres projets d’intégration déjà établis. Les processus d’intégration régionaux constituent l’alternative face aux traités de libre échange et d’investissement qui cachent des formes de domination de certains pays sur d’autres.

Le syndicalisme Ibéro américain appuie dans l’environnement national et dans les processus d’intégration régionales et sous-régionales, la création d’institutions ouvertes à la réelle participation de la société et un système de prise de décisions plus efficace et plus représentatif des réelles nécessités et des aspirations de nos peuples, liberté, démocratie, justice sociale et paix. Il préconise également la collaboration entre les institutions de ces systèmes et ceux de l’Union Européenne avec la participation des interlocuteurs sociaux pour la définition de l’application et le suivi des politiques résultant des cette collaboration.

Depuis le Sommet de Montevideo, la plus importante nouveauté pour la Communauté Ibéro américaine est l’extension des négociations, d’accords d’associations entre l’Union Européenne et les sous régions latino-américaines qui couvre MERCOSUR*, CAN*, Centro américa et une partie des Caraïbes. Dans ce cadre, les organisations syndicales avertissent du grand défi que dressent pour les États Ibéro américains, les accords de coopération économique, de dialogue social et de commerce actuellement en négociation pour la préservation du développement durable orienté vers la production du plein emploi et du travail digne.

Le syndicalisme prend note que le mandat de négociateur de l’Union Européenne place comme thèmes tous ceux présents dans les traités de libre échange signés par les Etats-Unis dans la région, façon "OMC-plus", et aussi lorsqu’il introduit un chapitre promoteur d’un développement durable avec des prévisions relatives au commerce et à l’investissement étranger. Par cette voie, il aspire à "assurer et faciliter les standards environnementaux et sociaux, en maximalisant les impacts positifs et en minimisant les négatifs de l’accord, il considère les asymétries à travers la détermination des produits sensibles et des périodes de transition dans les pays qui le requièrent".

Nous avons été témoins de la façon dont les Traités de Libre Échange et les Traités de Protection et de Promotion des Investissements avec les Etats-Unis ont configuré de véritables plateformes productives, nouvelles enclaves exportatrices dont bénéficient principalement les entreprises multinationales protégées par lesdits accords et qui sont venues s’installer dans nos pays, en creusant encore plus les déséquilibres productifs structurels, faisant obstacle à l’objectif de la création du plein emploi et du travail digne et en provocant la désarticulation des processus d’intégration des sous régions.

Quant à l’expérience cumulée sur les impacts productifs et sociaux du travail des accords signés avec le Mexique (2000) et le Chili (2001), elle nous alerte également sur certains des déséquilibres dérivés :

  1) d’un déficit commercial croissant au bénéfice d’un commerce intra corporatif des entreprises multinationales qui réexportent les biens à faible teneur nationale et sans aucun bénéfice pour les producteurs locaux.
  2) des flux d’investissement directs étrangers localisés dans les pôles régionaux de grand développement national profitant des réductions fiscales et des infrastructures déjà créées.
  3) des services à haut coût et de basse qualité sans critères sociaux, dans les services publics essentiels privatisés comme la santé l’eau et l’énergie.
  4) participation d’entreprises européennes dans le système financier et bancaire loin des critères sociaux et productifs qui permettent de se diriger vers la réussite du développement durable grâce à l’aide de crédit et de finance au développement.

Pour l’adoption d’une stratégie ponctuelle à propos de ces négociations, le syndicalisme ibéro américain a des antécédents de diverses déclarations syndicales, notamment celle lors du Sommet syndical de Vienne en 2006, dont les contenus que nous avons ratifié sont exprimés dans son chapitre productif :

  1) L’opposition à n’importe quel accord commercial basé sur des critères néolibéraux de libre échange qui ne s’aligne pas sur un commerce juste et équilibré.
  2) Le refus de la stratégie de ces multinationales et entreprise locales élitistes, dirigées pour tirer le maximum de profits de ces accords en oubliant leur responsabilité sociale.
  3) le lien nécessaire qu’il doit y avoir entre ces accords et les visions productives qui, comme celle développée dans la Plateforme de Travail, arrive à mettre en place une économie d’une nouvelle optique qui impulse le développement durable et place au centre le plein emploi et le travail digne en reconnaissant le rôle actif de l’État.

À cela doit s’ajouter la perspective qui favorise un accord commercial différent, qui implique des relations commerciales basées sur l’échange solidaire et équitable, qui ne se base pas seulement sur la compétitivité mais aussi sur la complémentarité, qui permette la diversification des biens intérieurs, le renforcement des marchés locaux et du rôle régulateur des États dans les processus d’insertion économique internationale surtout pour le bienfait des besoins plus urgents et nécessaires des secteurs historiquement exclus. En conséquence, nous avons ratifié la condamnation du blocus économique, commercial et financier des Etats-Unis à l’encontre de Cuba.

À partir de cet axe, les organisations syndicales d’Ibéro Amérique soumettent d’autres requêtes, du coté du travail professionnel et participatif, orientés entièrement à renforcer le secteur de coopération et de dialogue politique qui incluent les accords actuels en négociation :

  1) l’introduction des droits du travail professionnel, en récupérant les conventions de l’OIT, les autres outils en vigueur du droit international ainsi que la législation du travail professionnel la plus avancée de chacun des blocs signataires.
  2) des mécanismes de contrôle et des officiers d’information, consultation et participation pendant les négociations et le suivi de l’accord, en s’ouvrant à des instances claires de référence pour obtenir une participation active des interlocuteurs sociaux et de la société civile organisée tant en Europe qu’en Amérique Latine ainsi qu’aux Caraïbes.
Nous soutenons également les propositions du CC-SICA*, du CCLA*, du FCES* MERCOSUR, et du CESE*, en faveur de la reconnaissance et de la mise en marche de comités joints à ces organismes.
  3) Les entreprises multinationales doivent assumer leur responsabilité sociale et leur engagement avec le développement durable, en ajustant obligatoirement leur conduite aux Directives sur les Entreprises Multinationales de l’OCDE, la Déclaration Tripartite la OIT sur les Entreprises Multinationales, remettre en vigueur l’absence du Global Compact des Nations Unies et les Accords Cadres Internationaux, souscrits avec les Fédérations Syndicales Internationales, en organisant leurs relations de travail sur la base de la négociation collective, nationale et supranationale, garantissant leur responsabilité sociale, celle de leurs entreprises satellites et de leurs entrepreneurs.
  4) La coopération entre l’Europe, l’Amérique Latine et les Caraïbes doit s’orienter vers la construction du développement durable. Les asymétries entre les deux régions imposent des conditionnements qui doivent être observés, et l’obligation de définir des politiques de compensation de fonds structurels et de cohésion sociale pour réduire les différences. En ce sens, les objectifs commerciaux et économiques ne doivent pas primer sur les propres objectifs sociaux.

Nous demandons aux Présidents et aux chefs d’États d’Ibéro Amérique que l’on inclue dans tous les accords d’association, de coopération économique et politique, l’exigence du respect total des droits fondamentaux des travailleurs et des travailleuses.

Nous voyons que les Mandats de Négociation définis par la Commission Européenne pour les pays Andin, de Centramérique et des Caraïbes sont semblables aux Traités de Libre Échange signés par les Etats-Unis, s’éloignant de la tradition sociale européenne qui a été une référence pour les pays d’Amérique Latine et les Caraïbes.

Sur les relations avec les organisations patronales Ibéro américaines et la SEGIB*

Après l’analyse de la situation du dialogue social et la négociation collective dans les nations Ibéro américaines entre lesquelles il existe de grandes différences et une situation de détérioration et de fragilité dans un grand nombre de pays, les organisations syndicales présentes à la rencontre de Cartagena de Indias se sont accordées pour :

  a) Demander aux organisations patronales qu’elles contribuent à éliminer les obstacles pour que dans tous les pays Ibéro américains , il se produise un développement de la négociation collective et le dialogue social conformes avec les droits fondamentaux du travail et les normes et orientations de l’OIT.

  b) Exiger aux organisations représentatives des patrons Ibéro américains un engagement actif pour l’éradication de la violence et de la répression des activités syndicales légitimes et pacifiques, spécialement là où en- Colombie, Guatemala, Salvador - les syndicalistes sont assassinés, disparaissent, menacés et déplacés à cause de l’exercice de leur droits syndicaux.

  c) Proposer qu’à la prochaine rencontre Ibéro américaine des organisations patronales et des travailleurs, on aborde les problèmes existant dans la négociation collective et le dialogue social nationaux avec la volonté de trouver des solutions concrètes pour surmonter les obstacles que posent encore un grand nombre de pays contre le développement efficace de ces mêmes pays, au moment où l’on essaie de faciliter l’accès aux outils de la négociation collective supranationale en suivant les directives de l’OIT, l’OCDE, des Nations Unies et la pratique des accords cadres développée par les fédérations syndicales internationales avec un nombre croissant d’entreprises multinationales.

Dans les déclarations au Sommet Syndical de Madrid (2005) et de Montevideo (2006) nous avons estimé le rôle que pourrait jouer le Secrétariat Général Ibéro américain (SEGIB) pour faciliter le dialogue des interlocuteurs sociaux dans leur environnement géopolitique et établir pour ceux-ci les procédés d’information et de consultation avec les responsables politiques de la Communauté Ibéro américaine. Dans les déclarations conjointes des organisations syndicales et patronales Ibéro américaines de 2005 et 2006, on demandait aussi la création dans la SEGIB d’un Espace Permanent des interlocuteurs sociaux pour atteindre ces objectifs. Les organisations présentes à la rencontre de Cartagena de Indias confient une rapide mise en marche de cette structure représentative des organisations syndicales et patronales Ibéroaméricaines en termes connus et prévus sur le brouillon, d’accord de constitution qui regroupe substantiellement les propositions élaborées dans les rencontres syndicales Ibéro américaines de Madrid et de Montevideo.

Cartagena de Indias, septembre 2007
de l’Union Syndicale Ouvrière
http://www.uso.es

Version en español

ORIT : Organisation Interaméricaine des Travailleurs
CLAT : Centrale Latino Américaine des Travailleurs
OIT : Organisation Internationale du Travail
UNASUR : Union des Nations Sud américaines
MERCOSUR : Marché Commun du Sud
CAN : Communauté Andine
CC-SICA : Comité Consultatif du Système d’Intégration Centre Amérique
CCLA : Conseil Consultatif Andin du Travail
FCES-mercosur : Forum Consultatif Économique et Social du mercosur
CESE : Comité Économique et Social Européen

Trad: Esteban

Posté par LE TACLE à 11:06 - Amérique Latine - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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