08 avril 2008
CHINE: EXEMPLES DE MANIPULATION DE L'INFORMATION SUR LE TIBET
Une page Web chinoise démontre les mensonges des grands médias
La récente révolte au Tibet a occupé des centaines d’heures dans les médias audiovisuels dans le monde. Presque la totalité des informations paraît avoir été écrite par le même et médiocre scénariste. Loin d’approfondir les informations, le message a été complètement manipulé : les victimes « les bons » sont les tibétains et les chinois sont les « méchants ». La page web http://www.anti-cnn.com/ -qui est présenté selon Noticias.dot par deux personnes individuelles, qui se déclarent n’être liés à aucune organisation ni au gouvernement chinois, mais plutôt contre les préjugés occidentaux- ils nous montrent une série d’images et de vidéos qui ont été trafiquées dans la presse occidentale. Les images que montrent les différents médias, sont des révoltes de moines bouddhistes au NÉPAL et en INDE. Mais celles qui proviennent du Tibet ont également fait l’objet de manipulation. Nous pouvons voir quelques exemples :
Sur la gauche nous avons l’écran Internet du journal allemand Bild. Sur celui-ci, il y apparaît un moine blessé et un appel au boycott des jeux Olympiques en Chine. Sur la droite se trouve la photographie originale sur laquelle on peut apprécier clairement qu’il s’agit d’une photo prise au Népal comme on peut également le lire sur le bouclier du policier. Dans la seconde page du même média, il y a de nouveau l’appel au boycott avec des images également prises au Népal : les militaires portent le même uniforme que dans les photos précédentes.
La suivante capture d’écran est celle du puissant média CNN. La photographie qui apparaît à l’écran a été coupé curieusement afin que n’apparaissent pas les manifestants qui caillassent des camions, civils certainement car ils ne paraissent pas être blindés ni escortés par des troupes armées :
Un autre puissant média qui a une aura de crédibilité comme le Washington post a également manipulé les informations sur le Tibet. Dans la capture d’écran suivante nous pouvons comparer de nouveau comment est illustrée l’information avec une image de Katmandou, le capitale du Népal, alors que sur le bas de la photo ils situent l’image à Lhasa, capitale du Tibet.
Évidemment l’Utra conservatrice FOX ne pouvait pas faire moins. Dans l’information suivante, ils accusent la police chinoise de maîtriser des manifestants tibétains. N’importe qui peut facilement voir que ce sont des policiers indiens. Il suffit de voir seulement leur aspect physique !:
La prestigieuse BBC a aussi manipulé sa page web. Dans la capture suivante, l’information est illustrée avec une photographie d’une ambulance et ses infirmiers. Cependant, sur le bas de la photo il est inscrit : « ceci est la démonstration d’une grande présence militaire à Lhasa » :
Radio France Internationale s’est joint à la vague de désinformation, pendant qu’ils titrent la notice “Pekín augmente la pression”, à côté est inséré une photographie de, la déjà connue, police Népalaise :
En Espagne, le journal « Publico » a porté un désagrément à ses lecteurs en publiant la notice suivante avec le pied de page «Image de la télévision dans laquelle on peut voir un jeune retenu par des soldats chinois ». Quelqu’un voit-il deux soldats chinois dans cette image suivante ? La personne à droite de la photo paraît plutôt porter un microphone et une mallette, celui de gauche est assurément un civil et plus que « retenir » ils paraissent plutôt aider le jeune au milieu :
Le site ultra droite Libertad Digital illustre son information sur la révolte du Tibet avec la photographie suivante où apparaît la police Népalaise :
La page repasse également des exemples de manipulation télévisée, lors d’une entrevue avec l’Ambassadeur chinois au Canada, la Télévision canadienne CTV insère une vidéo où s’illustre la police népalaise pour démontrer que l’ambassadeur ment :
Les Télévisions allemandes N24 et RTL ont également émit dans leurs informations des vidéos filmées au Népal en trompant leurs spectateurs. Les policiers sont vêtus de l’uniforme de la police népalaise et non chinoise :
Ceux-ci, ainsi que d’autres, sont les exemples que montre le site web http://www.anti-cnn.com/, lesquels ne croient qu’à une infime partie seulement de cette information détournée dans le cas du Tibet. La Chine n’est pas précisément un exemple de pays socialiste mais toute cette campagne orchestrée contre cet État et les jeux olympiques n’est pas due à la préoccupation pour les droits humains des tibétains. Sinon, ces mêmes médias auraient appelé également au boycott contre les récents jeux olympiques aux EE.UU, dont le gouvernement maintient le goulag de Guantanamo et la peine de mort pour les mineurs et les malades mentaux. Ce qui est arrivé au Tibet a plus à voir avec le rejet au capitalisme –personnalisé aux entreprises et aux commerçants chinois, ce qui s’est passé également en Espagne- qu’avec le droit à l’auto détermination, un luxe que ne peuvent pas se permettre les tibétains, sous peine de revenir au féodalisme théocratique.
Carlos Martínez
Trad: Esteban
29 mars 2008
Tibet : Réponses sur l'Histoire, la religion, la classe des moines, les problèmes sociaux, la répression, le rôle des USA...
Elisabeth Martens interviewée par Bénito Perez pour " Le Courrier " de Genève, le 27 mars 2008. Voici la version intégrale de cette interview qui répond sans ambages à toutes les questions sur l'histoire, les événements, la répression, le Dalaï Lama, les problèmes sociaux du Tibet...
Pouvez-vous vous présenter brièvement? Comment êtes-vous venu à vous
intéresser au Tibet et à la Chine?
Je suis partie durant trois années en Chine, après des études de biologie en Belgique, pour me spécialiser en médecine traditionnelle chinoise. J’ai bien sûr profité de mon séjour là-bas pour voyager du nord au sud et d’est en ouest. Un de ces voyages m’a amené pour la première fois dans une région tibétaine (c’est-à-dire habitée, ea, par des tibétains) en 1990, à XiaHe au Gansu, au grand monastère du Bouddhisme tibétain de Labulang. J’ai été surprise par la facilité de contact avec les lamas qui se promenaient en rue et allaient faire leurs courses à l’épicerie du coin ; c’est loin de l’image de nos moines cloîtrés derrière leurs murs.
Surprise aussi par la différence entre les bouddhas chinois, tout ronds comme des théières qui mijotent doucement sur le poêle, souriants, joviaux, et les bouddhas tibétains, beaucoup plus imposants. Et encore surprise de trouver dans les temples une quantité phénoménale de représentations de dieux, de monstres, de boddhisattvas, etc. plus féroces et effrayants les uns que les autres. J’ai trouvé que, d’une certaine manière, c’est assez proche de ce que l’on trouve comme galerie d’horreurs dans nos églises : des hommes transpercés, crucifiés, ou jetés dans des marmites d’huile bouillante, etc. Rien de comparable dans l’art chinois : dans la pensée chinoise, et donc dans les arts de la Chine, la souffrance et le moyen de s’en délivrer n’est pas au centre des préoccupations. De quoi devrait-on se délivrer à partir du moment où l’on sait que la souffrance est l’opposé-complémentaire du bien-être ? J’ai trouvé dans les régions tibétaines, où je suis retournée plusieurs fois par la suite (la dernière fois, en été 2007), une culture très différente de la culture chinoise. Cette différence m’a paru intéressante : comment un pays aussi gigantesque que la Chine (plus grand que toute l’Europe) s’en sort-il pour concilier 55 nationalités parlant chacune leur propre langue, surtout avec la disproportion de Han (environ90%) par rapport aux autres nationalités ?
- Que se passe-t-il, selon vos informations (quelles sont vos sources?), actuellement dans les régions de Chine peuplées de Tibétains?
Les violences qui ont eu lieu à Lhassa le 14 mars 2008 ont été perpétrées par des groupes de manifestants tibétains. Les témoignages des étrangers présents sur place vont tous dans le même sens : les agressions visaient les Chinois (les Han) et les Hui, majoritairement des Musulmans. Des personnes ont été incendiées vives, d’autres ont été battues à mort, déchiquetées au couteau ou lapidées. Les armes utilisées étaient des cocktails Molotov, des pierres, des barres d’acier, des poignards et des couteaux de boucher. Il y a eu 22 morts et plus de 300 blessés, quasi tous des Hui et des Han. Il s’agissait d’actes criminels à caractère raciste . Serge Lachapelle, un touriste de Montréal, dit : " Le quartier musulman a été complètement détruit, plus aucun magasin ne tenait debout " .
Dès le 18 mars, le Dalaï Lama déclare dans une conférence de presse que " les événements au Tibet échappent à son contrôle et qu’il est prêt à démissionner si les violences se poursuivent ". Il ajoute que " ces actes de violence sont suicidaires " . Il n’empêche que, à peine quelques jours plus tard (le 21 mars), par une étrange coïncidence du calendrier, Nancy Pelosa, présidente du Congrès américain, arrive à Dharamsala pour une visite officielle au 14ème Dalaï Lama. Elle parle des évènements au Tibet comme d’un " défi pour la conscience mondiale " et exige de la Chine de pouvoir envoyer au Tibet une commission internationale indépendante afin de vérifier l’accusation chinoise comme quoi " l’entourage du Dalaï Lama se trouve derrière les violences ", et afin de contrôler " de quelle manière sont traités les prisonniers tibétains en Chine " . C’est une des stratégies utilisées par les Etats-Unis : forcer la Chine à accepter des équipes d’inspection qui portent le cachet des " Droits de l’Homme ", ou pouvoir dire que la Chine les a refusées. Pour exécuter un tel plan, nul mieux placé que le Dalaï Lama : dans son allocution du 10 mars, ce dernier exhortait déjà la Chine à " une plus grande transparence " .
- Ces termes ne font-ils pas curieusement écho au " glassnost " qui a conduit à l’éclatement de l’URSS ?
L’Allemagne, avant-garde de l’Europe, s’aligne sur les exigences de transparence des Etats-Unis : son ministre des Affaires étrangères a déclaré que " le gouvernement fédéral de l’Allemagne demande une plus grande transparence de la part du gouvernement chinois " . Quant aux autorités chinoises, elles parlent d’une révolte préméditée et bien organisée. L’occasion choisie pour donner le feu vert aux émeutiers était la date anniversaire de commémoration de la révolte de 1959 à Lhassa, date que les Tibétains en exil ont décrétée " Fête nationale " : le 10 mars. Ce jour-là, une marche, partant de l’Inde et se dirigeant vers le Tibet, a effectivement démarré. Elle devrait durer six mois: jusqu’aux débuts des JO de Péking. Cette marche a été organisée par le " Mouvement pour le soulèvement du peuple tibétain " (il est difficile de traduire " uprising " autrement que par " soulèvement "). Il s’agit d’une association dans laquelle sont représentées les fractions principales du gouvernement tibétain en exil : le NDP (New Democratic Party), le Congrès de la Jeunesse tibétaine (Tibetan Youth Congres), et le mouvement des femmes.
Le 10 mars était clairement le signal de départ des émeutes : elles ont été encouragées à distance par de multiples manifestations devant des ambassades chinoises (e.a. à Bruxelles). En Chine même, des tracts appelant à manifester pour l’indépendance du Tibet, ont été distribués dans les différentes régions tibétaines . Le même jour, trois cents lamas du monastère de Drepung ont manifesté au centre de Lhassa, de manière non-violente bien que “provocatrice” ; la police les a dispersés, sans heurts. Ce ne fut plus le cas quelques jours plus tard, le 14 mars : plusieurs groupes de Tibétains, tous armés de la même manière et opérant de la même manière, se sont dispersés dans la ville de Lhassa, ouvrant les hostilités et semant la panique. La suite est le drame que l’on sait, avec les répressions chinoises que l’on devine. Faut-il rappeler que le Droit international stipule que « chaque pays a le droit d’utiliser la force contre des mouvements d’indépendance qui vise à la division du dit pays » ? Imaginez le foin que cela ferait en France si le mouvement séparatiste corse se mettait à incendier des passants français en plein Ajjacio!
- On a généralement analysé ces émeutes comme une "réaction à la colonisation du Tibet par les Chinois"? On parle même de génocide? Qu'en est-il?
Quand on parle de " colonisation " d’un pays par un autre, il faut, au minimum, qu’il y ait deux pays. Dans ce cas précis, faut-il rappeler que le Tibet n’a jamais été reconnu comme " pays indépendant " ? Au 13ème siècle, le Tibet est annexé à la Chine par les Mongols, et au 18ème les Mandchous ont divisé leur empire chinois en 18 provinces, dont la province tibétaine. Fin du 19ème, l’empire britannique envahit le Tibet et y installe ses comptoirs de commerce.
Cela se passe sous le règne du 13ème DL, qui voit dans l’occupation anglaise du Tibet une opportunité pour revendiquer l’indépendance. Il se base pour cela sur ce qu’il a appelé le " Grand Tibet " : un territoire qui équivaut à cinq fois la France, quasi le tiers de la Chine, et qui correspond plus ou moins (parce qu’il n’y avait pas de cartes à l’époque) à ce qu’était le Tibet à la fin de la dynastie des Tubo, au 9ème siècle. Or la Chine du début du 20ème sortait d’un siècle de ventes aux enchères, avec la succession des " concessions " faites aux pays occidentaux. Céder le tiers de son territoire était signer son arrêt de mort. Donc cette demande d’indépendance a été sans suite. Je veux dire par là : sans aucune suite. C’est dire que ni les NU ni aucun pays n’a jamais reconnu le Tibet comme un pays indépendant. C’est une première réponse à votre question.
Une deuxième, c’est que quand on parle de " colonisation ", cela implique en filigrane que le pays envahisseur profite des biens du pays envahi. Or, si on considère les cinquante dernières années du Tibet, on constate un phénomène inverse. La population tibétaine a triplé grâce aux soins de santé et à une rapide amélioration du niveau de vie. Ce qui, à vrai dire, n’était pas très compliqué, vu les conditions désastreuses dans les quelles vivaient plus de 90% de Tibétains sous le régime théocratique des DL. Toutefois, cette amélioration n’a pas été aussi rapide que dans les grandes villes chinoises qui, par leur lustre, font croire au monde entier que la Chine est devenue capitaliste. C’est fou ce que l’on fait croire avec des paillettes, des lumières et des vitrines. Pour répondre à votre deuxième question, celle du génocide, il faut à nouveau faire un petit retour historique. En 49, avec l’avènement de la R.P. de Chine, le gouvernement chinois opte pour une remise à zéro des compteurs : tous les étrangers et influences étrangères sont mis à la porte et les frontières chinoises sont réaffirmées, aussi dans les provinces lointaines dont le Tibet. Dès 1956, une rébellion armée est organisée dans plusieurs monastères tibétains (ea. Litang et Drepung) : avec la RP Chine, c’est les dignitaires tibétains qui sont visés, ceux du clergé en particulier. C’est d’ailleurs cette couche de la population qui commence à fuir vers l’Inde et qui va constituer la communauté tibétaine en exil (de la même manière que l’exode vers TaiWan qui était composée essentiellement des " grosses " familles chinoises).
- Cette rébellion armée est dès ces débuts soutenue financièrement et logistiquement par la CIA . Pour quelle raison ?
Il suffit pour le comprendre de lire ce que disait un rapport de l’Office des Affaires Etrangères des E-U en avril 49 : " Le Tibet devient stratégiquement et idéologiquement important. Puisque l’indépendance du Tibet peut servir la lutte contre le communisme, il est de notre intérêt de le reconnaître comme indépendant (…) Toutefois, ce n’est pas le Tibet qui nous intéresse, c’est l’attitude que nous devons adopter vis-à-vis de la Chine " . On ne peut être plus explicite ! La rébellion armée, qui démarre du monastère de Litang, s’étend par vagues jusqu’à Lhassa, où a eu lieu la plus importante, celle qui a été écrasée par l’Armée rouge en 59. Suite à cet événement, il était de grande importance pour les E-U d’amener l’opinion publique à croire qu’il s’agissait d’un génocide, c’est pourquoi le chiffre de 1,2 million de morts a été avancé par les autorités du Bouddhisme tibétain en exil.
Plusieurs études démographiques ont démontré par la suite que ce chiffre a été inventé de toute pièce . Patrick French, ex-directeur de " Free Tibet ", a été le vérifier sur place, à Dharamsala. Après avoir compulsé longuement les documents « officiels » qui ont servi à avancer ce chiffre, il a été complètement dégoûté par l’ampleur de la falsification venant de la part de ceux qu’il admirait. Il raconte cet épisode dans son livre . Ce qui est important à retenir dans cette falsification, c’est que si on parle de 1,2 million de morts sur une population d’à peine deux millions d’habitants, on peut en effet parler d’un " génocide ". Mais s’il s’agit que quelques milliers de morts de part et d’autre, il ne s’agit plus d’un génocide, mais d’une guerre civile. Ce chiffre de 1,2 million de morts a donc permis de manipuler l’opinion publique en l’amenant vers la méfiance, voire la xénophobie, vis-à-vis des Chinois. C’est le même topo depuis 50 ans. Donc, si on analyse les faits de manière historique, on ne peut parler ni d’invasion, ni de colonisation, ni de génocide. Les émeutes qui ont eu lieu ce mois de mars 2008 doivent être analysées dans un contexte économique en tout premier lieu, sans oublier que le Tibet est un des terrains de combat entre les E-U et la Chine, depuis longtemps.
- La violence des manifestations ne cadre pas avec le pacifisme affiché par le Dalai-Lama. Pourquoi?
Le DL et son entourage portent les couleurs du pacifisme et se doivent d’entretenir l’image de tolérance et de compassion qui sied au Bouddhisme tibétain, sinon qui les croirait encore en Occident ? Le DL a quand-même pris le temps d’ameuter l’opinion publique autour de la manifestation pacifique des 300 moines de Drepung descendus au centre de Lhassa le 10 mars et a immédiatement incriminé la répression aux forces de l’ordre chinoises (soit dit en passant, tout un chacun qui a voyagé au Tibet a pu remarquer que la police est essentiellement composée de Tibétains et compte très peu de Chinois). Quand les actes de violence ont atteint un niveau de barbarie sans nom, il s’est rapidement distancié des événements. Quel rôle joue-t-il là-dedans ? Pour le savoir, il faut analyser à qui profitent ces émeutes : ni aux Chinois, ni aux six millions de Tibétains de Chine. Elles servent essentiellement à ameuter l’opinion publique autour des violations des Droits de l’homme en Chine, le manque de liberté d’expression, et les diverses répressions que nous incriminons au gouvernement chinois. Donc, elles servent à donner de la Chine une image exécrable, ceci juste avant les JO qui vont rassembler la presse internationale à Pékin.
Je pense qu’en partie, elles reflètent l’énorme peur que nous avons de la puissance économique que représente la Chine actuellement. Il est vrai que si par certains côtés, elle fait encore partie du Tiers Monde, par d’autres côtés, elle risque de nous rattraper très rapidement et même de nous dépasser. Peu de gens ici se rendent compte que la Chine compte un potentiel intellectuel gigantesque et que cette masse d’intellectuels chinois commence à en avoir par-dessus la tête de se voir constamment refoulée et dénigrée par l’Occident. Ils ne vont plus se taire pendant longtemps. Pour résumer, je pense que ces émeutes servent à noircir l’image de la Chine : provoquer des émeutes à caractère racial dans les régions tibétaines, c’est obliger le gouvernement chinois à sortir la grosse mitraille, et donc nous pourrons parler en tout bien tout honneur d’une " répression sauvage " exercée par le gouvernement chinois lors " d’incidents ethniques ".
On connaît la chanson : elle a été utilisée à plusieurs reprises depuis 89 (conflits en Afrique, dans les Balkans, en Irak, et ceux pour démanteler l’URSS). Il faut savoir aussi qu’au sein de la communauté tibétaine en exil, une scission est de plus en plus évidente : d’une part, il y a les modérés, dont le DL, qui ne prêche pas (pas ouvertement en tout cas) pour la violence et ne demande même pas une indépendance, mais parle « d’autonomie poussée », comme on sait. D’autre part, et pour le moment c’est une fraction majoritaire au sein du gouvernement en exil, il y a les radicaux qui exigent une indépendance totale et sont prêts pour cela à prendre les armes. Vous imaginez bien qu’un discours pareil serait impossible à tenir sans l’appui de leurs alliés de 50 ans : les E-U qui, d’ailleurs continuent à financer et à armer la communauté tibétaine en exil. En réalité, les E-U disposent actuellement de deux chevaux de bataille qu’ils utilisent simultanément : le DL et sa suite (européenne, surtout) par qui passe le discours pacifiste qui sert à rassembler les intellectuels occidentaux autour des thèmes de " démocratie ", de " droit de l’homme ", de " liberté de presse ", etc. qu’il faut imposer à la Chine (c’est un comble " une démocratie " qu’il faut imposer !... mais ça marche à 200%), et puis la fraction « dure » du gouvernement tibétain en exil qui compte de plus en plus de membres grâce à un discours musclé de lutte pour une indépendance, coûte que coûte. Apparemment, ce sont ces derniers qui mettent le feu aux poudres et déclenchent les violences.
- Cela n'exprime-t-il pas un réel mécontentement?
Oui, bien sûr. Ce que je vous ai expliqué jusque là ce sont les déclencheurs " externes " des émeutes. Mais il est évident que s’il n’existait pas un " terrain ", les déclencheurs ne pourraient rien déclencher. Comme je vous le disais, les raisons internes sont essentiellement économiques, donc aussi sociales. D’abord, il faut se rappeler que l’enseignement au Tibet n’a pu démarrer que dans les années ’60, vu le retard général du Tibet comparé au reste du pays. Ce qui veut dire que les premiers universitaires ou techniciens supérieurs tibétains n’ont commencé à travailler que dans les années 80, soit 10 ans plus tard que les Chinois Han (et 10 ans en Chine, c’est presque 100 ans chez nous !). C’est un retard qui n’est pas encore rattrapé maintenant. Ce retard dans les niveaux de formation, donc aussi dans le type de travail proposé aux uns et aux autres, explique que les postes " importants " sont occupés surtout par des Chinois.
Au-delà de ce premier problème qui est réel, difficile à résoudre, et source de conflit " ethnique ", il y a aussi le retard bien connu, partout en Chine, des campagnes par rapport aux grandes métropoles. Si beaucoup de Tibétains ont profité des avancées économiques de la Chine, beaucoup d’autres sont restés dans le marasme. Ce fait ne touche pas que le Tibet, mais l’ensemble de la Chine : les inégalités se font de plus en plus criantes entre les plus aisés (ou même les moyennement aisés) et les plus démunis. Ce qu’il y a sans doute de plus spécifique au Tibet, c’est que peu de Chinois résidant au Tibet sont sans travail - s’ils arrivent au Tibet, c’est qu’ils savent qu’ils y auront un travail, sinon ils iraient ailleurs -, alors qu’il y a beaucoup de jeunes tibétains sans travail. En général, ils viennent de la campagne et ont juste suivi l’école primaire. Ils manquent de qualification, alors que les Chinois qui viennent travailler au Tibet sont des techniciens qualifiés, des universitaires ou des cadres, et bien sûr des commerçants. Même si l’enseignement est facilité aux Tibétains (comme aux autres minorités ethniques de la Chine, d’ailleurs), que le minerval est moins élevé et que les examens d’entrée sont moins sévères que pour les Han, les Tibétains ne voient pas toujours l’intérêt de poursuivre des études supérieures. Amener les Tibétains à se former serait pourtant une manière intéressante de diminuer l’inégalité sociale, alors que la Chine " s’en tient " à injecter des milliards de yuan pour le seul développement économique du Tibet. De plus, dans les villes tibétaines, le marché libre favorise les Chinois Han et les musulmans Hui qui ont plus d’expérience dans le commerce que les Tibétains. Donc, là aussi, les Tibétains se sentent sur le carreau par rapport aux Han et aux Hui.
A noter que la haine raciale vis-à-vis des musulmans est ancrée de longue date dans le Bouddhisme tibétain et véhiculée par lui (ea. par le Kalashakra) : c’est en raison des invasions musulmanes dans le nord de l’Inde au 10ème et 11ème siècles que les maîtres tantriques ont été se réfugier au Tibet. Le Tantrisme indien, devenu au Tibet le bouddhisme tibétain, a gardé vis-à-vis de l’Islam une rancœur de longue durée à cause des persécutions musulmanes.
- La Chine n'a-t-elle pas annexé le Tibet? Peut-on nier l'existence "une revendication nationale au Tibet, d'une "nation Tibétaine" distincte de la Chine?
Comme je vous le disais plus haut, le Tibet a été annexé à la Chine par les Mongols, c’est-à-dire à l’époque où les Mongols étendaient leur empire e.a. sur la Chine (13ème). Lorsque la Chine a repris le contrôle sur son empire, avec les Ming, du 14ème au 16ème siècle, elle s’est passablement désintéressée de cette lointaine contrée tibétaine et le Tibet est resté annexé à la Chine " passivement ". Puis, les Mandchous se sont emparés de la Chine et ont fait du Tibet une province chinoise. Episode suivi par celle des Britanniques, puis celle des E-U.
- Alors que signifie le terme " nation " ?
Si vous voulez parler d’une nation historiquement distincte de la Chine, il faut remonter à la dynastie des Tubo qui régnait sur le Tibet du 7ème au 9ème siècle. C’est comme si maintenant on revendiquait l’empire de Charlemagne ! Si vous voulez parler d’une culture spécifique, cela semble évident que le Tibet n’a pas la même culture que la Chine, ne fut-ce que par sa langue et son écriture, mais aussi par ses traditions, ses religions, ses habitants, etc. Ce qui n’a d’ailleurs pas empêché de multiples croisements, au point que je me demande ce que cela pourrait engendrer comme déchirures et drames familiaux si un jour le Tibet devenait réellement indépendant et mettait tous les Chinois Han à la porte, ainsi que tous les musulmans (ce sont les deux ethnies visées par le gouvernement en exil) : ils auraient un sacré problème pour distinguer qui est qui, et qui appartient à quelle ethnie. En fait, les discours ethniques ne sont là que pour expliquer au grand public des guerres que se font entre elles les grandes puissances : cela s’est vu dans les Balkans, en Irak, en URSS, cela se reproduit au Tibet. Ce qui m’ahurit, c’est que l’opinion publique n’a pas encore « fait tilt ». Et ce qui m’inquiète, c’est que les enjeux dans ce conflit-ci dépassent de loin tous ceux qu’on a vu dans les autres conflits : d’une part la Chine ne se laissera pas faire, d’autre part, c’est l’économie mondiale qui risque de basculer.
- Aujourd'hui, les Tibétains peuvent-ils vivre selon leur culture/religion?
Les Tibétains sont pour la plupart très croyants, cela se voit dans le quotidien : les moulins à prière tournent allègrement, on assiste à des prosternations devant les temples du matin au soir, sur les routes on rencontre des pèlerins en marche vers Lhassa, les drapeaux de prière flottent sur les cols, les monastères sont bondés de moines même des très jeunes enfants (ce qui est interdit par la loi chinoise), les billets de banque s’amoncellent au pied des bouddhas, de loin on entend résonner les trompettes et les mantras.
La pratique religieuse est loin d’être réprimée. Il faudrait être vraiment de mauvaise foi pour prétendre le contraire ! Ou bien, il faut n’avoir jamais été au Tibet. Dans l’enseignement, le bilinguisme est obligatoire et pratiqué dans toutes les écoles que nous avons visitées (primaires, secondaires et supérieures) ; des instituts de tibétologie ont été ouvert à l’intention des jeunes tibétains (ou autres) qui désirent approfondir l’étude de la culture tibétaine : y sont donnés des cours de langue, de médecine, de théologie, de musique et danse, de pratiques artisanales, etc. Donc je pense que c’est vraiment un non-sens de dire que la culture et la religion sont opprimées ou détruites. A nouveau, c’est l’information qui est donnée chez nous : après avoir mis en lumière la tromperie quant au génocide ethnique, on s’est rapidement tourné vers le « génocide culturel ». Il est évident que, moi, en tant que petit individu, si je dis l’inverse, personne ne me croira, mais il suffit d’aller voir sur place pour vous en convaincre.
Alors de quoi parle-t-on lorsqu’on pointe du doigt la « répression chinoise » ? Ce qui est interdit et sévèrement puni est toute tentative de « séparatisme », ou de division de la Chine. Cela peut être des actes qui paraissent anodins chez nous, comme porter le drapeau tibétain en rue (drapeau qui a été inventé en 59, lors de l’exil, et qui a donc une couleur politique), ou distribuer des tracts en rue, ou distribuer la photo du DL (qui est une effigie politique), ou organiser des manifestations, etc. Pour ce genre d’actions, il y a très rapidement (trop rapidement sans doute ?) arrestation, et parfois emprisonnement. La Chine est drastique à ce sujet parce qu’elle sait que le soutien à ce mouvement pour l’indépendance du Tibet est énorme, que ce soutien vient de l’Occident et vise la division de la Chine. Comme je vous le disais, le contentieux ne concerne pas tant les six millions de Tibétains de Chine face à la Chine, mais c’est un contentieux qui oppose la Chine à l’Occident et qui s’exprime par le malaise économique que connaît actuellement le Tibet.
- Quelle est la nature du bouddhisme tibétain et de sa structure/clergé? Ses rôles sociaux et politiques, passés et présents?
Alors là, vous me demandez de réécrire mon bouquin ! En résumé, le Bouddhisme tibétain est issu du tantrisme, une des trois grandes écoles ou « véhicules » du Bouddhisme. D’après les bouddhologues, c’est le véhicule qui s’est le plus éloigné du dharma (ou enseignement originel du bouddha, 6ème AC). Tout d’abord, parce qu’il s’agit du véhicule le plus récent (6ème PC), donc le Bouddhisme a eu le temps de se métamorphoser plusieurs fois, ce à quoi il a dû se prêter en raison de la difficulté intellectuelle de son enseignement. Et ensuite parce que le Bouddhisme tibétain a la particularité d’exercer simultanément un pouvoir spirituel et un pouvoir temporel, ce qui n’existe pas dans les deux autres véhicules du Bouddhisme.
En fait, le tantrisme a pris son essor au Tibet au 10ème et 11ème par les circonstances historiques que je vous ai racontées (invasions musulmanes). A cette époque, le Tibet était totalement désorganisé au niveau politique et social. Or les communautés tantriques venues du nord de l’Inde étaient, elles, très structurées et hiérarchisées. C’est pourquoi, lorsqu’elles se sont installées dans ce Tibet qui demandait une réorganisation, elles ont repris la région en main de manière « spontanée », en utilisant leurs propres critères. Le tantrisme est devenu le bouddhisme tibétain à partir du moment où il s’est adapté aux mœurs, coutumes et à la religion autochtones (le Bön). On peut dire qu’à cette époque, la religion bouddhiste fut bénéfique au Tibet, puisqu’il a amené le Tibet vers une féodalité structurée. L’ennui, c’est que cette féodalité s’est figée durant un millénaire autour d’un pouvoir religieux extrêmement répressif et conservateur. Le Tibet a été arrêté dans son évolution en raison de ce pouvoir omniprésent et omnipotent. Il ne faut pas oublier que les monastères possédaient plus de 70 % des terres tibétaines, le reste allant aux familles nobles. Jamais n’a existé un pouvoir théocratique aussi puissant et aussi riche dans le monde. C’était incomparable avec ce qui se passait chez nous au Moyen-Âge où les monastères devaient se faire une petite place à l’ombre des châteaux forts. Avec l’avènement de la RP Chine en 49, il fut d’autant plus difficile pour le haut clergé tibétain de renoncer à ce pouvoir.
- Vous dites que le bouddhisme tibétain a permis d'imposer un système féodal. Mais cela a été le cas de la plupart de religions. Ce temps n'est-il pas révolu?
Bien sûr, cela a été le cas pour pas mal d’autres religions, comme quoi les religions ont toujours un pied dans la politique, quoi qu’on en dise. Le bouddhisme tibétain a permis à une société tribale, telle qu’elle était avant le 9e siècle, d’évoluer vers une société mieux structurée, féodale. La féodalité n’a plus la cote nulle part, et l’ancienne élite tibétaine, maintenant en exil, n’a pas l’intention de revenir à l’ancien système. Ils se modernisent eux aussi et sont plutôt partisans du modèle « marché libre » avec réinstauration de la propriété privée des terres, donc, surtout en dehors du système chinois, mais copié sur le modèle occidental.
- Comment expliquer le sentiment très pro-Tibétain en Occident, notamment dans les médias?
L’opinion publique suit les médias et les médias obéissent aux intérêts économiques. Ne vit-on pas dans une dictature économique chez nous ? La censure est aussi réelle ici qu’ailleurs, mais mieux camouflée. En Occident, on n’est pas enfermé en prison pour ses opinions, mais bien dans sa tête, puis dans la maladie qui en résulte. Je me demande parfois ce qui vaut mieux. Donc votre question réelle devient : « comment expliquer le sentiment pro-tibétain véhiculé par notre système économique » ? Ni les E-U, ni l’Europe n’apprécient les avancées fulgurantes de la Chine sur la scène internationale. Tous les coups sont bons pour la contrecarrer : « Il faut foutre le bordel pendant les JO à Pékin ! » crie Cohn-Bendit dans son discours en séance plénière à propos du comportement que l’UE doit adopter face à la Chine . Ceci, pas même une semaine après les événements qui ont enflammé le cœur de Lhassa ! C’est assez monstrueux, mais cela démontre par « a+b » que le « grand monde de la diplomatie et du trust financier » n’a cure du Tibet, ce qui lui importe c’est « foutre le bordel en Chine ».
- Comment faire avaler cette pilule au grand public occidental, en ne perdant surtout pas l’approbation des intellectuels ?
Pour cela, on fait appel à Sa Sainteté qui par son sourire de neiges éternelles ferait fondre un chat devant une souris. Le Bouddhisme tibétain ne s’est-il pas habillé de ses plus beaux atours pour séduire un Occident « en vide de valeurs spirituelles » ? Entré chez nous en surfant sur la vague du « retour aux sources » des années 70, il ne lui fut pas difficile de se faire passer pour le dharma, présenté à nous comme un « athéisme spirituel », une philosophie de vie, un mode d’être, une thérapie intérieure, etc., bref, tout sauf une religion.
Or, si on y regarde d’un peu plus près, le Bouddhisme du Bouddha est déjà une religion puisqu’il propose une transcendance : un au-delà des souffrances résultant de nos limites physiques et temporelles. Est-ce qu’un au-delà, ou une transcendance, n’implique pas une foi ? Le Bouddhisme tibétain est encore plus une religion, puisqu’il a réintroduit des dogmes, dont le plus fameux : la réincarnation, justement celui contre lequel s’est insurgé le Bouddha en personne ! La réincarnation a été remise à l’honneur par le Bouddhisme tibétain au 14ème siècle, pour pouvoir officialiser la succession de l’héritage spirituel, temporel et, surtout, matériel d’un Rinpoché (ou responsable de monastère) vers le suivant, par le système des tulkous (qui compte avec la croyance en la réincarnation). Etre responsable d’un monastère au Tibet à l’époque féodale, c’était être grand propriétaire foncier : les terres, et les biens sur ces terres, y compris les serfs, appartenaient au monastère. Cela explique pourquoi il y eut tant d’assassinats dans les rangs du haut clergé tibétain et de guerres entre les différentes écoles du Bouddhisme tibétain.
Bref, le Bouddhisme, grâce à son caractère très plastique s’est adapté aux différents environnements où il a élu domicile, que ce soit au Tibet, ou au 20ème chez nous... où Sa Sainteté le DL se plait à nous servir quelques louches de démocratie, avec une cuillère à soupe de Droits de l’homme, et autant de liberté d’expression, à mélanger consciencieusement à une bonne pincée de tolérance et de compassion bouddhistes, et on obtient une pâte bien lisse prête à enfourner dans les hauts fourneaux médiatiques pour en faire une succulente tarte à la crème ! Que le Bouddhisme s’adapte, c’est un signe de bonne santé ! Ce qui est beaucoup plus malsain, c’est un DL qui fait passer le Bouddhisme tibétain pour une non-religion (une philosophie) de tolérance et de compassion dénuée d’implications politiques. Là, il y a vraiment de quoi s’esclaffer (bien que ce ne soit pas une bonne blague) !
- Ne peut-on aussi l'expliquer par le caractère totalitaire et répressif de l'Etat chinois?
Evidemment, ce qu’on met en avant chez nous, c’est le contraste entre le « pacifisme » du DL et le « totalitarisme » de la Chine. Mais c’est un peu ridiculement noir-blanc, ne trouvez-vous pas ? C’est juste bon à persuader des enfants en robe de communion. Alors comment se fait-il que tout le monde chez nous (même les intellos de gauche, progressistes, écolos, bios, et tout et tout) a cette idée très contrastée en tête, d’un Tibet tellement sympathique et d’une Chine abominablement répressive ? C’est la même question que : comment se fait-il que tout le monde boit du Coca-cola et porte des Adidas ? La pub, ça fonctionne et c’est dangereux, tout le monde le sait et on ne peut s’empêcher de se faire avoir. Surtout que cette pub là, cela fait 50 ans qu’elle nous assomme !
Qu’on dise chez nous que la Chine est « répressive », d’accord dans une certaine mesure, mais expliquez-moi comment il se fait alors que proportionnellement elle compte cinq fois moins de prisonniers qu’aux E-U ? Qu’on dise chez nous que la Chine est « totalitaire » : d’accord pour dire qu’elle reste communiste, mais est-ce automatiquement synonyme de « totalitaire » ? D’ailleurs, ce qui nous gêne, ce n’est pas tant qu’elle soit communiste, mais c’est qu’elle protège son « territoire économique » : ni les E-U ni l’UE ne peuvent y faire ce qu’ils veulent à leur propre guise, et cela ne plaît pas du tout aux multinationales. Les investissements étrangers en Chine ne dépassent pas 3% : ce n’est pas un beau cadeau pour nos multinationales !
- Y a-t-il une dimension géostratégique? Quel est le rôle du Dalai-Lama?
La dimension géostratégique est au cœur du problème, bien sûr et ce, dès le début du 20e siècle. Il ne faut pas oublier que l’Europe avait beaucoup de « concessions » en Chine au début du 20e siècle et que le Tibet était, pour ainsi dire, sous la tutelle des Anglais. La prise de pouvoir par les communistes a mis fin à cette semi-colonisation. Je crois que chez nous, on n’a pas digéré cela. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, ce sont les E-U qui ont repris le flambeau avec la guerre froide en toile de fond. Le Tibet et le DL sont devenus deux excellents chevaux de bataille pour les E-U dans leur tentative de diviser la Chine.
- Les USA viennent d'ôter la Chine de leur liste des Etats les plus répressifs? La Chine n'est-elle pas devenue un Etat capitaliste comme les autres?
Si les USA font cela, n’est-ce pas dans un but stratégique ? Cela leur permet d’organiser plus d’émeutes en régions tibétaines, ce qui devra amener la Chine à déployer les canons de la répression, et les E-U pourront ainsi ressortir leur carton rouge : « Etat répressif ». La Chine pratique actuellement une économie qu’elle appelle « mixte », c’est-à-dire que certains aspects du capitalisme y sont admis, mais que le socialisme gère encore l’armature de l’économie chinoise. En simplifiant, on peut dire que le capitalisme s’y développe sous le contrôle du parti communiste. D’après les économistes internationaux, le secteur public domine encore l’économie chinoise à plus de 60%. C’est peut-être difficile à comprendre pour nous qui réfléchissons plutôt de manière aristotélicienne où « A ne peut jamais être non-A ». Mais pour un Chinois, c’est de l’ordre du yin-yang : l’un n’exclut pas l’autre, A peut être non-A, cela dépend des conditions. C’est ce qu’on appelle une manière de pensée dialectique. Par exemple : les autorités ont constaté qu’ils ont laissé aller la pollution beaucoup trop loin. Du coup, dans leur plan quinquennal, ils corrigent le tir et prévoient un investissement gigantesque dans le secteur de l’environnement et de l’écologie, quitte à faire appel à des investissements étrangers. Mais en utilisant des moyens capitalistes, leur fin ne l’est pas. On ne peut qu’espérer que cela fonctionne !
28 mars 2008
Quand le Dalaï Lama était au pouvoir
95% des Tibétains pouvaient être vendus comme des marchandises
Lorsque le Dalaï Lama et la classe des propriétaires étaient au pouvoir au Tibet, 95% de la population étaient des serfs féodaux, sans aucun droit humain. Ils pouvaient être vendus comme des marchandises. Ils étaient fréquemment insultés et battus ou devaient même affronter des châtiments d’une rare violence : par exemple, on leur arrachait les yeux, on leur coupait la langue ou les oreilles, les mains ou les pieds, on leur arrachait les tendons, à moins qu’on ne les noyât ou qu’on ne les projetât dans le vide depuis le sommet d’une falaise. Il était interdit de sortir de sa classe.
Titre original : La « démocratie », la parure trompeuse du dalaï-lama
14 novembre 2007
Traduit par Jean-Marie Flémal pour Investig'Action
Afin de conférer au 14e dalaï-lama une apparence de respectabilité, sa clique le présente, lui, l’ancienne figure de proue principale du servage féodal à structure sociopolitique théocratique, comme un « représentant de la démocratie » et elle prétend que " la démocratie a de tous temps été son idéal " et qu’il " fait la promotion de la démocratie parmi les Tibétains en exil ".
Tout le monde sait que la société humaine passe par trois stades d’évolution : la théocratie, la monarchie et les droits civiques. Il est tout simplement ridicule, sinon bizarre, de décrire le dalaï-lama, ce symbole vivant de la théocratie, sous les traits d’un " combattant pour la démocratie ".
Que s’est-il réellement passé au Tibet, avant 1959, lorsqu’il était dirigé par ce dalaï-lama qui prétend que la démocratie est son idéal ? Avant 1959, les terres et les habitants du Tibet n’étaient autres que les fiefs des institutions des gouvernements, monastères et nobles tibétains locaux, c’est-à-dire les trois principales catégories de propriétaires qui soutenaient le servage féodal tibétain. Constituant moins de 5 pour cent de la population totale du Tibet, ces trois principales catégories de propriétaires possédaient la quasi-totalité des terres arables, des prairies, des forêts, des montagnes, des cours d’eau et du bétail. Elles étaient non seulement habilitées à exploiter les serfs de façon vampirique, mais elles exerçaient également un pouvoir dominateur sur leurs personnes. Les serfs et les esclaves, qui représentaient 95 pour cent de la population du Tibet, ne disposaient d’aucun droit fondamental de l’homme et n’avaient aucune liberté. Dès la naissance, les serfs appartenaient à un propriétaire. Leur existence, leur mort et leur mariage étaient à l’entière disposition de leur propriétaire. Traités comme du bétail, les serfs pouvaient être vendus, achetés, transférés, proposés en guise de dot, offerts à titre gracieux à d’autres propriétaires de serfs, utilisés pour apurer des dettes ou échangés contre d’autres serfs.
Afin de protéger leurs propres intérêts, les propriétaires féodaux de serfs maintenaient en place un système social hiérarchisé et strict en même temps qu’ils exerçaient un pouvoir cruel. Les Treizième et Seizième Codes, qui ont été utilisés jusqu’à la fin des années 1950, stipulaient clairement le prix de la vie des diverses catégories sociales, allant de personnes aussi bon marché qu’un vulgaire cordage de paille à d’autres, plus chères que l’or. Les gouvernements locaux étaient dotés de cours de justice et de prisons et les grands monastères, de même que les nobles, avaient leurs propres prisons aussi. Les serfs qui osaient se révolter étaient persécutés selon le bon plaisir des seigneurs, sous cette dictature cruelle.
Ils étaient fréquemment insultés et battus ou devaient même affronter des châtiments d’une rare violence : par exemple, on leur arrachait les yeux, on leur coupait la langue ou les oreilles, les mains ou les pieds, on leur arrachait les tendons, à moins qu’on ne les noyât ou qu’on ne les projetât dans le vide depuis le sommet d’une falaise.
Les trois principaux ordres de propriétaires forçaient les serfs à assurer toutes sortes de corvées et à payer un loyer, ils les exploitaient en pratiquant l’usure. Les serfs devaient non seulement assurer des corvées pour les diverses institutions des gouvernements locaux, les fonctionnaires et l’armée, mais ils devaient également travailler sans le moindre salaire à l’entretien des récoltes et du bétail au profit des seigneurs, tout en payant diverses taxes. Certains d’entre eux devaient également s’acquitter de taxes et de corvées au profit des monastères.
Des statistiques ont montré que les taxes collectées par les gouvernements locaux du Tibet étaient répertoriées en plus de deux cents catégories et que les corvées assumées par les serfs au service des trois principaux ordres de propriétaires représentaient plus de 50 pour cent de leur travail, voire entre 70 et 80 pour cent en certains endroits. Avant la réforme démocratique, le montant total de l’usure au Tibet était deux fois plus élevé que celui de la production totale des serfs.
Les trois principaux ordres de propriétaires qui dirigeaient le Tibet ancien vivaient principalement dans des agglomérations ou des villes comme Lhassa. Ils étaient étroitement liés par des intérêts communs. Leurs membres – les fonctionnaires, les nobles et les moines supérieurs des monastères – changeaient parfois de rôle pour constituer des cliques dirigeantes puissantes ou pour arranger des mariages entre clans du même rang social dans le but de consolider leurs alliances.
Ils observaient également une règle stricte stipulant que les personnes de rang élevé et de basse extraction devaient être traitées différemment, ce qui, tant que le plan éthique que dans la réalité, consolidait les privilèges et intérêts des propriétaires de serfs. Les descendants des nobles restaient des nobles à jamais mais les serfs, qui constituaient la majeure partie de la population tibétaine, ne pouvaient jamais s’extraire de leur misérable condition politique, économique et sociale.
Le degré élevé de concentration du pouvoir et le gel du passage d’une classe sociale à l’autre allaient mener tout droit à la corruption et à la dégénérescence de la classe dirigeante ainsi qu’à la stagnation et à la décadence de l’ensemble du système social.
" L’intégration de la politique et de la religion " constituait le fondement du servage féodal au Tibet. Sous un tel système, la religion était non seulement une croyance spirituelle, mais également une entité politique et économique. L’oppression et l’exploitation existaient dans les monastères, qui jouissaient eux aussi des privilèges féodaux. Le despotisme culturel régnant sous cette structure sociopolitique théocratique ne pouvait fournir au peuple l’occasion de choisir sa propre croyance religieuse, pas plus qu’elle ne pouvait lui permettre de bénéficier d’une véritable liberté religieuse.
Les serfs n’avaient aucun droit de l’homme, même le plus élémentaire, et ils vivaient dans une indigence extrême. Un dixième des jeunes hommes du Tibet entraient dans un monastère et se faisaient moines. De la sorte, ils n’étaient pas tenus à la production matérielle ni à la reproduction humaine, et cela aboutit à une dépression économique ainsi qu’à un déclin de la population du Tibet. Avec cet asservissement spirituel et la promesse de la béatitude dans une vie ultérieure, le groupe privilégié des moines et des nobles privaient les serfs non seulement de leur liberté physique, mais encore de leur liberté spirituelle.
Le dalaï-lama, à l’époque principal représentant du servage féodal tibétain et chef du gouvernement local tibétain, ne s’est jamais embarrassé de " démocratie " ou de " droits de l’homme ". En fait, c’est par crainte de la réforme démocratique que le 14e dalaï-lama et la clique au pouvoir déclenchèrent une rébellion armée en 1959 et gagnèrent l’exil après son échec.
Après s’être enfuie à l’étranger, la clique du dalaï-lama maintint toujours le cadre politique de base de l’intégration de la politique et de la religion. Selon ce qu’il appelle la " constitution " tibétaine, la dalaï-lama, en tant que figure de proue religieuse, exerce non seulement la fonction de " chef de l’État ", mais il bénéficie également du pouvoir décisionnel final dans toutes les questions majeures auxquelles est confronté son " gouvernement en exil ".
Un phénomène intéressant, ici, c’est que les frères et sœurs du 14e dalaï-lama ont successivement occupé des postes clés, dans ce " gouvernement en exil " dirigé leur frère, prenant ainsi en charge des départements importants. Cinq membres de la famille du dalaï-lama ont été " bkha’ blon supérieurs " ou " bkha’ blon " (très hauts fonctionnaires des gouvernements locaux tibétains de l’ancien régime). La famille du dalaï-lama et plusieurs autres familles contrôlent le pouvoir politique, économique, éducationnel et militaire du " gouvernement en exil " ainsi que ses principaux circuits financiers. Il semble que, ces dernières années, ils se soient mis à suivre les exemples occidentaux en organisant des " élections démocratiques " et en adoptant la " séparation des pouvoirs " mais, en fait, le dalaï-lama est toujours nanti de l’ultime pouvoir décisionnel, son " gouvernement en exil " est toujours étroitement lié à la religion et la fonction de " bkha’ blon supérieur " ne peut toujours être exercée que par des moines. Peu importe donc la façon dont la clique du dalaï-lama se pare d’ornements démocratiques puisque, en fait, elle constitue toujours une structure politique théocratique et une coalition de moines de rangs supérieurs et de nobles. La " démocratie " est-elle vraiment possible sous le pouvoir d’une structure politique théocratique et d’une alliance de moines et de nobles ? Le Tibet et d’autres éléments de la communauté tibétaine en Chine ont réalisé voici longtemps la séparation entre la politique et la religion, ils ont accompli des réformes démocratiques et mis en place des gouvernements régionaux autonomes et sont aujourd’hui engagés dans la construction politique et démocratique du socialisme.
Contrastant avec une telle réalité, le discours creux sur la démocratie que nous servent le dalaï-lama et ses partisans internationaux n’est qu’une parure à bon marché qu’ils exhibent pour abuser le public.
Zang Yanping
Xinhua News Agency
(China Daily, 14 novembre 2007, p. 10)
06 octobre 2007
PROPOSITION DES COMMUNISTES BIRMANS
La Birmanie sera une Nation totalement à la dérive si elle négige son intérêt général
Ce texte ne répond pas nécessairement à nos questions immédiates, mais il est peut être plus intéresant de tenter de comprendre comment effectivement entre junte et USA, les communistes birmans se posent les problèmes EUX… Et à la lecture de ce texte il semble qu’ils soient tout à fait conscients des ingérences des Etats-Unis. Se débarraser de la junte est nécessaire mais pas pour tomber dans l’escarcelle des Etats-Unis.
Intérêt national de La Birmanie
(proposition des communistes [birmans])
Version birmane en pdf
Version anglaise
Sans plus de retard.
Nous traversons à l’heure actuelle une période dans laquelle les différents intérêts nationaux de chaque Nation du Monde se heurtent les uns aux autres. Dans cette atmosphère chargée nous devrons décider sans retard quel sera le meilleur intérêt pour La Birmanie. N’importe quel retard sur la confrontation à cette question nous sera préjudiciable et contraire à nos intérêts nationaux.
Nous autres, communistes, avançons à cet égard la suggestion suivante :
Qu’entendons-nous par Intérêt de notre Nation ?
À notre avis, toute considération pour l’intérêt national de La Birmanie doit prendre en compte ce qui suit.
1-Indépendance et confiance en soi.
2-Souveraineté et intégrité territoriale.
3-Paix, stabilité et développement.
a/ Indépendance et confiance en soi
Pour une Nation le fait d’être indépendante n’est pas suffisant ; elle doit être également économiquement libre. Si elle ne l’est pas, elle devra dépendre d’autres pour toutes les questions à ce sujet. Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire d’expliquer le fait que La Birmanie n’a jamais été indépendante depuis son indépendance.
L’intérêt national n’est pas transitoire; il est perpétuel, de même que la dette nationale n’est pas seulement la dette du gouvernement [en place]. Lorsqu’il y a un changement de gouvernement, le nouveau hérite de l’ancien. Il ne peut se soustraire à l’obligation d’honorer les dettes du gouvernement précédent. De même s’il s’agit d’un gouvernement issu d’une Révolution, celui-ci est contraint de rembourser les dettes contractées par le gouvernement antérieur. Il devra rembourser d’une manière ou d’une autre.
L’indépendance d’une Nation ne peut se réaliser sur une courte période. C’est le travail dans un long processus. Il peut être obtenu progressivement grâce aux efforts d’un gouvernement élu et populaire travaillant de concert avec son peuple.
b/ Souveraineté et intégrité territoriale
Il serait erroné de supposer qu’avec l’octroi ou la déclaration d’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale serait acquise pour toujours dans un pays particulier. Celles-ci s’établissent seulement après l’engagement de plusieurs luttes. Dans notre pays le problème de la zone de Loi Lerng ne s’est pas encore arrangé avec la Thaïlande.C’est un blocage- malgré que la Nation a été indépendante depuis plus de cinquante cinq ans. Les menaces étrangères persistent encore, même après le règlement des problèmes territoriaux. Pour autant, nous avons inclus le maintien de souveraineté et d’intégrité territoriale comme une question d’intérêt national d’importance primordiale pour notre pays.
Les choses se compliquent plus dans les affaires internationales. L’Iran et l’Irak se sont mis en guerre à cause de conflits et de problèmes de territoires. Durant la guerre Iran-Irak de 1980-1988, les Etats-Unis ont aidé l’Irak. Henry Kissinger qui se double en étant le "gourou" de la politique étrangère américaine, a dit une fois : "C’est le mieux de les laisser s’entretuer". Des millions de personnes sont mortes durant cette guerre entre l’Iran et l’Irak.
Il est dit que le Président Georges W. Bush a invité ce "gourou" à la Maison Blanche pour donner des conseils. Qui seront les prochaines victimes ? Ce seront les kurdes, les musulmans Sunites, les musulmans Chiites ou bien les palestiniens ? Attendre et voir ! Ceux qui ont dit "le pétrole est une matière première qui a trop de valeur pour être dans les mains des arabes" doivent également considérer l’extermination de tous les arabes.
Nous pouvons en déduire qu’un jour, ils puissent dire aussi que les ressources naturelles et les gemmes de La Birmanie sont trop précieuses pour qu’elles nous soient laissées entre nos mains. Nous devons laisser les illusions comme celles que nous avions entendu pendant les 8888 agitations qui disaient "le gouvernement américains, est prêt à nous soutenir avec armes et équipement". Ou comme certains de dire "les USA en attente de nous aider avec les tas de billets verts [dollars]". Nous ne serons pas indépendants si nous avons une mentalité dépendante.
c/ Paix, stabilité et développement.
La nation a été privé de ces caractéristiques depuis 1948. En 1987, elle a été inscrite parmi les pays les moins développés à la grâce de l’autorité du BSPP1. Plus mauvais encore, nous craignons que La Birmanie ne devienne une Nation perdue à cause d’actions obstinées de la bande de militaires du SPDC2. Lorsque les intérêts nationaux rivaliseront les uns aux autres, La Birmanie sera une Nation totalement à la dérive si elle néglige son intérêt national.
Un des sérieux défauts des dirigeants actuels est de ne pas respecter leur propre parole. Le premier successeur du gouvernement BSPP, le général Saw Maung, en réponse à l’exigence populaire de remettre son pouvoir avant les élections de 1990, a dit "Nous remettrons le pouvoir au parti politique qui gagnera les élections et nous retournerons à nos quartiers". Mais suite aux résultats électoraux contraires à leur espérance, Saw Maung et le SLORC3 retirèrent leur parole. Dès lors, au lancement de Daw Aung San Suu Kyi le 6 mai 2002, Khin Nyunt a déclaré qu’ils avaient tourné une nouvelle page d’histoire, et que les négociations entre le gouvernement et le NLD4 seraient réalisées rapidement. Jusqu’à aujourd’hui rien ne s’est réalisé. S’ils continuent d’agir ainsi, la Nationpourrait faire face à un désastre.
Nous autres, communistes de La Birmanie, portons cette proposition de façon que le peuple qui aime notre Nation soit en capacité d’éviter ce danger.
(2) (Explication)
L’intérêt de la Junte n’est pas l’intérêt national.
À peine laissions-nous d’entendre en différentes occasions le mot "socialiste" durant la période BSPP, voilà que nous entendons maintenant le mot "national". Nous disons que c’est plus qu’assez.
La Junte pense peut-être qu’en érigeant les statues des chefs de guerre historiques de La Birmanie, qu’en reconstruisant les palais, que l’adoration des éléphants blancs ramenant les traditions des rois birmans dans la vie courante, qu’en ranimant les marionnettes et forçant les gens ordinaires à payer l’obédience à ces militaires de laiton, ils feraient la promotion de l’intérêt national.
En fait les responsables du SPDC trompent le peuple en présentant leurs intérêts du pouvoir comme étant ceux de la Nation. Une telle usurpation de l’intérêt national n’a jamais eu lieu même durant les époques féodales. Les guerres entreprises par Anawrahta, Bayinnaung et Alaungphaya ne sont pas des guerres nationales. La junte rend hommage aux seigneurs féodaux avec le message et la revendication qu’ils sont comme les rois du "guerrier-conquérant" du passé, les sauveurs de notre pays.
Nous ne pouvons laisser les intérêts nationaux être dévastés par le régime militaire.
Malgré la décision de gouverner le pays d’une main de fer avec des activités politiques ouvertes, les généraux prétendent qu’ils ne sont pas impliqués dans la politique. Ils sont plus effrontés que le gouvernement élu BSPP de Bo Ne. Si réellement ils sont distants de la politique, ils n’ont qu’à retourner à leurs casernements. Les activités politiques doivent être laissées aux politiques. Si la Juntepersiste dans la sphère politique, ils doivent former un parti politique qui leur soit propre. Le parti ainsi formé sera un parti politique comme les autres. Il aura alors le droit de participer aux discussions sur les affaires de la politique nationale.
Nous ne pouvons permettre à la Juntequi veut perdurer en tout chapeautant, de décider du destin de la Nation. La Nation sera dévastée si elle est laissée entre les mains des militaires.
La secousse du Monde pour l’ère à venir est plus proche que jamais.
La guerre en Irak est juste une scène de ce jeu qui construit un nouvel ordre mondial. Les puissances du Monde continueront à ce jeu jusqu’à la réalisation de leurs rêves.
Pendant que l’étape se construit en Asie (selon Bush, tous les États appartenant à son "axe du mal" se situent en Asie, La Birmanien’a pas beaucoup de choix, seul celui de supporter le coup des répercussions de la guerre. Même que le SPDC ne veut pas être impliqué, certains se chargeront de l’y impliquer.
Quelques personnes pensent naïvement que les Etats-Unis se tourneront vers La Birmanie après une victoire sur l’Irak. S’il en est ainsi, comment une Nation qui non seulement est plus pauvre et plus faible que l’Irak, et plus désunie encore que celui-ci ferait-elle face à l’agression d’une super-puissance ?
Le plan pour les intérêts nationaux doit être tracé en dehors de ce scénario.
La prise en compte de cette question doit être importante. Elle sera limitée si elle n’est basée que sur l’intérêt d’un parti, de quelques personnes ou sur celui du gouvernement dirigeant.
Pour le meilleur intérêt de la Nation, les actions doivent être décidées avec une large consultation et après avoir essayé d’obtenir le plus large consensus possible. Le plan sera effectué d’autant plus rapidement s’il est représenté comme un événement mondial. C’est pourquoi nous suggérons que nous devons le tracer avec une vision extérieure et une largeur d’esprit.
C’est dans cet esprit, que nous avons proposé les trois points ci-dessus cités à tous ceux qui se considèrent comme des patriotes.
1BSPP : Parti du Programme Socialiste de Birmanie
2SPDC : Conseil pour le développement et la paix (ex SLORC)
3SLORC : Conseil de Restauration de la Loi et de l'Ordre de l'Etat
4NLD : Ligue Nationale pour la Démocratie
Trad. Esteban













