LE TACLE

LA CONSCIENCE VAUT MILLE TÉMOINS

10 novembre 2009

BERLIN, BILIN, NILIN : CES ONZE MURS MURANT LE MONDE QUI RENDENT LE MONDE MURMURANT

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Ayman El Kayman

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Le Mur de Berlin, la « barrière de protection antifasciste » qui était censée protéger le paradis socialiste de l’enfer capitaliste, rasé à Berlin même, se réincarne (ou plutôt se réinbétonne) aux quatre coins de la planète :

- En Palestine, où il est censé protéger « l’Unique Démocratie du Moyen-Orient » du « terrorisme » indigène

- Aux USA, le long du Rio Grande, où il est censé protéger la « bonne Amérique » de l’invasion latina

- À Ceuta et Melilla, où il est censé protéger l’Europe riche de l’invasion des Nègres affamés.

- Au Sahara occidental, où il est censé protéger l’occupant marocain des attaques menées par les indigènes, chassés par l’occupation en Algérie

- Au Pakistan, pour protéger le « pays des purs » des méchants Talibans

- Au Cachemire occupé par l’Inde, pour le protéger des « méchants-terroristes-cachemiris-manipulés-par-le-Pakistan »

- À Chypre, où il est censé éviter aux serviettes grecques de se mélanger avec les torchons turcs

- En Corée, où il est censé protéger le Sud démocratique du Nord totalitaire

- En Arabie saoudite, où il est censé protéger les pétro-princes des pouilleux yéménites

- À Bagdad, où il est censé protéger les « bons Chiites » des « mauvais Sunnites »

- À Belfast, où il est censé éviter aux bons et loyaux sujets protestants de Sa Majesté de se friter avec les papistes républicains

Cela fait onze murs à abattre, onze chaînes de dominos à faire basculer. De toute urgence. Du boulot en perspective pour Angela, Nicolas, Lech, Mikhaïl, Hillary et Barack.

À Nilin, ils ont déjà commencé les travaux de démolition :

« Marquant le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin, les Palestiniens ont démoli ce vendredi dans le village cisjordanien de Ni’lin, un pan de mur construit par Israël. Lors de la manifestation hebdomadaire contre le mur, qui traverse le centre du village situé dans la région de Ramallah et isole les habitants de 60% de leurs terres agricoles, quelque 300 manifestants ont méthodiquement démantelé une section en béton avant que les forces israéliennes n’ouvrent le feu. Ils ont brûlé des pneus et abattu une dalle de béton de huit mètres de haut en s’aidant d’un vérin mécanique pour voiture. «Il y a vingt ans, personne n’imaginait que la monstruosité d’un Berlin divisé en deux pourrait jamais être abattue, mais il n’a fallu que deux jours pour le faire», a déclaré Muhib Hawaja, un des manifestants, au journal israélien Yedioth Aharonot. «Aujourd’hui, nous avons prouvé que nous aussi pouvions l’imposer, ici et maintenant. Ce sont nos terres au-delà de ce mur, et nous n’avons pas l’intention d’accepter son existence. Nous triompherons car la justice est de notre côté.» (Ma’an News Agency/ info-palestine.net, 7 novembre 2009).

Ayman El Kayman, délégué général du SMDM (Syndicat mondial des démolisseurs de murs)

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Je suis berlinois

***************
Source : "
Berni, Bilin, Nilin..."
Article publié le 10 novembre 2009
URL de cet article sur Coup de dent d'Ayman El Kayman :
http://kayman-coupsdedent.blogspot.com/2009/11/n118-berlin-bilin-nilin-ces-onze-murs.html

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06 novembre 2009

92ème ANNIVERSAIRE DE LA RÉVOLUTION D'OCTOBRE

Interview de l’écrivain Manuel Talens à l’occasion du
92ème anniversaire de la Révolution d’Octobre

« La Révolution russe a été la preuve tangible dont les parias de la terre avaient besoin pour être sûrs que le rêve de Marx n'était pas irréel »

Salvador_Lopez_Arnal
Auteur : Salvador LÓPEZ ARNAL

manuelLa Révolution d'octobre a été depuis ses tous débuts une référence pour le mouvement ouvrier international et internationaliste et les organisations socialistes qui n'ont pas cédé face au bellicisme et à l’avidité de conquête des puissants de la terre. Une référence qui est, de plus, chaque année célébrée. Les cérémonies organisées en hommage à cette glorieuse date du 7 novembre, sont dans la mémoire de beaucoup de combattants révolutionnaires. Depuis la désintégration de l'URSS, depuis le triomphe de la contre-révolution capitaliste (sauvage) sur la terre de Gorki et de Maïakovski, ici également, sur cette page rougie, s’est installé l’oubli, un oubli injuste et suicidaire. Aussi, afin que l’on se souvienne de cette date, que l’on apprenne la signification de cette révolution socialiste, nous avons discuté avec l'écrivain, scientifique, traducteur et militant Manuel Talens.

*     *     *

Il n’y a pas longtemps, tu me rappelais que ton premier roman, La parábola de Carmen la Reina [La parabole de la Reine Carmen], se terminait par les phrases suivantes :
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« [À Artefa, un très petit village des Alpujarras(1), on peut entendre les trompettes de l'Apocalypse]… María Espinosa se trouvait dans la basse-cour, et lançait des graines aux poules ; elle avait rêvé que José Botines lui déclarait son amour en la caressant avec des mots doux à la lumière de la bougie, elle s’était réveillée avec l'esprit si heureux qu'elle en avait oublié d’ouvrir la fenêtre pour aérer la chambre, et elle ne s'était même pas rendu compte que l’azur était couvert par des nuages de plomb qui s’étaient lentement installés pendant la nuit ; mais elle leva le regard lorsqu’elle sentit que ses cheveux de neige commençaient à être mouillés, c’est alors qu’elle vit la lumière d'un éclair tomber sur la croix du clocher ; elle passa par le côté gauche de sa maison pour arriver jusqu'à la place, avec les tympans à moitié sonnés à cause des explosions assourdissantes ; elle sentait une odeur de poudre brûlée et à travers les fenêtres de l'église elle voyait s’échapper les flammes scintillantes ; elle était presque à deux pas de la mort, et cependant elle avait cru entendre dans le bruit des tonnerres le début d'un nouvel espoir ; c’était le 7 novembre de l'année 1917, et au même instant les hordes libératrices sautaient par-dessus les barricades au rythme de la septième et dernière trompette, en avançant victorieuses au milieu de la fumée opaque des canons pour assiéger le Palais d'Hiver… »

Permets-moi de t’interroger justement, presqu'un siècle plus tard, sur ce 7 novembre. Tu parlais d’un nouvel espoir, de hordes libératrices. Que s’est-il donc passé le 7 novembre 1917 ? Pourquoi penses-tu qu'il a représenté un nouvel espoir pour les classes laborieuses du monde entier ?

Puisque ta question est un mélange de fiction et de réalité, ce qui m’enchante d’autant plus que j’ai l’habitude de le faire en tant que narrateur, je vais d'abord ajouter un peu de contexte à cette citation extratemporelle de mon roman, pour mieux situer le lecteur. La parábola de Carmen la Reina se déroule dans la région montagneuse des Alpujarras granadinas (1), ce coin d'Andalousie d'où ma famille maternelle est issue, et évoque la lutte des classes dans un village imaginaire, Artefa, tout au long du XIXe siècle et au début du XXe. La coïncidence précise des dates entre le dénouement apocalyptique des événements à Artefa et la prise du Palais d'Hiver - qui avait marqué la naissance de l'URSS - n'est pas une chose fortuite, mais plutôt un recours rhétorique par lequel j'ai voulu rendre hommage à cet événement historique fondamental qu’a été la Révolution d'Octobre.

Quant à ce 7 novembre, je dois rappeler que la Russie tsariste s’appuyait sur l'ancien calendrier julien, différent du grégorien qui aujourd'hui est utilisé partout. Ce qui a fait que, le 25 octobre, date du triomphe des soviets selon le calendrier prérévolutionnaire, coïncide avec le 7 novembre grégorien. De là vient l’apparente contradiction temporelle d'une Révolution d'octobre qui se commémore en novembre.

J'ajouterai que la toute jeune Union Soviétique a immédiatement adopté le calendrier grégorien, mais sans pour autant cesser de parler de sa révolution comme celle d'octobre. Plus tard, cette confusion a été fixée pour toujours dans l'inoubliable film d'Eisenstein. Aujourd'hui le monde est si globalisé et si uniforme que ces divergences paraissent illogiques, mais à cette époque, pas très lointaine, c’était le contraste entre les pays et les cultures qui était normal, et non pas la similitude. Ceci étant clarifié, revenons à ta question.

Au sujet du 7 novembre 1917 et de son importance historique, des tonnes de pages ont déjà été écrites et, aujourd’hui, ce que je pourrais rajouter à l’occasion de cette interview n'est rien de plus que l’insignifiant avis personnel - sans volonté de convaincre qui que ce soit - de quelqu'un qui a toujours considéré ces faits avec des yeux bienveillants. Aussi, je m'excuse par avance si mes commentaires ne sont pas à la hauteur.

La Révolution russe a été la deuxième de l'histoire, mais la première que le prolétariat ait gagné, puisque la première, la française – de caractère bourgeois - avait laissé intacte la propriété privée capitaliste des moyens de production comme système économique régnant. Par contre, la Révolution russe a été la preuve tangible dont les parias de la terre avaient besoin pour être sûrs que le rêve de Marx n'était pas irréel. Elle représentait le début d'un nouvel espoir, car comment ne pouvait-il pas en être autrement ? Cette fois-ci, le capitalisme exploiteur n’était pas resté en place, mais avait été remplacé par le communisme, merveilleux concept malgré toute la désinformation dont il a eu à souffrir pendant plus d’un siècle, et ce communisme-là signifiait l'égalité dans la répartition des biens terrestres.

Qu'en dernier ressort cet édifice se soit effondré sept décennies plus tard, ne rend pas moins sublime sa construction. Tout au plus cela confirme que les rêves, une fois réalisés, ont besoin de ferveur et de combat quotidiens durant toute la vie pour ne pas s’éteindre.

Donc, le communisme, ce merveilleux concept selon tes dires, serait « l'égalité dans la répartition des biens terrestres ».

Bien sur, il s'agit d'un concept de base du matérialisme historique, qui se dégage de la société sans classe et de la propriété publique des moyens de production. Le paradis, si celui-ci existe, est ici-bas et ne doit pas être seulement pour quelques-uns, mais pour tous. C’est ce qui s’appelle partager, un concept qui est étranger à la nature même du capitalisme. Le message évangélique du christianisme est précisément le même que celui du communisme, à la différence qu'il s’expérimente sur le terrain de la pensée magique pour faire rêver à un hypothétique usufruit égalitaire dans l’au-delà.

Tu t'es référé à un film d'Eisenstein. Lequel concrètement ?

À Octobre, une merveille du cinéma muet, dédiée aux prolétaires de Petrograd, qu’Eisenstein avait filmé en 1927 pour célébrer le dixième anniversaire de la révolution. Beaucoup de combattants qui avaient réellement combattu ont joué leurs propres personnages dans le film, détail historique à ne pas dédaigner, mise à part la maestria démontrée dans ce film par ce cinéaste extraordinaire qu’a été Eisenstein. Il est disponible sur internet, mais au fur et à mesure que le temps passe, il y a chaque fois moins de gens qui sont encore capables d'apprécier une narration cinématographique comme celles d’autrefois, à l’état pur, sans dialogues.

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On a parfois entendu affirmer, surtout de la part de ceux qui lui ont été hostiles, que la Révolution russe a été plutôt un coup de main des bolcheviques. Que peux-tu dire de cette appréciation ?

Que nous sommes, ici, sur le terrain de la propagande, dont l'objectif n'est autre que la désinformation. Il est évident que la réécriture de l'histoire de la part de l'adversaire reste accrochée comme un pot de colle à toute entreprise révolutionnaire. Nous avons des exemples très proches : depuis cinq décennies Cuba endure des calomnies, quant au Venezuela, il ne se passe pas un seul jour sans que la presse privée occidentale n’affirme que quoique fasse le gouvernement de Hugo Chávez, c’est mauvais. Il faut apprendre à vivre avec cet obstacle qui pour l'instant paraît insurmontable.

Le supposé coup de main des bolcheviques ne résiste même pas à la plus petite analyse, c’est une insulte à l'intelligence. Il se base sur la fausseté sémantique que toute révolution est un état de pagaille et de désordre, sans tactique réfléchie de combat, qui finit par asphyxier l'ordre légal comme étant le passage précédant le chaos. Avec une prémisse aussi trompeuse il est facile de déduire le sophisme que la prise du Palais d'Hiver - dernière escarmouche révolutionnaire, un prodige de tactique militaire - a été un coup de main de plusieurs centaines de bolcheviques intrépides, qui ont fini par pêcher en eaux troubles.

Il s’agit sans aucun doute d'une thèse réductrice ad infinitum, qui fait intentionnellement abstraction de tout le processus révolutionnaire antérieur, lequel en mars, avait poussé le tsar Nicolas II à abdiquer et à former un fragile gouvernement provisoire de la bourgeoisie capitaliste. En outre, cette thèse, fait complètement abstraction de ce que Petrograd (Saint-Pétersbourg) était déjà sous le contrôle des soviets et ignore, par-dessus tout, l’intelligence de Lénine qui à ce moment le rend maître de l’échiquier.

C’est comme si nous prétendions oublier Fidel Castro et le combat de guérillas qu’il avait initié à partir de la Sierra Maestra et que nous nous focalisions seulement sur la bataille finale de Santa Clara - autre prodige de tactique militaire -, qui avait débouché sur la victoire finale de la Révolution cubaine. Quel est celui qui pourrait dire aujourd'hui avec bon sens que cette Révolution n'a été qu'un coup de main de plus de Che Guevara ? Ce serait absurde et pure supercherie.

Il y a un instant tu parlais de l’intelligence de Lénine. En quoi réside-t-elle ? Dans son audace ? Dans son courage ? Dans ses analyses politiques inhabituelles ? Dans son hétérodoxie ? Il y a eu un Lénine avant et un Lénine après la révolution ?

En général, les grands leaders politiques ou militaires qui en bien ou en mal ont marqué l’histoire – on peut citer Alexandre le Grand, Jules César, Gengis Khan, Hernando Cortés ou, en ce qui nous concerne, Lénine – sont des êtres d’un intelligence supérieure, courageux jusqu’à l’indicible et dotés d’une capacité de stratégie hors du commun.

Naturellement, cette capacité n'est pas un mérite en soi, mais elle l’est lorsqu’elle est consacrée exclusivement à une tâche aussi noble et altruiste que celle de l’amélioration du genre humain. Lénine – de même qu’ensuite Fidel, Ho Chi Minh ou Nelson Mandela- font partie de cette galerie restreinte d'êtres uniques. J’espère ainsi avoir répondu aux cinq premières interrogations que tu me poses dans ta question.

Et, en ce qui concerne le dernier point, la métamorphose me paraît indiscutable entre le leader qui préconisait la lutte révolutionnaire et l'homme d'État qu’il fut ensuite, après la prise du pouvoir. Mais cela entre dans cadre normal de la situation, car les circonstances dans les deux périodes étaient radicalement différentes. Un des exemples de cette évolution a été le rôle, chaque fois plus important, assigné au Parti. De l’entité qu’il était au début, consacrée à l'éducation populaire afin que les masses puissent devenir l'avant-garde du prolétariat, il s’est mis en quête d’exercer le pouvoir. Il est indéniable que la singularité de ce triste paradoxe, profitera ensuite à Staline pour légitimer ses crimes.

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L'éducation populaire : « Le livre est ton meilleur compagnon, instruis-toi »
(affiche soviétique, vers 1919)

Quelle attitude les grandes puissances du moment - l'Angleterre, la France, les USA également - ont-elles adopté face aux nouveaux événements ? Les ont-ils laissé respirer ?

Comme on pouvait s'y attendre, l'attitude de ces pays a été l'hostilité totale. Le passage du capitalisme au socialisme n'est pas une chose qui peut rester impunie dans le concert des nations, car cela suppose la perte d'un marché et, en même temps, la possibilité que d'autres peuples soient contaminés par le virus de la révolution. L'Angleterre, la France, les USA et même le Japon, le Canada, la Tchécoslovaquie et l'Allemagne, parmi d'autres pays, se sont empressés de financer les armées de mercenaires nationalistes, tsaristes, anticommunistes et conservateurs dans la guerre civile qui avait éclaté en URSS en 1918 mettant aux prises l'armée rouge avec ce qu’on appelait l’armée des « Russes blancs », c'est-à-dire, le pire du pire de cette société, une espèce de gusanos avant la lettre*. Mais cette tentative contrerévolutionnaire a échoué.

Ce qui est curieux - ou peut-être pas tant que çà – c’est que cette attitude hostile des nations, persiste encore aujourd’hui ; la plus petite tentative dans quelque pays ou continent que ce soit de changer les règles du jeu par d'autres règles plus justes, reçoit toujours en retour la même réponse. L’Amérique latine en connait assez par sa propre expérience. Le Honduras n'est que le dernier exemple d'une longue liste d'interventions contrerévolutionnaires attisées de l'extérieur.

Lénine est mort au début de l’année 1924. Certains ont dit qu'il était mort déprimé, abattu devant l’évolution les événements, pas seulement par les difficultés du processus, mais plutôt par les attitudes de certains de ses camarades. Est-ce que cette hypothèse te semble plausible ?

Personnellement, cet argument me semble être une bêtise magistrale, une de plus parmi les nombreuses qui ont été inventéeslenine afin de ne pas laisser accepter ce qui pour le capitalisme s'avère inacceptable : c'est-à-dire que Lénine était incombustible, comme Mandela, comme Fidel, ou comme Chávez le sera probablement. Quand la réaction ne peut rien faire contre quelqu'un, elle le dénigre. On a dit aussi qu'il est mort de la syphilis. Quelle importance y a-t-il si l’on meurt de la syphilis, d'un accident cérébro-vasculaire ou d'un faux-pas ? Est-ce si difficile d'admettre que Lénine est mort parce que son heure était venue? L’invention d’une dépression tardive, est d’un ridicule, surtout pour quelqu'un qui a survécu à la prison, aux déportations, à l'exil et à toutes sortes d’aléas sans jamais dévier du chemin qu’il avait tracé à l'avance.

Je précise que je ne prétends pas, par là, insinuer que Lénine était insensible à la souffrance. Personne ne l'est.

Pourquoi penses-tu que le processus a pris au bout de quelques années une direction aussi autoritaire ?

Cette partie est celle qui est la plus douloureuse pour l'URSS, parce qu'elle invite à imaginer ce qu’aurait pu être cette grande patrie internationaliste sans Staline dans le paysage, sans l’affaiblissement dans la Seconde guerre mondiale et sans la course à l'armement dans laquelle le pays avait été entrainé durant la guerre froide. C’est comme imaginer un destin différent pour l'Espagne si Franco n'avait jamais existé. Le problème c’est que l'histoire ne permet pas de faire marche arrière pour rectifier les erreurs.

Ce qui est certain - et terrible – c’est que Staline a été un cancer non seulement pour l'Union Soviétique, mais pour l'idée même du communisme comme  horizon. Et ceux qui lui ont succédé, sauf peut-être Khrouchtchev, ont été les métastases tardives de Staline, qui ont fini par éliminer l'héritage de Lénine. Mais le communisme ce n'est pas cela. Par chance, Cuba la solidaire, nous montre depuis cinquante ans le visage merveilleux et compatissant du communisme.

Tu viens de citer Khrouchtchev. Comment se fait-il que cette tentative de rénovation, cette autocritique du stalinisme au XXe Congrès qui avait de nouveau libéré tant et tant d'espoirs, n’ait pas donné ses fruits ou que ceux-ci n’aient que très peu duré ?

Je ne suis pas kremlinologue ni rien de ce style-là, de sorte que je ne peux qu’interpréter ce que me suggère mon odorat. Je crois que le XXe Congrès est arrivé trop tard. Si Staline avait été une flor de un día (2) tout aurait pu être évité, mais tu as beau réaliser des choses dignes d'éloges, il n'y a pas de révolution qui puisse résister à vingt-neuf ans de crimes, d’abus et de terreur. Je considère que Khrouchtchev n'a pas du tout réussi à extirper le cancer stalinien et, par conséquent, il n'a pas tardé à se régénérer.

Il y a quelques années à Moscou, on m'a raconté une histoire adorable sur Khrouchtchev, que j’ai reproduis dans une nouvelle. Rappelle-moi de t’envoyer  le passage.

(Quelques jours plus tard, Manuel Talens a eu la gentillesse de m'adresser le texte et la photo reproduits ci-dessous) :

[…] C’est ainsi que le lendemain il m'a fait connaître le cimetière de Novodevichi. Les allées aménagées étaient couvertes de neige. Nous errions au milieu des pierres tombales et je n'avais pas pu résister à la vieille tentation de monologuer avec elles, cette fois-ci sur les personnages célèbres qui sont enterrés là et de ce que je connaissais d’eux. Il m’écoutait attentivement et son regard devenait moqueur. Nous arrivons à la tombe de Khrouchtchev. C’est Mei-Ling qui, là, ouvrit ses lèvres pour me dire que l'ancien président de l'URSS n'est pas au Kremlin parce qu’il est mort loin du pouvoir. Depuis que je la connais, c’est la première fois qu’elle m'a adressé plus de cent mots à la suite. J'ai su alors que le mausolée est l’œuvre d'Ernst Neizvstny, un sculpteur que Khrouchtchev avait fait convoquer du temps où il était premier secrétaire du PCUS pour lui reprocher violemment que son art lui semblait contraire aux idéaux du socialisme ; c’est alors que le jeune artiste, au lieu d’être effrayé, lui avait répondu que tout camarade secrétaire qu’il était, il ne connaissait absolument rien à la sculpture. Apparemment, après être tombé en disgrâce, Khrouchtchev avait rappelé le sculpteur et tous les deux avaient établi une certaine amitié, de telle sorte que dans son testament il avait laissé la charge à Neizvstny de sculpter son monument funéraire. Sur celui-ci, de chaque côté du visage réaliste de l'ancien dirigeant, il y a deux grandes figures angulaires abstraites, l’une en marbre blanc et l’ autre en marbre noir, qui comme Mei-Ling me l’a confessé, symbolisent deux oreilles.

- À la fin de sa vie – conclut-elle, Khrouchtchev avait appris à écouter. […]

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Tombe de Nikita Khrouchtchev, cimetière de Novodevichi (Moscou)

Il est probable que l'Union Soviétique s’est désintégrée parce que ses dirigeants étaient autistes, ils n'écoutaient personne.

Mais je ne voudrais pas donner l'impression que dans la trajectoire de l'URSS tout me semble négatif. Pour mémoire il restera toujours l'aide qu'elle a apporté à la République espagnole pendant notre guerre civile, l'héroïsme du peuple soviétique dans la Seconde guerre mondiale (les deux choses s’étant déroulées pendant le mandat de Staline, il faut également le dire) et jusqu'à son dernier souffle son appui constant et inconditionnel à Cuba.

Quant au reste, dans les années quatre-vingt, il y a eu plusieurs tentatives pour modifier le cap. La première avec Andropov, qui n'était pas stupide, et ensuite avec Gorbatchev et la perestroïka. Quel est ton avis sur ces nouvelles tentatives ?

Aucun des dirigeants qui ont succédé à Khrouchtchev n’était stupide, mais je suppose qu’aucun d'eux, non plus, ne croyait comme il fallait croire - avec une conviction inébranlable - à la survie du legs de la révolution. Je ne ressens aucune sympathie si minime soit-elle pour leur mémoire.

Le dernier, Gorbatchev, a été une sorte d'Adolfo Suárez soviétique que le hasard avait catapulté à l'improviste dans un lieu inattendu : d’austère serviteur de l'appareil il s’est vu reconverti en frivole démocrate télévisuel du style occidental. Il a sans doute fait ce qu’il a pu, il a essayé d'ouvrir la fenêtre pour faire entrer de l’air frais, mais l'URSS était déjà moribonde. Un cancer ne se soigne pas avec des cataplasmes et Gorbatchev a du tenir le rôle ingrat d'assister à regret en tant que spectateur à une agonie qui s’accentuait, et insensible à tout traitement.

Il y a une chanson de Jacques Brel, J'arrive, qui exprime bien l'impuissance que Gorbatchev a dû ressentir au fur et à mesure que la situation lui échappait des mains : C'est même pas toi qui es en avance, c'est déjà moi qui suis en retard . Et l’inévitable est arrivé, un jour Eltsine est apparu – arriviste, menteur, voleur, ivrogne et traître – pour lui donner le coup de grâce.

À un certain moment tu t'es référé à l’épine qu’était la guerre froide. J’y reviens. La guerre froide, qui a toujours été très chaude pour l'Occident belliciste, qui avait l'intention d’étouffer l'URSS dès le début, est-ce qu’elle ne lui a pas laissé, peut-être, que très peu de marge de manœuvre ? De fait, dans ces conditions limitées, était-ce possible d’emprunter d’autres chemins ?

Dans des cas comme celui de l'URSS, ma grand-mère disait généralement « entre tous ils l'ont tuée et elle-seule est morte ». Il n’y a aucun doute que les yankees ont eu beaucoup à voir dans cette course à l'armement irréfléchie et dans la stupide compétition spatiale que les USA et l'URSS ont maintenu pendant des décennies.

Je peux comprendre que Washington dépense des sommes colossales (qu'il ne possède pas) pour la conquête de l'espace, parce que finalement il est un empire colonialiste et envahisseur et que le nombre important de ses citoyens pauvres, sans soins médicaux lui importe guère. Mais ce que je ne peux pas comprendre, et jamais je ne le pourrai, c’est que l'URSS ait accepté le défi de jeter dans le caniveau des milliers de millions de roubles en spoutniks, voyages spatiaux et autres galères, tandis que ses citoyens souffraient de privations dans les différentes républiques. Toute ménagère sait quelles sont les priorités et ne viendrait à l’esprit  d’aucune d’elle ayant un brin de bon sens d’acheter une Rolls Royce alors que ses enfants n’ont même pas un verre de lait. Je regrette de le dire, mais les dirigeants du Kremlin ont choisi d'acheter la Rolls Royce. Ces délires de grandeur ont laissé filer des ressources qui auraient du être consacrées au bien-être du peuple soviétique, au lieu de les gaspiller de la sorte.

Je ne fais pas partie de ce petit monde, ce que je dis, n’est que mon avis de spectateur : j'ignore quelle était la réelle marge de manœuvre de Moscou et si vraiment c’était nécessaire d'accepter la course aux armements - qui était une fuite en avant, vers la ruine - au lieu de se contenter d'organiser la défense face à de possibles attaques usaméricaines. Mais il me semble que les politiques impériales, même si elles sont imposées de l'extérieur, ne devraient pas avoir de place dans un État révolutionnaire.

En comparaison, ce que fait Cuba me semble, ô combien, plus logique: il consacre ses faibles ressources économiques à fabriquer des vaccins, à former des médecins, des enseignants et des travailleurs sociaux, qu'il met ensuite à la disposition de ses pays frères.

L'URSS a été désintégrée en 1991. À ton avis, quel est l’élément qui a été le plus décisif pour son effondrement ?

Au harcèlement constant de Washington il faut y ajouter les propres erreurs de Moscou : la perte des idéaux, la perpétuation d'une bourgeoisie du Parti éloignée de la réalité quotidienne du peuple soviétique, la ruine économique et morale, la corruption incrustée dans tous les domaines. C’est notre quotidien à nous, que nous ne saurions ignorer dans les démocraties bipartites occidentales. L'Espagne est un bon exemple d'une telle décadence.

Dans mon roman que tu as cité plus haut, juste après les paroles que tu as reproduites et juste avant le point final, le narrateur ajoute : « les hommes ont sans doute été créés pour être brièvement libres l’instant des batailles, et retourner à l'esclavage dès qu’ils enserraient la victoire dans les mains ». Qui peut savoir si notre destin est celui-ci : essayer, échouer, essayer une autre fois, échouer de nouveau et ainsi de suite, sans jamais nous résigner à l'échec. Je suis un pessimiste actif, empli d'optimisme.

Tu dis, essayer, échouer et essayer à nouveau. Aller aux batailles que l’on sait perdues, combattre pour perdre et combattre à nouveau. N'est ce pas un peu absurde ? Le panorama que tu dessines n’est-il littérairement brillant, mais politiquement non viable ? N’y a-t-il pas là, sous-jacente, une philosophie de l'histoire non seulement pessimiste-optimiste mais, disons, très romantique ?

Je reviens à Lénine : deux pas en arrière, un en avant. Pure praxis. Ce qui est absurde serait de renoncer. Il n'y a rien de romantique dans cette manière de penser. Le romantisme me laisse froid.

Vu avec le recul, à partir de notre position actuelle, et en tenant compte des dix ans ou plus de capitalisme sauvage en Russie après la chute de l'Union Soviétique, penses-tu que ce 7 novembre valait la peine ? Crois-tu que les mouvements libérateurs de la terre doivent continuer à garder cette date comme une référence ? En définitive, devons-nous continuer à nous reconnaître dans cette révolution ?

Oui, ça valait la peine. Le critère pour évaluer les faits qui font l'histoire ne devrait jamais être leur succès ou leur échec, mais leur essence, bonne ou mauvaise. Et l'essence de cette révolution, qui a été faite pour améliorer le sort des parias de la terre - j'aime revendiquer l’Internationale -, a été bonne.

Dans la Russie actuelle le capitalisme sauvage a, du jour au lendemain, créé des multimillionnaires. C'est ce qui figure dans les grands titres des Unes de la presse occidentale, tandis que dans les pages intérieures les entrefilets nous renseignent sur l'autre facette, beaucoup plus sinistre : qu’entre 1990 et 2008 l'espérance de vie des Russes - une donnée qui mesure la qualité de vie et qui résume le taux de mortalité pour tous les âges, les deux sexes confondus - a baissé de 69 à 65 ans. Ces 4 années de différence peuvent paraitre mineures, mais elles sont l'expression statistique d'une tragédie humaine de dimensions énormes.

Quant à la question de savoir si nous devons nous reconnaître dans la Révolution d'octobre, je ne saurais pas te dire. La nostalgie me déplaît, parce que le passé n'a jamais été meilleur. Je préfère analyser les faits historiques, à tête reposée, pour ne garder que leurs côtés positifs, mais sans ignorer ce qui est négatif. De plus, aujourd'hui les choses sont très différentes et, du moins pour l'instant et dans certaines circonstances sociales,  il s’avère possible de faire la révolution en utilisant  le système électoral de la démocratie comme levier, sans avoir recours aux armes. Bien que ce soit beaucoup plus compliqué, bien sûr, car le vote ne permet pas de neutraliser complètement l'ennemi, qui reste toujours tapi en embuscade.

J’aimerais finir par une question sans nostalgie. Comment conçois-tu le socialisme du XXIe siècle ? Quels sont les territoires qui te semblent les plus propices à sa conquête ?

Bien, pour terminer moi aussi, et avant de te donner mon opinion sur le socialisme du XXIe siècle, j’aimerais te dire que j’ai été enchanté de discuter avec toi sur des sujets aussi extratemporels, et décalés du discours actuel comme le sont le marxisme et la Révolution d’Octobre. Et je suis d’autant plus enchanté que cette conversation sera publiée, car de nos jours elle est franchement hétérodoxe, ce qui n’empêche pas que c’est une vertu au milieu d’autant électroencéphalogrammes idéologiques plats [sourire]. La postmodernité, toi tu le sais très bien, a fait des ravages dans les partis traditionnels de gauche et dans la pensée politique des sociétés contemporaines, et le seul fait de parler de ces choses-là s’apparente presque à de la science-fiction. On n’y peut rien !

Je termine donc : le socialisme du XXIe siècle je le conçois parlant espagnol et pas exactement dans notre pays [l’Espagne], mais en Amérique latine. C’est là-bas que réside le futur de l'humanité, si celle-ci peut encore avoir un futur. Nous, nous ne verrons pas son apogée, mais il a déjà commencé. De fait, sa semence avait été officiellement plantée le 8 janvier 1959, lorsque les barbus sont entrés à La Havane. Sans Cuba et son exemple tenace de résistance durant cinq décennies, le socialisme du XXIe siècle, aujourd'hui, ne serait pas possible. Il ne manque plus qu'au moins un des trois géants latino-américains - le Mexique, le Brésil ou l'Argentine – trouve et élise un Chávez, un Evo ou un Correa à sa mesure afin que la locomotive de ce train commence à prendre de la vitesse et devienne impossible à arrêter. C’est une question de temps. Ce jour-là, si j'arrive à y assister, je serai heureux.

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Un rêve qui n'était pas irréel…
« Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde, il s'agit maintenant de le transformer. ». »
Tombe de Karl Marx au Cimetière de Highgate Cemetery à Londres. Photo Patricio Suárez

Traduction : Esteban

Révision : Fausto Giudice

ESPAÑOL, ENGLISH, DEUTSCH, PORTUGUÊS, ITALIANO

Notes:

*Gusanos : vers de terre, terme cubain utilisé pour désigner les anticastristes de Miami. Avant la lettre : En français dans le texte original.

(1) Las Alpujarras : Région montagneuse du sud de l'Espagne, partagée entre les provinces andalouses de Grenade et d'Almería. Elles se situent sur les flancs sud de la Sierra Nevada.
Les Alpujarras sont divisées en deux comarques : l'Alpujarra granadina, dans la province de Grenade, et l'Alpujarra almeriense, dans la province d'Almería. Cette division a été arrêtée par l’Assemblée d’Andalousie en 1993. Source : Wikipédia

(2) Flor de un día : « flor de la maravilla » ou fleur de la merveille; Plante d’ornement, originaire du Mexique…avec ses tiges se terminant par de grandes fleurs aux pétales couleur pourpre, qui se fanent quelques heures après s’être ouvertes…
Au sens figuré : une personne qui peut subitement passer d’un état de bonté à celui de méchanceté (et réciproquement). Source : Real Academia Española

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Source : “La Revolución rusa fue la prueba tangible que necesitaban los parias de la tierra para estar seguros de que el sueño de Marx no era irreal
Article original publié le 6/11/2009
Sur l’auteur
Salvador López Arnal et Manuel Talens sont membres de Rebelión. Manuel Talens, Esteban G. et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9198&lg=fr

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01 novembre 2009

MONDE : LES CAUSES DE LA PAUVRETÉ MONDIALE

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Auteur : Vicenç NAVARRO

Le 17 octobre on a célébré la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté (voir aussi http://www.oct17.org/fr), qui a été l’occasion d’un nombre élevé de conférences sur la pauvreté. Pendant quelques jours ce fut un sujet visible dans les moyens de communication les plus importants du monde, bien qu’en Espagne cette visibilité ait été limitée. Dans les pays développés on a mis une fois de plus l’accent sur la nécessité d’ “aider” les pays pauvres, notamment par l’envoi d’aliments et de fonds. On a aussi mis l’accent, dans divers forums internationaux, sur la nécessité de transférer connaissances et nouvelles technologies des pays riches aux pauvres pour augmenter la productivité de leurs secteurs agricoles, les plus importants dans leurs économies.

Cet intérêt médiatique pour le thème de la pauvreté se répète année après année à la même date. Et pendant ce temps, huit millions d’enfants meurent chaque année de malnutrition (un toutes les deux secondes), l’équivalent des morts que causeraient 43 bombes atomiques comme celle lancée sur Hiroshima, des bombes qui explosent chaque année sans produire aucun bruit. En réalité ce nombre de morts fait partie de la réalité qui nous entoure de telle manière qu’ils n’apparaissent même pas ni à la première ni même à la dernière page des journaux les plus importants du monde.

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Ares, Cuba

Ce qui rend cette situation  moralement intolérable est que du point de vue scientifique nous savons comment résoudre tant le problème de la pauvreté que de ses conséquences, dont la faim est la plus dramatique. Et le paradoxe de la situation est que la pauvreté n’est pas due au manque de ressources. En réalité, la planète a suffisamment de terre fertile pour alimenter deux fois la population existant aujourd’hui (FAO 2008). Dans les pays économiquement développés, les États vont même jusqu’à subventionner les agriculteurs pour qu’ils ne produisent pas plus d’aliments. Mais ce qui est encore plus intolérable est qu’on appelle ces pays pauvres, alors qu’ils ne le sont pas. Les pays ainsi appelés ont des populations de manière prédominante pauvres, mais eux-mêmes en soi ne le sont pas.

Pourquoi donc la pauvreté se produit-elle et se reproduit-elle? Si nous analysons le pays le plus pauvre du monde (la liste de candidats à une telle distinction est longue), nous verrons que les racines de la pauvreté sont faciles à voir, si on veut les voir. Le quotidien The New York Times, un journal d’orientation libérale, qui publie de temps à autre quelques informations qui ne cadrent pas avec cette sensibilité, a publié un rapport sur la pauvreté au Bangladesh, un des pays que l’on peut identifier comme les plus pauvres (24-1-05).

Ce rapport était écrit par un groupe d’économistes qui avait visité ce pays. Parmi leurs nombreuses observations ressortaient les suivantes: “Les racines du problème de la pauvreté au Bangladesh sont dans l’énorme concentration de la terre (le principal moyen de production dans une économie agricole) dans ce pays. Seulement 16% de la population rurale contrôle les deux tiers de toute la terre cultivable, tandis que 60% de la population possède seulement un acre (4 000 m2, NdT). D’autre part, le rapport ajoutait que “l’introduction des nouvelles technologies-comme des nouveaux fertilisants-accentuait encore plus la polarisation dans la propriété de la terre, car seuls les grands propriétaires peuvent avoir accès au crédit et à d’autres facteurs nécessaires pour pouvoir exploiter et utiliser les nouvelles technologies”.

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Ben Heine, Tlaxcala

Quant à l’ “aide” qui provient de l’extérieur, le rapport signalait “que les responsables chargés de l’aide aux nécessiteux au Bangladesh reconnaissent eux-mêmes (dans des conversations privées) que seule une fraction minuscule des millions de tonnes d’aliments qui arrive dans le pays, comme partie de l’aide extérieure, finissent dans les mains des familles affamées qui en ont besoin. Les aliments de l’extérieur sont canalisés par le gouvernement, qui les vend aux militaires, à la police, aux classes moyennes des villes...”. Le rapport concluait que “l’énorme potentiel productif de terres énormément fertiles est tel que le Bangladesh pourrait alimenter une population bien supérieure à l’actuelle”.

Mais les produits alimentaires qui sont produits ne sont pas consommés, dans leur majeure partie, au Bangladesh, car la majorité de la population n’a pas un pouvoir d’achat suffisant. Au lieu de cela, ils sont exportés, surtout dans les pays de niveau de revenu plus élevé, ce qui contribue à reproduire ainsi une économie basée, non sur la consommation et la demande internes, mais sur la consommation externe et les exportations. Il semblerait que le plus logique serait de créer une telle demande interne, en redistribuant les ressources (dont la terre) pour permettre le développement du pouvoir d’achat de la grande majorité de la population.

Seulement voilà, la structure de pouvoir, monopolisée par les grands agriculteurs, s’oppose à de tels changements dans la redistribution. Comme le soulignait bien le rapport cité “le parlement de ce qui est prétendument un système politique démocratique (le Bangladesh figure dans la classification établie par le Département d’Etat des USA, comme une démocratie) est contrôlé par les grands agriculteurs. 75% des membres du Parlement possèdent de grandes superficies de terres, et il ya là peu de possibilités de changement”. Le système économique et politique soutenu en partie par l’armée et en partie par des systèmes d’information et de persuasion (avec des connexions à des groupes médiatiques étrangers), a de maigres possibilités de changement. La Constitution du pays, écrite par cette structure de pouvoir, inscrit par écrit l’impossibilité d'engendrer un tel changement. D’où la présentation de la défense de cette structure de pouvoir comme une défense de la démocratie.

Ce sont là les causes de la pauvreté, de la faim et de la malnutrition dans le monde. Et quand la population “pauvre” se mobilise pour changer cette situation, on l’accuse de violer l’ordre démocratique. Le cas du Honduras est le plus récent mais je doute qu’il soit le dernier. Ce sont là les causes de la pauvreté dans le monde, qui rarement apparaissent dans les médias de persuasion.

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"Ne nous donnez pas d'argent...Apprenez-nous à devenir riches". Juan Ramón Mora, Málaga

Traduction : Gérard Jugant

Révision : Fausto Giudice

ESPAÑOL

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Source : Público-Las causas de la pobreza mundial
Article original publié le 29/10/2009
Sur l’auteur
Gérard Jugant et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9152&lg=fr

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31 octobre 2009

QU’IL Y AIT DES RICHES, N’EST-CE PAS UN DROIT DES PAUVRES ?

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Auteur: Santiago ALBA RICO

J’ai eu l’occasion d’écrire que dans le monde il existe seulement trois classes de biens: universels, généraux et collectifs.

Les biens universels sont ceux qui nous suffisent pour qu’il y ait un exemplaire ou un exemple pour que nous nous sentions universellement tranquilles. Ce sont les choses qui sont là, et qu’il n’y a pas lieu de prendre avec la main ou posséder de manière individuelle : il y a le soleil et il y a la lune, il y a les étoiles, il y a la mer, il y a un Machupichu et un Everest, il y a un Taj Mahal et une Chapelle Sixtine, un Che Guevara et un Saint François, il y a Garcia Lorca et José Marti et Garcia Marquez et Silvio Rodriguez et Cintio Vitier.

Les biens généraux sont ceux, en revanche, qu’il n’est pas nécessaire de généraliser pour que l’humanité soit complète. Il ne suffit pas qu’il ait du pain dans le palais du prince ou qu’il y ait une maison dans le jardin du comte; ce sont les choses qui doivent être ici, que tous nous devons prendre avec la main ou dont nous devons bénéficier personnellement : nous avons de la nourriture, un logement, de l’eau, des médicaments et si nous ne les avons pas c’est parce que quelque chose ne marche pas bien dans ce monde. Ce n’est pas une injustice qu’il y ait un soleil unique ou un unique Guernica de Picasso, mais s’en est une qu’il n’y a pas suffisamment de pain pour tous.

Enfin, les biens collectifs sont ceux dont nous devons bénéficier des avantages, tous à égalité, mais qui ne peuvent se généraliser sans mettre en péril l’existence des biens généraux et des biens universels. Ce sont les biens, en définitive, qu’il est nécessaire de partager. Ce sont, par exemple, les moyens de production, qui ne peuvent se privatiser sans que cela laisse des millions d’êtres humains sans biens généraux (pain, logement, santé). Et il y a aussi certains objets de consommation, dont la généralisation mettrait en péril le bien universel par excellence, source et garantie de tous les autres biens: la Terre même. Nous devons tous avoir du pain et un logement, mais si nous avions tous, par exemple, une automobile, la survie de l’espèce serait impossible. Le moteur à explosion, par conséquent, n’est pas un bien général dont chacun de nous peut avoir un exemplaire, mais un bien collectif dont l’usage doit être partagé et rationalisé.

Tout au long de l’histoire, diverses classes sociales se sont approprié les biens généraux et les biens collectifs, et en cela le capitalisme ne se distingue pas des sociétés antérieures. Plus inquiétant est ce que le capitalisme a fait, ou est en train de faire, avec les biens universels. Je ne me réfère pas seulement à la colonisation de l’espace, à la privatisation des ondes, des graines et des couleurs ou à la disparition d’espèces, de montagnes et de forêts. Je me réfère, surtout, à la dévalorisation mentale dont ont souffert les “universels” sous la corrosion anthropologique du marché. Il est normal de se complaire dans la vision des étoiles; il est normal de se complaire dans le doux balancement de la neige; il est normal de se complaire dans la lecture du Canto General de Neruda. Ou non ?

En 1895, Cecil Rhodes, impérialiste anglais, entrepreneur et fondateur de la compagnie De Beers (propriétaire de 60% des diamants du monde), contemplait enragé les astres de sa fenêtre, “si clairs et si distants”, si loin de cet appétit impérial qui “voulait et ne pouvait se les annexer”.

À une plus petite échelle, un présentateur de la télévision espagnole déplorait en 2005 qu’il ne fallait pas payer pour contempler la neige qui couvrait les champs et les villes d’Espagne, si blanche et si belle, dont le prestige  est dégradé par le fait qu'elle s'offre de manière indifférenciée au regard de tous à égalité. Et à une plus petite échelle encore, j’ai connu un poète qui ne pouvait lire les vers de Neruda sans être rendu furieux : “J’aurais dû les écrire moi!”. C’est une chose d’enfants de vouloir la lune et de mères corruptrices de la promettre. Le capitalisme est un infantilisme destructeur. Il isole l’acte puéril d’un enfant mal éduqué et le généralise, le normalise, le récompense socialement. Ce qui est là, ce que nous ne pouvons prendre avec les mains, ce qui est pour cela même à tous, nous appauvrit, nous attriste et ne vaut rien.

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"Le Père Noël donne plus aux enfants riches qu'aux enfants pauvres"

Que reste t-il des biens universels? Restent les riches. Les riches sont à tous. Ce qui nous plaît le plus dans le capitalisme n’est pas qu’il produise des voitures, des avions, des hôtels et des machines : c’est qu’il produise des riches. Les orgies babylonesques de Berlusconi, les pensions millionnaires des banquiers espagnols au milieu de la crise, le luxe vulgaire des politiciens corrompus de Valence et Madrid, ne sont pas des taches ou des péchés du capitalisme: c’est pure publicité. La liste des hommes les plus riches du monde élaborée par la revue Forbes n’est rien d’autre qu’une barbare ostentation propagandiste qui génère beaucoup plus d’adhésion au système que l’inégal accès aux marchandises bon marché et banales. Il y a lieu de s'étonner que les femmes latino-américaines, interrogées sur leur “mari idéal”, se l’imaginent usaméricain, blond, aux yeux clairs, grand, chirurgien ou entrepreneur, et bien sûr, millionnaire. Ou que dans la nouvelle Chine le père auquel rêvent les jeunes mères soit Bill Gates. Ou que dans la liste des dix personnages les plus admirés par les hommes usaméricains il n’y ait pas un seul écrivain ou scientifique, presque tous étant des dirigeants ou propriétaires d’entreprises et tous immensément riches. Ou que la revue au plus fort tirage d’Espagne - avec presque 700.000 exemplaires- soit Hola. Ou que les plus fameux feuilletons de la télévision, suivis par des millions de téléspectateurs, consistent en traités d’anthropologie des classes supérieures (leurs habitudes, leurs problèmes, leurs plaisirs).

Si les pauvres ne peuvent partager la richesse, ils peuvent au moins partager leurs riches. S’ils ne peuvent consommer la richesse, ils peuvent consommer les vies de riches. Bill Gates, Carlos Slim, Warren Buffet, Amancio Ortega sont la lune, le Machupichu et le Taj Mahal du capitalisme. Ils sont le soleil et la neige et le Canto General du marché globalisé. Il se peut qu’ils soient les responsables de ce que le monde va mal, mais ils sont aussi les artisans de ce miracle qui fait que nous soyons très contents et que tout nous paraisse bien pendant que nous nous effondrons.

Qui veut l’égalité? L’inégalité, n’est-ce pas un droit des pauvres? Qu’il y ait des millionnaires, n’est-ce pas un droit des mileuristas (1) et des chômeurs? Ne devons-nous pas défendre, armes à la main, notre droit à ce que d’autres soient riches? Ne devons-nous pas leur être reconnaissants pour leurs gaspillages? Ne devons-nous pas au moins voter pour eux?

Cela est le modèle que tentent d’imposer les USA et l’Europe au reste du monde. Non le droit qu’il y ait des étoiles et le Machupichu et les chutes d’Iguaçu et la 9e Symphonie de Beethoven mais qu’il y ait des riches; non le droit au pain, à la maison et aux chaussures mais celui de savoir qui sont et comment vivent les millionnaires.

Révolution? Le pain et la lune.

(Sachant que “pain”, dans le dictionnaire socialiste, veut dire aussi lait, vêtements, maison, hôpitaux et transports publics et “lune” veut aussi dire mer, musique, vérités et souveraineté politique).

(1) En Espagne, les mileuristas sont des jeunes diplômés qui travaillent pour moins de 1000 euros par mois. (NdT)

Traduction : Gérard Jugant

Révision : Fausto Giudice

ESPAÑOL

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Source : La Calle del Medio N° 18 (Cuba)-Que haya ricos, ¿no es un derecho de los pobres?
Article original publié en octobre 2009
Sur l’auteur
Santiago Alba Rico est un auteur associé  de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique, dont Gérard Jugant et Fausto Giudice sont membres.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9132&lg=fr

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28 octobre 2009

LA CULTURE DES MASQUES

Super-héros (I)

Jorge_Majfud
Auteur: Jorge MAJFUD

Accident et dédoublement

Il y a une anecdote qui raconte que des inspecteurs de douane n'ont jamais pu découvrir ce qu’un homme trafiquait avec sa brouette, justement, parce qu’il trafiquait des brouettes. De même, le masque du super-héros est le symbole visible de ce qu'il prétend cacher. L’histoire d’origine du héros, à travers le dédoublement, cache la réalité d’où elle est issue, c'est-à-dire, la culture hégémonique du capitalisme du siècle dernier.

Si nous regardons les héros de la « culture de masses », depuis Superman jusqu'à Terminator, nous verrons que leurs caractéristiques - le masque et le dédoublement – perdurent mais elles révèlent aussi un changement dans l’inconscient collectif usaméricain.

À l’égal de ce que Joseph Campbell (1949) avait exposé sur les mythes anciens, nous pouvons nous apercevoir que la naissance du héros moderne est une forme de renaissance produite par une mort symbolique, par un accident technologique. Mais l'« accident » n’a rien d'accidentel car il soude la fracture idéologique autant que la réalité l'ouvre.

Si les armes de défense et de destruction sont le résultat d'une économie capitaliste qui se base la reproduction indéfinie du capital, si la technologie militaire est le produit du calcul et de la reproduction en série, si le héros réel est honoré dans « la tombe du soldat inconnu » et que ses guerriers sont anonymes et agissent en masse comme un grand mécanisme impersonnel, le super-héros est présenté alors comme un individu unique et ses armes sont uniques, elles ne sont jamais le produit d'un calcul technologique qui peut en faire deux. C’est pour cette raison que nous avons besoin de recourir une fois de plus à l'accident. Y compris pour fabriquer les armes exceptionnelles du héros exceptionnel. Il est nécessaire que l’on fasse état que le bouclier de Captain America, le héros investi accidentellement de superpouvoirs, est aussi le produit d'un autre accident : ce bouclier est constitué d'un alliage inimitable, crée par hasard et ne pouvant pas être dupliqué.

La réalité est précisément le contraire : il n'y a pas d'accidents créateurs ; les destructions sont calculées. Il n'y a pas d'individus ni d’œuvres originales, au contraire : tout est produit en série, le peuple est la masse et les citoyens sont d'abord des producteurs et ensuite des consommateurs.

L'accident divise la vie de tous ces super-héros en deux, le réel et le super-doué, le travailleur anonyme et le consommateur d’illusions productives.

Tous les héros rendus populaires par la culture hégémonique possèdent une double personnalité, comme la pratique et le discours. Nous pouvons, en grande mesure, retrouver ce phénomène en Europe dans des histoires plus anciennes, comme dans les contes pour enfants. Toutes les histoires de princes crapauds, de contes africains et d'une infinité de mutations fantastiques qui révèlent une origine ancienne de cette dualité psychologique (Carl G. Jung). La personnalité secrète est agressive, violente et irrationnelle. La dualité semble être évidente dans l’Angleterre de Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde (1886). Le contexte était autre ; un autre empire, l’empire britannique, la Révolution industrielle et le positivisme scientifique. Autant la Pax Britanica, le progrès industriel que le positivisme rationaliste se révèlent dans ces mythes comme l’horreur de l’irrationnel.

Mais dans la culture anglo-américaine le masque et la dualité se radicalisent. La force irrationnelle est revendiquée.

Entre Superman (1933) et la série télévisée Le Fugitif (1967) il y a une histoire de changements mondiaux. Dans le cas de Richard Kimble, la métamorphose est l’inverse de celle de Clark Kent : son personnage public est celui du criminel tandis que son personnage illégal est son côté positif, celui du rajeunissement. Superman est le muscle du pouvoir hégémonique qui rend la justice. Le Fugitif est l'astuce de l’opprimé par la justice.

Quand la kryptonite n'existait pas encore et que Superman n'avait aucune limite à sa force brute, un des personnages de Superman se moque du héros en disant : « he may possess super strength but he was as easy to trick as a child (peut-être possède t-il des superpouvoirs mais il a été aussi facile de l’abuser qu’un enfant) ». Comme si ce n’était pas suffisant Superman se targue très peu de son intelligence, jamais pourrions-nous dire : il résout cette faiblesse avec une plus grande force musculaire.

L'autre faiblesse de Superman est Louis Lane elle-même, qui est ausssi belle et désirée qu’ idiote, puisque chacune de ses propres initiatives – outre le fait d’ humilier ou de désobéir à Clark Kent- finissent en catastrophe et sont autant de bonnes occasions pour que Superman vole à son secours.

Mais le masque et le dédoublement arrivent encore à persister dans Le fugitif (Richard Kimble). L'accident est double : d'abord le meurtre de son épouse qui change sa vie ; deuxièmement l'accident du train qui lui permet de s'échapper et le sauve de la mort « d'une justice aveugle » (« an innocent victim of blind justice »). Le fugitif change d'identité (nouveau masque) et fuit la police. Le fugitif est un docteur honorable/condamné, poursuivi/libéré, etc. C'est-à-dire, c'est le citoyen correct qui réalise le rêve de la clandestinité, la dualité qui est dans la fondation même des USA : la légalité et la désobéissance, la justice propre et irrationnelle de l’opprimé et la justice formelle, « politiquement correcte » de l’oppresseur. L'accident providentiel est aussi comme cela, réel ou imaginaire, comme la tempête qui change le cap et le destin des pèlerins du Mayflower en 1620.

La laïcisation croissante qui suit la révolution française et la révolution industrielle (Eric Hobsbawm) a signifié un combat contre les pouvoirs théocratiques qui ont dominé les sociétés occidentales. Mais en même temps, le vide laissé est occupé par une nature scientifico-technologique qui remplace l'ancienne fonction des églises dans l'articulation d'un discours mythique des mêmes sociétés. Superman arrive toujours du ciel dès que la victime en à besoin – dans certains cas c’est la victime qui fait appel à son aide -, il est ainsi clairement, le substitut de Dieu, surtout du Dieu de l'Ancien Testament qui promet justice sur terre et pas dans l’au-delà des chrétiens et des musulmans.

Traduction : Esteban

Révision : Fausto Giudice

ESPAÑOL

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Source : La cultura de las máscaras
Article original publié le 22/10/2009
Sur l’auteur
Article sur Tlaxcala

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Note de l'éditeur
Le roman de David Goodis Dark Passage (1946) a été adapté pour la première fois au cinéma dans un film de Delmer Daves avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall en 1947, avant d'inspirer les séries Le Fugitif, avec David Janssen (1963-1967) et Tim Daly (2000-20001), ainsi que le film homonyme avec Harrison Ford d'Andrew Lewis (1993)

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20 octobre 2009

RENFORCEMENT DU FMI ET DE LA BANQUE MONDIALE: LOURDE MENACE POUR LES PEUPLES DE SUD ET DU NORD

CADTM
Auteurs: Renaud Vivien, Damien Millet, Eric Toussaint, CADTM

1_manif_istanbul_FMIC’est dans un climat de répression que se sont achevées à Istanbul les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale. Pour la deuxième journée consécutive, les 10 000 policiers turcs mobilisés pour l’occasion n’ont  pas hésité à utiliser canons à eau, gaz lacrymogène et véhicules blindés pour disperser les manifestants.

Le même scénario s’était produit fin septembre lors du sommet du G20 à Pittsburgh où les manifestations contre cet « ersatz » de G8 avaient également été réprimées par les forces de police. Le FMI et la Banque mondiale ont tenu ces réunions controversées quelques jours après la décision du G20 de modifier les droits de vote au sein des deux institutions : 5% des quotes-parts au FMI et 3% des droits de vote à la Banque mondiale doivent ainsi être transférés vers « les pays émergents et en développement dynamiques » d’ici janvier 2011. Leur système actuel était de plus en plus contesté, tant par les pays du Sud que pas les mouvements sociaux : il repose sur la règle « 1 dollar égale une voix », contrairement à l’Assemblée générale de l’ONU où chaque pays possède une seule voix.

2_manif_istanbul_FMIPour le directeur général du FMI, le socialiste français Dominique Strauss-Kahn, il s’agit là « de décisions historiques ». Mais pour le CADTM, c’est une sinistre farce. En effet, ce transfert ne change rien aux rapports de force au sein des deux institutions. A titre d’exemple, la Chine, qui en sera un des principaux bénéficiaires, détient environ 3% des droits de vote aujourd’hui, très loin derrière les Etats-Unis qui possèdent à eux seuls plus de 16%, leur garantissant  de facto un droit de veto sur toutes les grandes décisions. Le groupe emmené par le Rwanda, qui regroupe 24 pays d’Afrique noire et représente 225 millions d’individus, possède quant à lui 1,39 % des droits de vote ! Nul besoin d’être mathématicien pour comprendre que ces réformettes annoncées à grand renfort médiatique ne transformeront pas la Banque mondiale et le FMI en organisations démocratiques. D’ailleurs le seront-elles un jour vu que le système actuel ne peut être modifié sans l’accord des Etats-Unis ? Autre fait aggravant : depuis 1944, le président de la Banque mondiale a toujours été un citoyen des Etats-Unis tandis que le directeur du FMI est toujours un ressortissant européen en vertu d’une règle tacite. Ce partage des pouvoirs combiné à cette répartition des droits de vote profondément anti-démocratique prouvent bien que le FMI et le Banque mondiale constituent des instruments aux mains des puissances occidentales pour imposer au reste du monde des politiques servant leurs intérêts propres.

Après avoir traversé une grave crise de légitimité, la Banque mondiale et le FMI ont retrouvé un second souffle du fait de la3_manif_istanbul_FMI crise mondiale. Entre 2004 et 2008, la hausse importante du prix des matières premières a augmenté les réserves de change de certains pays en développement, qui en ont alors profité pour rembourser de manière anticipée leurs dettes envers ces créanciers, afin de se débarrasser de leur tutelle encombrante. Mais à partir de la fin 2008, l’aggravation de la crise mondiale a radicalement modifié la situation. La liste des pays durement frappés par la crise s’est allongée et le G20 a remis FMI et Banque mondiale au cœur du jeu mondial. C’est ainsi que sous la pression du FMI, la Roumanie a dû appliquer des politiques anti-sociales comme la réduction brutale de 15 % des revenus des fonctionnaires, en contrepartie de liquidités pour surmonter la crise à court terme. Depuis 2008, une quinzaine de pays ont connu le même sort. La Banque mondiale a, quant à elle, tiré profit de la crise écologique en créant plusieurs fonds d’investissement climatiques tout en continuant à financer des projets de déforestation et d’industries extractives. Durant l’année 2008, les fonds alloués aux énergies propres ont d’ailleurs été 5 fois inférieurs à ceux destinés aux énergies non-renouvelables dont le montant a augmenté de plus de 165%.(1)

4_manif_istanbul_FMIEnsuite, le G20, autoproclamé « instance de régulation mondiale », a joué un rôle décisif dans la tentative de relégitimation du FMI en triplant ses moyens financiers lors du sommet de Londres en avril dernier et en élargissant ses missions à l’issue du sommet de Pittsburgh. Le FMI est ainsi placé au cœur de la surveillance de l’économie mondiale « pour  promouvoir la stabilité financière internationale et rééquilibrer la croissance ». A Istanbul, il a été convenu de « réexaminer le mandat du FMI pour qu’il englobe l’ensemble des politiques macroéconomiques et liées au secteur financier qui influent sur la stabilité de l’économie mondiale  ».(2) Il devra ainsi « faire des recommandations de politique économique aux pays qui devront prendre des mesures correctives adaptées ». Nul besoin d’être devin pour connaître à l’avance ces recommandations. Le FMI déclarait en juin 2009 sur les politiques mise en œuvre dans la zone euro, que « les mesures prises pour soutenir la réduction de la durée de travail et l’augmentation des avantages sociaux — aussi importantes qu’elles soient pour accroître les revenus et maintenir la main d’œuvre sur le marché du travail — devraient être intrinsèquement réversibles (3)». Le rapport « Doing Business 2010 » de la Banque mondiale est encore plus explicite puisqu’il décourage les pays d’adopter des programmes de protection sociale en qualifiant les gouvernements qui le font de « non-compétitifs (4)». Malgré ses échecs répétés, le Consensus de Washington, sorte de code du néolibéralisme, continue donc à être l’ordonnance prescrite par le FMI et la Banque mondiale aux pays qui sollicitent leur « aide ».

Pourtant, l’échec de ces politiques d’ajustements structurels imposées aux pays du Sud depuis la crise de la dette de 19825_manif_istanbul_FMI aurait dû être rédhibitoire : la pauvreté et les inégalités se sont aggravées tandis que le problème de la dette n’est absolument pas réglé. Pis, une nouvelle crise de l’endettement est en gestation, ce qui augmentera encore la part des budgets nationaux consacrés au remboursement des créanciers. A moins que les gouvernements décident de suspendre le paiement pour satisfaire en priorité les besoins humains fondamentaux et d’entreprendre un audit des dettes pour annuler sans conditions la part illégitime, qui n’a pas profité aux populations. Ce serait là un premier coup d’arrêt aux funestes politiques du FMI et de la Banque mondiale, dont l’abolition et le remplacement par des institutions soucieuses de l’intérêt des populations doivent être des revendications fortes.

Notes
|1| http://www.cadtm.org/Des-degats-eco....

|2| http://www.imf.org/external/french/...

|3| http://www.imf.org/external/french/....

|4| http://www.cadtm.org/Doing-Business-2010-La-Banque

ESPAÑOL, ENGLISH

La galerie de DSK à Istanbul

strauss_kahn_1
Dominique Strauss-Kahn, directeur du FMI, ouvre la séance plénière de l'assemblée annuelle
du FMI et de la Banque mondiale au Centre de Congrès d'Istanbul le 6 octobre.

bm_2
De gauche à droite Ali Babacan, vice-Premier ministre turc, président du Bureau des Gouverneurs de la BM,
Robert Zoellick, président de la BM, et Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre turc, et DSK.

strauss_kahn_3_jpg
De gauche à droite, DSK,
Youssef Boutros-Ghali, ministre des Finances égyptien et président du Comité financier et monétaire international,
Mahmoud Mohieldin, ministre égyptien des Investissements et
Robert Zoellick, après la signature de l'accord sur la tenue du prochain sommet FMI/BM en Égypte en 2012.

strauss_kahn_4_jpg
DSK avec Juan Temistocles Montas Dominguez, secrétaire d'État à l'Économie, à la Planification et au Développement,
Vicente Bengoa, ministre des Finances et Hector Valdez Albizu, gouverneur de la Banque centrale,
tous les trois de la République Dominicaine,  après la signature d'un accord pour un prêt de 1,7 milliard de dollars à ce pays.

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Avec Ahmed Ben Mohamed Al Khalifa, ministre des Finances de Bahreïn.

strauss_kahn_6
Avec Amado Boudou, ministre des Finances argentin.
L'Argentine  n'a pas encore décidé si elle autoriserait un audit du FMI sur l'économie du pays.

**************
Source : CADTM et La Libre Belgique
Photos: Istanbul, 6 et 7/10/2009. FMI, Getty Images et Reuters
Article original publié le 10/10/2009
Sur les auteurs
Les auteurs sont membres du CADTM, un partenaire de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner les auteurs et la source.
URL de cet article sur Tlaxcala :
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10 juillet 2009

VATICAN : L'IMPRÉGNATION FASCISTE TENTACULAIRE DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE DANS LES ÉTATS DU MONDE

VATICANO: LA IMPREGNACIÓN FASCISTA TENTACULAR DE LA IGLESIA CATÓLICA EN LOS ESTADOS DEL MUNDO

Discours du pape Benoît XVI
Discurso del Papa Benoît XVI

« Je désire remercier vivement le cardinal Oscar Andrés Rodríguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa et président de la Conférence épiscopale, des paroles courtoises avec lesquelles il m'a exprimé votre affection et votre fidélité, et également l'affection de vos prêtres, religieux et fidèles diocésains. Je garde chacun dans ma prière, mais en particulier ceux qui souffrent à cause de la pauvreté, de la violence ou de la maladie, en leur manifestant toute mon estime et ma proximité spirituelle ».
“ Deseo agradecer vivamente al señor cardenal Óscar Andrés Rodríguez Maradiaga, arzobispo de Tegucigalpa y Presidente de la Conferencia Episcopal, las amables palabras con las que me ha expresado vuestro afecto y adhesión, así como el de vuestros sacerdotes, religiosos y fieles diocesanos. A todos ellos, pero especialmente a los que sufren a causa de la pobreza, la violencia o la enfermedad, los tengo muy presentes en mi oración manifestándoles toda mi estima y cercanía espiritual ".(Trad. El Vaticano).

trente six heures plus tard seulement, le 28 juin à 3h du matin, le putsch est exécuté. Sa sainteté Benoît XVI « n’était pas au courant…(Rires)…Il n’avait pas été informé par son fidèle cardinal [Ndl’Ad] ». Il avait pu lui dire :
Apenas treinta seis horas después, el 28 de junio a las tres de la mañana, fue ejecutado el golpe. Su Santidad el Papa Benoît XVI “no lo sabía… (Risas)… Su devoto cardinal Rodríguez no lo advirtió la antevíspera, …je je [NdAd]”. Así pudo decirle:

« Je confie à l'intercession de la Vierge Immaculée de Suyapa vos personnes, vos intentions et vos objectifs pastoraux, afin que vous apportiez à tous les fils du Honduras l'espérance qui ne déçoit jamais, Jésus Christ, l'unique Sauveur du genre humain. Avec ces vœux, que ma prière et ma Bénédiction vous accompagnent ».
" A la intercesión de la Inmaculada Virgen de Suyapa encomiendo vuestras personas, intenciones y propósitos pastorales, para que llevéis a todos los hijos de Honduras la esperanza que nunca defrauda, Cristo Jesús, el único Salvador del género humano. Con estos deseos os acompaña mi oración y mi bendición apostólica ". (Trad. El Vaticano).

Ces paroles seront suivies d’effet un jour et demi plus tard :
Un día y medio después, estas palabras fueron seguidas de efecto :

Position publique de l’église catholique par l’intermédiaire de son cardinal hondurien, BÉNI par sa sainteté Benoît XVI chef du gouvernement du Vatican

Posición pública de la Iglesia católica por mediación de su cardinal hondureño, bendito por su Santidad Benoît XVI Jefe de Gobierno del Vaticano

À la date d’aujourd’hui aucun discours du souverain pontife réactionnaire n'a été prononcé sur le coup d’État au Honduras. Benis soient les puissants de ce monde
Hasta hoy de nada habló el reaccionario sumo pontífice. Ni una palabra sobre el Golpe de Estado en Honduras. Benditos sean los poderosos de este mundo.

pape_benoit_xvi_casquette_police_australienne
Merveilleuse cette casquette de la police australienne
Estupenda esta gorra de la policía australiana

g_n_ral_romero_vasquez
Mais celle de ce gorille lui va aussi bien
Pero mejor le va la de este gorila

*****

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI
AUX ÉVÊQUES DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU HONDURAS
EN VISITE "AD LIMINA APOSTOLORUM"

Jeudi 26 juin 2008

Monsieur le cardinal,
Chers frères dans l'épiscopat,

1- C'est avec une grande joie que je vous reçois ce matin et je rends grâce au Seigneur de pouvoir vous rencontrer pour partager avec vous tous les projets et les espérances, les préoccupations et les difficultés de votre cœur de pasteurs de l'Eglise. La communauté catholique du Honduras a été bénie par la consécration en peu de temps de cinq nouveaux évêques; que le Seigneur veuille que cette visite "ad limina", alors que l'on célèbre le vingt-cinquième anniversaire du voyage pastoral du Pape Jean-Paul II dans votre terre, contribue à renforcer encore davantage les liens de communion étroits entre vous et le successeur de Pierre, pour reprendre avec une nouvelle ardeur la mission que le Seigneur vous a confiée!

Je désire remercier vivement le cardinal Oscar Andrés Rodríguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa et président de la Conférence épiscopale, des paroles courtoises avec lesquelles il m'a exprimé votre affection et votre fidélité, et également l'affection de vos prêtres, religieux et fidèles diocésains. Je garde chacun dans ma prière, mais en particulier ceux qui souffrent à cause de la pauvreté, de la violence ou de la maladie, en leur manifestant toute mon estime et ma proximité spirituelle.

2- Le peuple du Honduras se caractérise par un profond esprit religieux, qui se manifeste, entre autres choses, par des pratiques de dévotion populaire nombreuses et enracinées, qui, purifiées de manière appropriée des éléments étrangers à la foi, doivent être un instrument valable pour l'annonce de l'Evangile. D'autre part, et comme cela se produit dans d'autres lieux, la diffusion du sécularisme, ainsi que le prosélytisme des sectes, est source de confusion pour de nombreux fidèles et provoque, en outre, une perte du sens d'appartenance à l'Eglise.

La constatation des immenses difficultés qui s'opposent à votre mission pastorale, loin de susciter le découragement, doit servir à donner une impulsion à une œuvre d'évangélisation étendue et audacieuse, qui se fonde, plus que sur l'efficacité des moyens matériels ou des projets humains, sur le pouvoir de la Parole de Dieu (cf. He 4, 12), accueillie avec foi, vécue avec humilité et annoncée avec fidélité.

En tant que successeurs des apôtres, vous avez été appelés à une mission éminente:  "Perpétuer l'œuvre du Christ, pasteur éternel" (Christus Dominus, n. 2). Le Christ est assurément le cœur de l'évangélisation (cf. Pastores gregis, n. 27), c'est pourquoi l'amour pour lui et pour les hommes nous pousse à apporter son message jusqu'aux lieux les plus reculés de votre nation bien-aimée, afin que tous puissent parvenir à une rencontre personnelle et profonde avec le Seigneur, qui est le début d'une authentique vie chrétienne (cf. Deus caritas est, n. 1).

3- Dans cette tâche urgente d'annoncer la Bonne Nouvelle du salut, vous pouvez compter sur l'aide inestimable de vos prêtres. Ceux-ci, en tant que premiers collaborateurs de votre mission pastorale, doivent également être les principaux destinataires de votre sollicitude de pères, de frères et d'amis, en prêtant attention à leur vie spirituelle et à leurs besoins matériels. De même, le zèle et l'attention avec laquelle vous suivez la formation des séminaristes est une manifestation éloquente de votre amour pour le sacerdoce. Avec confiance dans le Seigneur et avec générosité, mettez toujours au service du séminaire les meilleurs formateurs et les moyens matériels adaptés, afin que les futurs prêtres acquièrent cette maturité humaine, spirituelle et sacerdotale dont les fidèles ont besoin et qu'ils ont le droit d'attendre de leurs pasteurs.

Malgré une croissance des vocations ces derniers temps, le manque de prêtres dans vos Eglises particulières est, à juste titre, l'une des principales préoccupations. C'est pourquoi l'engagement à susciter des vocations parmi les jeunes doit être un objectif prioritaire dans vos projets pastoraux, auxquels doivent participer toutes les communautés diocésaines et paroissiales. C'est pourquoi je vous exhorte à encourager la prière personnelle et communautaire qui, en plus d'être un mandat du Seigneur (cf. Mt 9, 38), est nécessaire pour découvrir et permettre une réponse généreuse à sa vocation.

Je ne peux que reconnaître le grand travail évangélique qu'accomplissent les communautés religieuses, en enrichissant vos diocèses par la présence de leurs charismes spécifiques, et dont vous devez continuer à promouvoir la collaboration dans un esprit de véritable communion ecclésiale.

4- Je désire souligner également le rôle significatif que les laïcs catholiques du Honduras sont en train de jouer dans les paroisses comme catéchistes et délégués de la Parole. Un aspect important du ministère pastoral consiste à travailler sans relâche afin que les fidèles soient toujours plus conscients que, en vertu de leur baptême et de leur confirmation, ils sont appelés à vivre la plénitude de la charité en participant à la même mission salvifique que l'Eglise (cf. Lumen gentium, n. 33). A travers le témoignage de leur vie chrétienne, ils peuvent apporter dans tous les secteurs de la société la lumière du message du Christ, en attirant dans la communauté ecclésiale ceux dont la foi s'est affaiblie ou qui se trouvent loin de celle-ci. Les fidèles laïcs ont donc besoin d'intensifier leur relation avec Dieu et d'acquérir une solide formation, en particulier en ce qui concerne la doctrine sociale de l'Eglise. De cette manière, comme le levain dans la pâte, ils pourront accomplir leur mission de transformer la société selon la volonté de Dieu (cf. ibid. n. 31).

Dans le même temps, un domaine d'attention pastorale particulier est celui du mariage et de la famille, dont la solidité et la stabilité apportent tant de bienfaits à l'Eglise et à la société. A ce propos, il est juste de reconnaître le pas important qui a été accompli en insérant dans la Constitution de votre pays une reconnaissance explicite du mariage, même si vous savez qu'il ne suffit pas de posséder une bonne législation si l'on ne réalise pas ensuite l'œuvre culturelle et de catéchèse nécessaire, en mesure de faire resplendir dans la société la vérité et la beauté du mariage, véritable alliance perpétuelle de vie et d'amour entre un homme et une femme.

5- Comme l'annonce de la Parole et la célébration des sacrements, le service de la charité est une partie essentielle de la mission de l'Eglise (Deus caritas est, n. 25). Les évêques, en tant que successeurs des apôtres, sont donc les premiers responsables de ce service de charité dans les Eglises particulières (cf. ibid. n. 32). Je sais à quel point vous êtes touchés par la pauvreté dans laquelle vit un grand nombre de vos concitoyens, unie à l'augmentation de la violence, à l'émigration, à la destruction de l'environnement, à la corruption et à la carence de l'éducation, parmi tant d'autres graves problèmes. Comme ministres du Bon Pasteur vous avez accompli, à travers les paroles et les œuvres, une intense œuvre d'aide aux indigents. Je vous exhorte vivement à continuer à montrer dans votre ministère le visage miséricordieux de Dieu, en développant dans toutes vos communautés diocésaines et paroissiales un service de charité étendu et ramifié, qui parvienne de manière particulière aux malades, aux personnes âgées et aux détenus.

6- Bien-aimés frères, je vous confirme mon affection et ma gratitude pour tout votre dévouement et votre sollicitude pastorale. Dans le même temps, je vous demande de transmettre à vos prêtres, religieux, religieuses, séminaristes et fidèles laïcs le salut et l'estime du Pape.

Je confie à l'intercession de la Vierge Immaculée de Suyapa vos personnes, vos intentions et vos objectifs pastoraux, afin que vous apportiez à tous les fils du Honduras l'espérance qui ne déçoit jamais, Jésus Christ, l'unique Sauveur du genre humain. Avec ces vœux, que ma prière et ma Bénédiction vous accompagnent.

ENGLISH, ESPAÑOL, ITALIANO, DEUSTCH, PORTUGUÊS

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Source : Le Vatican – «
DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI… »
Discours édité sur le site du
Vatican le 26 juin 2009

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19 mai 2009

RATZINGER, DÉSINFORMÉ ACRITIQUE OU COMPLICE DU RACISME ET DE L'AGRESSIVITÉ IMPITOYABLE D'ISRAËL ?

Guillermo_F
Auteur : Guillermo F. PARODI

Même mon fils de 12 ans, rien qu’en lisant mes traductions, connaît la différence entre sionisme et judaïsme. Le sionisme est un mouvement laïque, nationaliste et raciste qui est né il y a un peu plus d'un siècle, et s'est concrétisé par la création de l'État d'Israël sur les terres des Palestiniens, qui ont subi un horrible nettoyage ethnique. Le judaïsme est une religion de plus de 5.000 années (lunaires, NdR) qui a légué ses Dix Commandements au christianisme (dont ceux-ci: Tu ne tueras point et Tu ne mentiras point).

Il est inadmissible que Ratzinger, « représentant de Dieu sur terre » pour les catholiques, soit ou bien un désinformé acritique ou un complice du racisme et de l'agressivité impitoyable d'Israël, en faisant une visite officielle du 11 au 15 mai, en vue de la réconciliation. Mais réconciliation avec qui ? Avec les sionistes ?

L’État d'Israël d’aujourd’hui est devenu puissant parce qu’il « a volé » le nom biblique d'Israël et a convaincu les juifs de la diaspora que c'était la terre de tous les juifs, alors que ses rabbins orthodoxes savent bien que le retour à Jérusalem doit se réaliser - selon leurs écritures -, seulement quand la Messie apparaîtra [1].

Même les juifs qui demeurent en Iran (et ils sont très respectés) ou dans une quelconque partie du monde, et qui n'ont pas été atteints par cette fureur assassine qui prédomine dans les instances dirigeantes et dans 95% des citoyens israéliens, sont au courant de cette escroquerie et de cette tromperie.

Pour les laïcs dubitatifs il suffit de mentionner le massacre impitoyable que les Israéliens ont commis à Gaza du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009 (opération Plomb Fondu) [2] - rappelons les résultats : 1.300 Palestiniens sont morts, dont 410 étaient des enfants, qui ont même été abattus avec de nouvelles armes testées sur leurs corps, face aux 10 (dix) soldats israéliens morts -, qui est une preuve indiscutable que cela n'a pas été une guerre, mais plutôt une chasse à des êtres humains comme s'ils étaient des lapins. Les mensonges permanents comme quoi ils n'ont pas utilisé de bombes au phosphore blanc ou qu'ils n'ont pas utilisé de nouvelles armes ont été rapidement démasqués par les mêmes médias qui les avaient auparavant avalisés. Le thème de la rupture de la trêve a aussi été révélé comme étant un mensonge, l'utilisation de boucliers humains pour lancer des missiles constitue un attentat à tout esprit moyennement informé. Déjà au cours de la guerre des Malouines les courageux petits soldats argentins - victimes de la mégalomanie de Galtieri-, changeaient rapidement leurs mortiers de place car à cette époque (1982) il existait déjà des appareils pour détecter le point précis de départ des projectiles. Un peuple qui tue et qui ment ne peut pas s’ériger en représentant de la religion juive. Jamais !

Bon, petit ami Ratzinger c’est déjà la seconde visite, la première a été celle au responsable de la mort de plus d’un million d'Irakiens et d’Afghans, l’ineffable George W. Bush [3], avec sourires et embrassades, et…maintenant celle-ci ! Non Ratzinger, nous ne sommes pas des arriérés mentaux, nous ne pouvons pas accepter que vous, un théologien de profession et un gardien de la Doctrine de la Foi, ne sachiez pas ce que tous nous savons et que vous alliez voir bêtement ce gouvernement tricheur, impitoyable et implacablement raciste pour lui demander pardon pour l’Holocauste, pour l'Inquisition et pour la persécution des juifs pour « déicide ». Ceux-là, ne sont pas les juifs, idiot !

Notes:

[1] Le danger, en Israël, vient du mélange de la foi avec le nationalisme.
http://www.rebelion.org/noticia.php?id=84414

[2] Attaque à Gaza - Recherche d'images sur Google. http://images.google.com.ar/images?hl=es&q=ataque+a+Gaza&um=1&ie=UTF-8&ei=x9cFSpPGN4SktgfYo7GOBw&sa=X&oi=image_result_group&resnum=5&ct=title

[3] Benoît XVI et l'occasion perdue. http://www.rebelion.org/noticia.php?id=52116

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Jérusalem, 11 mai : Shimon Peres accueille le Pape avec des dattes et lui offre un échantillon d'une nouvelle variété de blé hybride (sans doute génétiquement modifié) baptisée..."Benoît XVI".
Photo Getty Images

Traduction : Esteban

Révision : Fausto Giudice

ESPAÑOL

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Source :
Ratzinger, desinformado acrítico o cómplice del racismo israelí y de su despiadada agresividad
Article original publié le 12/5/2009
Sur l’auteur
Esteban G. et Fausto Giudice rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste sont tous deux membres de Tlaxcala.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=7632&lg=fr

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07 mai 2009

LE CAPITALISME N'EST PAS PLANIFIABLE

Nous sommes les seuls à décider

Compte-rendu du livre Temps de la colère, de Jutta Ditfurth

auteur_Vicente_Romano
Auteur: Vicente ROMANO

Jutta Ditfurth, un exemple d'honnêteté et de cohérence révolutionnaires, nous offre un nouveau cadeau avec un autre de ses excellents livres: Zeit des Zorns (Temps de la colère). Militante célèbre de la gauche allemande antidogmatique, experte extraordinaire de l'évolution ou de la régression de la gauche classique de son pays, elle nous offre un travail indispensable pour connaître les événements sociopolitiques et socioéconomiques de l'Allemagne durant ces dernières décennies.

Cette sociologue, journaliste et militante politique engagée dans les plus beaux idéaux de l'humanisme marxiste et de l'écologisme, nous présente ici un essai polémique, mais révélateur, sur la nature et les tendances du capitalisme et sa crise actuelle.

Il y a des « gens de gauche », dit-elle, qui s’imaginent que le capitalisme peut être réformé et transformé en une organisation sociale plus humaine. Erreur crasse, proclame-t-elle. Les marxistes de salon qui défendent ces positions ne font que manifester la crainte de perdre les agréments sur lesquels ils sont assis. Il n'y a pas de capitalisme sans lutte de classes, affirme-t-elle. Et tant que les opprimés ne se rebelleront pas, la lutte émancipatrice reste réduite à cela, à des colloques réformistes, ou plutôt conformistes, de salon.

Jutta_DitfurthJutta Ditfurth signe ici un courageux règlement de comptes avec les politiciens et les fonctionnaires qui ont trahi les idéaux d'une société plus humaine. Qu’en est-il du principe espérance de la gauche ? Se demande-t-elle. Qui se dresse aujourd'hui pour mettre des limites au capitalisme et combattre la pauvreté et la destruction de la nature ?

Dans la lignée d'autres femmes allemandes comme Rosa Luxemburg, Elisabeth Abendroth ou Ulrike Meinhof, chacune à sa manière, Jutta prête sa voix indignée à tous ceux qui se trouvent désemparés face à ce système arrogant dévastateur de l'humanité et de la nature. Elle expose avec un langage simple et clair la véritable nature du capitalisme, la crise actuelle et ses tendances vers l'autoritarisme et le néofascisme.

Sans avoir besoin de s’appuyer sur la crise, le capitalisme est déjà, en son état normal, une catastrophe pour les êtres humains et la nature. Il ne peut pas exister sans le profit ni l’exploitation. Les deux seules sources de toute richesse sont la force de travail humaine et les ressources naturelles. Et le capitalisme s'efforce de les soumettre et de les exploiter au maximum. C’est son essence même, consubstantiel à son système de production. Le blabla que tout le mal vient de l'avarice des banquiers et des gestionnaires irresponsables n'est rien de plus que de la simple parlotte. Oui, ils sont avaricieux, mais c'est la structure elle-même de ce mode de production qui les force à être ainsi. Et celui qui n'exploite pas au maximum perd sa carrière ou son évolution de carrière.

La seule chose qui peut freiner cette ardeur destructrice se sont les luttes de classe. Aucune crise ne l’arrête, il est la crise. Le capitalisme est en crise permanente, ici ou là. Pour des millions et des millions de personnes, le capitalisme, avec crise ou sans crise, n'est autre chose qu’une catastrophe pour leurs vies : ils travaillent comme esclaves dans les grandes propriétés rurales, ils créent la richesse sociale dans une quelconque usine ou atelier, ils cousent la dernière mode en Europe de l’Est, en Chine ou au Vietnam.

La production capitaliste, le mode d'accaparement de la plus-value, comme disait Karl Marx, provoque des dommages physiques et psychiques énormes aux êtres humains : maladies nerveuses et cardiovasculaires, infections, cancer, etc. Et les progrès de la médecine se transforment en de nouvelles formes d'accumulation de richesse pour les conglomérats pharmaceutiques. Et seule une minorité infime de l'humanité a accès à ces progrès.

Oui, nous dit Jutta Ditfurth, le capitalisme est réformable, mais rarement au bénéfice de l'humanité. Parfois on perd même les bénéfices humains, les conquêtes sociales de tant d'années de luttes. Et c’est cela que l’on appelle le progrès. Tant de batailles perdues !

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Dans ce parc de Berlin, entre un panneau qui avertit que « Les chiens doivent être tenus en laisse » et un autre qui interdit les grillades (en turc, en grec et en serbo-croate, à l’usage des immigrés culturellement sous-développés), une main anonyme a ajouté « les hommes ne sont pas des ordures ».
Source: Gerhard Seyfried,
http://blogs.taz.de/zeichenblog/kategorie/schilderguerilla/

Beaucoup de ces réformistes n’ont rien à objecter sur son essence. Ils parlent de « déviations », d'« avarice », « de capitalisme destructeur » et autres idioties. Mais jamais ils n’admettent que c’est le capitalisme normal et courant qui présente la crise de suraccumulation comme « crise financière ».

Le capitalisme produit continuellement la crise. C’est une chose que l’on ne nous enseigne pas à l'école. Et, en rapport à la crise actuelle, l'auteure se pose les questions suivantes :

Quelles conséquences la crise économique mondiale renferme-t-elle ? Catastrophiques pour les plus pauvres et pour la nature, répond-t-elle.

Le capitalisme va-t-il s’enfoncer ? Non, malheureusement. Mais les démocraties bourgeoises deviendront plus autoritaires et dictatoriales.

Sommes-nous menacés par plus de guerres ? Oui.

L'État peut-il nous sauver du capitalisme ? Non. C’est l'État du capital, et le capitalisme n'est pas planifiable.

Ce que le capital appelle la « crise » c’est la situation qui se crée lorsque ses profits baissent. Mais sa crise n'est pas la nôtre. L'immense douleur humaine qu'il comporte implicitement, le capital s’en souciera comme d’une guigne tant que des révoltes, des rébellions et des révolutions ne surgiront pas.

Personne ne peut se faire d’illusions que la crise mondiale conduira à l’écroulement du capitalisme. Elle aidera à résoudre quelques problèmes, à assainir le marché et à obtenir des profits supplémentaires. L'argent pour mettre en place ces mesures, échappant à notre contrôle, provient des fonds publics (du peuple) et remplit les poches de ceux qui provoquent ce mal social jusqu'aux limites de l’intolérable.

Livre_Zeit_Des_Zorns_Jutta_DitfurthQue personne ne se fasse d’illusions, avertit Jutta Ditfurth. Aucun « être suprême » ne décide du sens de nos vies, ni Église, ni religion et encore moins le capital. Nous sommes les seuls à décider.

Pour tout humaniste et toute personne de gauche, l'essentiel est l'être humain. Et ce dont il s’agit, c’est d’éradiquer toutes les relations sociales qui privent l’être humain de sa vie, de ses possibilités de développement et de son bonheur.

Jutta Ditfurth
ZEIT DES ZORNS. Streitschrift für eine gerechte Gesellschaft
[TEMPS DE LA COLÈRE. Écrits de lutte pour une société juste]

Droemer Verlag, Munich 2 mai 2009. 270 pages.

Traduction : Esteban

Révision : Fausto Giudice

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Source :
El capitalismo no es planificable - Reseña del libro Tiempo de la ira, de Jutta Ditfurth
Article original publié le  6 mai 2009
Sur l’auteur
Esteban et Fausto Giudice rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste sont tous deux membres de Tlaxcala.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=7577&lg=fr

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06 mai 2009

GRIPPE PORCINE (I et II)

auteur_jos__saramago
Auteur: José SARAMAGO

Je ne connais rien de l'affaire et l'expérience directe d'avoir coexisté avec des porcs dans l'enfance et à l'adolescence ne me sert à rien. C’était plus une famille hybride d'humains et d’animaux qu’autre chose. Mais je lis avec attention les quotidiens, j'écoute la radio, je vois les reportages à la télévision, et, grâce à quelque lecture providentielle cela m’a aidé à mieux comprendre les coulisses des causes premières de la pandémie annoncée, peut-être pourrai-je, ici, apporter quelque donnée qui éclaire à son tour le lecteur. Il y a déjà pas mal de temps que les spécialistes en virologie sont convaincus que le système d'agriculture intensive de la Chine méridionale est le principal vecteur de la mutation grippale : autant de la « dérive » saisonnière que celui de « l’échange » épisodique génomique. Il y a déjà six ans la revue Science publiait un article important dans lequel il était démontré qu’après des années de stabilité, le virus de la grippe porcine d'Amérique du Nord avait fait un saut évolutif vertigineux. L'industrialisation de l'élevage par de grandes entreprises, a brisé ce qui jusqu'alors avait été le monopole naturel de la Chine dans l'évolution de la grippe. Durant les dernières décennies, le secteur de l'élevage a été transformé en quelque chose qui ressemble plus à l'industrie pétrochimique qu’à la ferme familiale bucolique que les livres de textes scolaires se plaisent à décrire…

masques_mexiqueEn 1966, par exemple, aux USA on comptait 53 millions de porcs répartis sur un million de fermes d’élevage. Actuellement, 65 millions de porcs sont concentrés dans 65 000 installations. Cela signifie que l’on passe des anciennes porcheries aux gigantesques enfers fécaux d'aujourd'hui, dans lesquels, au milieu du fumier et dans une la chaleur suffocante, prêts à échanger des agents pathogènes à la vitesse de la lumière, des dizaines de millions d'animaux dont les systèmes immunitaires sont plus qu’affaiblis se retrouvent entassés.

Il est certain que ce ne serait pas là la seule cause, mais ceci ne peut pas être ignoré. Je reviendrai sur l'affaire.

***

Continuons. L'an passé, une commission convoquée par le Pew Research Center a publié un rapport sur « la production animale dans les exploitations d’élevage industriel. Ce rapport attirait l'attention sur le grave danger que la circulation continuelle de virus, caractéristique des énormes cheptels ou troupeaux, augmenterait les possibilités d'apparition de nouveaux virus par des processus de mutation ou de recombinaison qui pourraient générer des virus plus actifs dans la transmission entre humains ». La commission a également alerté que l'utilisation à la légère d'antibiotiques dans les usines porcines – moins chère qu’à l’échelle humaine – offrait une expansion d'infections de staphylocoques résistants, en même temps que les décharges résiduelles généraient des manifestations d’Escherichia coli et de Pfiesteria (le protozoaire qui a tué des milliers de poissons dans les estuaires de la Caroline du Nord et qui a contaminé des dizaines de pêcheurs).

Toute amélioration dans l'écologie de ce nouvel agent pathogène devrait faire face au pouvoir monstrueux des grands conglomérats avicoles et de l'élevage, comme Smithfield Farms (porcins et bovins) et Tyson (poulets). La commission a parlé d'une obstruction systématique à ses recherches de la part des grandes entreprises, y compris rien de moins que des menaces voilées de supprimer le financement des chercheurs qui ont coopéré avec la commission. Il s’agit d'une industrie très mondialisée avec des influences politiques. De même que le géant avicole Charoen Pokphand, établi à Bangkok, a été capable de faire échouer les recherches sur son rôle dans la propagation de la grippe aviaire dans le Sud-est asiatique, le plus probable est que les recherches épidémiologiques des légistes sur l’accès de grippe porcine se heurte contre le mur de glace de l'industrie porcine. Cela ne veut pas dire qu'il ne sera jamais pointé de doigt accusateur : dans la presse mexicaine circule déjà la rumeur que l’épicentre de la grippe se situerait dans une gigantesque filiale de Smithfield dans l'État de Veracruz. Mais le plus important c’est la forêt, et non les arbres : l’échec de la stratégie anti-pandémique de l'Organisation Mondiale de la Santé, la détérioration progressive de la santé publique mondiale, le bâillon apposé par les grandes transnationales pharmaceutiques sur des médicaments vitaux et la catastrophe planétaire que constitue l'élevage industrialisé sans discernement écologique.

Comme on peut l’observer, la contagion est beaucoup plus compliquées que le fait qu'un virus probablement mortel entre dans les poumons d'un citoyen pris dans la toile des intérêts matériels et du manque de scrupules des grandes entreprises. Tout contamine tout. La première mort, il y a déjà longtemps, a été celle de l'honnêteté. Mais, pourra-t-on réellement demander à une transnationale d’être honnête ? Qui viendra à notre secours ?

filles_masc

Traduction : Esteban

Révision : Fausto Giudice

PORTUGUÊS

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Source :
Gripe suína
Article original publié le 29 et 30/4/2009
Sur l’auteur
Esteban et Fausto Giudice rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste sont tous deux membres de Tlaxcala.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=7575&lg=fr

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