LE TACLE

LA CONSCIENCE VAUT MILLE TÉMOINS

02 juillet 2008

LE LEGS D’AUSCHWITZ

le_mur_de_la_honteLes témoignages successifs des officiels sur la reconnaissance aux victimes des camps de concentration européens, crées durant la Seconde Guerre Mondiale, semblaient qu’ils auraient mis fin à leur logique de génocide.  En ce début du XXIè siècle, Il est difficile que ce soit le cas. Les guerres des Balkans, les atrocités qui se sont passées en Afrique et les guerres d’Irak et d’Afghanistan montrent plutôt une épouvantable régression historique. Les massacres et les génocides, les déplacements de millions d’humains, le confinement massif dans des camps de concentration ou de réfugiés et, pas seulement aujourd’hui, les mouvements migratoires provoqués par la pauvreté et la destruction écologique n’ont pas cessé de se multiplier.

Selon les données fournies par le Committee for Refugees and Immigrants des Etats-Unis, pour l’année 2006 il existait dans le monde 33 millions de personnes déplacées, contre leur volonté, de leurs habitats d’origine. Parmi elles, 21 millions constituent celles que l’on appelle « personnes déplacées à l’intérieur », c'est-à-dire, relocalisées à l’intérieur de ses propres frontières nationales. Les 12 millions suivantes sont des réfugiés qui ont fuit dans d’autres pays à la recherche de la sécurité politique et économique.

Le Soudan et la Colombie sont montrés comme les exemples de déplacements internes provoqués par la violence militaire, avec des chiffres qui atteignent respectivement les 5 et 3 millions de réfugiés. C’est l’Irak qui est en tête de la crise humanitaire la plus récente avec 1.700.000 personnes déplacées à l’intérieur et plus de 2 millions qui ont fuit le pays.

Ces mouvements sont officiellement temporaires. Mais dans des pays comme la Colombie, le retour  à leurs maisons de ces déplacés, qui en majorité sont des indigènes et des métis, est impossible, puisque leurs terres « abandonnées » officiellement ont été réappropriées par des corporations et des organisations militaires. Il existe plus de 2 millions d’afghans dans des camps de réfugiés provisoires depuis plus de 20 ans. Le chiffre record est détenu par les palestiniens : 3 millions de déplacés depuis un demi siècle. Dans le monde, le nombre de ceux que l’on appelle « les réfugiés à perpétuité » atteint le total de 8 millions. Et ces chiffres ne font que se multiplier d’année en année grâce à ces guerres lucratives et au trafic de personnes.

Les déclarations officielles, condamnent les camps de concentration du national-socialisme du siècle dernier et les consacrent comme étant un événement unique dans l’histoire de l’humanité, dont les motifs, les méthodes et les objectifs échappent à la raison. On attribue en sous-entendu ou explicitement sa responsabilité à des volontés perverses et à des pathologies racistes.

Cependant, les génocides industriels du XXè siècle ne constituent pas un fait isolé. Les mines et les Mitas [1] coloniales de l’Amérique espagnole sont un paradigme historique de rationalisation militaire d’un système ethnocide de production. Les chiffres du génocide colonial américain sont imprécis. Mais les calculs plus précis les situent autour de dizaines de millions.

Le trafic international d’esclaves africains constitue une préface sordide des génocides européens du XXè siècle, avec des chiffres aussi horrifiants. Le nom même de camps de concentration lui fut consacré par le colonialisme britannique en Afrique du Sud avant que le l’impérialisme allemand ne l’utilise.

Derrière ces crimes contre l’humanité il existe, sans aucun doute, des volontés malades. Mais leurs processus de génocides sont traversés par une rationalité claire qui définit l’accumulation du capital, l’expansion des marchés et la concentration du pouvoir et de la richesse. La moitié, à peu près, des victimes des camps de concentration nazis étaient des paysans esclaves, des gitans et des communistes que la machine militaire dévorait à mesure de son expansion vers l’Est.

Son extermination était liée à un principe économique: rationaliser la production agraire, en la libérant de ses entraves précapitalistes. Une des raisons qui justifiait l’élimination des ghettos juifs d’Europe centrale était leurs formes de vie traditionnelles, résistant à l’économie de marché et aux exigences de l’industrialisation agraire. Ces génocides développaient également un principe de sécurité : leurs victimes étaient des insurgés potentiels contre le système qui les délogeait de leurs cités et de leurs terres.

Même si juridiquement et médiatiquement on l’envisage comme une réalité à part, le flux massif migratoire d'aujourd'hui obéit aux mêmes principes : l’expansion territoriale de pouvoirs corporatifs, l’augmentation des inégalités économiques et sociales entre les nations riches et les régions néocoloniales, la dégradation de l’environnement et la violence. Leurs chiffres sont aussi préoccupants. En Europe il y a 83 millions d’immigrants légaux et un nombre indéterminé, entre 4 et 7 millions, de « sans papiers ». Aux Etats-Unis le chiffre officiel de ces immigrants non légalisés atteint les 12 millions.

expulsionAu lieu d’affronter les causes de ce désordre global, les intérêts économiques et militaires qui le maintiennent, les leaders mondiaux ont opté pour la criminalisation de leurs victimes et la militarisation de leurs conflits. Le concept même « d’immigrant illégal » est une construction tellement arbitraire. Le terme fut appliqué par le colonialisme britannique pour combattre une indésirable immigration de juifs vers la Palestine dans les années de leurs persécutions nazis en Allemagne. Les phrases qui distillent que ces immigrants représentent une menace pour le marché du travail, l'association vicieuse des immigrants avec le crime organisé et les rhétoriques qu'ils sont incapables d'une intégration nationale cache le démantèlement effectif des droits humains à l’échelle globale.

Les camps de détention et de concentration, la militarisation des mouvements migratoires générés par les guerres, la misère et la spoliation ne sont précisément pas une solution à ces dilemmes. Ils font partie du problème. Seul l’affrontement transparent de l’extorsion économique croissante des régions les plus riches de la planète par des pouvoirs corporatifs des multinationales, des causes réelles de la détérioration de l’environnement, des trafics d’armes et d’êtres humains, et la mise en place d’authentiques programmes de développement durable pourraient mettre un point final à cette logique de génocide : le legs d’Auschwitz. Mais la condition première pour trouver une solution à ces dilemmes est son débat public.

(Cet article a été censuré par le quotidien El País, de Madrid, au moment où les leaders européens sont en train d’administrer l’expulsion de millions d’immigrants non légalisés…)

eduardo_subirats
Eduardo Subirats est écrivain et professeur de littérature et d'esthétique à l'Université de New York. Son livre le plus récent, L'existence assiégée,  a été publié au Mexique.




[1] Pendant la colonisation de l'Amérique, les espagnols astreignirent les indiens à différents travaux forcés : domesticité, commerce et mines en particulier. Cette mesure appelée "Mita" fit de grands ravages dans la population indigène; nombre d'indigènes moururent écrasés de travail, tandis que d'autres abandonnèrent leur terre pour ne pas tomber sous le joug de la "Mita" qui ne s'appliquait pas sur tout le territoire conquis.

ESPAÑOL

Traduction: Esteban

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24 juin 2008

ÉTATS-UNIS: " NOS BOMBES TAPISSERONT LE CYBERESPACE"

STRATÉGIE DU DÉPARTEMENT D'ÉTAT  DES ÉTATS-UNIS

Le Pentagone a décidé de se doter d’une unité spécialisée destinée à détruire sans sommation les sites Internet de ses adversaires, comme mentionné dans le numéro de mai 2008, de la revue de l’Armed Forces Journal, de l’Armée des Etats-Unis.

usa_cyberespace

« Tapisser de bombes le cyberespace », c’est la stratégie que vient d’annoncer le Département de la Défense nord-américain, ce qui signifie, détruire délibérément les sites Internet qui dérangent le gouvernement nord-américain, en cas de conflit réel ou possible, ce qui lui permet de frapper d’une agression cybernétique n’importe quelle partie du réseau mondial.


Bien que cette stratégie avait été déjà rendue publique grâce à certaines évidences dans les discours officiels des militaires nord-américains, c’est la première fois qu’un haut officiel, le Colonel Charles W. Williamson, Juge de l’Agence d’Intelligence Vigilance et Reconnaissance des Forces Aériennes, vient de l’admettre et a tenté de justifier légalement ces violations à la liberté d’expression dans le Web et les mécanismes de guerre cybernétique, pour laquelle les nord-américains se préparent à toute vitesse.

La « guerre aux réseaux » (network warfare), dans les mains de la 67è brigade de guerre aux réseaux, dispose déjà de 8000 hommes commandés par le colonel Joseph Pridotkas. Cette force complètera le Commando du Cyberespace de la Force Aérienne, qui opère à partir de Los Angeles, Californie, et qui sera opérationnelle en octobre prochain.

Lorsque ces deux forces seront officiellement prêtes, les Etats-Unis pourront compter avec une force impressionnante pour opérer sur Internet. Elle s’unira avec les armées traditionnelles – mer, air et terre – et recevra des moyens importants capables d’éliminer de façon simultanée des milliers de sites Internet.

« L’Amérique du Nord à besoin d’un réseau d’une puissance suffisante pour reprendre le contrôle des ces énormes quantités de trafic sur Internet…que nos adversaires utilisent. L’Amérique du Nord nécessite un grand tapis de bombes dans le cyberespace pour créer la dissuasion qui nous manque », affirme le colonel Williamson dans la revue Armed Forces.

Il admet que les « ramifications politiques peuvent être difficiles à manipuler », faisant allusion que les Etats-Unis ne doutent pas de pénétrer le réseau d’un site, qui appartienne à un pays qui ne soit pas listé dans leurs ennemis politiques : « Évidemment, les EEUU chercheront des alliés, mais nous pourrions être en conditions également de lancer une attaque contre une nation dont nous avons juré de protéger avec un pacte de défense mutuelle. Les EEUU ensemble avec ses alliés peuvent réduire ce risque au moyen d’une coopération afin de maximiser la sécurité informatique », affirme Williamson.

L’industrie militaire a rendu possible que les Etats-Unis se transforment en une puissance de cyber vigilance et dans des opérations couvertes à travers le réseau. Le secrétaire de la Force Aérienne Michael W. Wynne avait annoncé le 2 décembre 2006 que le Pentagone avait décidé de construire une 8è Force Aérienne, « le nouveau commandement du cyberespace de service, qui focalisera son attention sur la lutte contre le terrorisme au plan technologique ».

Le Commando du Cyberespace est sous la direction du Lieutenant Général Robert Elder, un général à trois étoiles spécialisé dans la technologie militaire soviétique – un de ses livres s’intitule Objectif stratégique du Commerce de la Technologie Avancée avec l’Union Soviétique.

Lors de la présentation à la presse du Commando du Cyberespace, Elder avait exprimé : « En définitive, il résulte beaucoup plus d’intérêts d’utiliser le cyberespace comme domaine de combat, contre nos adversaires au moins, et c’est ce que nous sommes en train de compenser. … S’ils veulent se battre contre nous dans le cyberespace, nous sommes disposés à leur livrer le combat  dans ce cercle également».

La mission du nouveau Commando, selon Elder, est “le monde à notre portée, vigilance mondiale, pouvoir mondial ». « Jusqu’à présent –a-t-il dit- nous étions sur la défensive. Le changement culturel fait que nous passons à l’offensive et nous allons traiter le cyberespace comme un domaine de combat…En liaison avec les universités, nous allons former des guerriers du cyberespace qui soient capables de réagir devant n’importe quelle menace 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7… ».

Afin qu’il n’y ait aucun doute sur la gravité de l’ordre du Pentagone, il a ajouté: « Dans ce domaine, et à l’image de n’importe quel scénario de guerre, il n’y a pas de place pour les amateurs ».

Le commando du cyberespace a une contrepartie dans le Département d’État : le Groupe Spécial de Travaux pour la Liberté sur la Globalité d’Internet (Global Internet Freedom Task Force, GIFTF, pour son sigle en anglais), une organisation multi-agences subordonnée à Condoleezza Rice et dirigée par la sous-secrétaire de l’Économie, du Commerce et de l’Agriculture de ce Département, Josette Sheeran Shiner. Ce Groupe de Travaux, Dans lequel participent des agences du gouvernement, des universités et des chercheurs privés qui « sont opérationnels 24 heures sur 24 », avait été dévoilé publiquement le 14 février 2006.

Lors de sa seconde réunion de travail organisée le 3 avril 2006, le GIFTF « a discuté de la pratique et de la construction de stratégies pour aider la liberté sur Internet ». Josette Shiner avait averti, pendant cette rencontre dans laquelle avaient participé de “hauts” fonctionnaires du gouvernement que, « nous nous concentrons spécifiquement sur les défis de la liberté d’Internet en Iran, Cuba et la Chine ».

Cubadebate

Traduction: Esteban

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18 juin 2008

MONDE : QUI PEUT RENTRER DANS LE MONDE ?

Si nos systèmes politiques seraient ce qu’ils disent être, dans tous les parlements l’on serait maintenant en train de discuter d’un graphique élaboré par Mathis Wackernagel, chercheur au Global Footprint Network (Californie). Mais il semble que le sujet n’ait pas attiré autant l’attention. Et cependant, le graphique s’avère destructeur pour les plus solides certitudes de notre classe politique et, évidemment, pour les critères les plus évidents des votants. Surtout, dans un monde politique dans lequel gauche et droite ont la bouche pleine avec les objectifs du « développement durable ».

sustainability

 La chose est bien simple.

L’axe vertical représente l’Indice de Développement Humain (IDH), élaboré par les Nations Unies pour mesurer les conditions de vie des citoyens en prenant comme indicateurs l’espérance de vie à la naissance, le niveau d’éducation et le PIB par tête. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) considère qu'un IDH est « haut » lorsqu’il est égal ou supérieur à 0,8, et que dans le cas contraire, il est établi que les pays ne sont pas « suffisamment développés ».

Dans l’axe horizontal l’on peut mesurer la quantité de planètes Terre qu’il serait nécessaire d’utiliser dans le cas où le niveau de consommation d’un pays donné serait généralisé à tout le monde. Wackernagel et son équipe avaient fait les calculs pour 93 pays entre 1975 et 2003. Les résultats sont bouleversants et surprenants. Si, par exemple, l’on arriverait à généraliser le style de vie du Burundi, il nous resterait encore plus de la moitié de la planète. Mais le Burundi est bien en deçà du niveau satisfaisant de développement (0,3 de IDH). Par contre, le Royaume-Uni, par exemple, a un excellent IDH. Le problème, est, que pour l’obtenir, il est nécessaire de consommer une quantité de ressources que, si son style de vie se généraliserait, nous aurions besoin de trois planètes Terre. Les Etats-Unis sont également bien notés au niveau développement humain, mais leur « empreinte écologique » est telle que nous devrions avoir plus de cinq planètes Terre pour généraliser leur style de vie.

En révisant le reste des 93 pays, on comprend qu’il y a des raisons pour que le travail de Wackernagel s’intitule 'Le monde est suspendu au développement durable'. Comme il n’y a qu’une seule planète Terre, il est évident que seuls les pays qui se situent dans la zone colorée du graphique (au-dessus de 0,8 d’IDH, sans dépasser le nombre 1 de planète disponible) ont un développement durable. Seuls ces pays situés dans cette zone seraient un modèle politique à imiter, tout au moins pour certains politiques qui voudraient conserver le monde à moyen terme ou qu’ils soient disposés à ne pas défendre leur droit (peut-être racial, divin ou historique ?) de vivre indéfiniment bien au-dessus du reste du monde.

Remarquez, il se trouve que cette zone en question est pratiquement vide. Il n’y a qu’un seul pays dans le monde – pour l’instant du moins – qui a en même temps, un développement acceptable et durable : CUBA.

Évidemment, la chose, laisse beaucoup à penser. D’abord parce qu’il est facile d’observer que la majeure partie des "balseros" [naufragés clandestins cubains incités par les EEUU à quitter l'île, entassés dans barques de passeurs peu scrupuleux] cubains ont fuit et fuient le pays pour chercher cet autre niveau de consommation qui ne peut être généralisé sans détruire la planète, c'est-à-dire, de revendiquer leur droit d’être globalement irresponsables, criminels et suicidaires comme nous le sommes, nous, consommateurs étatsuniens et européens. Il serait honteux, d’ailleurs, si nous condamnions la prétention des autres d’imiter le mode que nous utilisons pour dévorer impunément la planète. Mais on peut reconnaître que l’image médiatique du sujet change radicalement de forme : ce qu'ils fuient réellement, c’est une consommation responsable vers la recherche du Paradis de la consommation suicidaire et, par intérêts stratégiques de harcèlement envers  Cuba, ils sont reçus comme des héros de la Liberté au lieu de leur fermer les portes comme cela se fait avec ceux qui fuient la misère, par exemple, du Burundi ( lesquels l’on traite comme un fléau dont il faut se protéger).

Au niveau général, la chose est beaucoup plus intéressante. Il est très significatif que le seul pays durable du monde soit un pays socialiste. C’est l’habitude d’une entente commune entre les économistes que le socialisme est ruineux et inefficace d’un point de vue économique. Il est surprenant que dans un monde comme celui-ci, l’économie socialiste cubaine semble être grandement compétitive. En termes de développement suicidaire, il n’y a pas de doute, le capitalisme l’est beaucoup plus.

cage__cureuilLe plus grand reproche que l’on peut faire au système capitaliste est, précisément, qu’il est incapable de se retenir et incapable également de ralentir la marche. Le capitalisme est un système prisonnier de son propre élan. L’économiste J. K. Galbraith disait que « parmi les différents modèles de ce que devrait être une bonne société, personne n’a jamais proposé ‘la cage d’écureuil’ ». Cependant, nous nous retrouvons, alors que personne ne l’a proposé, avec cette absurdité qui semble, de fait, s’être imposée : dans le capitalisme chacun agit pour s’imposer à la concurrence en augmentant sa productivité afin de ne pas perdre le marché, mais, en étant tous sur le même chemin, cette augmentation ininterrompue ne trouve jamais le moment dans lequel elle peut être retenue, accroissant son rythme et la dilapidation conséquente des ressources.

Devant cette dynamique absurde, nous devons exiger le droit de nous arrêter. Nous ne pouvons permettre que nos ministres de l’Économie continuent à nous convaincre qu’il est catastrophique de « grandir » en dessous de 2 ou 3%, et nous de pouvons permettre que nos politiques continuent de proposer comme solution aux pays pauvres qu’ils imitent les pays riches. C’est matériellement impossible. La planète ne peut donner autant. Lorsqu’ils proposent ce modèle ils savent en réalité qu’ils défendent quelque chose de bien distinct : nous enfermer dans des forteresses, protégés par des murailles chaque fois plus hautes, dans lesquelles l’on puisse dévorer littéralement la planète sans que personne ne nous gêne ni nous imite. C’est notre solution finale, un nouvel Auschwitz inversé, c’est à dire qu’au lieu d’enfermer les victimes, nous nous enfermons nous-mêmes en lieu sûr de l’arme de destruction massive la plus puissante de l’histoire : le système économique international.

Carlos Fernández Liria
Est professeur titulaire de Philosophie à l’Université Complutense de Madrid

ESPAÑOL

Traduction: Esteban

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20 mai 2008

ÉTATS-UNIS : LA NOUVELLE GÉOPOLITIQUE DE L'ÉNERGIE

Les stratèges militaires états-uniens se préparent pour de futures guerres qui devront être livrées, non pas pour des questions d’idéologie ou de politique, mais pour les faibles accroissements des ressources.

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Pendant que l’Armée états-unienne prête une attention quotidienne à l’Irak et l’Afghanistan, les stratèges nord-américains regardent au-delà de ces deux conflits avec l’objectif de prévoir dans quel milieu se produira le combat global dans les temps à venir. Et le monde qu’ils voient est celui dans lequel la lutte pour les ressources vitales, plus que l’idéologie ou la politique d’équilibre du pouvoir, domine le Champs de Mars. Croyant que les EE.UU. doivent reconfigurer leurs doctrines et leurs forces pour prévaloir dans un tel environnement, les officiels les plus anciens ont prit les pas nécessaires pour améliorer leur planification stratégique et leur capacité de combat. Bien que très peu de cela ne soit parvenu dans le domaine public, il existe un nombre d’indicateurs clé.

Depuis 2006 le Département de la Défense, dans son rapport annuel Capacité Militaire de la République Populaire de Chine, a mis au même niveau, la compétition pour les ressources et le conflit autour de Taïwan comme l’étincelle qui pourrait déclencher une guerre contre la Chine. La préparation d’un conflit contre Taïwan est comme « une raison importante » dans la modernisation militaire chinoise, selon l’édition de 2008, mais « une analyse des récentes acquisitions de l’Armée chinoise et de son actuelle pensée stratégique suggère que Pékin est également en train de développer d’autres capacités de son armée pour d’autres éventualités, comme par exemple le contrôle sur les ressources naturelles ». Le rapport notifie la considération que les chinois planifient d’améliorer leur capacité pour une « projection de leur pouvoir » dans les zones qui leur offrent des matières premières, spécialement des combustibles fossiles et que de tels efforts supposeraient une menace significative pour les intérêts de la sécurité états-unienne.

Le Pentagone demande également cette année des fonds pour l’installation de l’Africa Command (Africom), le premier commandement unifié transatlantique depuis qu’en 1983 le président Reagan créa le Central command (Centcom) pour protéger le pétrole du Golfe Persique. Supposément, la nouvelle organisation axera ses efforts dans l’aide humanitaire et la « guerre contre le terrorisme ». Mais lors d’une présentation à l’Université Nationale de défense, le commandant second de Africom, le Vice Amiral Robert Moeller, a déclaré que « l’Afrique a une importance géostratégique chaque fois plus importante » pour les EE.UU. – le pétrole est un facteur clé – et que parmi les défis principaux pour les intérêts stratégiques états-uniens dans la région, il se trouve la Chine et son « influence croissante en Afrique ».

La Russie est également surveillée à la loupe pour la compétition mondiale des ressources naturelles. Bien qu’à la différence des États-Unis et de la Chine, la Russie n’a pas besoin d’importer du pétrole ni de gaz naturel pour satisfaire son besoin national, elle cherche à dominer le transport de l’énergie, spécialement vers l’Europe, ce qui a inquiété les vétérans officiels de la Maison blanche qui se méfient d’une restauration du statut de la Russie comme superpuissance et craignent que sa progression dans le contrôle de la distribution du pétrole et du gaz en Eurasie affaiblisse l’influence états-unienne dans la région. En réponse à l’offensive énergétique russe, l’administration Bush est en train d’entreprendre des contre-mesures. « J’ai l’intention de nommer…un coordinateur spécial pour l’énergie qui s’occupera à plein temps de la région de l’Asie centrale et de la mer Caspienne », avait informé en février la Secrétaire d’État Condoleezza Rice au Comité des Affaires Étrangères du Sénat. « C’est une partie véritablement importante de la diplomatie. » Une des principales tâches de ce coordinateur, selon la déclaration de Rice, sera de promouvoir la construction d’oléoducs et de gazoducs qui entourent la Russie avec l’objectif de diminuer son contrôle sur le flux énergétique régional.

Pris ensemble, de tels mouvements ainsi que d’autres impliquent qu’un glissement de la politique a eu lieu : au moment dans lequel les réserves mondiales de pétrole, de gaz naturel, d’uranium et de minéraux industriels clé comme le cuivre et le cobalt commencent à diminuer et la demande de ces ressources est en train de s’emballer, les plus grandes puissances mondiales s’impatientent de parvenir au contrôle sur ce qui reste des réserves inexploitées [ pour plus de preuves sur l’appauvrissement des ressources de combustibles fossiles, voir Klare, Préparatifs pour une vie après le pétrole(español), du 12 novembre 2007, et Mark Hertsgaard, Nous restons sans essence, du 12 mai]. Ces efforts engendrent en général une guerre intense aux enchères dans les marchés internationaux, ce qui explique les prix records qu’atteignent toutes ces marchandises, mais ils adoptent également une forme militaire lorsque commencent à se réaliser des transferts d’armements et le déploiement de missions transatlantiques. Pour réaffirmer l’avantage des EE.UU – et pour compenser des mouvements similaires de la Chine et d’autres compétiteurs pour les ressources – le Pentagone a placé la compétition pour les ressources au centre même de sa planification stratégique.

Alfred Thayer Mahan, revisité

Ce n’est pas la première fois que les stratèges états-uniens donnent la priorité maximale à la lutte globale pour les ressources naturelles. À la fin du XIXè siècle un groupe audacieux de penseurs militaires dirigés par l’historien naval et président du Naval War College, Alfred Thayer Mahan, et en son temps, son protégé, le Secrétaire Assistant de la Marine Theodore Roosevelt, firent une campagne pour réclamer une Marine forte et l’acquisition de colonies qui assureraient l’accès aux marchés de l’Outremer et à celui des matières premières. Leurs points de vue avaient aidé ponctuellement a s’attirer l’appui de l’opinion publique à la Guerre Hispano-Américaine et à sa finalité, l’établissement d’un empire commercial états-unien dans les Caraïbes et le Pacifique.

Pendant la guerre froide, l’idéologie avait gouverné absolument la stratégie états-unienne de contenir l’URSS et la déroute du communisme. Mais en même temps, les considérations à propos des ressources naturelles ne furent pas complètement abandonnées. La doctrine Eisenhower de 1957 et la doctrine Carter de 1980, malgré qu’ils s’accommodaient de la rhétorique habituelle anti-soviétique de l’époque, ils prétendaient surtout assurer l’accès des EE.UU aux réserves prolifiques pétrolifères du Golfe Persique. Et lorsque le président Carter eut établi en 1980 le noyau de ce que serait plus tard le Centcom, sa préoccupation principale était la protection du flux pétrolier du Golfe Persique et non la contention des frontières de l’Union Soviétique.

À la fin de la guerre froide, le président Bush a essayé sans succès d’établir une coalition mondiale d’États aux idéologies semblables (un « Nouvel Ordre Mondial ») qui maintiendrait la stabilité mondiale et permettraient aux intérêts des entreprises (avec en priorité les compagnies états-uniennes) d’étendre leur portée sur toute la planète. Cet objectif moins rigide a été ensuite adopté par Bill Clinton. Mais le 11-S et la campagne implacable contre les « États canailles » (surtout contre l’Irak de Saddam Hussein et l’Iran) de l’actuelle administration Bush,  l’élément idéologique dans la planification stratégique états-unienne
a été réintégré. De la façon dont George W. Bush l’a présenté, la “guerre contre le terrorisme” et les “États canailles » sont les équivalents contemporains aux luttes idéologiques antérieures contre le fascisme et le communisme. En examinant ces conflits de plus près, il devient cependant impossible de séparer le problème du terrorisme au Moyen Orient ou le défi de l’Irak et l’Iran de l’histoire de l’extraction du pétrole de ces régions par les entreprises occidentales.

L’extrémisme islamique d’Osama Ben Laden et d’Al Qaïda propagé dans la région a plusieurs racines, mais une des plus importantes assène que l’attaque occidentale et l’occupation des terres islamiques – et la résultante profanation des cultures et des peuples musulmans -  est due à la soif de pétrole des occidentaux. « Retenez bien aussi que la raison la plus importante que nos ennemis ont en tête en contrôlant nos terres est celle de voler notre pétrole » avait dit Ben Laden à ses sympathisants dans un enregistrement sonore daté de décembre 2004. « Ainsi, faites avec ce que vous avez entre vos mains pour arrêter le plus grand vol de pétrole de l’histoire ».

De la même manière, les conflits des EE.UU contre l’Irak et l’Iran ont été modelés avec le principe fondamental de la doctrine Carter, c'est-à-dire que les EE.UU ne permettrons pas l’émergence d’une puissance hostile qui puisse obtenir à un moment donné le contrôle du flux pétrolier dans le Golfe Persique, et avec cela, les paroles du vice président Cheney : « être en capacité de dicter le futur de la politique énergétique mondiale ». Le fait que ces pays soient peut-être en train de développer des armes de destruction massive, complique uniquement la tâche de neutraliser la menace qu’ils représentent, mais cela n’altère pas la logique stratégique sous-jacente dans le fond des plans de Washington.

L’inquiétude sur la sécurité des provisions des ressources a donc été, une caractéristique centrale dans la planification stratégique depuis bien longtemps. Mais aujourd’hui l’attention qui est portée à cette question représente un changement qualitatif dans la pensée états-unienne qui ne trouve son égal que lors des impulsions impériales qui menèrent à la Guerre Hispano-Américaine un siècle en arrière. Cependant à l’heure actuelle le mouvement est non pas motivé par une foi optimiste en la capacité nord-américaine pour dominer l’économie mondiale, mais par une perspective franchement pessimiste sur la disponibilité des ressources vitales dans le futur et l’intense compétition menée sur ces dernières par la Chine et d’autres moteurs économiques émergents. S’affrontant à ce double défi, les stratèges du Pentagone croient que d’assurer la primeur états-unienne dans la lutte pour les ressources mondiales doit être la priorité numéro une de la politique militaire nord-américaine.

Retour au futur

En phase avec ce nouveau défi, l’accent est mis aujourd’hui sur le rôle mondial que doit jouer la Marine états-unienne. Usant d’un langage qui pourrait paraître, avec surprise, familier à Alfred Mahan et au premier président Roosevelt, la Marine, les marin’s et les gardes côtes délivrèrent en octobre un document intitulé Une stratégie coopérative pour le pouvoir naval du XXIè siècle où il ressort la nécessité des EE.UU de dominer les océans et d’assurer les principales voies maritimes qui connectent le pays avec ses marchés d’Outremer et leurs réserves de ressources.

Durant les quatre dernières décennies le commerce maritime mondial a quadruplé : 90% du commerce mondial et les deux tiers du pétrole sont transportés par mer. Les voies maritimes et l’infrastructure côtière qui les aident sont le pilier de sauvetage de l’économie globale actuelle. Des attentes d’accroissement chaque jour plus grandes et l’augmentation de la compétition pour les ressources liées au manque peuvent encourager les nations à exercer chaque fois plus les réclamations de souveraineté sur les parcelles chaque fois plus importantes de l’Océan, des voies fluviales et des ressources naturelles, et de cela il pourrait en résulter des conflits potentiels.

Pour affronter ce danger, le Département de la Défense a entrepris une modernisation totale de sa flotte de combat, ce qui suppose le développement et la construction de nouveaux porte-avions, torpilleurs, croiseurs, sous marins et un nouveau type de navire de « combat littoral » (armement côtier), un effort qui demandera des décennies pour y arriver et qui consumera des centaines de millions de dollars. Certains des éléments ont été dévoilés par le président Bush et le Secrétaire de la Défense Gates lors de la proposition du budget pour l’année fiscale 2009, présentée au mois de février dernier. Les articles suivants sont parmi les plus chers qui se détachent du budget :

- 4,2 milliards de dollars pour le navire principal d’une nouvelle génération de porte-avions à propulsion nucléaire.
- 3,2 milliards de dollars pour un troisième missile pour le torpilleur de classe « Zumwalt ». Ces navires de guerre avancés de camouflage serviront également comme ban d’essai pour un nouveau type de missiles de croisière, les CG(X).
- 1,3 milliards de dollars pour les deux premiers navires de combat littoral.
- 3,6 milliards de dollars pour un nouveau sous-marin de classe Virginie, le navire de combat sub-aquatique le plus avancé du monde, actuellement en construction.

Les programmes de construction navale proposés coûteront 16,9 milliards de dollars pour l’année fiscale 2009, derrière les 24,6 milliards de dollars votés pour l’année fiscale 2007 et 2008.

Le nouvel objectif stratégique de la Marine se caractérise non seulement par l’acquisition de nouveaux navires, mais également dans l’entretien de ceux existants. Jusqu’à il y a peu, la majorité des actifs navals étaient concentrés dans l’Atlantique Nord, la Méditerranée et dans le Nord-ouest du Pacifique pour des missions d’appui aux forces de l’OTAN états-uniennes et en vertu des pactes de défense avec la Corée du Sud et le Japon. Ces liens figurent de manière très importante dans les calculs stratégiques, mais L’importance de la protection des liaisons commerciales vitales augmente chaque fois plus dans le Golfe Persique, le Sud-ouest du Pacifique et le Golfe de Guinée (près des plus importants producteurs de pétrole de l’Afrique). Par exemple en 2003, le chef de l’US European Command avait déclaré que les porte-avions de combat sous son commandement resteraient moins de temps dans la Méditerranée et « la moitié de leur temps ils descendraient vers la côte Ouest de l’Afrique ».

Un objectif similaire guide la restructuration des bases d’Outremer, qui avaient séjourné en grande mesure intactes ces dernières années. Lorsque l’administration Bush accéda au pouvoir, la majorité des bases principales se trouvaient en Europe occidentale, au Japon et en Corée de Sud. Sur l’insistance du Secrétaire de la Défense d’alors, Donald Rumsfeld, le Pentagone commença à transférer des forces de la périphérie de l’Eurasie vers leurs régions centrales et du sud, Spécialement en Europe centrale et orientale, au centre de l’Asie et dans le Sud-est asiatique, tout autant que dans le Nord et le centre de l’Afrique. Il est certain que ces zones sont les foyers d’Al Qaïda et des « États canailles » du Moyen Orient, mais elles contiennent 80% ou plus des réserves mondiales de gaz naturel et de pétrole, de même que des réserves d’uranium, de cuivre, de cobalt et d’autres matériaux industriels cruciaux. Et, comme cela a été signalé avant, il est impossible de séparer l’un de l’autre dans les calculs stratégiques états-uniens.

Un autre point à tenir bien en compte est le plan états-unien pour maintenir une infrastructure basique pour appuyer les opérations de combat dans le bassin de la Mer Caspienne et l’Asie centrale. Les liens américains avec les États de cette région ont été établis des années avant le 11-S pour protéger le flux de pétrole de la Mer Caspienne jusqu’à l’Occident. En croyant que le bassin de la mer caspienne serait une nouvelle source riche en pétrole et en gaz naturel, le président Clinton avait œuvré avec application afin d’ouvrir les portes à la participation états-unienne dans la production énergétique de la zone et bien que renseigné sur les antagonismes ethniques endémiques de la région, il s’est engagé à renforcer la capacité militaire des puissances alliées du lieu et de préparer une possible intervention des forces nord-américaines dans la zone. Le président Bush redoubla ces efforts, en augmentant la participation de l’aide militaire états-unienne et en établissant des bases militaires dans les républiques centrasiatiques.

Un mélange de priorités gouverne les plans du Pentagone pour garder une multitude de bases « durables » en Irak. Beaucoup de ces installations seront sans doute utilisées pour continuer à maintenir l’appui aux opérations contre les forces insurgées, pour les activités d’intelligence militaire et pour l’entraînement de l’armée et des unités de police irakiennes. Même si toutes les troupes de combat de ces bases étaient retirées en accord avec les plans annoncés par les sénateurs Clinton et Obama, quelques-unes de celles-ci seraient en toute probabilité maintenues pour les activités d’entraînement, et autant Clinton qu’Obama ont affirmé qu’ils continueraient. D’autre part, au moins quelques-unes des bases sont spécifiquement dédiées à la protection des exportations de pétrole irakien. En 2007, par exemple, la Marine avait révélé qu’elle avait construit une installation de direction et de contrôle au-dessus et tout le long d’un terminal pétrolier irakien dans le Golfe Persique, dans le but de superviser la protection des terminaux d’extraction de grandes importance dans la zone.

Une lutte globale

Aucune autre des principales puissances mondiales n’est capable d’égaler les États-Unis s’il doit déployer sa capacité militaire dans la lutte pour la protection des matières premières d’importance vitale. Cependant, les autres puissances commencent à affronter sa domination de différentes manières. La Chine et la Russie en particulier fournissent des armes aux pays en voie de développement et producteurs de pétrole et de gaz, ils commencent à améliorer leur capacité militaire dans les zones clé de production énergétique.

L’offensive chinoise afin de gagner l’accès aux réserves étrangères est évidente en Afrique, où Pékin a établi des liens avec les gouvernements producteurs de pétrole, Algérie, Angola, Le TChad, Guinée Équatoriale, Nigeria et Soudan. La Chine a aussi cherché l’accès aux abondantes réserves de minéraux africains, en poursuivant les réserves de cuivre en Zambie et au Congo, du Chrome au Zimbabwe et un éventail de différents minéraux en Afrique du Sud. Dans chaque cas les chinois se sont attirés l’appui de ces pays fournisseurs avec une diplomatie active et constante, offres de plans d’assistance pour le développement et prêts à bas intérêts, des projets culturels et dans de nombreux cas, de l’armement. La Chine est maintenant le plus grand fournisseur d’équipements basiques de combat d’un grand nombre de ces pays, et elle est spécialement connue pour sa vente d’armes au Soudan, armes qui ont été employées par les forces gouvernementales lors de ses attaques contre les communautés civiles du Darfour. De plus, à l’image des EE.UU, la Chine a complété ses transferts d’armes en échange d’accords d’aide militaire, ce qui a apporté une présence constante d’instructeurs, de conseillers et de techniciens chinois dans la zone, rivalisant avec leurs homologues nord-américains pour gagner la loyauté des officiers militaires africains.

Le même processus se met en place en grande mesure en Asie centrale, où la Chine et la Russie coopèrent sous les bons auspices de la Shanghai Cooperation Organization (SCO) afin de fournir l’armement et l’assistance technique à la « ceinture instable » de l’Asie centrale [Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan et le Kirghizstan], de nouveau en compétition avec les EE.UU afin de s’attirer la loyauté des élites militaires locales. Dans les années 90, la Russie était trop préoccupée avec la Tchétchénie pour prêter attention à cette zone, la Chine, pour sa part, était concentrée sur d’autres problèmes dont elle accordait plus de priorité, c’est pour cela que Washington profita de cet avantage temporaire. Mais, ces cinq dernières années Moscou et Pékin ont concentré leurs efforts pour gagner de l’influence dans la région. Le résultat de tout cela a été un paysage géopolitique beaucoup plus compétitif, avec la Russie et la Chine, unies au travers de la SCO, et gagnant du terrain dans leur offensive pour réduire l’influence états-unienne dans la région.

Une démonstration claire de cette offensive a été l’exercice militaire, le premier de cette nature, effectué par la SCO l’été dernier, dans lequel avaient participé tous les États membres. Les manœuvres mobilisèrent 6500 membres au total, provenant du personnel militaire de Chine, Russie, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan et Ouzbékistan, et se déroulèrent en Russie et en Chine. Mis à part  sa signification symbolique, l’exercice était un indicatif des efforts chinois et russes pour améliorer leurs capacités militaires, en appuyant fortement sur ce qui se réfère à leurs forces d’assaut de longue portée. Pour la première fois un contingent de troupes chinois aéroporté a été déployé hors du territoire chinois, signifiant clairement l’augmentation de l’auto confiance de Pékin.

Afin de s’assurer que le message de ces exercices n’était pas passé inaperçu, les présidents de la Chine et de la Russie profitèrent de l’occasion pour organiser un sommet de la SCO au Kirghizstan et avertir les Etats-Unis (bien qu’ils ne fussent pas nommés) qu’ils ne permettraient aucune espèce d’intromission dans les affaires de l’Asie Centrale. Dans son appel pour un monde « multipolaire », Vladimir Poutine, a déclaré, par exemple que « N’importe quelle tentative pour résoudre les problèmes mondiaux et régionaux de manière unilatérale sera vaine ». Pour sa part Hu Jintao fit remarquer que " les nations de la SCO connaissent clairement les menaces auxquelles la région est confrontée et elles doivent en assurer la protection elles-mêmes".

Tous ces multiples efforts de la Chine et de la Russie, combinés à l’escalade de l’aide militaire états-unienne à certains États de la région, font partie d’une grande lutte, bien que souvent cachée, pour le contrôle du flux de pétrole et du gaz naturel à partir du bassin de la Mer Caspienne aux marchés de l’Europe et de l’Asie. Et cette lutte, à son tour, ne fait que partie de la lutte mondiale pour le contrôle de l’énergie.

Dans cette lutte, le risque le plus important c’est qu’un jour les limites de la compétition économique et diplomatique soient dépassées et qu’elle interfère sur le terrain militaire. Évidemment cela n’arrivera pas, car aucun des États impliqués ne prendra la décision délibérée de provoquer une guerre contre un de ses compétiteurs, parce que les leaders de tous ces pays savent exactement que le prix de la violence est trop élevé et savent ce qu’ils obtiendraient en échange. Par contre, le problème est que tous ceux-ci prennent part à ces actions, font que le début d’une escalade involontaire est chaque jour plus plausible. Ces actions incluent, par exemple, le déploiement d’un nombre chaque fois plus élevé de conseillers et d’instructeurs militaires américains, russes et chinois dans des zones d’instabilité dans lesquelles ces étrangers peuvent se voir un jour capturés par des factions ennemies en conflit.

Le risque est encore plus grand si nous prenons en compte que la production intensifiée du pétrole, du gaz naturel, d’uranium et des minéraux est déjà en elle-même une source d’instabilité, qui agit comme un aimant pour les livraisons d’armement et l’intervention étrangère. Les nations impliquées sont presque toutes pauvres, ainsi, celui qui contrôle les ressources contrôlera les uniques sources assurées d’une abondante richesse matérielle. Cette situation est une invite à la monopolisation du pouvoir pour que les élites avides gèrent leur contrôle sur l’armée et la police afin d’éliminer leurs rivaux. Le résultat de tout cela est, presque sans exception, la création d’une clique de capitalistes installés consciencieusement au pouvoir qui utilisent avec brutalité les forces de sécurité se trouvant entourée d’une masse considérable d’une population désaffectée et appauvrie,  appartenant
souvent à un groupe ethnique différent, un chaudron idéal pour les agitations et l’insurrection. Voilà aujourd’hui la situation dans la zone du delta du Niger au Nigeria, au Darfour, et au Sud du Soudan, dans les zones productrices d’uranium du Niger, au Zimbabwe et dans la province du Cabinda en Angola (où se trouve la majeure partie du pétrole) et beaucoup d’autres zones qui souffrent de ce qui à déjà été appelé « la malédiction des ressources ».

Le danger peut venir, inutile de le dire, des grandes puissances se trouvant immergés dans ces conflits internes. Il ne s’agit pas d’un scénario hors du temps : les EE.UU, la Russie, et la Chine fournissent de l’armement et des services d’aide militaire aux factions de beaucoup de conflits déjà mentionnés : Les EE.UU arment les forces gouvernementales du Nigeria et d’Angola, la Chine fournit de l’aide aux forces gouvernementales du Soudan et du Zimbabwe et c’est ainsi dans les autres conflits. Une situation autant périlleuse existe en Georgie, où les EE.UU épaulent le gouvernement pro-occidental du président Mijail Saakashvili avec de l’armement et l’appui militaire, tandis que la Russie donne son appui aux régions séparatistes de Abkhazia et le sud d’Ossetia. La Georgie joue un jeu important pour ces deux pays parce qu’elle abrite l’oléoduc de Bakou-Tbilisi-Ceyhan (BTC), un conduit garanti par les EE.UU qui transporte le pétrole de la Mer Caspienne aux marchés occidentaux. Actuellement il y a des conseillers et des instructeurs militaires états-uniens et russes dans les deux régions, et même dans certains cas ils ont un contact visuel les uns avec les autres. Il n’est donc pas difficile, de supposer un scénario dans lequel des heurts entre les forces séparatistes et la Georgie conduisent, qu’on le veuille ou pas, à un affrontement entre soldats russes et américains, donnant lieu à une crise beaucoup plus grande.

Il est essentiel que l’Amérique inverse le processus de militarisation de sa dépendance à l’importation énergétique et freine sa compétition contre la Chine et la Russie pour le contrôle des ressources étrangères. Chemin faisant, elle pourrait canaliser l’investissement vers les énergies alternatives, ce qui conduirait à une production énergétique nationale plus effective (avec une baisse des prix à long terme) et une excellente opportunité pour réduire le changement climatique.

N’importe quelle stratégie dirigée pour réduire la dépendance de l’importation énergétique , spécialement le pétrole, doit comprendre une augmentation des dépenses en énergies alternatives, surtout les sources d’énergies renouvelables (solaire, éolienne), la seconde génération de biocombustibles (ceux fabriqués à partir de végétaux non comestibles), la gazéification du charbon en capturant les particules de carbone dans le processus (de façon à ce qu’aucune dioxine de carbone ne s’échappe dans l’atmosphère, aggravant le réchauffement de la planète) et des cellules de combustible d’hydrogène, à côté d’un transport public qui intègre les chemins de fer à très grande vitesse et d’autres systèmes de transports publics avancés. La science et la technologie sont déjà disponibles en grande partie pour mettre en œuvre ces progrès, mais les bases pour les conduire du laboratoire ou de l’étape de projet pilote à son développement complet ne le sont pas. Le défi est alors, celui de réunir les milliards – peut-être des billions – de dollars qui sont nécessaires pour cela.

Le principal obstacle à cette tâche herculéenne est que sa raison principale se trouve depuis le tout début dans l’énorme gaspillage que représente la compétition militaire pour les ressources d’Outre-mer. Personnellement j’estime que le coût actuel d’imposer la doctrine Carter s’élève entre 100 et 150 milliards de dollars, sans compter la guerre en Irak. Étendre cette doctrine au bassin de la Mer Caspienne et à l’Afrique ajoutera des milliards de plus dans ce bassin. Une nouvelle guerre froide contre la Chine, avec sa course à l’armement naval correspondante, demandera une addition de billions de dépenses militaires dans les prochaines décennies. Une folie : la dépense ne garantira pas l’accès à plus de sources d’énergie, ni à une baisse du prix de l’essence pour le consommateur, et ne découragera pas la Chine dans sa recherche à de nouvelles sources d’énergie. Ce qui se passera réellement, sera qu’elle [doctrine Carter] amputera le budget dont nous avons besoin pour développer des sources d’énergie alternatives avec lesquelles nous pouvons éviter les pires effets d’un changement climatique.

Tout cela nous conduit à la recommandation finale: mieux que de nous embarquer dans une compétition militaire contre la Chine, ce que nous devrions faire c’est coopérer avec Pékin pour le développement de ressources d’énergie alternatives et des systèmes de transport plus efficaces. Les arguments en faveur de la collaboration sont écrasants : il est estimé qu’ensemble, les Etats-Unis et la Chine, nous consumerons 35% des réserves mondiales de pétrole pour 2025, la majeure partie devra être importée à partir d’États conflictuels. Si, comme il est amplement prédit, les réserves mondiales de pétrole commencent dès maintenant à diminuer, nos pays seront enfermés dans une lutte périlleuse pour quelques ressources chaque fois plus limitées dans des zones du monde chroniquement instables. Raison de plus pour renoncer à ce type de compétitions et de travailler ensembles dans le développement d’alternatives au pétrole, dans les transports efficaces et d’autres innovations énergétiques. De nombreuses Universités et sociétés chinoises et nord-américaines ont commencé à développer des projets communs de cette nature, ainsi il ne devrait pas être difficile de prévoir un régime de coopération encore plus grand.

À mesure que nous nous approchons des élections de 2008, deux chemins s’ouvrent face à nous. Un nous conduit à une plus grande dépendance des importations de combustibles, une militarisation croissante de notre relation de dépendance du pétrole étranger et une lutte prolongée contre d’autres puissances pour le contrôle des plus importantes réserves de combustibles fossiles existantes. L’autre mène à une diminution de la dépendance du pétrole en tant que source principale de nos énergies, au développement rapide d’énergies alternatives, un profil bas des forces états-uniennes à l’étranger et à la coopération avec la Chine dans le développement de nouvelles options énergétiques. Rarement une élection politique n’aura eu une aussi grande importance pour le futur de notre pays.

Michael T. Klare
est professeur de la paix et de la sécurité à l’Université de Hampshire. Son dernier livre, Rising Powers, Shrinking Planet: The New Geopolitics of Energy, sera publié par Metropolitan Books en Avril.

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Traduction: Esteban

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17 mars 2008

LA SHOAH DES TSIGANES

Devoir de Mémoire
Eva R-sistons

gitansLa barbarie nazie n'épargna pas les tsiganes. Ils vécurent les mêmes épreuves que les Juifs, en pire. D'abord, leurs souffrances sont tombées dans un oubli total. Ensuite, dès 1936 ceux d'Allemagne, considérés comme des "non-personnes", furent envoyés dans des camps de concentration en Autriche ou dans leur pays. Les femmes étaient stérilisées de force, car on considérait qu'elles ne méritaient pas de se reproduire. Puis commença ce qu'on appela alors " la destruction des vies inutiles ". Dans toute l'Europe occupée, on entreprit la traque du "gibier" tsigane, d'abord en 1939, ensuite en 1941 et 1943. L'extermination des 5 à 600 000 nomades eut  essentiellement lieu dans les camps polonais.

En réalité, la persécution des Fils du Vent commença avant l'arrivée des nazis au pouvoir, avec les lois de contrôle de la "plaie tsigane" dès 1926. Deux ans plus tard, la surveillance devint spécifique, et permanente. Puis vint, dès 1933, la "stérilisation eugénique", l'interdiction des mariages mixtes en 1934-35, et enfin les premiers enfermements au camp de Dachau, en 1936.

C'est à l'automne 1939 que les déportations deviennent massives;  et c'est sur deux cent cinquante enfants tsiganes que les nazis testèrent le zyklon B, au camp de Buchenwald, en février 1940. Par ailleurs, à Ravensbrück, ont été pratiquées des opérations pseudo-scientifiques sur des cobayes humains, entre autres tsiganes.

Cette politique-là, les nazis l'étendirent à l'ensemble de l'Europe occupée.

Ensuite commença l'extermination à grande échelle. Si l'on en croit les nazis, la moitié de la population tsigane d'Europe fut supprimée . Tragédie supplémentaire, le nom des victimes Tsiganes ne fut même pas mentionné durant le Procès de Nuremberg ! L'oubli total.... alors qu'on ne cesse de commémorer le martyr juif. Deux poids, deux mesures - ni plus, ni moins. C'est pourquoi moi, l'amie des Tsiganes, j'ai décidé de prendre ma plume pour rappeler au monde cette énorme injustice. Il est temps de rendre hommage aux victimes tsiganes, qui d'ailleurs furent parmi les résistants les plus acharnés.

En effet, très tôt ce peuple libre et fier comprit le sort qui lui était réservé. Il accepta immédiatement de rejoindre la lutte clandestine, pour mener ce que l'historien hollandais Jan Yoors appellera la "guerre secrète des Tsiganes". Aguerri, malin, il usera de mille stratagèmes pour déjouer la vigilance des nazis, porter des messages ou transporter armes et explosifs. De nombreux fugitifs furent sauvés grâce aux Tsiganes. On leur doit aussi de nombreuses actions terroristes de résistance à l'ennemi hitlérien.

En 1945, les nazis aux abois se livrèrent encore à de multiples massacres sur les derniers Tsiganes internés dans les camps allemands. Et plusieurs pays européens gardèrent internés pendant plusieurs mois leurs populations ! Quant aux résistants qui avaient survécu, ils ne bénéficièrent même pas, à la fin de la guerre, des promesses d'intégration sociale qui leur avaient été faites. Et ils ne trouvèrent personne pour les défendre, ni même évoquer la mémoire des disparus. Bien sûr, aucun d'entre eux ne réclama réparation pour tous les préjudices subis. Le peuple tsigane ne revendique jamais; il subit en silence - et en musique, car chez eux l'instinct de survie et le goût pour les arts ont toujours raison des événements les plus dramatiques. Je l'ai expérimenté personnellement, en partageant leur existence misérable dans un bidonville situé sur une décharge publique madrilène. L'horreur absolue, et une joie inscrite dans les gènes pour transcender les moments les plus difficiles. Admirable peuple ! Ce séjour marqua de manière indélibile mon esprit, et scella ma carrière de journaliste.

Quelle a été la politique à l'égard des Tsiganes en France ?

Traditionnellement, les sédentaires se méfient des nomades. Dès 1912, les populations errantes se voient attribuer un carnet anthropométrique, visé dans chaque commune, à l'arrivée comme au départ. A cette époque, déjà, les Tsiganes, tout comme les juifs, sont victimes de persécutions et de discriminations.

Le gouvernement de Vichy durcit cette politique. Et, dès l'automne 1940, des Tsiganes sont internés dans des camps de concentration, à Argelès-sur-Mer et au Barcarès, dans les Pyrénées Orientales, camps créés à l'origine afin d'accueillir les réfugiés espagnols et les Juifs. Même logique d'exclusion, pour des populations pourtant différentes. Et ce sont près de trois mille Tsiganes qui auraient été internés dans l'ensemble de la France entre 1940 et 1946.
C'est en 1942 qu'est créé le seul camp d'internement réservé aux Nomades, celui de Saliers.
       construction du camp, octobre 1942 (142 W 76)

camp_internement_tsiganesLe camp est situé en zone libre, sur la commune d'Arles, dans les Bouches-du-Rhône. ll s'est d'abord inscrit dans une logique de sédentarisation, puis d'enfermement. Pour commencer, trois cents nomades doivent s'entasser dans des petites cabanes inachevées, sans électricité. Les conditions d'hébergement et de ravitaillement sont lamentables. Le sort des enfants est particulièrement difficile; ils ne sont évidemment pas scolarisés. Sans vêtements de rechange, les hébergés finissent par porter des loques.  Ils sont squelettiques, mais ils résistent. Aguerris et indomptables. Finalement,  le sous-Préfet d'Arles demande la fermeture du camp dès juillet 44.

Ceux qui ont survécu à l'enfer, ont gardé vivante la mémoire du camp. Mais le site n'a conservé aucune trace du lieu.

Dans les camps de concentration allemands, les Tsiganes ont été littéralement massacrés. On cite par exemple le chiffre de 20.000 pour la seule nuit du 31 juillet 1944, à Auschwitz. Le 1er août, un officier SS d'Auschwitz put écrire, après l'envoi des Tsiganes à la chambre à gaz : " Mission terminée, traitement spécial exécuté ". Traitement spécial ! Pire encore que celui que subirent les Juifs, les handicapés, les malades mentaux, les homosexuels, les communistes, les résistants ! Et au total, pour la seule Allemagne, cinq à six cent mille Gitans, Roms, Kalderas, Manouches, auraient péri. A Dachau, les Tsiganes étaient tués le jour même de leur arrivée, ou le lendemain.  Simplement parce qu'ils étaient nés Tsiganes.

gar_on_tzigane

Comme les Juifs, les Tsiganes ont été victimes de l'idéologie nazie, politique de la race afin de régénérer le sang allemand, et politique de l'espace pour la création d'une Grande Allemagne débarrassée des éléments impurs, étrangers, inférieurs. L'élimination des Tsiganes aura d'autant mieux été acceptée, que la mise à l'index était ancienne. Aucune voix ne s'élève pour défendre la cause des Tsiganes discriminés, stérilisés, persécutés, spoliés, exterminés . Nulle mémoire, nulle indemnité, nulle commémoration. Rien. Le vide absolu. Ostracisme complet.


Ce petit Tsigane, lui, peut-on l'oublier ?

Définitif ?
"Jusqu'à mon dernier souffle, je me battrai pour la reconnaissance de ce peuple admirable".

eva
EVA
journaliste résistante
d'origine russe par sa mère, vit au Sud de la France.
Études : Lettres (Sorbonne) + école journalisme (7 ans)
a été journaliste (presse, radio, TV, productrice émissions)
écrivain professionnel.



Hommage en passant à un peuple libre : musique de Goran Bregovic ... (Ederlezi)
Envoyé par "Orcim"

Español (por Cathy R. [tlaxcala])


Esteban

Posté par LE TACLE à 14:06 - b-Monde - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 janvier 2008

PALESTINE: Situation à Naplouse, témoignage direct:

Il est 13 heures, jeudi 3 janvier, nous sommes sous couvre feux et Wajdi est dehors muni d'un sac remplit de matériel médical pour seule protection.
Les explosions ont commencé à retentir vers 2 heures dans la nuit, mais cela n'avait rien d'exceptionnel, c'est disons une coutume nocturne régulière. Vers 6 h 30 les soldats ont pénétrés dans notre immeuble, ils sont montés sur le toit et ont investit l'appartement de notre voisin.
Les microphones des véhicules militaires hurlaient : couvre-feux, nul n'est autorisé à sortir de chez lui.
Depuis les explosions n'ont pas cessé, des coups de mitraillettes, tirs de gaz, des explosions sourdes ou des grêlons fumant résonnent sur notre immeuble. On hésite a laisser les fenêtres ouvertes pour éviter l'implosion des vitres ou les fermer pour échapper au gaz.
La télévision locale a annoncé l'explosion d'un immeuble ce matin.
15 minutes plus tôt Wajdi est sortit frapper chez notre voisin pour vérifier sa santé et celle de sa famille, par la fenêtre je l'ai vu s'engouffrer ensuite dans le labyrinthe de la vieille ville.
C'est ce matin que j'aurai du obtenir la réponse pour mon visa et récupérer mon passeport, pour le moment je n'ai aucun papier d'identité c'est pour cette raison que je n'accompagne pas Wajdi.
Le sac contenant tout ce que nous possédons de précieux c'est à dire nos deux ordinateurs, l'appareil photo de l'association et 250 sheckels est prêt, je le garderai avec moi s'ils entrent.
J'écris vite parce que je voudrais envoyer cet e-mail maintenant mais qu'à tout moment notre appartement peut être envahit.
A l'instant quelqu'un à frappé à notre porte, mon beau-père à ouvert, personne. Fausse alerte mais je suis tremblante.
J'ai promis à Wajdi de l'appeler si les soldats arrivent chez nous, mais cet incident me prouve que ce sera impossible. Les portes de notre voisin grincent, il y a du mouvement à côté.

naplouse__sauveteur


















3/1/2008
Wajdi est finalement rentré, non sans difficulté vers 17 heures.
Impossible d'accéder à quelque maison que ce soit. Il a échappé à plusieurs reprises aux soldats qui n'hésitent pas à tirer sur n'importe quelle personne se trouvant sur leur chemin : journalistes, ambulances, urgentistes... Tous à la même enseigne, la seule conversation possible se résume à "dégage" et immédiatement après intervient un autre niveau de langage qui est celui du M16. Il existe une alternative qui consiste à réduire le temps de parole "vocal".
Wajdi qui a pourtant une triste habitude de ces situations trop souvent répétées, est décomposé : jamais la violence des militaires n'a été aussi crue. La recrue de la nouvelle année 2008 promet d'être savoureuse.
Une quinzaine de soldats se trouvent toujours postés dans l'appartement voisin et sur le toit et un véhicule blindé bloque l'entrée de l'immeuble. Notre voisin, sa femme et ses enfants sont venus se réfugier chez nous pour la nuit. L'armée les avaient envoyés dans l'appartement d'en face, mais il n'y avait pas assez de place pour tout le monde. La traversée de quelques secondes c'est révélée être une vraie opération commando. Par téléphone nous nous mettons d'accord, nous guettons les bruits un moment, surveillons les allées et venues des militaires par la fenêtre, par le judas de la porte. Il y a approximativement 5 ou 6 mètres entre notre porte et celle d'où ils vont sortir. Première tentative : ouverture des portes le plus discrètement possible, le son de pas de bottes résonne dans les escaliers, on referme juste à temps. Quelques minutes plus tard la seconde tentative est la bonne. Je ne suis pas persuadée que nos occupants apprécieront cette affectation logistique s'ils s'en aperçoivent, mais bon.
Toute la journée mes beaux-parents et moi avons fait les 100 pas, les oreilles aux aguets, un oeil sur la télé qui donnait quelques images et des informations sur la situation en direct, l'autre oeil par la fenêtre ou devant le judas. Au moins maintenant on va avoir de l'animation avec les gosses qu'il va falloir occuper, je pressens beaucoup de dessins animés et de longues parties de cartes pour les adultes.

naplouse_2_enfants









4/1/2008
Comme prévu les parties de cartes ont du succès, surtout depuis que l'électricité à été coupée. Les poubelles s'entassent, les enfants s'impatientent, les vivres diminuent, ma belle mère est de plus en plus fatiguée, les tensions dues à la vie en communauté et l'enfermement augmentent.

En clair : 34ème heure d'invasion.

Aujourd'hui une quarantaine de blessés, le même nombre d'arrestations.

Enfin ne nous plaignons pas, nous bénéficions d'un large choix de divertissements.
Nous profitions d'un très spécial "son et lumière", les feux de la rampe sont sur nous...Un projecteur est braqué dans notre direction, il illumine toute la vieille ville. Entre ça, les fusées de détresse les divers fumigènes colorés et les différentes pétarades comprenant diverses sonorités, rythmes et vibrations, on est au beau milieu d'un feu d'artifice. Comme en plus nous avons la chance d'être les voisins d'un "QG" semble-t-il, nous profitons des allées et venues de toutes les bidasses du coin, parfois de leurs chiens, de leurs innombrables cartons...

Ce spectacle n'est jamais sans provoquer de nombreuses émotions chez nous : si les cartons montent "ils vont rester encore longtemps", si les cartons descendent "ils sont sur le point de partir". Quand un fourgon arrive, nous trépidons "il est venu tous les chercher", si quinze militaires en descendent "ils ramènent des renforts, ça sent pas bon". Comme nous les avons entendu planter des clous une bonne partie de la nuit, ça a nourrit nos polémiques "ils doivent installer leurs équipements informatiques", "ils peuvent tout contrôler d'ici, ils enregistrent les téléphones", "ils ont des espèces de gros radar, je les ai vu !". Bien sur nous avons entretenu le sempiternel "mais combien ils sont là dedans ?" car leur décompte a le grand intérêt de nous occuper. Vraisemblablement, alors qu'ils étaient une petite dizaine hier matin ils sont environs une trentaine maintenant.

Le scénario est bien rodé, il est le même que celui d'El Ain il y a quelques semaines, je reconnais les mêmes étapes. Quelques nuances seulement, les maisons de la vieille ville étant toutes plus ou moins collées les unes aux autres, certaines familles se retrouvent né à né avec des soldats venus du ciel.
En tous cas venant d'un autre monde, un monde où on n’a aucune pitié, où on empêche les ambulances de venir chercher les blessés, où les mères doivent supplier pour récupérer les biberons de leurs bébés, où on refuse aux familles de s'enfuir. "Ça", c'est ce que mes yeux ont constatés en restant chez moi, alors ce qui se passe ailleurs...

Notre matinée à été consacrée aux négociations consistant à récupérer les médicaments de la petite dernière de Thaer (notre voisin réfugié chez nous), les biberons, les couches. Thaer voulait partir se réfugier chez ses parents, mais sa carte d'identité était aussi captive que son appartement. Chacun notre tour, nous avons essayé de l'obtenir. Ma tentative fut assez comique. J'ai commencé par me recoiffer et me brosser les dents "tu ne veux quand même pas essayer de les draguer ?" me demande Wajdi, "mais non, mais ça peut jouer...". Bon, j'allume une cigarette pour contenir ma nervosité, une seconde, je prépare mon plaidoyer, fume une troisième cigarette et je sors. J'appuie sur la sonnette, pas de réponse, j'appuie à nouveau et j'attends. Wajdi ouvre notre porte:
"- tu as sonné ?
- oui
- il n'y a pas d'électricité, ils ne risquent pas de t'entendre !"
Je frappe, quelques secondes plus tard un soldat qui n'ouvre même pas me demande qui je suis :
"-je suis la voisine, je, je... (je perds mon anglais) je voudrais récupérer la carte d'identité du locataire de cet appartement, parce que...
- plus tard
- c'est parce qu'avec sa femme et ses trois enfants, ça devient un peu serré chez nous, alors ça nous aiderait
- ...
- il y a quelqu'un ?
- ..."

Finalement en début de soirée, ils nous l'ont rendu en même temps que l'électricité. Mais de toutes façons il était trop tard pour essayer de partir, du coup nous sommes encore 9 dans un F3 pour la nuit.

L'avantage de vivre avec Wajdi et sa famille, c'est qu'ils ont l'habitude. Tout est prévu pour les cas d'urgence : un sac de 10 kilos de farine, un de riz, deux bouteilles de gaz d'avance, de l'eau, des cigarettes, des biscuits secs. Force est de constater que ça nous a été bien utile aujourd'hui, comme par hasard la bouteille de gaz du réchaud et celle du chauffage se sont trouvées vides en même temps. Nous n'avions plus de pain (base de l'alimentation), alors la maman de Wajdi s'est mise aux fourneaux ce matin : du pain et du zaatar et le petit déjeuner était prêt pour tout le monde !
Dans l'après-midi un groupe d'urgentistes est venu nous apporter du pain et vérifier si nous nous portions bien. Ça m'a donné une impression bizarre, il y a quelques semaines j'étais à leur place. Je pourrais aussi être à la place de Thaer, ils occupent son appartement, ça aurait pu être le mien.

Il faut dire que mon voisin n'a pas tellement de chance. Le mois dernier, il a fait importer de Chine tout un ensemble de composants électroniques pour son commerce de téléphones portables. Depuis prêt de 30 jours le conteneur est bloqué aux douanes portuaires car il a été déclaré non-conforme. Pour chaque journée, l'espace qu'il "loue" pour ses produits lui coûte 400 euros et naturellement ils refusent de renvoyer le paquet.

Obtenir un salaire relève presque du miracle ici, qu'on soit commerçant, artisan, agriculteur ou qu'on travaille dans l'administration il y a toujours quelque chose : les douanes, les check-points, les invasions, les réquisitions, les aléas des soutiens économiques extérieurs.

naplouse_magasin











Peu avant l'Aid, le frère de Wajdi qui fabrique des meubles d'intérieur, a reçu une commande d'un salon de huit places. C'était inespéré, depuis des semaines il n'avait rien vendu, alors pendant une semaine il a travaillé sans relâche. Le jour de la livraison, après avoir attendu des heures au check point d'Howara, il s'est vu refuser le passage "les livraisons de marchandises sont désormais interdites ici". Il a rebroussé chemin, il a fait un détour et est passé par un autre check point. Quelques minutes avant d'arriver à destination il a été stoppé à nouveau : "vous ne pouvez pas aller plus loin, des collons attaquent les villageois" "nous vous interdisons l'accès pour votre sécurité". La location du camion et l'essence une journée de plus lui sont revenus à 800 sheckels, la marge qu'il aurait du gagner.

Je ne comprends même pas l'intérêt stratégique de ces invasions. Qu'ils se rassurent, ici on crève déjà.

Ce matin, Thaer et sa famille, ont fuit l'immeuble malgré le nombre encore supérieur de militaires et l'élargissement de la zone d'invasion.
Wajdi les accompagnait.
Il est revenu environ deux heures plus tard avec une équipe médicale. Ils étaient complètement épuisés et assoiffés.
De justesse, ils venaient de rescaper une femme et ses trois enfants. Une bombe lacrymogène avait été lancée dans leur appartement, comme celui-ci est à moitié enterré, la fumée les avait encerclé en quelques secondes, les aveuglant et les asphyxiant. De l'oxygène pour les enfants a suffit mais leur mère, qui est restée plus longtemps exposée, parce que les urgentistes ne parvenaient pas à la retrouver, est dans un état critique.
Le docteur de l'équipe, une jeune diplômée, a examiné ma belle mère. Ce fut un soulagement pour nous car ces derniers jours sa santé était préoccupante. Finalement c'est une simple réaction allergique, probablement due aux gaz, qui avait déclenché une crise d'asthme. En attendant la fin de l'invasion un peu de ventoline devrait la calmer. Il nous ont fournit les médicaments et du pain et sont repartis.
Des fenêtres, des habitants les appelaient, ils n'ont pu en secourir que quelques uns. Sur 9 familles qu'ils ont visités les 9 nécessitaient des soins.

A 14h45, les soldats qui occupaient l'appartement de Thaer ont commencé à descendre des dizaines de sacs et de cartons, j'en ai même vu descendre les poubelles. Dix minutes plus tard, plus un bruit. En un instant nous ouvrons tous nos portes "ils sont partis ?" "Ils sont partis !!" On entendrait presque des youyous de victoires, les petits se ruent dehors, dévalent les escaliers en hurlant. Les adultes ahuris sortent sur les paliers, demandent des nouvelles les uns aux autres. J'aperçois ma belle mère faire une prière que je sais être de remerciement. Mon beau-père entre dans l'appartement de Thaer "c'est vide", nous entrons tous. Un subtil parfum, mélange de merde, de gaz et de rance nous empoigne. Le spectacle est désolant. Je pense à ce que j'aurais ressentit si j'avais retrouvé dans cet état notre appartement, notre chambre dont nous venons de finir la décoration.
Petit à petit nous voyons les autres véhicules quitter notre rue puis notre quartier. Mon beau-père est inquiet pour son magasin, alors Wajdi et moi sortons pour aller constater les dégâts.
Nous croisons beaucoup de gens en pyjamas venus s'enquérir de la santé de leurs proches, de l'état de leurs commerces. Les rues sont couvertes de détritus, d'eau, de cartouches vides. L'odeur du gaz est si tenace qu'elle nous prend encore la gorge et nous brûle les yeux. De nombreuses portes ont été explosées, la plupart des stores des magasins ont été détruits vomissant leurs marchandises. Une bonne étoile veille sur nous, le magasin de mon beau-père est intact.
En moins d'une demie-heure, les ruelles de la vieille ville sont noires de monde. J'entends crier "Allah Ouakbar" et je vois défiler des dizaines de jeunes courant et applaudissant. Wajdi m'indique qu'ils sont venu fêter la poignée de résistants qui ont survécu. Je n'aime pas ces mouvements de foules, je commence à m'interroger. Pourquoi l'armée israélienne a-t-elle quitté la ville en plein milieu de l'après midi et en quelques minutes ? Je suis prise de panique, c'est un piège j'en suis sure. Je veux rentrer.

naplouse_tanks_israeliens


















De retour chez nous, nous trouvons les deux frères de Wajdi et sa soeur venus nous embrasser. Quelques minutes à peine s'écoulent et Majed reçoit un coup de téléphone de sa femme, restée chez eux dans les hauteurs de la ville. Les soldats redescendent, deux de leurs voisins sont blessés.

C'était il y a une heure et demie. Maintenant, Naplouse est de nouveau vide et silencieuse.

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01 novembre 2007

Le Complexe Militaro-industriel européen et nord américain

dep_defenseLe Complexe Militaire européen et nord-américain : UE
Coopération-compétence

Dunia Pérez Milián
Centre d’Études Européens

Les relations transatlantiques ont toujours été historiquement solides, bien que non exemptes de contradictions. L’affrontement qui avait caractérisé la période de la guerre froide entre les pays qui faisaient partie du Camp Socialiste et les puissances occidentales, avait facilité de très hauts niveaux de collaboration et d’entente entre les deux côtés de l’Atlantique, desquels a découlé la construction d’une Union Européenne dépendante des nord-américains en termes de sécurité, de moyens et de capacités.

Avec la chute du Camp Socialiste dans l’Europe de l’Est et le renforcement économique de l’Union Européenne comme bloc impérialiste, les différences entre les alliés ont commencé à être plus visibles. Certainement existe t-il un nombre important d'intérêts partagé entre les parties qui avalisent les stratégies de sécurité avec les concurrences et les projections internationales assez similaires, néanmoins, il subsiste des divergences ponctuelles se référant surtout au sujet des méthodologies et aux moyens à employer dans l'affrontement de supposés nouveaux défis internationaux.

Notons, les aspirations de l'Union Européenne à se convertir en un acteur de taille globale à partir de la définition et de la défense des intérêts régionaux plus spécifiques, et pour lequel quelques initiatives dans le milieu de la défense ont été concrétisées ces dernières années, créant des points de friction avec l'agenda de domination globale nord américaine dans laquelle, le bloc européen dégage également un rôle déterminé.

Les deux tendances se sont conjuguées indistinctement, pas toujours avec les mêmes résultats dans le dialogue transatlantique. Les fissures évidentes dues à l'intervention anglo-nord américaine en Irak en 2003, ont été démonstratives que l'élite politique européenne était plus intéressée à préserver ses intérêts au risque de léser ses relations avec Washington. Dans ce contexte, l'axe franco-allemand composé par le gaulliste, Jacques Chirac, et le social-démocrate, Gerard Schroeder ont été les protagonistes d'une lutte qui plus tard leur coûterait, non seulement la détérioration et la stagnation de leurs relations avec la Maison-Blanche, mais aussi les critiques dans le propre espace européen.

L'arrivée d'une nouvelle génération de leaders politiques dans les capitales européennes, à non seulement représenté un rapprochement dans le dialogue transatlantique, mais également, la continuité de la promotion de la ligne militaire initiée dans les périodes antérieures. Seulement, c’est en cet occasion , que de la tendance à la confrontation défendue principalement par les Français, on est passé à l'articulation d'une relation de coopération-compétence, surtout sur ce qui se réfère au complexe militaro- industriel.

L'axe anglo-étasusien : représentant par excellence la collaboration

La guerre de Yougoslavie en 1999 a contribué à renforcer sensiblement les liens stratégiques, militaires et d’intelligence entre Washington et Londres. Après la culmination du conflit militaire, le secrétaire de la défense étasunienne de l’époque, William Cohen, et son homologue britannique, Geoff Hoon, ont signé une Déclaration de Principes sur les Équipements de Défense et de Coopération Industrielle, qui avait comme principale finalité " d’améliorer la collaboration entre les deux parties pour l'approvisionnement d'armes et la protection de secrets technologiques, et de cette façon à faciliter le chemin à l’union de nouvelles entreprises militaires et à de possibles fusions d'industries d’armement".

L'objectif déclaré par Washington était d’impulser la création d’un " pont transatlantique" qui permettrait au Département de la Défense étasunienne de mener sa politique de globalisation jusqu'en Europe... Notre objectif est d'améliorer l'opérativité mutuelle et l'efficacité dans le développement de campagnes de guerre au moyen d'un rapprochement de liens industriels entre entreprises étasuniennes et celles de pays alliés. L'accord avait été signé peu de temps après la création de la British Aeroespace Systems (BAES), résultat de la fusion de la British Aeroespace (Bae) avec GEC Marconi (la succursale de défense de la Général Électronic Company). Et pour cet accord, la Bae était déjà fortement liée à Lockheed Martin et à Boeing, les deux principales entreprises contractuelles étasuniennes dans les projets de défense.

Dans le même temps, cette intégration dans la sphère de la défense a également coïncidé avec une coopération croissante entre la CIA et le MI5 Britannique dans l'environnement de l'intelligence et des opérations frauduleuses, ainsi que le sur le terrain des opérations conjointes entre les forces spéciales des deux parties. Sur la base de ce rapprochement sensible on trouve, entre autres questions, l'identification quasi totale du gouvernement de Londres avec la politique antiterroriste menée à bien par Washington et utilisée comme propulseur de l'industrie militaire.

Cependant, malgré que les deux côtés de l'Atlantique se partagent un agenda international avec d'importants points de consensus, la proposition nord américaine de " pont transatlantique " occulte l'intention d’effacer le Consortium franco-allemand et ainsi d'assurer l'hégémonie de l'industrie militaire étasunienne en alliance avec les principaux entrepreneurs britanniques de la défense. Situation à laquelle ne sont pas étrangers les allemands et les français, ce qui a déterminé une certaine lutte, pas toujours de manière ouverte et publique, mais qui est par moments sous-jacente aux relations fluides de l’UE et des EEUU.

L'axe franco allemand : rivalise et coopère également

L'ensemble franco allemand en matière de production aérospatiale et de défense est dirigé, en dernière instance, contre l'hégémonie étasunienne du marché de l'armement, assise sur l'association entre des cinq grands américains (Lockeed Martin, Raytheon, General Dynamics, Boeing, Northop Grumman et BAES) et l'industrie de défense britannique sous les clauses de l'accord de " pont transatlantique".

Dans ce contexte, et depuis les principes des années 90, le gouvernement allemand a commencé à impulser la consolidation du complexe militaro-industriel germanique dominé par Daimler, Siemens et Krupp. Plusieurs fusions importantes d'entreprises de l'industrie de la défense de ce pays ont eu lieu en réponse aux mégafusions entre les fabricants de produits aérospatiaux et les éléphants de l'armement étasuniens.

En 1996, la France et l'Allemagne ont établi une agence commune sur les armements avec le mandat " de gérer des programmes communs et d'accorder des contrats au nom des deux gouvernements ", que certains spécialistes considéraient comme prédécesseur de l'actuelle Agence Européenne de Défense (AED). À cette date les deux nations partageaient l'enthousiasme autour d'une intégration possible de la Grande-Bretagne à cette initiative.

À la fin de l'année 1999, en réponse à l'alliance de la British Aeroespace et de Lockeed Martin, l'entreprise française Aerospace Matra à fusionné avec la DASA de Daimler (division aréospaciale de Daimler-Crysler), en faisant émerger dès lors, le plus grand consortium de défense européenne. L'année suivante s'était créée l’European Aeronautic Defence and Space Co. (EADS), intégré par DASA, MATRA et l'Espagnole Construcciones Aeronáuticas SA. Dans l'actualité EADS et ses rivales anglo-étasuniennes rivalisent pour l'approvisionnement d'armement aux nouveaux membres de l’OTAN de l'Europe de l'Est.

Ainsi, le troisième plus grand entrepreneur de défense en Europe est Thomson, si ces dernières années s'était plus orienté pour développer des projets associé au fabricant d'armes étasunien Raytheon.

D'un autre côté, la France et l'Allemagne contrôle actuellement Airbus Industry (concurrente directe de Boeing étasunienne), dans laquelle la BAES britannique possède 20 % des actions restantes. Les Allemands collaborent également dans le programme de mise en orbite de satellites spatiaux Ariane, dont la Deutsche Aerospace (DASA) est l'actionnaire principal. En même temps, l'alliance Franco-allemande sur le terrain de la production militaire et sous les clauses de l’EADS, ouvre à l'Allemagne (qui officiellement est dépourvue d'armement nucléaire) les portes à son intégration dans le programme d'armement nucléaire français. Dans cette sphère, EADS produit une gamme étendue de missiles balistiques, dont le ICBMs qui peut être tiré à partir de sous-marins et qui est doté de têtes nucléaires de type M51.

Néanmoins, dans cette structure complexe d'alliés et de concurrents, l’EADS coopère actuellement avec la BAES dans la production de missiles et commerce également avec les " Cinq Grands" étasuniens, en incluant la Northrop Grumman ; en même temps celle-ci, qui est intégrée dans le programme d'approvisionnement du département de défense étasunien sous les clauses de la convention du " pont atlantique ", se maintient dans les dix plus grandes entreprises de défense du Pentagone, et opère librement dans le marché étasunien au travers de sa filiale,BAE Systems North.

De même, le groupe français d'électronique, Thales, spécialisé dans la technologie aérospatiale, de défense et d'information a collaboré à la construction du "Dreamliner" 787 de Boeing, dans le même temps que la réalisation du contrat d'approvisionnement des équipes de radios des forces spéciales étasuniennes destinées à l'Irak. Dans ce contexte, selon le conseiller délégué de Thales Nordamérica, Allan Cameron, les énormes investissements annoncés pour les années à venir par le Département de la Défense nord américaine constituent la principale raison de l'intérêt du groupe français dans le marché de défense des États-Unis, parce que, ensembles, de nouveaux projets de travail pourraient se concrétiser dans le milieu militaire.

Au sentiment général, dans ce panorama compliqué qui conçoit, autant la lutte pour la domination des marchés que la croissante interconnexion entre le complexe militaro- industriel européen et nord américain, deux groupes sont visibles dans la sphère de la défense et de la construction aérospatiale en Occident : d'une part EADS dominée par la France et l'Allemagne et d'autre part les " Six Grandes" anglo-étasuniennes. Les deux conglomérats, bien qu'ils représentent les intérêts impériaux des étasuniens et européens dans le monde, ils symbolisent également la symétrie dans la projection des deux pôles de pouvoir à partir de la militarisation croissante de leur politique extérieure.

En ce sens, le processus de fusion graduel et préoccupant qui s'est amorcé entre les représentants des deux industries d'armement, qui rencontrent les points de contact sur les bases qui animent leur renforcement et leur promotion, déterminera un degré supérieur de consensus entre européens et nord américains et accentuera l'agressivité du caractère colonial sur leur projection internationale. Nous pouvons confirmer la constatation plus inquiétante de cette tendance dans les récentes déclarations d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sur la nécessité de renforcer et d'approfondir les liens transatlantiques.

Dunia Pérez Milián est chercheuse au Centre d’Études Européens à la Havane (Cuba).

Español

traduction: Esteban

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12 octobre 2007

POUVOIR AU SEIN DE LA BANQUE MONDIALE

BM_vampirePOUVOIR ET INFLUENCE DES GRANDES ENTREPRISES AU SEIN DE LA BANQUE MONDIALE

LA BANQUE MONDIALE NE SERT QU'À AFFAMER LES PAUVRES POUR ENGROSSER LES RICHES. IL EST TEMPS DE DÉMANTELER CETTE BANQUE MONDIALE. POUR LA SURVIE DE L'HUMANITÉ ET DE LA PLANÈTE.
Esteban

Chaque année, la Banque Mondiale (la Banque) canalise entre 18 et 20 Millions de dollars vers les pays en voie de développement, sous forme de prêts et de subventions dans le but ostensible de réduire la pauvreté et favoriser la croissance économique. La Banque agit toujours conjointement à son organisme "frère", le Fond Monétaire International (le Fond), même dans les pays qui ne sollicitent plus d’appui ni de prêts du Fond. L’aide et le financement de la Banque ne sont pas entièrement destinés aux gouvernements. Un montant considérable va directement au secteur privé, spécialement vers les grandes compagnies aux travers de prêts, d’assistance technique et de dédommagements des risques sur les investissements.

Garantie pour les riches

Depuis plus de ses 60 ans d’existence, la Banque s’est élargie et n’est plus l’institution unique, la Banque Internationale de Reconstruction et de Développement (IBRD-International Bank for Reconstruction and Development). Elle est maintenant constituée par cinq institutions, chacune d’elles a l’attribution d’une zone spécifique d’opérations (1). Celles-ci comprennent le financement et autres aides d’assistance et de réhabilitation, d’infrastructure institutionnelle et physique pour les secteurs tels que l’Énergie, le Transport, l’Industrie de l’extraction, les Télécommunications, la restructuration des secteurs clés comme la Santé, l’Éducation, l’Eau et l’Agriculture afin de les transformer en secteurs privés orientés vers le Marché, le développement du secteur privé et l’accompagnement des risques d’investissement que peuvent rencontrer les entreprises privées. Malgré les récents scandales la Banque est une institution puissante. Pour ses pays clients, elle est, dans la majorité des cas, virtuellement la seule porte d’accès au commerce international, au financement pour le développement et au capital d’investissement privé. Son pouvoir et ses directives politiques découlent de ses actionnaires les plus riches. Les gouvernements composant le G-7 (2) usent systématiquement de la Banque afin d’assurer à leur entreprises transnationales respectives des affaires commerciales lucratives et des investissements (TNCs) dans les pays en voie de développement.

L’influence des grandes entreprises à l’intérieur et à travers la Banque, se manifeste de différentes façons. Les plus évidentes sont les aides que les entreprises privées reçoivent par l’intermédiaire de trois institutions spécialisées parmi celles de la Banque : l’Assemblée Financière Internationale (IFC- International Finance Corporation), l’Organisme Multilatéral de Garantie d’Investissement (MIGA- Multilateral Investment Guarantee Agency) et le Centre International de Règlement de Différents d’Investissement (ICSID- International Center for the Settlement of Investment Disputes).

L’IFC, une branche de la Banque, est pour le secteur privé, au niveau mondial, la principale source multilatérale de financement du capital actionnaire et de prêts pour les entreprises privées dans les pays en voie de développement. L’IFC revendique son aide au développement économique, à l’emploi et la réduction de la pauvreté en favorisant l’ouverture des marchés compétitifs et efficaces, en offrant un appui direct aux compagnies privées dans les pays en développement. Elle a développé une très large variété d’outils et de services pour permettre que les entreprises privées puissent gérer les risques des investissements et élargir leur accès au capital et aux marchés dans ces pays. La Banque et la IFC ont également crée un service de "Réponse Rapide en Matière de Connaissance" (Rapid Response Knowledge Initiative) qui s’est spécialisé à proposer ses conseils en ce qui concerne les réformes sur l’environnement des affaires et les politiques de privatisation dans les pays en développement. Cette initiative nourrit un cyber-service Internet appelé "Blog du Secteur Privé" (Private Sector Blog)- un marché pour accéder à la réflexion sur le développement" qui encourage l’idéologie pro-marché et pro-patronale (3).

Une observation plus précise sur les opérations de la IFC démontre qu’une grande partie de l’appui qu’elle offre est destiné aux grandes entreprises solides financièrement et non pas aux entreprises locales à petite échelle. À travers la IFC les grandes compagnies accèdent à d’énormes contrats gouvernementaux pour des projets d’infrastructures et de prestation de services ainsi qu’à d’autres opportunités d’investissement relativement exemptes de risque. Les communautés locales d’autre part, ont peu de possibilité d’intervenir et de décider, et n’ont aucun bénéfice dans ces investissements puisque les protections sociales et environnementales augmentent au fur et à mesure sur l’autel des exigences de profits des entreprises.

Le MIGA prête quelques uns de leurs services les plus importants aux entreprises privées, palliant les risques politiques de l’investissement privé dans les pays à haut risque et les bas revenus affectés par les conflits des pays. La force du MIGA est le risque politique et le risque souverain qui inclut les actions gouvernementales qui peuvent menacer les profits des entreprises. Les garanties offertes par le MIGA contre le risque, protègent l’investissement privé des entreprises contre les pertes qui pourraient résulter d’une expropriation d’actifs, aux ruptures de contrats ou en cas de guerres et de révoltes civiles, y compris des insurrections, coup d’État, Révolutions, sabotages et terrorisme. Cet organisme s’enorgueillit d’être le leader dans l’industrie des assurances de risque politique et collabore avec des assureurs privés et publics pour "encourager les assureurs de secteur privé à établir des transactions qu’ils n’auraient pu assumer d’une autre façon" (4). Les bénéficiaires du MIGA sont généralement des entreprises transnationales qui opèrent dans les secteurs tels que l’Eau, l’Énergie, le Pétrole et le Gaz, les Télécommunications, les Automoteurs, le Commerce de l’Agriculture et le Tourisme de luxe.

Le MIGA propose également des services "médiation de différents", tâche dans laquelle il est complémentaire au ICSID qui officie comme un tribunal privé, presque secret pour résoudre les différents entre États et investisseurs privés. L’ICSID a été récemment sous le feu de l’attention publique suite au procès intenté par les entreprises Bechtel et Aguas del Tunari réclamant 50millions de dollars à l’encontre du gouvernement bolivien qui avait résilié le contrat de privatisation de l’eau dans la ville bolivienne de Cochabamba. Une campagne internationale popularisée et bien coordonnée contre Bechtel a obligé cette entreprise à accepter un arrangement pour 30 centimes. Mais ce cas a attiré l’attention de l’opinion publique mondiale sur le système de tribunaux de commerces que la Banque administre à huis clos et qui visent majoritairement à protéger les droits des investisseurs privés ou de patrons de secteurs cruciaux d’intérêts publics comme l’Eau, l’Électricité, les Télécommunications, le Pétrole, le Gaz naturel et les minerais.

Appui aux sociétés déguisées de "Développement"

Les prescriptions pro-patronales sont moins voyantes mais plus insidieuses et perverses. Elles accompagnent le financement de la Banque aux projets et programmes appelés "développement" au travers du IBRD et de l’Association Internationale au Développement (IDA- International Development Association). Les paquets de réformes économiques notoires que cherchent à appliquer les petits gouvernements efficients et amiables avec les entreprises, établissent ainsi des économies capitalistes favorables à ces entreprises. Ces réformes connues en premier lieu comme des "Programmes d’Ajustement Structurels" (SAPs), redéfinies ensuite en "Stratégie de Réduction de la Pauvreté" (PRS-Poverty Reduction Strategies) sont destinées à ouvrir à l’investissement étranger les marchés et les économies des pays emprunteurs, par l’intermédiaire de la libéralisation du commerce et des investissements, la privatisation des entreprises de services publics, les entreprises étatiques de commercialisation et autres entreprises d’États, ainsi que la dérégulation financière. Les réformes exigent aussi l’élimination des subventions attribuées aux pauvres, les protections des travailleurs, les producteurs et entreprises indépendants et une compression drastique des programmes sociaux financés par l’État y compris ceux de la Santé, l’Éducation, l’Eau potable et l’Assainissement.

Bien que l’objectif déclaré de son (BM) "financement pour le développement" est de réduire la pauvreté, d’augmenter l’emploi et d’élever les niveaux de vie en stimulant un rapide accroissement économique, les projets et les programmes de la Banque bénéficient en réalité beaucoup plus aux entreprises privées, aux entrepreneurs et firmes de consultants, plutôt qu’aux pauvres. L’impulsion de la Banque pour la libéralisation du commerce, avec en parallèle l’élimination des aides destinées aux producteurs et aux entreprises nationales, permet aux entreprises étrangères l’accès sans restriction aux marchés, de pays en voie de développement, dans les secteurs cruciaux comme l’Agriculture, les Services et l’Industrie. Avec son insistance pour que les pays emprunteurs abaissent leurs réglementations en matière de travail et d’environnement, et pour qu’ils établissent des systèmes d’imposition et des régimes de propriété favorables aux entreprises, la Banque assure virtuellement les investisseurs d’un accompagnement gratuit, sur le compte des communautés locales, des travailleurs et de l’environnement.

La croyance quasi religieuse de la Banque en la marchandisation et la privatisation, a été extrêmement fonctionnelle aux intérêts des entreprises. Indépendamment du problème ou du secteur que l’on traite ( Eau, Électricité, Commerce Agricole, Santé, Éducation etc…), la Banque exige le retrait de l’État et la mise en avant du marché. La privatisation comprend une série de mesures : du dégroupement (ventilation) des opérations d’une entreprise publique et la participation de tiers à ces entreprises dégroupées, jusqu’à la vente finale de l’entreprise, soit en totalité soit en parties. Le paquet comporte des contrats "assistance technique" assurés par des privés et l’acquisition de biens et de services secondaires. Bien que la Banque insiste sur le fait que l’achat et la mise en œuvre sont de la responsabilité de l’agence d’application (5) (habituellement un département gouvernemental), les actifs privatisés et les contrat de construction, cabinet-conseil et acquisition, sont ,en général, remis à des entreprises, entrepreneurs et firmes de cabinet-conseil de grande envergure qui connaissent bien les normes de la Banque en matière d’appels d’offres, de contrats publics ou d’achats à l’État.

La symbiose entre la Banque et les entreprises peuvent se voir clairement dans les industries de la biotechnologie et des agrochimiques. Les politiques agricoles de la Banque ont été pratiquement rédigées par des entreprises comme Monsanto, Aventis, Novartis et Dow. Même que la Banque ait élargi son discours rhétorique sur la protection environnementale dans la décennie 1990, dans les faits, ses projets continuent à favoriser un plus grand accès des producteurs agricoles aux agrochimiques et aux semences transgéniques. Durant cette période, la Banque a aussi traité avec des associations d’entreprises, parmi lesquelles, presque toutes étaient des entreprises principalement de pesticides et de biotechnologie par le biais d’un programme d’échange de personnel dans lequel ont participé 189 entreprises, gouvernements, universités et agences internationales. Un analyste du marché d’Aventis (maintenant, Bayer CropScience) a passé presque quatre ans dans le IBRD en élaborant la position de cet organisme sur la biotechnologie agricole et sa stratégie de promotion financière au travers du IFC. Le plus haut responsable des relations publiques de Novartis (maintenant, Syngenta ) a passé un an à travailler sur les stratégies d’expansion pour l’unité de développement de la Banque. Les fonctionnaires de la banque placés dans les entreprises Novartis et Rhône-Poulenc Agro (maintenant, faisant partie de Bayer) à la fin de la décennie 1990, ont offert à ces entreprises une assistance en affaires de règlementation au sujet de biotechnologies et sur les associations pour le développement rural. La Banque a adapté dès lors ses stratégies agricoles pour les accommoder aux besoins des compagnies leaders en biotechnologie et en agrochimique, lesquelles pour leur part ont gagné l’accès à l’élaboration de politiques publiques dans les pays en développement via les faveurs de la Banque (6).

L’esprit pro-patronal est profondément enraciné dans la Banque. Beaucoup de Présidents de celle-ci et une grande partie du personnel de la Direction viennent du secteur patronal, et les "solutions de marché" constituent un élément prédominant des stratégies de la Banque pour aborder virtuellement n’importe quel problème, de la déforestation au réchauffement climatique global ou à la pénurie d’eau ou d’aliments. La vison du développement qui prédomine dans la Banque est une vision capitaliste dans laquelle le rôle du gouvernement est de créer un environnement propice pour que fleurisse le secteur (patronal) privé et pour que le marché solutionne les sujets cruciaux et la distribution. Dans les projets des grandes usines hydroélectriques, par exemple, la Banque offre l’assistance au gouvernement récepteur et aux entrepreneurs privés pour la préparation et la mobilisation des finances. Elle passe des contrats avec des firmes de cabinet-conseil privés afin qu’ils travaillent conjointement avec les départements gouvernementaux pour la conception et les mécanismes d’application du projet, elle mobilise le financement du projet (au travers de l’IFC) et assure les prêts (au travers du MIGA et d’autres institutions associés assurant les risques). Les coûts pour réduire les impacts environnementaux et sociaux restent à la charge du gouvernement et de la société, les termes du financement et les garanties favorisent généralement les compagnie privées, plus que l’intérêt général plus vaste.

La Banque est orgueilleuse de son appui aux grandes entreprises et aux investisseurs privés comme cela est exprimé sur le site web du MIGA :

"Notre présence sur un projet d’investissement peut transformer littéralement un "rien à faire !" en un "au travail !". Nous agissons comme un puissant élément de dissuasion contre les actions des gouvernements qui pourraient affecter négativement les investissements. De même s’il surgit des controverses, notre influence dans les gouvernement receveurs, nous permet de solutionner fréquemment les différents en satisfaisant mutuellement les deux parties".(7)

Depuis plusieurs décennies maintenant, la Banque utilise le développement et la réduction de la pauvreté comme un écran de fumée pour favoriser les intérêts des grandes entreprises. Elle a utilisé sa position comme créancier préférentiel et coordonnateur d’assistance au pays en voie de développement afin de créer des opportunités d’affaires pour que les entreprises, les entrepreneurs, et les consultants privés puissent s’enrichir avec les crises et les besoins structurels des pays en voie de développement. Evidemment pour démanteler le pouvoir des entreprises sur les biens public, les services et les biens communs, il sera nécessaire de démanteler aussi la Banque Mondiale.

Version en anglais
Version en espagnol

Notes :

(1) La Banque est composée de cinq institutions qui forment collectivement le groupe de la Banque Mondiale :
- la Banque Internationale de Reconstruction et de Développement (IBRD-International Bank for Reconstruction and Development)
- l’Association Internationale au Développement (IDA- International Development Association)
- l’Assemblée Financière Internationale (IFC- International Finance Corporation)
- l’Organisme Multilatéral de Garantie d’Investissement (MIGA- Multilateral Investment Guarantee Agency)
- le Centre International de Règlement de Différents d’Investissement (ICSID- International Center for the Settlement of Investment Disputes).
Il est possible accéder aux informations sur les cinq institutions sur le site web de la Banque Mondiale : http://www.worldbank.org

(2) Le G-7 est composé par les États-Unis, Canada, Grande-bretagne, France, Italie, Allemagne et Japon

(3) http://psdblog.worlbank.org/

(4) http://www.miga.org/sitelevel2/level2.cfm?id=1069

(5) ici

(6) La Banque Mondiale et la "Nouvelle Révolution Verte" : ": Devastating IMF/World Bank sponsored environmental projects in the name of progress. Brian Tokar. Green Tide. Z Revista en línea, abril 2004, Volúmen 17, Número 4. http://zmagsite.zmag.org/Apr2004/tokar0404.html

(7) http://www.miga.org/sitelevel2/level2.cfm?id=1069

Shalmali Guttal est Directrice associée de "Focus on the Global South"

traduction: Esteban

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