LE TACLE

LA CONSCIENCE VAUT MILLE TÉMOINS

02 mai 2008

BOLIVIE: Offensive de la droite et mobilisation ouvrière et paysanne pour l’affronter

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Le 4 mai la Préfecture (gouvernement) du Département (province) de Santa Cruz, organisera un « référendum » pour approuver un « statut autonomique » selon lequel elle aurait le contrôle des terres et des hydrocarbures. Dans les prochains mois, ils espèrent réitérer ces mêmes « référendums » dans d’autres Départements (Tarija, Beni y Pando).

D’un autre côté, ils ignorent la Nouvelle Constitution approuvée en décembre 2007 par la majorité du MAS qui gouverne dans la Constituante, et empêchent à cause de leur majorité au Sénat, l’aboutissement du plébiscite national afin de la mettre en vigueur.

La Nouvelle Constitution limite à 10.000 hectares l’extension des terres. Et les oligarchies de l’Est du pays ne veulent pas céder un seul hectare des meilleures terres qu’elles se sont appropriées avec la complicité des dictatures. 100 familles détiennent 25 millions d’hectares, alors que 2 millions de paysans subsistent avec seulement 5 millions d’hectares. En plus cette oligarchie veut également le contrôle des hydrocarbures et des mines afin de poursuivre leur commerce avec les multinationales. Ils comptent sur l’appui de l’ambassadeur Yankee Philip Goldberg. Ils cherchent à adapter un gouvernement parallèle, destiné à liquider le gouvernement d’Evo Morales.

Écraser l’oligarchie

La majorité paysanne, populaire et ouvrière commence à élever son indignation, en voyant comment la droite avance impunément avec un discours ouvertement raciste et prêt à un coup d’État. Cependant, le gouvernement d’Evo Morales freine la mobilisation en disant que le « référendum » est illégal.

D’autre part, il y a un certain mécontentement contre le gouvernement d’Evo, à cause de l’augmentation du pouvoir d’achat et par l’absence de progression de la réforme agraire avec la redistribution des terres aux paysans et peuples originaires. La nationalisation des hydrocarbures a crée une augmentation d’impôts, qui ont bien amélioré les recettes de l’État (300 millions à 2 milliards de dollars), mais les multinationales continuent à s’approprier de la plus grande partie des recettes des hydrocarbures grâce aux contrats de production.

La CIDOB (Confédération Indigène de l’Ouest de la Bolivie) et la APG (Assemblée du Peuple Guarani) ont appelé à la mobilisation et à empêcher le « référendum » sur leurs territoires (qui appartient au Département de Santa Cruz). La Fejuve (association de voisins) de El Alto de même que les usines de transformation, les professionnels et la Fejuve de Cochabamba mobilisent pour le 1er et le 4 mai. La COB [Centrale Ouvrière de Bolivie] a réalisé une mobilisation à La Paz. Et les mineurs de Huanuni proposent que « seulement l’application des Agendas de 2003 et 2005 (nationalisation des hydrocarbures, réforme agraire) garantiront le démembrement et la déroute de l’oligarchie ». Tandis qu’ils appellent  « tous les syndicats, les travailleurs et le peuple de Bolivie à faire front à la menace de division de notre patrie organisée par l’oligarchie patronale, propriétaire des terres, transnationale et usurière », il exigent du gouvernement « donnez-nous les moyens et les ressources nécessaires pour les anéantir ». Tout notre appui à cette lutte héroïque du peuple bolivien.

Miguel Lamas

ESPAÑOL

Traduction: Esteban

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27 avril 2008

BOLIVIE: LE FUTUR EST EN TRAIN DE SE JOUER

Louis Bilbao
luis_bilbaoTous les gens conscients devraient se préoccuper et s’intéresser sur ce qui se passe en Bolivie. Les États-Unis sont sur le point de déclencher une guerre dans ce pays qui secouerait toute la région et, pour peu que l’on anticipe, cela amènerait un état de bouleversement et de belligérance dans toute l’Amérique du Sud.

La raison est, l’autonomie de Quatre départements (Santa Cruz, Beni, Pando y Tarija) ; l’instrument, l’oligarchie ; les moyens, les corps de mercenaires financés, entraînés et commandés par le Département d’État à travers la CIA et d’autres agences ; l’objectif, fragmenter la Bolivie, freiner le processus révolutionnaire dirigé par Evo Morales, introduire un bassin de feu dans le CONO SUR et créer les conditions pour attaquer ensuite le Venezuela et l’Équateur. Depuis dimanche passé, Le Paraguay est également menacé.

L’États Unis ont besoin de la guerre. L’économie capitaliste ne peut plus respirer sans elle. Ceux qui croient que l’enlisement de l’impérialisme en Irak l’empêche d’ouvrir d’autres fronts de combat, se trompent. C’est l’inverse : il ne leur reste plus qu’aller de l’avant. Mais ils cherchent à le faire en diagonale, en reflétant la ligne d’action du moyen Orient : trouver des fissures objectives dans les formes économiques, sociales, ethniques et religieuses ; attiser les conflits latents ; activer la guerre entre factions, les amplifier et chevaucher sur la destruction mutuelle des peuples.

La différence avec cette zone dévastée par l’invasion, les luttes intestines et l’entretien constant à la guerre (déjà les candidats qui vont succéder à George W. Bush ont souligné leur disposition à « raser l’Iran »), est qu’en Amérique Latine il y a le germe d’un centre politique continental. Les gouvernements de Cuba, Venezuela, Nicaragua et Bolivie ont assumé la nécessité d’affronter l’impérialisme dans les conditions du monde d’aujourd’hui, c’est à dire, de l’attaquer par la racine.

La réunion d’urgence réalisée dans la matinée du 23 avril dernier par Hugo Chávez, Evo Morales, Daniel Ortega et Carlos Lage représentant de Raúl Castro, et les décisions adoptées alors, sont des indicatifs que ce bloc commence à agir comme une direction politique internationale.

Mais ce n’est pas suffisant. Les partis et les organisations avec lesquels comptent ces quatre gouvernements sont l’avant-garde révolutionnaire du continent, mais ils ne parviennent pas encore à noyauter et à protéger l’ensemble du mouvement ouvrier, paysan, jeunes et la population à partir de Bravo jusqu'à la Patagonie. C'est un travail en suspend.

L’unique voie pour aboutir c’est que ces avant-gardes, dans toute sa diversité, trouvent le chemin des grandes majorités et parviennent à expliquer et persuader des millions, de ce qui paraît si clair mais en même temps si obscur : l’impérialisme, les oligarchies qui lui sont subordonnées et les positions hésitantes qui doutent de laisser tomber avec fermeté face à la Maison Blanche, sont en train de nous mener vers l’abîme de la guerre. Il faut les arrêter. Il est nécessaire d’additionner toutes les volontés, dans un spectre le plus ample possible, à partir de la simple compréhension de la menace.

On ne pourra pas empêcher la violence en demandant à Evo, comme le fait l’OEA, qu’il négocie avec les chiens de la guerre attisés par Washington. Il est question de défendre inconditionnellement le gouvernement légitime indigène de Bolivie. Et par tous les moyens nécessaires.

Il est urgent d’organiser des réunions dans chaque ville d’Amérique Latine pour expliquer et débattre de cette conjoncture dramatique. À partir de ces milliers d’assemblées, devront surgir des propositions d’actions, de mobilisation et des formes de liens nationaux et régionaux. Et être prêts pour envoyer des délégations à La Paz, réaliser des actes, concertés, des rencontres de toutes sortes, dans tous les coins, avec tous ceux et toutes celles qui comprennent la gravité du moment et avec l’unique consigne d’attacher les mains assassines de l’impérialisme.

Louis Bilbao est Directeur de "America siglo XXI"

Español

Traduction: Esteban

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24 avril 2008

BOLIVIE: TOUS AVEC LA BOLIVIE ---SIGNEZ---INTERNATIONAL

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En Bolivie, le processus de changements pour les majorités court le risque d’être brutalement restreint. L’arrivée au pouvoir d'un président indigène, élu avec un soutien sans précédent dans ce pays, et ses programmes de bénéfice populaire et de récupération des ressources naturelles, ont dû affronter dès les premiers moments les conspirations oligarchiques et l'ingérence impériale.

Récemment, l'escalade conspirative a atteint ses niveaux maximaux. Les actions subversives et anticonstitutionnelles avec lesquelles les groupes oligarchiques prétendent diviser la nation bolivienne, reflètent la mentalité raciste et élitiste de ces secteurs et constituent un très dangereux précédent, non seulement pour l'intégrité de ce pays, mais aussi pour celle d'autres pays de notre région.

L'histoire montre avec une grande éloquence les terribles conséquences que les processus divisionnistes et séparatistes induits et approuvés par de puissants intérêts étrangers ont eu pour l'humanité sur tous les terrains.

Devant cette situation nous, les signataires, voulons exprimer notre soutien au gouvernement du Président Evo Morales Ayma, à ses politiques de changement et au processus constitutif souverain du peuple bolivien. De même, nous rejetons l'appelé Statut autonome de Santa Cruz pour son caractère inconstitutionnel et pour attenter contre l'unité d'une nation de notre Amérique.

Nous appelons toutes les personnes de bonne volonté pour qu'elles unissent leurs voix pour dénoncer, par toutes les voies possibles, cette manœuvre divisionniste et déstabilisatrice dans une heure historique pour l'Amérique Latine.


[  CLIQUER POUR SIGNER...  ]


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Esteban

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23 avril 2008

BOLIVIE: Référendum illégal du 4 mai : L’Ambassadeur explique la délicate situation de son pays

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Le 21 avril 2008- Jorge Alvarado Ribas, Ambassadeur de Bolivie au Venezuela, a expliqué la situation délicate qui est vécue dans son pays suite à une consultation organisée par l’oligarchie de l’Est du pays afin d’approuver des statuts d’autonomies, mais celle-ci a été déclaré illégale et inconstitutionnelle par la Chambre Nationale Électorale, et rejetée par l’OEA, l’ONU et l’Union Européenne.

Interrogé par Eleazar Díaz Rangel pour la chaîne TVes, Alvarado Ribas a expliqué que les oligarchies qui dominent économiquement le pays représentent moins de 10% de la population totale. Dans ce qu’ils nomment « demi lune », formée par quatre provinces à l’Est du pays, vivent les familles qui gardent les grands monopoles. « Une seule famille possède un million et demi d’hectares », a-t-il dit. La nouvelle Constitution bolivienne propose une redistribution des terres qui touche principalement ces propriétaires terriens, lesquels perdront cette hégémonie agricole.

Alvarado Ribas a déclaré que les propriétaires ont inventé les autonomies de manière séparatiste pour s’approprier les ressources naturelles de la région. Selon les statuts d’autonomie dont ils pensent qu’ils seront approuvés par le référendum illégal du 4 mai, il est mentionné de maîtriser et administrer toutes les ressources naturelles de leur région, entre autres les pétroles. Ils encaisseront les impôts à vocation nationale, en reversant
un petit pourcentage au gouvernement . Ils prétendent également contrôler les terres pour conserver leurs hégémonies sur celles-ci.

Il assure que " Tout cela vise un objectif séparatiste, car ce qu’il prétendent c’est former un nouvel État "

Ingérence de l’ambassade étatsunienne

De plus il a dénoncé que l’ambassadeur actuel des États-Unis, Philip Goldberg, avait travaillé en Yougoslavie pendant la guerre des Balkans pour réaliser son éclatement et ensuite amplifier cette expérience dans toute la zone, et réitérer cela en Bolivie. « L’Ambassadeur des États-Unis passe la plupart de son temps à Santa Cruz et il se réunit ouvertement avec les comités civiques » a-t-il expliqué.

L’Ambassadeur à expliqué que les médias de communications sont manipulés par les oligarchies. 4 ou 5 des Canaux qui couvrent la nation sont appartiennent à ces oligarchies, ils appuient leurs tendances séparatistes et vont contre le gouvernement.

Le gouvernement de Morales était disposé au dialogue et à rendre compatible les statuts d’autonomies avec la nouvelle Constitution. Le gouvernement est disposé à être plus flexible afin d’installer un dialogue, mais les oligarchies ne veulent absolument pas de dialogue, selon le diplomate.

Vu que le dialogue était bloqué, une mission de l’OEA dirigée par Dante Caputo était détachée ainsi que l’église qui les appela à dialoguer, «  mais les oligarchies ne veulent simplement pas dialoguer ». La Communauté Européenne a déjà annoncé qu’elle ne reconnaîtra pas les résultats du référendum parce qu’il est illégal et inconstitutionnel. Les préfets (gouverneurs) ont dit qu’à eux la légalité ne leur importe pas.


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Alvarado Ribas averti que les autres départements vont continuer ensuite avec leurs propres référendum sécessionnistes. Cependant, plusieurs municipalités à l’intérieur de Santa Cruz sont contre le référendum du 4 mai, ils en sont même arrivés à des affrontements.



"Le Référendum est illégal"

L’Ambassadeur Alvarado Ribas affirme que le référendum est illégal, puisque seul le Congrès peut appeler à un référendum au travers d’une loi, et cela n’a pas été le cas. « Au niveau légal, ce qui se passera le 4 mai ne sera qu’une consultation » qui ne sera pas inaliénable.

Alvarado Ribas explique que le référendum viole la loi électorale, parce que cette loi indique que
c’est la Chambre Nationale Électorale seule qui doit organiser un référendum , et qui doit en plus établir la légalité de son processus. La Chambre Électorale a déclaré illégal et inconstitutionnel le référendum du 4 mai, mais l’Assemblée Provisoire Autonomique, élue à main levée à Santa Cruz , a indiqué que ce que la Chambre Nationale Électorale décide ne les intéresse pas et ne les importe pas, et qu’ils observeront seulement ce que décidera la Chambre Électorale Départementale.

Cependant, l’ambassadeur rappelle que la Chambre Électorale Départementale dépend de la Chambre Nationale et qu’elle n’est ni autonome ni indépendante. « Mais ces préfets manipulent la chambre départementale, et elle affirme que ce processus est légal, contredisant la Chambre Nationale Électorale ». Il a aussi expliqué que quelque soit le moyen monétaire dont pourra user la chambre départementale signifiera à leurs membres une mise en justice pour malversation de fonds puisqu’ils ne peuvent user de moyens pour une consultation illégale et inconstitutionnelle.

Les militaires disent qu’ils défendront l’unité du pays

Sur la position des militaires, Ribas a rappelé l’instabilité dont fut l’objet le pays dans son histoire passée. Il y eut même une année où sept présidents se succédèrent dans le pays. Les déclarations faites par les FFAA indiquent qu’elles soutiennent la démocratie, au leader légalement élu, et « elles défendent l’unité du pays ». Mais il est difficile de prédire ce qui peut se passer s’il se présente une situation d’affrontement. « C’est pour cela que nous ne voulons pas arriver à cette situation d’affrontement, parce qu’elle pourrait amener non seulement une situation de division de l’Armée, mais également celle du peuple bolivien ».

Ribas a dénoncé que par le passé et en d’autres opportunités, l’ambassade états-unienne avait favorisé des coups militaires. Il a donné deux exemples : le coup du général René Barrientos en 1964 contre Víctor Paz Estenssoro, en raison que ce dernier n’était plus utile aux nord-américains, et (2) le coup de Hugo Banzer contre Juan José Torres en 1971, qui fut favorisé par les États-Unis avec le financement du narcotrafic.

Il a spécifié que « face à une situation d’affrontement qui j’espère n’arrivera pas, peut-être qu’alors oui, on pourrait arriver à une situation de polarisation (dans les Forces Armées), mais nous espérons que cela sera surmonté avec la participation internationale ». Il a dénoté que parmi les organisations politiques se Santa Cruz il existe, la Juventud Cruceñista, « avec des idéologies et des attitudes fascistes », qui sans doute lanceront des provocations.

La consultation se fera le 4 mai et après cela « ils devront en subir les conséquences » légales. « Nous espérons que les organisations sociales, si elles vont montrer leurs protestations pour ces attitudes arrogantes, orgueilleuses et séparatistes de (l’oligarchie) de Santa Cruz et de l’Est bolivien, qu’elles n’en arrivent pas à des affrontements. Nous espérons que tout se passe de façon pacifique et qu’il n’y ait pas de provocations de la part des oligarchies ».

YVKE Mundial/LB

Español

SIGNER LA PÉTITION POUR L'UNITÉ DE LA BOLIVIE

Traduction: Esteban

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BOLIVIE: LA NOUVELLE CONSTITUTION ET LES STATUTS D'AUTONOMIE EN BOLIVIE (Partie II)

paysan_bolivienLe Projet de statut d’autonomie approuvé à Santa Cruz de la Sierra

De l’autre côté du chemin « balkanisateur » se trouve le projet de Statut d’Autonomie approuvé par l’Assemblée Provisoire d’Autonomie de Santa Cruz. En termes généraux, il ne s’agit déjà plus d’un projet obligatoire avec des zones d’ombres, mais en plus, d’une
pluie pénible de friperies entravant le chemin pour détruire l’État bolivien, à travers la participation de l’oligarchie la plus rance, des multinationales et de l’impérialisme.

La présentation du Statut d’Autonomie Départementale approuvé à Santa Cruz de la Sierra copie textuellement des paragraphes entiers du préambule du Statut d’Autonomie de la province Espagnole de Catalogne, et il avait été dénoncé publiquement que son principal élaborateur - Juan Carlos Urenda Díaz – avait reçu un « financement » des États-Unis à cet égard. Quel est le contenu de ce projet pratique ? Quels sont les agents cachés derrière ces autonomies départementales impulsées par les secteurs conservateurs de la société bolivienne ?

Aucun Statut d’Autonomie dans le monde d’aujourd’hui n’a l’illégalité aussi manifeste que celui approuvé par l’autoproclamée Assemblée Provisoire d’Autonomie de Santa Cruz, parce que simplement aucune loi de la République ne confère une représentation ou un quelconque mandat à cet organe illégal pour approuver un texte réglementé avec ces caractéristiques. Mais par delà cet aspect formel, l’étude substantive du Statut d’Autonomie est nécessaire.

« Le chemin idéal pour ce processus sont les Autonomies Départementales qui permettront d’avancer vers le Modèle Cruceño [de Santa Cruz] de Développement, le seul qui ait obtenu des résultats positifs dans l’histoire de la Bolivie » inscrit ainsi dans la présentation du document en question, ignorant les faits économiques et sociaux irréfutables : l’accumulation capitaliste des secteurs agroindustriels et financiers favorisés illégalement par les gouvernements néolibéraux n’a pas solutionné le taux grandissime de la pauvreté, le manque d’accès aux services publics, à l’éducation, à la santé et à la baisse du chômage dans le Département de Santa Cruz. Comme exemple, l’étude sur la Carte de la Pauvreté élaborée par l’Institut National des Statistiques en 2001 montre les pourcentages suivants de la population pauvre dans les provinces de Santa Cruz : 90,7% de pauvres dans la Province de Guarayos ; 82,8% dans celle de Ñuflo de Chávez; 77,8% dans celle de José Miguel de Velasco; 76,8% dans la nommée Ángel Sandoval ; etc. Des quinze provinces du Département de Santa Cruz, d’après cette étude, douze ont un pourcentage de population pauvre qui dépasse les 50%. Est-ce donc ce modèle de Développement de Santa Cruz qui a obtenu des résultats positifs dans l’histoire de la Bolivie et qui doit être appliqué pour continuer à exploiter et à marginaliser les secteurs populaires de la population de Santa Cruz ?

L’article 3 du Statut d’Autonomie Départemental approuvé, précise que la condition politique des cruceños [habitants de Santa Cruz] – et quelle clarté ! Seulement les cruceños – sont habilités à exercer les droits politiques d’élire leurs autorités départementales et d’être élus comme telles, de participer aux affaires qui sont de la compétence du Gouvernement Départemental à travers l’Initiative Législative Citoyenne, le Référendum, le Plébiscite et le Conseil Municipal.

Le chapitre I titre 2; rapporte la Structure de Compétences Basiques et l’Application du Droit d’Autonomie. Il y est inclus en premier lieu, les compétences exclusives du Gouvernement Départemental pour exercer le pouvoir législatif, la réglementation et la fonction exécutive. Ainsi, l’État bolivien se devrait de déléguer pratiquement toutes les compétences établies par la Constitution Politique actuelle de l’État ; parmi lesquelles, il en est des suivantes : a) les niveaux et les modalités d’éducation dans toutes les zones ; b) la terre ; c) les terrains forestiers et les bois ; d) les sources alternatives et les biocombustibles.

Cette dernière compétence exclusive du Gouvernement Départemental mérite une attention particulière. Les pays impérialistes, les multinationales ADM, Cargill, Bunge, Dreyfus, Monsanto, la Banque Mondiale, la Banque Interaméricaine de Développement, la ZICOSUR, entre autres, prétendent amplifier l’accumulation capitaliste au détriment de l’environnement, l’alimentation et la vie, au travers des biocombustibles. À cet égard, la Chambre d’Industrie et de Commerce de Santa Cruz (CAINCO) et la Préfecture de Santa Cruz encouragent depuis un certain temps une législation nationale et départementale relative en cette matière. De plus, la Préfecture de Santa Cruz avait communiqué  en 2007 qu’elle « investirait » 14 millions de bolivianos [monnaie bolivienne] dans trois usines afin d’expérimenter et de produire des biocombustibles, comme le biodiesel.

C’est ainsi que ressortent, dans le catalogue des compétences partagées entre l’État bolivien et le Gouvernement Départemental Autonome de Santa Cruz, les ressources naturelles et non naturelles qui selon le texte officiel ne seraient pas de la compétence exclusive du Département. La Chambre Bolivienne des Hydrocarbures - qui fait partie de la structure du Comité Civique de Santa Cruz – et TRANSREDES (Enron-shell), parmi d’autres multinationales pétrolières, ont participé activement dans les conseils municipaux qui demandaient les autonomies départementales pour la ville de Santa Cruz de la Sierra.

L’article 8 donne en clair quelles seraient les compétences ridicules pour lesquelles l’État bolivien pourrait légiférer : le contrôle météorologique, le système pénitencier, le registre civil, etc. C'est-à-dire que, pendant que les parlementaires nationaux légifèreraient l’organisation et l’administration des Archives Nationales sur l’Information Météorologique, les oligarchies agroindustrielles situées dans l’Est bolivien légifèreraient, elles, comment se redistribuer les grandes surfaces des terres et comment générer des gains plus considérables pour ADM, Cargill, Bunge, Dreyfus et Monsanto.

Les articles 9 et 14, constituent la superstructure qui permettrait le plein pouvoir du Gouvernement Départemental et de l’Assemblée Départementale – organisme législatif -. L’article 9 détermine que dans le cas où l’État National n’assume pas ses compétences, celles-ci seraient aussi assumées par le Gouvernement Départemental. L’article 10 précise l’application préférentielle du droit autonomique. L’article 11 indique que l’État National pourra solliciter la compétence exclusive du Département dans une ou plusieurs matières, moyennant l’approbation de l’Assemblée Législative Départementale, grâce à la Loi de Réforme du Statut, autrement dit, l’État National n’aura d’autre alternative que de s’agenouiller devant les caciques départementaux pour obtenir les compétences sur l’éducation, la terre, les terrains forestiers, les bois, les ressources alternatives et les biocombustibles.

L’article 13 défini que le problème des compétences entre l’État National, le Gouvernement Départemental et les Gouvernements Municipaux seront tranchés au travers du contrôle de constitutionalité, c'est-à-dire, du Tribunal Constitutionnel qui fut le bastion politique de la droite néolibérale et de Gonzalo Sánchez de Lozada ces dernières années.

L’article 20 précise en plus, d’autres attributions à l’Assemblée Départementale, parmi lesquelles celles d’établir les impôts et approuver les accords internationaux.

L’Exécutif Départemental, aurait l’obligation de “veiller” à ce qu’à l’intérieur du curriculum de l’enseignement dans les écoles et les collèges du Département Autonome de Santa Cruz, soit inséré l’histoire du Département, la connaissance de ses personnages illustres et de ses leaders, les traditions de Santa Cruz, des formes de production du Département et des caractéristiques actuelles culturelles cosmopolites inhérents au peuple crucéño. Rien n’est dit sur l’apprentissage de l’histoire de la République de Bolivie et de l’émancipation des pays latino-américains, la connaissance des personnages illustres et des leaders de l’Indépendance, des traditions boliviennes et latino-américaines. Rien n’est dit également au sujet de l’orientation que devrait avoir cet apprentissage pour favoriser la souveraineté nationale.

Jusqu’à la Police Nationale elle-même serait mise en pièces avec la création d’un Organisme de Sécurité Départemental (article 69) !

Dans le but de perpétuer les détournements de fonds et les faillites de la Banque Agricole, Findesa, Banque Sud, Big Beni, Banque de Cochabamba, Banque des Mines et la Banque de l’État, l’article 96 détermine que le gouvernement Départemental pourra gérer l’attribution de « crédit d’aide » aux producteurs agricoles et forestiers, et le financement à des conditions préférentielles. Au sujet du processus agraire et des terres, l’article 102 détermine que le droit de propriété sur la terre, la régularisation des droits, la distribution, redistribution et l’administration des terres dans le Département de Santa Cruz sera de la responsabilité du Gouvernement Départemental. Les tailles, les caractéristiques et les paramètres du respect de la fonction sociale et la fonction économico sociale, pour chaque forme de propriété agraire, seront établis par la Loi Départementale (article 103 Par.IV). Le Statut, au lieu de lutter contre le propriétaire terrien – notamment le propriétaire improductif – propose de combattre le petit propriétaire, en prescrivant dans l’article 105 que le gouvernement Départemental, par l’intermédiaire de l’Institut Départemental des Terres (IDT), appliquera un processus de « regroupement, de distribution et redistribution » des terres afin d’éviter l’apparition de phénomènes de petit propriétaires improductifs. La Terre pour les riches, la faim pour les pauvres ! Pour terminer, et pour qu’il ne reste aucun doute sur le niveau d’ingérence des oligarchies agroindustrielles dans la rédaction du texte, l’article 109 précise sue « le Gouverneur signera tous les Titres Agraires qui accréditent la propriété sur la terre et qui se trouvent à l’intérieur de la juridiction du Département Autonome de Santa Cruz, ce qui, conformément aux principes constitutionnels, font état et ne sont pas révisables, sauf par l’autorité judiciaire compétente, en permettant son inscription sur le Registre des Droits réels ».

Le Pouvoir Judicaire n’échappe pas à la rapacité des oligarchies. En effet, l’article 143 détermine que la Chambre Supérieure du District de Santa Cruz est l’ultime instance juridictionnelle et elle dicte les sentences avec autorité de jugement dans ces procès pour lesquels le droit applicable soit celui, de préférence, celui du droit autonome de Santa Cruz, c'est-à-dire, dans ces procès qui traitent sur les matières de compétence exclusive du Département, en accord avec le-dit Statut. Branco Marinkovic, propriétaire terrien, président du Comité Civique de Santa Cruz et la Chambre D’Agriculture de l’Est (CAO) sont la vox populi et, désirent non seulement maintenir leurs terres intouchables et mal obtenues… depuis la dictature de Hugo Bánzer Suárez, mais en plus, ils veulent s’approprier du territoire public tels des corsaires assoiffés d’or et d’argent.

Il n’est étrange pour personne de l’influence catalane dans la rédaction du Statut visé. Mais certainement devait-il y avoir des mentors et des publicitaires catalans ? Eh bien oui, il y en avaient. Higinio Clotas, Daniel Fernández González, Joan Prats i Català, tous catalans, et de plus membres du groupe politique catalan PSC, ils furent à Santa Cruz de la Sierra pour encourager le projet autonomiste. Teresa Ossio Bustillos – ex ambassadrice bolivienne à Madrid, durant le mandat présidentiel de carlos Mesa – qui est mariée avec Joan Prats i Català. Teresa Ossio et son conjoint catalan, donnèrent chacun d’eux, des conférences à Santa Cruz et Tarija sur les autonomies à travers le Centre International pour la Gouvernance, la Citoyenneté et l’Entreprise, pour mémoire, Prats i Català avait été lié politiquement au PSOE et directeur de l’Institut International de la Gouvernabilité ce Catalogne (IIG). En relation avec le gouvernement du PSOE, il n’est également étrange pour personne qu’il avait défendu plus d’une fois l’entreprise privée REPSOL en Bolivie, malgré les accusations de fraude, de corruption, de malversations et de contrebande de pétrole.

L’IIG informe officiellement qu’il est structuré légalement comme centre d’investigation et de formation, constitué comme un consortium public par le Gouvernement de Catalogne, l’École Supérieure de l’Administration et de Direction des Entreprises – ESADE – et la Universitat Oberta de Catalogne – UOC- mais le plus important encore, certaines institutions, comme le Programme des Nations Unies pour le Développement, la Banque Mondiale, la Banque Interaméricaine de Développement, l’OCDE et l’Union Européenne, réclament leur participation et accessoirement dans certains des programmes qui étaient alors en place, et ensemble avec le PNUD et la Generalitat de Catalunya, il avait développé le Système d’Information et de Connaissance sur la Gouvernabilité en Amérique Latine. L’IIG dit défendre le « républicanisme civique », idée politique assumée par le président espagnol Rodríguez Zapatero, ce qui consiste en ce que l’État n’exerce pas le pouvoir sur les citoyens mais « négocie » et agisse en interlocuteur ; qu’il n’impose pas mais qu’il adopte, accorde, pactise. Le « républicanisme civique »développé par l’irlandais Philip Pettit s’oppose à l’interventionnisme étatique. L’État participe seulement pour doter l’individu de sa représentation de citoyen pleine et autonome. De telles idées, sont sans aucun doute, ajustées aux stratégies de pillage des ressources naturelles promues par les pays impérialistes et au caciquisme local et étranger.

Mais il n’y a pas eu seulement des conférences de l’IIG. Au mois d’octobre 2006, Le président à cette période du Comité Civique de Santa Cruz, Germán Antelo, avait reçu une visite « protocolaire » au Congrès Catalan, où s’était réuni avec son vice président, Higinio Clotas. Au cours de cette rencontre Clotas lui dit: “il nous paraît opportun d’appuyer avec notre expérience le processus d’autonomie que vous mettez en avant en Bolivie ».

Mais pour comprendre le projet du Statut d’Autonomie Départemental de ces secteurs conservateurs, et leurs finalités, il est nécessaire de connaître également d’autres connexions politiques de la Préfecture et du Comité Civique de Santa Cruz – et leurs pairs à Pando, Beni, Tarija – et la tâche assignée aux trois principaux « conseillers autonomistes », Carlos Dabdoub, Juan Carlos Urenda et Rubén Costas Aguilera.

a) La « coopération » états-unienne

Le Ministre de la Présidence Juan Ramón Quintana a dénoncé que dans l’unité étasunienne d’experts CIDEM se trouve Juan Carlos Urenda, principal co-auteur du Statut d’Autonomie. Juan Carlos Urenda Diaz, fondateur du groupe néofacsiste  et séparatiste Movimiento Nación Camba de Liberación (MNCL), idéologue des autonomies départementales en Bolivie, est conseiller légal et politique du Comité Civique de Santa Cruz et de la Préfecture de Santa Cruz. Urenda est en plus Past Président et actuellement membre de l’Académie Bolivienne des Études Constitutionnels l’ABEC. Entre autres membres de cette association l’on rencontre, José Antonio Rivera Santiváñez, ex député national et ex magistrat du Tribunal Constitutionnel (TC), et Jorge Asbún Rojas, l’actuel Président de l’ABEC, avocat en liaison avec la multinationale Transredes S.A. (Enron-Shell) et la Chambre Agricole de l’Est (CAO). Selon Quintana, la CIDEM n’a ni officialisation juridique, ni autorisation pour intervenir financièrement et administrativement les recours de la coopération états-unienne ; donc, c’est une entité fantôme et sur cette CIDEM repose la composition de la décentralisation, manipulée, précisément par Juan Carlos Urenda.

b) La Confédération Internationale pour la Liberté et l’Autonomie Régionale

D’autre part, le projet autonomiste est promu par la Confédération Internationale pour la Liberté et l’Autonomie Régionale (CONFILAR). Créée le 15 décembre 2006 avec la participation du Président de l’Équateur de cette période, Alfredo Palacio, des maires de Guayaquil et de Quito, Jaime Nebot et Paco Moncayo ; il fut nommé respectivement, Premier Président de CONFILAR, Carlos Dabdoub – secrétaire des Autonomies de la Préfecture de Santa Cruz et fondateur du MNCL, avec Juan Carlos Urenda -  pendant que le secrétariat général fut échu à José Luis Tapia – de l’Institut de la Libre Entreprise, et Directeur exécutif de la Conférence Libérale Hispano-américaine -. Selon Heinz Dieterich, Luis Tapia reçoit des subventions dans un compte bancaire en Georgie, États-Unis, et compte parmi les conseillers académiques des ses institutions, deux hérauts de la démocratie mondiale : Carlos Alberto Montaner, recherché à la Havane pour ses activités terroristes à Cuba, présumé opérant de la CIA et une des principales plumes de l’Empire ; et Alvaro Vargas Llosa, directeur du Centre de Prospérité Globale de l’Institut Indépendant des États-Unis et éditeur de la page d’opinion dans le Miami Herald, étroitement lié à la mafia anti-cubaine de Floride. L’initiative de l’événement vient, certainement de, Alberto Mansueti, Vice président du Movimiento Rumbo Propio para el Zulia [Mouvement pour le cap autonome de Zulia], et directeur président de la Conférence Libérale Hispano-Américaine ; l’institution qui fut l’hôtesse, la Corporación Guayas, de l’Équateur, représentée par Francisco Suárez Directeur du Mouvement Libertaire ; pour le Guatemala il y avait Marysabel García Leal de la Chambre pour la Libre Entreprise ; pour la Bolivie, Walter Justiniano de la Fondation Liberté et Démocratie (FULIDE) et Carlos Dabdoub. La présence de la Préfecture de Santa Cruz dans cet événement, a souligné Dabdoub « n’a pas été fortuite », mais elle répond « à une stratégie partagée avec le Comité Civique et la…FULIDE, pour ouvrir une ligne d’action dans le champ international » (2). Ce n’est pas rien, que dans l’opinion de Dieterich, CONFILAR représente le projet de balkanisation de l’Amérique Latine et « l’autonomie » son concept clé. Ce qui se passe dans l’État Vénézuelien de Zulia sert d’exemple pour comparer et mieux comprendre les ingérences impérialistes et capitalistes dans la ‘Patria Grande’.

c) La Zone d’Intégration du Centre Ouest Sud-Américain (ZICOSUR) et l’Infrastructure Régionale dans le Sud d’Amérique (IIRSA

« De manière à promouvoir les bienfaits touristiques, de présenter le projet Mégaport et de mettre en relief des bénéfices économiques d’exporter le gaz naturel bolivien par le port de Mejillones, son maire Marcelino Carvajal et divers personnages publics, ont programmé un voyage qu’ils réaliseront au pays des Hauts Plateaux durant les derniers jours de mars de l’année en cours. La délégation ferait partie de la caravane ZICOSUR qui espère arriver jusqu’à Tarija ». C’est ainsi que fut publié une note de presse le 8 février 2002 dans le journal « Norte Minero » de Mejillones de la République du Chili, ce qui prouve les intérêts du ZICOSUR dans le Projet Pacific LNG, impulsé par les ex présidents Gonzalo Sánchez de Lozada, Hugo Banzer Suárez et Jorge Quiroga Ramírez. Le Consortium Repsol-YPF, BG et Panamerican Energy s’étaient intéressés au marché nord-américain dès le début de la crise californienne et constituèrent le projet PACIFIC LNG, pour parvenir à ce marché en utilisant la technologie de liquéfaction du gaz (Líquidos Natural Gas) et, ) cette effet, il ont signé un pré accord d’approvisionnement d’environ 24 millions de mètres cubes de gaz par jour (MMcmd) avec l’entreprise SEMPRA ENERGY de Californie. L’entreprise d’État du Mexique, la PEMEX, avait manifesté son intention d’acquérir cette énergie.

La Zone d’Intégration du centre ouest Sud américain (ZICOSUR) et l’Infrastructure Régionale dans le Sud d’Amérique (IIRSA) son des initiatives qui ont pour finalité de libéraliser le commerce et assurer des millions de gains au capital privé étranger, à partir de la construction de trains, des voies d’eaux, des gazoducs, des oléoducs, des aqueducs, des ports, des aéroports, etc. et du commerce extérieur avec les marchés du Bassin du  Pacifique et l’Asie, avec le « financement » de la BID, de la Banque Mondiale, de la BIRF (Banque Interaméricaine Régionale de Développement), de la CAF et de FONPLATA.

Le 15 et 26 septembre 2006, à Santa Cruz de la Sierra (Bolivie) s’est organisé la IXè réunion ordinaire de ZICOSUR. À cette occasion, le préfet de Santa Cruz, et Président Pro Tempore de ZICOSUR, Rubén Costas avait affirmé : « ZICOSUR prend l’autonomie en ce mois de septembre bolivien si particulier…Nous croyons devoir offrir nos réserves de gaz à nos pays frères en toute liberté et sans chantage…Un spécial intérêt de cette présidence sera centré pour aider à consolider le couloir d’échange bi océanique, projet réclamé depuis plusieurs années par les secteurs privés de nos pays, avec la visée sur l’interconnexion des Ports du Pacifique et ceux de l’Atlantique ».

Il est démontré que toutes les actions autonomistes sont diriges sur un objectif commun: réimpulser le néolibéralisme afin de grossir les comptes bancaires des élites de pouvoir locaux et étrangers. Et c’est très clair, une fois de plus, sur le dos des pauvres qui sont situés aux quatre coins de la patrie.

Je conclue en disant que la nouvelle Constitution, et encore moins les Statuts d’Autonomies Départementaux, ne contribueront pas à améliorer l’état de la situation en Bolivie. Après ma récente arrivée dans la ville de Buenos Aires, j’ai écouté les nouvelles annonces de la théâtralisation oligarchique, autour de la rencontre entre le Président et les préfets. C’est une erreur stratégique. Le président Morales lâche plus de mou au débat de la constituante, tandis que les chiots de l’impérialisme remuent leur queue, contents d’être des protagonistes de la nouvelle fonction. Pendant combien de temps serons-nous les témoins de cet affreux spectacle de variétés ?

Avant toute chose, nous devrions envisager la révolution dans les termes suivant : nous avons besoin d’approfondir le rôle de l’État dans l’économie, récupérer les entreprises stratégiques nationales, avec cela les ressources naturelles du peuple bolivien, et évidemment, mettre en avant l’industrialisation nationale du pétrole et de la mine. Deuxièmement, peut-être sommes-nous qualifiés pour doter notre système public des universités du capital suffisant pour rechercher sur les questions significatives de l’histoire du droit bolivien qui ne sont toujours pas comprises, et imaginer une systématisation réelle du droit alternatif, la complémentarité avec le système officiel, et finalement, si cela est nécessaire, la création d’un nouveau droit authentiquement bolivien, sur la base de concepts solides.

« L’Amérique indigène, dégagée de l’Espagne dans les guerres de l’Indépendance, a été balkanisée par les puissances anglo-saxonnes. Autant Santander, que Rivadavia ou Casimiro Olañeta sur le Alto Perú étaient démocrates dans les sens qu’elles étaient choisies par une minorité d’oligarchies pour empêcher la formation d’une grande Nation », disait Abelardo Ramos. L’éventuelle balkanisation du territoire bolivien résolue depuis le Nord, et par les multinationales, se répercuterait négativement dans le scénario latino-américain, et se transformerait en tête de l’iceberg de la seconde époque de balkanisation de la Patria Grande, ou pour le dire en termes actuels, la première balkanisation latino-américaine du XXIè siècle.

Mais nous sommes à temps d’éviter cela. Nous sommes toujours à temps d’arrêter l’attaque de l’impérialisme et de l’oligarchie la pus rampante, ancrée dans ses petites enclaves de pouvoir, comme à l’époque du XIXè siècle,

Notes:
(2). La Commission de Concordance et de Style de l’Assemblée Constituante à modifié quelques articles rapportés dans le présent essai de la manière:

Article 2: Étant donné l’existence précoloniale des nations et des peuples indigènes originaires paysans et leur domination ancestrale sur leurs territoires, il est garantit leur libre détermination dans le cadre de l’unité de l’État, qui consiste dans leur droit à l’autonomie, à l’autogestion, à sa culture, à la reconnaissance de ses institutions et au renforcement de leurs entités territoriales, conformément à cette Constitution et à la loi.

Article 30: Est nation et peuple indigène originaire paysan toute la collectivité humaine qui partage l’identité culturelle, l’idiome, la tradition historique, les institutions, la territorialité et la vision spatiale, dont l’existence est antérieure à l’invasion espagnole.

Article 6: Avec le même contenu, c’est l’article 8-I, dans la version finale.

Article 350: Avec le même contenu, c’est l’article 352, dans la version finale.

Article 151: Dans la version finale c’est l’article 149-II, et il dit :
La loi déterminera les circonscriptions spéciales indigènes originaires paysannes, où ne seront pas considérés comme critères conditionnels, la densité de la population, les limites départementales ni la continuité géographique. (Est exclu le texte « La loi établira l’élection directe de ces représentants avec leur formes propres »

Article 270: Dans la version finale c’est l’article 272, et il dit :
Les accès, l’organisation, le fonctionnement, la structure, les compétences, les attributions, l’assignation des recours économiques financiers et la coordination du système de décentralisation de d’autonomies sont régis grâce à cette Constitution et à la Loi Cadre des Autonomies et de Décentralisation, qui sera approuvée par les deux tiers des voix de l’Organisme Législatif.

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Mauricio Ochoa Urioste
Avocat, investigateur en science  juridique et écrivain.
Il a été conseiller légal d'institutions publiques et privées.
Enseignant universitaire et collaborateur  dans les médias de la presse

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SIGNER LA PÉTITION POUR L'UNITÉ DE LA BOLIVIE

Traduction: Esteban

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21 avril 2008

BOLIVIE: LA NOUVELLE CONSTITUTION ET LES STATUTS D'AUTONOMIE EN BOLIVIE (Partie I)

Ce texte nous montre la complexité de la carte politique Bolivienne, sa structuration institutionnelle, ses ethnies et la minorité oligarchique qui parvient grâce à son pouvoir parcellaire d'imposer la continuité de son enracinement, il nous montre également, malgré la bonne volonté du pouvoir central, de mettre en place une nouvelle constitution, qui est  facilement combattue par les oligarchies verreuses et voraces gâce au pouvoir que lui confèrent les préfectures de départements dont elles sont maîtresses. Sous notre angle occidental il nous paraît aberrant que le pouvoir central ne puisse imposer sa Constitution. Celle-ci s'appuie toujours sur l'exemple européen, résidu de la colonisation. Beaucoup de contradictions notament ethniques se posent. Ses carences sont exploitées par les grands propriétaires terriens et les éleveurs qui veulent garder leurs privilèges et surtout la propriété et le pouvoir politique. Pour cela il tentent d'organiser un référendum pour l'autonomie des départements, référendum ILLÉGAL de SANTA CRUZ du 4 mai, afin de s'en servir de tremplin pour de futures négociations avec l'État central. Mais leur visée est plus dangereuse encore pour les 80% de boliviens pauvres , ils veulent couper le pays en deux, dont leur partie serait un nouvel État "la demi lune" gérée par cette oligarchie, coupée de l'État bolivien actuel. Il est à noter que pratiquement toutes les richesses naturelles notament le pétrole se trouvent dans cette "demi lune". L'auteur nous éclaire sur ces difficultés.

Esteban


paysan_bolivienÉcrire sur la nouvelle Constitution bolivienne approuvée par l’Assemblée Constituante et sur le Statut d’Autonomie de l’Assemblée Provisoire Autonomique de Santa Cruz, deux projets significatifs au XXIè siècle, demande la compréhension des récents passages historiques, politiques et sociaux.

Cette question qui peut être considérée comme une vérité de La Palisse, reste tout de même indispensable pour aborder ce thème, si l’on considère une réalité jusqu’à maintenant non réfutée : la colonisation juridique en Bolivie et en Amérique Latine issue, précisément, d’Europe. Comme le disait Abelardo Ramos, au XIXè siècle certaines classes autochtones se formèrent en vénérant les institutions européennes, leurs modes, leurs livres, leurs idées et leurs Constitutions, leurs vins et leurs vêtements, leurs femmes et leurs vices.

Le Code Civil et le Code Pénal sont quelques exemples notables de la friperie juridique bolivienne. Inspiré par le « Codice Civile Italiano » de 1942, le livre principal de référence en la matière est le « Código Civil, concordado, comentado y anotado » de Carlos Morales Guillén, qui compila sans trop de réussite la doctrine scientifique des frères français Henry et Léon Mazeaud, Francesco Messineo, entre autres, dans une parodie juridique qui loin de refléter les sources sérieuses du droit, alimentait seulement l’imagination d’un monde irréel avec des références italiennes, françaises, allemandes et latines, incomprises encore par les propres juges et plaignants, lesquels les utilisent fréquemment pour garnir et mettre en exergue leurs écrits. Aussi remarquable que soit le fait qu’un droit de ces caractéristiques réponde à une situation sociale, politique, culturelle et économique diverse à la vie républicaine de Bolivie, au dire de Morales Guillén, Francesco Messineo serait comme le Summus Pontifex Electus du droit civil bolivien.

La réforme du Code Pénal et du Code de Procédure Pénale bolivien n’a pas échappé non plus à cette réalité européiste. Le résultat final a été toujours le même : les commissions parlementaires et en définitive les députés de l’assemblée plénière, ont fini par adopter les modèles traduits, ou plus précisément, mal traduits, car le langage – et plus particulièrement, la loi comme source sérieuse par excellence – est essentielle dans la tradition du droit germano romain.

De telles réalités ne sont pas fortuites. Il y a eu dans notre Amérique Latine, beaucoup de Sarmientos et de Vásquez Sempértegui, qui écrivirent les manichéismes de civilisations, les barbaries et les inséminations artificielles. Quoique, évidemment,
dans un aspect du juridique, ce qui avait aidé spécialement à approfondir cette colonisation juridique en Bolivie, avait été la Real Audiencia de Charcas. À Charcas, les juristes étudièrent les lois de « Indias » (*), qui dans le jargon juridique est nommé droit indien, et subsidiairement, le droit de la Couronne Espagnole. L’influence de la juridiction de Charcas dans le territoire américain, et la période républicaine, aident à mieux comprendre pourquoi en Bolivie il est habituel de lire Morales Guillén et pourquoi Henry et León Mazeaud, et Francesco Messineo sont encore cités dans les écrits des avocats.

Cette situation pouvait être quelque peu renversée, si au moins la doctrine scientifique se serait chargée d’étudier la jurisprudence nationale. Rien de cela ne se produit. Les manuels de droit bolivien sont à plus de 98%, de mauvaises copies du droit européen. Depuis 1825, il n’existe pas de Traités de droit bolivien. La vie publique n’a pas donné naissance à une jurisprudence nationale, donc il n’existe même pas de dictionnaire de jurisprudence, ni sommaire, ni basique ni actualisé.

Une seconde carence académique est le manque d’oeuvres et d’investigations liées à l’histoire du droit bolivien. Les mandarins des chaires des facultés de droit n’ont pas incorporé jusqu’à maintenant l’étude des institutions juridiques de la vie précolombienne, coloniale et républicaine ; ce problème qui à mon avis, s’il serait résolu, aiderait à mieux comprendre l’état actuel de la science juridique du pays.

Bien des choses sans doute, ont contribué au problème de la situation économique et la mauvaise gestion du système universitaire bolivien. Les professeurs d’universités en Bolivie, en outre d’être mal rémunérés à travers des contrats civils, sans droit à la sécurité sociale et sans aucun bénéfice propre au régime du travail, pratiquent un véritable travail au noir à l’égard de leurs ressources insuffisantes pour la recherche, ce qui signifie en définitive qu’ils laissent au second plan leur activité d’enseignant.

Les Bibliothèques, à part l’honorable exception de l’Archive Nationale, et les rares bibliothèques spécialisées, ne sont pas des endroits où l’on peut faire des recherches, et le nombre de volumes est extrêmement réduit et non actualisé. Les universités – autant publiques que privées – ne publient rien qui soit digne d’être lu : elles abondent dans leur très pauvre littérature, des revues de pages sociales et d’articles mal écrits, pendant que la commercialisation de l’éducation privilégie la création de campus sportifs, et non les bibliothèques. Les efforts éditoriaux qui se distinguent sont en général sectaires, destinés à un cercle réduit, aux amoureux de l’art ou de la science.

Il n’existe pas non plus une loi des universités qui régule les aspects institutionnels, de recherches ou formateurs. L’autonomie universitaire a crée des confréries, des loges et même des mafias d’enseignants et de personnel administratif, et en dépit de l’augmentation de leurs ressources [aux universités] grâce à l’Impôt Complémentaire des Hydrocarbures, la situation ne sera pas renversée tant que le Parlement ne votera pas une loi d’Organisation des Universités, et que l’on comprenne l’importance de l’éducation supérieure pour le développement national.

Je traiterais ce thème plus loin. Pour l’instant, il serait nécessaire de connaître le sens réel du changement social en Bolivie, et les aspirations de sa société, résumées dans l’idée d’arrêter avec les effets les plus néfastes de la globalisation économique, et en langage courant, arrêter avec la faim et les inégalités.

La chute de Sánchez de Lozada et les chefs de file du néolibéralisme orthodoxe

Durant ces dernières années, la colère populaire déchaînée, fut en grande mesure le résultat du cynisme de Gonzalo Sánchez de Lozada. Celui-ci, initialement parlementaire du MNR – grâce à sa fortune accumulée par le pillage et le détournement fiscal de la mine de Porco, la mine Bolívar et l’or du nord de La Paz – ensuite ministre de la Planification et de la Coordination, il n’était guère connu par la population bolivienne jusqu’en 1989, lorsqu’il fut pour la première fois candidat à la présidence de la république. Faute d’un projet nationaliste et révolutionnaire, il fit toujours appel au sentiment populaire et aux promesses de travail et de bons [d'aides] pour distraire et s’attirer des adeptes. Sa stratégie fut de d’apparaître bon enfant – une réincarnation indigène de Papa noël avec une tonalité anglophone – sarcastique lors des débats contre ses adversaires, entrepreneur prospère et promoteur de la tchatchérienne Nouvelle Politique Économique à côté de Víctor Paz Estenssoro.

Dans la campagne électorale de 1993, Sánchez de Lozada avait promis 500 mille emplois à la population bolivienne, une augmentation accélérée du Produit Intérieur Brut résultant du processus de capitalisation, et une participation du capital étranger avec les actions limitées à 49% sur les entreprises d’État, avec son raisonnement que c’était la seule forme d'agir pour préserver la propriété de l’État sur ses entreprises.

Cependant, une fois élu président, Sánchez de Lozada enterra la Corporación Minera de Bolivia avec pour conséquence l’augmentation du chômage et la marginalisation sociale, il disposa arbitrairement et inconstitutionnellement de l’aliénation des entreprises stratégiques étatiques à partir de la promulgation de la Loi de Capitalisation.

La réalité reflète que la capitalisation ne fut pas un réel investissement étranger à partir du transfert partiel d’actions dans le privé ; mais plutôt la simple cession à titre gratuit de celles-ci, ce qui apparaît dans la diminution des recettes publiques qui proviennent de son activité économique, et le manque de contrôle de l’État sur les entreprises YPFB, ENTEL, LAB, ENFE et ENDE.

Dans ce processus complexe, s’est articulé un réseau mafieux international, composé principalement par Gonzalo Sánchez de Lozada, Alfonso Revollo Thenier, Hugo Banzer Suárez, Jorge Quiroga Ramírez et les transnationales Enron, Allied Delas, VASP, Bechtel Corporation, et plus actuellement Marc Rich, considéré comme le plus grand détourneur d’impôts de l’histoire des États-Unis.

Le 4 août 1997, Sánchez de Lozada édicta le monstrueux Décret Suprême 24806, qui approuve dans un seul article le modèle de contrat à risque partagé entre les États et les entreprises pétrolières, sans prévoir que cette attribution est exclusivement législative, étant donné que le Parlement doit autoriser et ensuite approuver les contrats relatifs à l’exploitation des hydrocarbures, conformément à l’article 59 N°5 de la Constitution Politique de l’État.

Le fait le plus grossier et le plus inouï du Décret Suprême 24806, est qu’il n’avait pas été publié dans le Journal Officiel.

Au contraire, il fut archivé sans bruit ; cependant la publication de la loi est impérative dans n’importe quel système de gouvernement démocratique du monde contemporain, afin de garantir la légalité des actes parlementaires et du Pouvoir Exécutif.

À tout cela, s’ajoute que les indicateurs de l’économie bolivienne empirent dramatiquement, au lieu de s’améliorer.

Comme seule preuve, des études indiquent une augmentation du taux de chômage de 6% en 1993 à 9,7% en 2003 ; une ascension du déficit fiscal qui atteint 631 millions de dollars en 2003 – représentant 8,1% du Produit Intérieur Brut – et une décroissance du flux annuel des investissements étrangers de 734 millions de dollars en 2000 à 114 millions de dollars en 2004.

Toutefois ce qui précède est suffisant pour démontrer le degré gigantesque de démagogie et de corruption de Sánchez de Lozada, le sentiment populaire a été exaspéré lorsque fut connu publiquement sa sinistre négociation pour exporter le gaz bolivien sur le dos de la population bolivienne et du congrès national. Une fois l’information connue, en plus de l’intérêt personnel de Sánchez de Lozada de favoriser l’approvisionnement en gaz de sa compagnie minière – COMSUR – ses associés chiliens, et de veiller aux intérêts du capital étranger ; le mois d’octobre 2003 la population bolivienne s’était mobilisée pour faire entendre sa voix de protestation.

À cette étape, Sánchez de Lozada et son cabinet de ministres d’État, ordonnèrent la répression aux forces armées et à la police, avec une indifférence la plus absolue de la valeur humaine, une centaine de personnes furent ainsi assassinées, chiffre qui dépasse celui des morts provoqués de facto par tous les régimes précédents.

Carlos D. Mesa, à l’écart du contexte historique, a poursuivi avec la logique du cynisme politique de son prédécesseur, grâce à un discours empli de verbiage, d’adulations et un manque de volonté politique pour affronter l’oligarchie bolivienne.

Ainsi, dès le début de son mandat, Carlos D. Mesa fut saisi à la manipulation de l’information, qui s’est largement traduit dans son compromis devant la population de récupérer les hydrocarbures pour les boliviens grâce à un référendum séduisant. Cependant, le référendum sur les hydrocarbures à la suite des questions non concrètes et diffuses, a été un spectacle de variétés pour distraire l’attention citoyenne, étant donné de son caractère flou, il avait agit pour que les parlementaires interprètent son contenu de mille manières.

Dans un autre acte, Carlos D. Mesa appuya un projet de loi plus rétrograde que la loi de 1992 : avant de récupérer la propriété des hydrocarbures, ce projet maintenait le régime fiscal de la loi approuvée dans le gouvernement de Sánchez de Lozada et ne se prononçait pas sur les contrats à risque partagé, d'une validité de 40 ans. Contrairement, Carlos D. Mesa attaqua avec véhémence n'importe quel projet de nationalisation des hydrocarbures ou d'augmentation du régime fiscal en vigueur.

Dans le but de poursuivre son mandat face à sa figure dévoilée de néolibéral, de conservateur et d’oligarque, Carlos D. Mesa, avait simulé deux renonciations à sa charge - en imitant le machiavélique subterfuge de Sánchez de Lozada à l'occasion de son renoncement comme chef du MNR et de candidat à la présidence le 26 octobre 1992 – il avait décidé de ne pas se prononcer sur la loi des hydrocarbures approuvée par le Congrès National ; malgré son compromis antérieur de récupérer les hydrocarbures pour les boliviens, et grâce à son silence il permit la promulgation de la nouvelle loi des hydrocarbures qui dans la pratique perpétue le système fiscal antérieur.

Plus tard, Carlos D. Mesa proposa dans un seul article, la date pour l’Assemblée Constituante et le Référendum sur les Autonomies Départementales; alors que c’est une attribution du Congrès national d’approuver une loi dans les cas tels qu’il puisse établir ses conditions.

Andrés Soliz Rada avait dit à juste titre que 1994 était l’année orwellienne dans l’histoire de la Bolivie parce qu’en 1994, Sánchez de Lozada avait décidé avec les multinationales de construire le gazoduc Tarija-Tocopilla, dans le but d’approvisionner en gaz les transnationales minières situées au Chili, comme la Barrick Gold, Río Tinto Zinc, Suez-Tractebel et d’autres, alliées aux pétrolières Sempra Energy, Repsol, British Gas y BP (ex British Petroleum/BP Amoco). J’ajouterais au chapelet d’années néfastes de l’histoire bolivienne, l’année 2004, au cours de laquelle fut approuvée la Loi Cadre du Référendum par Carlos Mesa Gisbert. Ce n’est pas mon intention d’entrer dans le détail de cette disposition juridique que j’ai analysé dans un autre essai juridique. Il suffit de connaître, simplement, que cette loi déjà citée a été la norme juridique qui permit – à ce qui est relatif à la superstructure juridique – les dernières consultations populaires pour démarrer et propager comme un cancer la fragmentation de l’État bolivien. Il s’agit d’une norme juridique laxiste, imprécise, adaptée pour briser, sous le titre euphémique de démocratie participative, toute représentation parlementaire ou une réelle décision des secteurs populaires. N’oublions pas que le IIIè Reich, comme Francisco Franco et Augusto Pinochet ont appliqué le plébiscite et le référendum pour légitimer leurs régimes de facto (1).

Le projet de nouvelle Constitution

Nous avons résumé jusqu’ici que la prétention populaire d’un changement social en Bolivie – produit d
es succès héroïques d’Octobre Noir de 2003 mondialement connus – se manifeste dans le déclin du néolibéralisme orthodoxe, qui de plus, avait supposé la perte de sentiments collectifs de la dignité et de l’identité nationale, au travers du marketing politique, fastueux, trivial et absurde dans sa soif de légitimer les politiques du Congrès de Washington et la soumission de l’État national à l’impérialisme et au colonialisme le plus rétrograde.

Peut-être que l’aspect visiblement le plus positif du projet constitutionnel est sa singulière originalité et son innovation – écarté de la ligne eurocentrique classique, sans que pour cela un droit alternatif soit systématisé – et le contenu des droits fondamentaux, qui est certainement très large. Bien que la Constitution de 1967 établissait déjà le système de numerus apertus, elle incorpore d’autres droits de troisième et quatrième génération, non encore explicités.

Mais en même temps, il est nécessaire d’ébaucher les aspects critiques de la nouvelle Constitution, à la lumière de la réalité politique de l’État bolivien face à la globalisation néolibérale.

L’économiste égyptien Samir Amin, dans son livre “Le capitalisme dans l’ère de la globalisation”, averti du problème des luttes ethnico raciales, le déclin de l’État nation et la sécession des pays du Tiers Monde dans les dernières décennies du XXè siècle. Amin propose la réorganisation du système mondial à partir des grandes régions, qui regrouperaient les zones dispersées de la périphérie pour affronter les effets les plus néfastes de la globalisation économique.

En Bolivie, après la chute du régime de Gonzalo Sánchez de Lozada, les forces politiques de la droite historique avaient élaboré des stratégies orientées vers le maintien et l’amplification des privilèges de certains groupes de pouvoir économique. En premier lieu, au niveau idéologique et programmatique, dont les idées sont matérialisées dans la « régionalisation du conflit social », ce qui veut dire, dans la socialisation de supposées différences historiques, culturelles et politiques entre les différents départements du pays et ses habitants.

Pour cette raison, il s’est crée le groupe néofasciste “ Movimiento Nación Camba de Liberación » (MNCL), qui n’est pas précisément un groupe isolé de la bourgeoisie conservatrice bolivienne, au contraire, beaucoup de ses membres fondateurs sont en même temps des conseillers du Comité Civique de Santa Cruz et des forces parlementaires de la droite historique. Le MNCL avait eu depuis ses origines le rôle d’articulateur de tous les radicalismes réfléchis de ce conflit régional mouvementé, dans le but de perpétuer les différences dans le vote de l’électorat bolivien de la dernière décennie.

Parallèlement, l’élection inconstitutionnelle des préfets départementaux s’est développée; et la présence des comités civiques s’est renforcée au niveau médiatique.

Dans son ensemble, cette corporativisation de la vie politique bolivienne permettrait que la droite historique agisse à partir de différents fronts, à savoir : 1) Dans la société civile, à partir des comités civiques ; 2) Dans le système de partis politiques, grâce à la mutation de ceux vieillissants, ou leur simple maintient – sur ce front l’on trouve Poder Democrático Social, Unidad Nacional et Movimiento Nacionalista Revolucionario - ; 3) Dans le régime interne, par l’intermédiaire de quelques préfets, lesquels en dépit d’être aussi des représentants du Pouvoir Exécutif, ils s’autoproclament faussement « gouverneurs » ; 4) Dans les médias de communication, à travers les journaux, les chaînes de télévision et les radios à forte audience.

Cette “régionalisation du conflit social” a comme finalité immédiate l’atomisation de l’État, et plus précisément, la division territoriale de l’électorat pour gagner ainsi une plus grande pénétration des multinationales capitales, le maintient des propriétaires terriens et de l’orthodoxie néolibérale dans certaines enclaves géographiques. Le projet des autonomies départementales – tel qu’il est conçu par le Comité Civique de Santa Cruz et d’autres groupes semblables dans leur proposition rendue publique – Ne poursuit pas une plus grande décentralisation politique et administrative ; au contraire, cette consigne est utilisée par la droite la plus conservatrice pour que dans des territoires déterminés de la République leurs autorités détiennent les majeures compétences exécutives, législatives et judiciaires, de cette façon, la perte de la représentation politique des partis politiques traditionnels sont remplacés dans le Gouvernement Central et dans le Parlement.

Dans les circonstances actuelles internes et internationales, un authentique projet politique de gauche constitué dans le cadre de la démocratie multipartidaire, devrait en tous cas se pencher sur les tâches suivantes : 1) Le renforcement du rôle de l’État dans l’économie dans le but de compenser les adversités du néolibéralisme et de la globalisation économique ; 2) le maintien et l’élargissement d’alliances politiques et économiques, en approfondissant l’intégration latino-américaine et les accords de complémentarité économique avec des pays d’Asie et d’Afrique ; 3) Le dépassement du conflit économique et de l’emploi des travailleurs, sans discrimination ou différence ethnico raciale qui en plus d’être irréelles – puisque les bourgeoisies et les oligarchies n’ont ni couleur, ni patrie, ni idiome – contribuent seulement à radicaliser le discours atomiseur de la droite historique, et perpétuer l’électorat de ce bloc qui avec le cours du temps s’est renforcé dans les départements situés à l’Est et au Sud du pays.

Le Mouvement Au Socialisme (MAS) est composé de groupes et de personnalités de diverses orientations idéologiques et programmatiques : de paysans propriétaires de petites parcelles, d’organisations de peuples indigènes, de petits et moyens entrepreneurs, de professeurs d’universités, etc. Cette hétérogénéité explique l’existence de lectures de la réalité souvent contradictoire dans ce parti politique qui prétend, entre autres choses, concilier la pensée indianiste de Fausto Reynaga, avec celle de Sergio Almaraz, Karl Marx, Michael Foucault, Antonio Negri et la théorie économique de John Keynes. Mais dans les faits, les niveaux de décision de l’administration du président Evo Morales se limitent à un groupe réduit de conseillers beaucoup plus conservateurs et « pragmatiques », qui dans les derniers mois a défini le cap de l’Assemblée Constituante, en plus de parier sur la poursuite d’une discipline fiscale rigide, de la dépendance et le total assujettissement aux mesures imposées par la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International, de l’éradication forcée des cultures de la coca, de la persistance des revenus très bas dans l’industrie minière, etc.

Ce vide idéologique et programmatique prétend être dépassé grâce à l’allusion que le Président et ses politiques pour gouverner ont une légitimité suffisante pour la simple raison qu’à la tête de la Nation, il y aurait pour la première fois dans l’histoire de la Bolivie un citoyen indigène. Si à cela on ajoute que la paysannerie et certaines organisations sociales héritières d’idéologies indigénistes radicales – qui poursuivent entre autres, la reconstitution du Qullasuyu – sont le bras social du MAS, cela explique pourquoi certaines autorités du gouvernement se tendent chaque fois un peu plus vers un discours populiste stérile qui tourne autour de revanchismes ethniques, qui dans les faits, contribuent simplement à perpétuer la division territoriale de l’électorat bolivien et par conséquence, une importante représentation politique de la bourgeoisie conservatrice au Sénat de la République, dans les préfectures départementales, et à l’Assemblée Constituante.

En effet, depuis les élections générales de 2002 le paysage électoral bolivien n’a guère changé, il s’est plutôt divisé géographiquement en deux ; cet état s’explique en grande partie à cause de l’interaction permanente du discours et de la propagande indigéniste et régionaliste. Mais peut-être que le meilleur exemple de la fonctionnalité de cet indigénisme dans la stratégie politique du bloc de la bourgeoisie conservatrice soit la proposition constituante d’un État communautaire sur la base d’une nouvelle division politique et administrative du pays qui ait comme critère sans équivoque l’existence d’une trentaine d’ethnies qui réclament à l’État bolivien, entre autres, l’attribution de terre, de territoire, d’autonomies et de compétences pour décider de l’usage et du profit des ressources naturelles.

Cependant, une partie considérable de la population habitant des communautés paysannes et des peuples indigènes vit en dessous de seuil de pauvreté – cette situation ne lui est pas exclusive, parce qu’elle affecte également la population urbaine du pays – et il n’est pas certain que quelques unes de ses autorités « naturelles » cherchent simplement une plus grande concentration du pouvoir politique et économique à partir de nouvelles compétences déléguées et d’attributions qui, ajoutées à la reconnaissance du droit coutumier indigène de la réforme constitutionnelle de 1994 et de la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail, puissent achever la fragmentation le l’État bolivien.

Critique des ethnicismes et des culturalismes, Amin rapporte que certaines pratiques politiques et sociales comme celle du communautarisme nord-américain, qui donne la priorité aux supposées identités communautaires par-dessus les autres dimensions de l’identité (appartenance de classe, convictions idéologiques), sont fondées sur la pensée culturaliste. C’est pour cela que le culturalisme ethnique peut conduire à la fragmentation plus grande d’identités construites historiquement ; « l’ethnie » invoquée, confrontée à la « nation », se scinde en sous ethnies, les tribus en clans et ainsi de suite.

Est-il possible dans ces conditions internes que la Bolivie affronte avec une capacité clairvoyante, les conséquences nocives de la mondialisation moderne?, ou au contraire, les exaltations démesurées du régional et de l’ethnique, ajoutés à la perte résultante des compétences et des participations de l’État dans l’économie, dans son ensemble contribueraient seulement à creuser la pente de l’État nation pour le laisser encore plus vulnérable aux « cinq monopoles » du centre du système capitaliste ?

Précisément, cette emphase démesurée sur l’ethnique, et nous pourrions la nommer d’un fanatique ensemble « d’élucubrations sociologiques, anthropologiques et philosophiques », sont les aspects sérieux les plus critiques du projet de Constitution, approuvé à la fin de 2007 par l’Assemblée Constituante (2).

Le mot indigène est cité cent quinze fois, sans préciser les territoires, les gouvernements ni les populations indigènes; la juridiction ordinaire et indigène est différenciée sans que soit établi le domaine matériel ou territorial de la seconde ; les magistrats des tribunaux suprêmes de justice sont désigné grâce au vote populaire ; l’assemblée législative et l’administration de la justice privilégie l’exploitation des ressources naturelles à des groupes ethniques indéterminés ; elle introduit trente six idiomes officiels – parmi lesquels se trouve le « toromona », homonyme d’un « peuple originaire » isolé qui habiterait dans l’Amazonie - ; elle contient la somme abondante de quatre cent huit articles ; la portée des compétences aux gouvernements autonomes n’est pas entièrement précisée ; etc. Voilà quelques facettes de la nouvelle Constitution approuvée par le MAS et ses forces politiques alliées dans l’Assemblée Constituante.

Les pourvoyeurs de la nouvelle Constitution répètent à satiété que le nouveau texte constitutionnel serait un instrument de « décolonisation ». À ce sujet, l’article 2 précise : « étant donné de l’existence précoloniale des nations et des peuples indigènes originaires paysans et leur domination ancestrale sur leurs territoires, leur libre détermination est garantie dans le cadre de l’État, ce qui consiste à leur droit à l’autonomie, à l’autogouvernement, à leur culture et à la reconnaissance et au renforcement de leurs institutions et entités territoriales, conforme à cette Constitution ». Le problème historique le plus complexe est de savoir quelles sont ces « nations et peuples indigènes originaires paysans » avec l’existence précoloniale. En guise d’illustration, l’existence précoloniale de la « nation aymara » est discutable par son manque d’unité territoriale, culturelle, de sa gouvernance, de son peuplement, et au contraire, sous le critère de l’article ci-dessus, les carangas, umasuyus, pacajes, etc, pourraient s’inclure ou non dans cette catégories. L’article 30 ne précise pas non plus cette notion, il établit avec vacuité : « Est nation et peuple indigène originaire paysan, toute la collectivité humaine qui partage l’identité culturelle, l’idiome, la tradition historique, les institutions, la territorialité et la vision spatiale dont l’existence est antérieure à la colonie espagnole ». En définitive, il est impossible d’identifier dans la nouvelle Constitution le nombre, le territoire, la population et le gouvernement de ce qui est nommé « nations et peuples indigènes originaires  paysans», ce qui annonce la possibilité de futurs conflits ethniques dans le pays.

L’article 5 explicite comme langue officielle de l’État, le castillan, et tous les « idiomes » des « nations et peuples indigènes originaires paysans», comme le sont le aymara, araona, baure, bésiro, canichana, cavineño, cayubaba, chácobo, chimán, ese ejja, guaraní, guarasu'we, guarayu, itonama, leco, machayuwa, machineri, mojeño-trinitario, mojeño-ignaciano, moré, mosetén, movima, pacawara, quechua, maropa, sirionó, tacana, tapieté, toromona, puquina, uru-chipaya, weenhayek, yaminawa, yuki, yuracaré y zamuco. Traditionnellement, un idiome ou une langue officielle est celui qui est établi dans l’usage de la Constitution et, par extension, dans ses territoires ou zones administratives directes. Pour autant, le baure, itonama, leco, pacahuara, et l’uru-chipaya sont des langues seulement vernaculaires en danger d’extintion.

L’article 6 de la Constitution précise que l’État assume et anime dans la société plurielle les principes éthico moraux suivants: ama qhilla, ama llulla, ama suwa (ne soit pas faible, ne soit pas menteur, ne soit pas voleur), suma qamaña (vivre bien), ñandereko (vie harmonieuse), teko kavi (bonne vie), ivi maraei (terre sans mal) et qhapaj ñan (chemin et vie nobles). Sans esprit de dévaloriser les cultures de valeur autochtones de Bolivie, Est-ce légitime que le nouvel « État interculturel » valorise en tant que communaux certains principes éthico moraux, tel le contenu « éthico moral » du ivi maraei et qhapaj ñan ? Les droits à la liberté de pensée, de spiritualité, de religion et de culte, tels exprimés dans l’article 21-N°3, ne sont-ils pas restreints avec l’ouverture de la promotion étatique de certains principes éthico moraux ?

Le penseur indigéniste, tel que Carlos Mariátegui avait réfléchi avec adresse que « toutes les thèses sur le problème indigène qui ignorent ou rejettent celui-ci comme un problème économico social, sont toutes autant des exercices théoriques stériles – et quelquefois seulement verbaux – condamnée à un discrédit absolu. La bonne foi de quelques unes ne les sauve pas non plus. Pratiquement, aucune n’a servi sinon qu’à occulter ou défigurer la réalité du problème ». Certainement, que centrer le modèle de l’État sur la base d’élucubrations de ce type, condamne à un discrédit absolu le programme politique dirigé pour favoriser les secteurs populaires, exclus, exploités et retardés de la société bolivienne.

Malgré que cette Constitution détermine la compétence étatique privative et non légable de la terre, du territoire, des ressources naturelles énergétiques et stratégiques, des minerais et des hydrocarbures, l’article 350 indique : « l’exploitation des ressources naturelles dans un territoire déterminé sera assujettie à un processus de consultation de la population concernée, convoquée par l’État, celle-ci sera libre, et préalablement informée. La participation citoyenne sera garantie dans le processus de gestion environnemental, et la protection des écosystèmes sera encouragée, en accord avec la Constitution et la Loi. Dans les nations et peuples indigènes originaires paysans, la consultation aura lieu en respectant leurs normes et leurs propres procédés ». Ni la Constitution approuvée par l’Assemblée Constituante, ni la jurisprudence, ni les lois actuelles n’établissent, quelles sont ces normes propres et ces procédés, avec quoi l’État bolivien se verrait soumis à une arbitraire autorisation des « nations et peuples indigènes originaires paysans » pour l’usage et le bénéfice des ressources naturelles. Le même problème se poserait dans d’autres entités territoriales à cause du terme vaseux « population concernée » ; on pourrait ainsi l’entendre que ce privilège ou cette censure assiste aussi les municipalités, les provinces, les régions ou les départements. À cet égard, il faudrait interroger si ce fut cela ou non la véritable proposition matérielle de certains députés de l’assemblée, c'est-à-dire, la création de nouvelles oligarchies et bourgeoisies locales sous l’enseigne « indigènes originaires paysans », et en définitive, l’atomisation de l’État national, ce dernier aspect qui est primordial dans la stratégie colonialiste, impérialiste et des multinationales dans la globalisation économique.

La Constitution approuvée globalement et en détail par l’Assemblée Constituante, diffère les moyens de l’Assemblée Législative Plurinationale à la détermination légale de « circonscriptions spéciales indigènes originaires paysannes, où ne seront pas considérés comme critères conditionnels la densité de la population, les limites départementales ni la continuité géographique. La loi établira l’élection directe de ces représentants avec leurs propres manières » (article 151). De la même façon, « les moyens, l’organisation, le fonctionnement, la structure, les compétences, les attributions et la coordination du système de décentralisation et d’autonomies sont régies grâce à cette Constitution et à la Loi cadre d’Autonomies et Décentralisation, qui sera approuvé par les deux tiers des voix de l’Organisme Législatif. Cette loi sera assujettie au contrôle préalable de constitutionalité » (article 270). Dans les faits, donc, la « La mère des batailles » pour le contrôle des ressources naturelles et les nouvelles compétences aux gouvernements autonomes seront ajournées jusqu’au débat que favorisera l’organisme législatif, au sein duquel l’extrême droite aura avec une grande probabilité une représentation significative ; du moins suffisante pour neutraliser – et y compris « négocier » - son modèle d’autonomie et/ou de décentralisation, semblable à un authentique apartheid. Additionné à la querelle des compétences et de financement entre les autonomies indigènes, départementales et étatiques, entreront en conflit à leur tour les représentants qui président les autonomies régionales.

D’autre part, l’article 2 de l’actuelle Loi cadre du Référendum précise les suivantes modalités et domaines du référendum : a) Référendum national, en matière d’intérêt national, en circonscription nationale ; b) Référendum départemental, en matière d’intérêt départemental, en circonscription départementale et ; c) Référendum municipal, en matière d’intérêt municipal, en circonscription municipale. L’article 8 de le même norme prescrit que la résolution du référendum sera adoptée par la majorité simple des votes validés dans la circonscription respective et sera validée si la participation s’élève au moins à 50% de l’électorat. Le résultat du Référendum National sur les Autonomies Départementales fut le suivant : plus de la moitié de l’électorat, de la circonscription nationale avait voté « NON » à la question relative de l’incorporation d’autonomies départementales. Ceci, permet d’arrêter le questionnement sur la supposée légitimité d’introduire des gouvernements ou des régimes autonomes dans la nouvelle Constitution.

L’appui des secteurs populaires à quelques réformes importantes terminées par la gestion actuelle du gouvernement – la nationalisation du Complexe Métallurgique Vinto ; les modifications légales, bien que toujours limitées, en matière de terre et d’hydrocarbures, les projets législatifs « Marcelo Quiroga Santa Cruz » et « Seguro Universal de Salud » ; la grande participation des secteurs populaires dans l’administration publique ; le retrait de Bolivie du CIADI, dépendant de la Banque Mondiale ; la meilleure transparence et moins de tolérance à la corruption ; le plan d’alphabétisation ; l’intégration latino-américaine ; etc. – cela n’empêche pas pour réaliser un examen critique de la nouvelle Constitution approuvée par l’Assemblée Constituante, et de s’interroger sur les origines et les conséquences réelles de cette entreprise. Cependant le récent texte fondamental manifeste des progrès significatifs au regard du catalogue sur les droits, la création de la Procuratie Générale de l’État, entre autres contenus positifs ; son orientation ethnocentrique, diviseuse et autonomiste, peut risquer fort bien d’impulser le démembrement de l’État national

Dans un autre article, j’avais mentionné l’erreur stratégique commise par le gouvernement bolivien de prétendre la comparaison de la révolution avec la réforme constitutionnelle, de dévaloriser l’usage alternatif du droit et le rôle des classes moyennes et des secteurs populaires, et enfin, ajourner d’autres réformes législatives et exécutives significatives pour mettre en vigueur la nouvelle Constitution. Heinz Dieterich, avec assez de justesse, a réclamé une chose similaire au gouvernement vénézuelien avant et après le dernier référendum réalisé dans ce pays. D’autre part l’extrême droite a théâtralisé le débat constitutionnel à tel point qu’elle a regroupé presque tous les secteurs conservateurs opposés au processus de changement social ; ce qui à moyen terme peut aggraver la « régionalisation » du conflit social, et amener des conséquences imprévisibles, si l’on additionne les réalités impérialistes et colonialistes.

Karl Marx mentionnait dans le 18 Brumaire que «  chaque article de la Constitution contient, en effet, sa propre antithèse, sa propre chambre haute et sa propre chambre basse » en se référant à l’accession relative des libertés consacrées dans la Constitution française de 1848. Le droit étant une superstructure idéologique, un instrument de domination des classes subalternes, ou une simple manifestation de la volonté législative, sa liaison avec le pouvoir a été reconnue universellement.

Dans les époques de changement social et de révolution, le droit est un obstacle. En effet, Novoa Monreal, avait intitulé ainsi un de ses plus célèbres livres, et avait assumé l’effort personnel d’étudier l’histoire de la propriété privée, car à partir de celle-ci, on pouvait mieux comprendre la réalité de son temps et les limites sérieuses pour mener à terme des transformations de grande envergure, comme la nationalisation du cuivre au Chili. Carlos Montenegro dans son oeuvre “Nacionalismo y coloniaje” disait que les trois principaux mythes dont l’invocation avait donné sa chance à l’oligarchie bolivienne du XIXè siècle étaient : le mythe de la liberté, celui du suffrage et celui de la loi.

Mais l’actuelle Constitution n’avait pu être possible sans le « généreux » et « miséricordieux » financement d’ONG’s comme OXFAM (Royaume Uni), HIVOS (Pays-Bas), DANIDA et IBIS (Danemark), entre autres la présentation de IBIS – Danemark dit : « L’action de IBIS dans la région est axée sur l’aide aux organisations des peuples indigènes de Bolivie, Équateur et Pérou dans leurs efforts pour la reconnaissance culturelle et la défense de leurs droits collectifs en tant que nations et peuples qui font partie d’États nationaux pluriculturels ». La nouvelle Constitution souligne avec assez de particularité les droits collectifs des nations et peuples indigènes originaires paysans, dans lesquels se trouve le droit de libre détermination et de territorialité (article 30 N°15). Qui sont les véritables auteurs de la nouvelle Constitution bolivienne ? Y a-t-il eu la participation du grand magnat et multimillionnaire actionnaire de la mine San Cristóbal, George Soros, dans le processus constituant ?

D’un autre côté, il est quasiment indubitable qu’il y eut la présence de l’ambassadeur venu des Balkans et l’ex président d’Octobre Noir dans la politique nationale et la conjoncture actuelle. Mark Falcoff, conseiller de George W. Bush, avait prédit la division de l’État bolivien en 2004. Trois ans après, il n’est pas étrange que les Statuts des Autonomies Départementales propulsés par l’extrême droite à Santa Cruz de la Sierra soient financés, précisément, par l’USAID – hasard du destin ? -. Mais le plus lamentable c’est que l’actuel gouvernement, principalement à cause du mauvais entourage de conseillers de la vice présidence et d’autres leaders, ne soit pas capable d’affronter l’attaque de déstructuration, et il existe des gens arrivistes chargés pour mettre de l’huile sur le feu avec des discours ethnocentriques diviseurs.

Le ministre Juan Ramón Quintana avait diffusé avec force de détails l’activité de l’USAID en Bolivie. Mais l’impérialisme, le colonialisme et les centres du pouvoir mondial ont plus d’une tête et d’une tentacule....

Notes:
(1). Un essai juridique qui dévoile les réelles implications de la Loi Cadre du Référendum se trouve dans les liens suivants (en espagnol) :
noticia 33580
articulo 2006062404

 ochoa

Mauricio Ochoa Urioste
Avocat, investigateur en science  juridique et écrivain.
Il a été conseiller légal d'institutions publiques et privées.
Enseignant universitaire et collaborateur  dans les médias de la presse.


Español
(*) À l’époque de la colonisation, "las Indias" était le terme employé pour désigner "l’Amérique"

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Traduction: Esteban

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11 avril 2008

BOLIVIE: LA RÉBELLION DE L'OLIGARCHIE

EVO NE SAIT PLUS QUOI FAIRE

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Toutes les initiatives pour freiner le référendum séparatiste que l’oligarchie impulse ont échoué, le gouvernement de la gauche indigène hésite entre laisser faire les séditieux ou user de la force et des troupes ou continuer collé aux soutanes de l’église.

La Paz, le 8 avril 2008.- Une manifestation populaire mercredi dernier à l’Est de la ville prospère de Santa Cruz a affirmé que la rébellion oligarchique compte avec un appui populaire massif et détient le contrôle de la rue, laissant le Président Evo Morales enfermé dans les montagnes de l’Ouest, sans savoir comment contenir l’avance de la droite séparatiste, sans savoir comment faire asseoir autour de la table des négociations la vieille bourgeoisie agro exportatrice, et conclure avec elle un grand accord national.

Jusqu’à maintenant, tout s’est très mal passé pour le premier Président indigène de La Bolivie dans son intention de dissuader les préfets (gouverneurs) du tropique et des vallées pour qu’ils ne mettent pas en avant leur référendum d’autonomie inconstitutionnel et illégal, le premier dimanche de mai, avec lequel et le vote populaire, ils veulent légitimer le double pouvoir que se donnerait La Bolivie, avec Evo Morales gouvernant l’Altiplano (La Paz, Oruro et Potosí) et l’oligarchie maîtrisant le reste du pays (Santa Cruz, Beni, Pando, Tarija et partiellement Chuquisaca et Cochabamba).

Jusqu’à présent, Evo n’a pas pu freiner la sédition séparatiste ni avec les lois du Parlement, ni avec les décrets présidentiels, ni avec les décisions de la Chambre Nationale Electorale, ni avec les avertissements du Tribunal Constitutionnel, ni avec l’aide de l’église catholique, des organismes internationaux et l’intervention de l’OEA et les délégations des pays voisins (voir : Même pas la loi ne freine l’oligarchie).

Rébellion à l’Est

« Ce n’est pas avec 20 décrets qu’ils vont nous arrêter, ce 4 mai nous allons être autonomes », a dit Rubén Costas, le préfet de Santa Cruz, un des leaders de la révolte qui a assuré lors de la grande manifestation de mercredi que « ce 4 mai nous allons les réduire en poussière, ce 4 mai débute la véritable révolution ».

Un autre meneur, Branko Marinkovic, le fasciste et millionnaire président du Comité Civique de Santa Cruz et icône des 100 clans (familles) qui dirigent le complot et maîtrisent la terre, l’économie et le pouvoir régional, a également réaffirmé la tenue du référendum et a promis des augmentations de salaire et de meilleures conditions de vie aux habitants de Santa Cruz.

“le 4 mai ne se négocie pas, le 4 mai est à vous tous, c’est la véritable révolution dans ce pays et ce sera le véritable changement, le changement du travail, du panier basique de la ménagère accessible à tous (…) car vos salaires vont être dignes, cela est l’autonomie », avait-il dit lors de la manifestation au cours de laquelle il donnait, de plus, son appui aux chefs d’entreprises de l’huile et du soja que le Président Evo Morales tente de mettre en faillite avec sa mise en application de l’interdiction à l’exportation.

Sans drapeau

Lors de cette même journée, l’oligarchie, en offrant au peuple de meilleurs salaires, l’assurance santé gratuite pour tous, des logements et de l’eau potable pour les indigènes, a ôté à la gauche indigène le dernier drapeau avec lequel elle pouvait casser l’adhésion/soumission de leurs organisations syndicales, sociales, populaires et sympathisantes envers les loges qui dirigent la rébellion sécessionniste. C’est aussi qu’en deux ans de gouvernement de la gauche indigène, Morales s’est refusé d’améliorer réellement les maigres salaires des boliviens (110 dollars mensuels en moyenne), il n’a pas pu rendre les terres aux paysans pauvres, ni empêcher la grande exploitation laborieuse, la situation des travailleurs et des classes moyennes dans tout le pays a empiré, le coût de la vie a fortement augmenté et les conditions de travail sont devenues plus précaires dans le secteur privé et non contrôlé.

Durant cette période, le budget de l’État et la trésorerie des chefs d’entreprises ont augmenté plus que jamais, comme les prix élevés des matières premières, alors que les pauvres ont réduit leur consommation alimentaire, ce qui du moins à l’Est, a eu pour conséquence d’aller grossir les rangs de la droite, attirés par la démagogie des oligarchies, déçus par la défection du gouvernement sans pouvoir aller vers des positions révolutionnaires à cause de la faiblesse des organisations politiques et ouvrières situées à gauche du Mouvement Au Socialisme (MAS) au pouvoir.

Entre deux eaux

À moins d’un mois du référendum sécessionniste, dans le gouvernement de Morales il y deux grandes tendances qui s’agitent : Une qui lève les mains et qui pense que ce n’est déjà plus possible de retenir la consultation populaire des sécessionnistes et qui propose de négocier après le 5 mai, une fois que l’oligarchie aura légitimé son pouvoir dans les urnes. L’autre, en échange, propose d’user des forces de l’État et envoyer l’Armée et la Police pour empêcher le vote et couper court à la sédition.

Dans les deux cas, il y a beaucoup de dangers pour l’administration de Morales. Beaucoup pensent que d’aller au-devant du référendum de Santa Cruz, d’autres également suivraient immédiatement comme à Beni, Pando et Tarija, et plus tard à Cochabamba et Chuquisaca, ce qui donnerait l'illusion que la majeure partie du pays aurait donné son appui explicite a leurs gouverneurs de droite et aurait retiré sa confiance à « président indien ».

Avec cet aval populaire en sa faveur, l’oligarchie serait dans une meilleure situation pour imposer ses conditions à l’administration gouvernementale, ce qui légaliserait l’existence de deux gouvernement en Bolivie.

C’est pour cela, que les plus durs du cabinet de Morales insistent pour empêcher le référendum du 4 mai en utilisant l’Armée et la Police, en décrétant un « état de siège » ce qui permettrait d’arrêter les conspirateurs. Cependant, dans ce cas-là, les officiels craignent que les forces en uniforme ne soient dépassés par la population ou qu’il se produise un « bain de sang », ce qui rendrait impossible que Morales atteigne son objectif d’un grand accord national avec l’oligarchie, du moins dans les termes dont il l’entend.

État de siège ?

Pour l’instant, le président Morales lui-même a rejeté la possibilité de décréter un état de siège ou de militariser la ville de Santa cruz pour empêcher la tenue du référendum de Santa cruz sur le statut d’autonomie et il a affirmé qu’il n’existe pas de division à l’intérieur des Forces Armées ni dans la Police Nationale.

“J’ai écouté ces derniers jours, ce qui se dit, sur la militarisation de Santa Cruz, sur l’état de siège, totalement faux, je rappelle qu’en décembre de l’année passée l’on parlait d’exils, de confinements, informé seulement par vous-même (la presse), jamais il ne m’étais passé par la tête ni pensé sur un état de siège, de même qu’aujourd’hui », a-t-il dit lundi.

Impotence et consolation

En appui sur leur position, les partisans de la première tendance minimisent l’impact de la victoire électorale prévisible de l’oligarchie, avec laquelle elle légaliserait ses statuts d’autonomie qui donnent à l’administration régionale l’autorité pour créer son propre Parlement, sa Police et le contrôle de la terre, les ressources naturelles et les impôts.

“ Nous croyons que ceux qui sont sur le terrain de l’illégalité auront beaucoup de difficultés au moment d’appliquer les résultats d’un acte illégal”, a dit le ministre du gouvernement, Alfredo Rada, qui a qualifié le référendum de Santa Cruz  comme « un simple sondage institutionnalisé » car il n’a pas été convoqué en accord avec la loi.

Dans le même sens, le président de la Chambre nationale Électorale, José Luis Exeni, avait assuré « que la Chambre Électorale ne se prononcerait pas sur les résultats du référendum de Santa Cruz, et ne les avalisera pas, ni au niveau national et ni international ».

Mais cela ne pose aucun souci aux oligarchies qui préparent déjà un chronogramme d’activités, après le référendum. . Carlos Dabdoub, dirigeant civil et secrétaire des autonomies de Santa Cru, avait dit que, après le 4 mai, ils auront une période de transition de 90 jours pour inscrire l’élection directe de leur gouverneur, conseillers départementaux et sous-préfets. Ensuite, ils essaieront de démarrer un processus de concertation avec le gouvernement de Morales pour le transfert de compétences exclusives, et la coordination pour les attributions partagées et d’exécution.

Et c’est, précisément cela, que redoutent les partisans de la seconde tendance à l’intérieur du gouvernement : que la négociation après le 4 mai se fasse sur la base des compétences exigées par les préfets de l’opposition en accord à leurs statuts d’autonomie et plus sur ceux de la nouvelle Constitution Politique de l’État.

Rédition et réalisme

Entre les deux courants, ceux qui veulent “laissez faire et laissez passer” et ceux qui veulent user de la force, il y en a d’autres qui luttent pour continuer d’espérer que réussissent la médiation de l’église catholique ainsi que les gestions des délégations étrangères qui n’ont, comme jamais, une grande ingérence dans les affaires de la Bolivie. Ils croient qu’il est possible d’asseoir autour de la table de dialogues, les préfets de l’opposition si l’on annule maintenant les réductions des budgets aux régions (remboursement de l’Impôt Direct des Hydrocarbures, 200 millions de dollars), si l’on annule le décret contre l’exportation des aliments (huile, soja, maïs et autre) et si l’on flexibilise ou l’on élimine la proposition officielle de la nouvelle Constitution Politique de l’État, qui à ce stade de la conjoncture politique n’est qu’un simple papier trempé de bonnes intentions et rien de plus.

“Quelques-uns disent que c’est se rendre avant la bataille, mais ce n’est pas sûr, c’est simplement comprendre l’actuelle proportion des forces », pour tenter de débloquer le dialogue avant le 4 mai.

Cependant, cette perspective paraît presque impossible de parvenir. Lors de la dernière réunion d’urgence tenue durant la nuit de ce lundi à la demande de Morales, avec l’église catholique et les cinq préfets rebelles, la hiérarchie de l’église à entendu de la bouche des opposants qu’ils assisteraient au dialogue avec le gouvernement après le référendum de Santa Cruz du 4 mai, lorsque « les conditions seront données ».

Mobilisation populaire

Dans ce scénario, les syndicats et les secteurs sociaux qui commencé à déborder par la gauche le gouvernement de Morales, signalent la nécessité de reprendre l’action directe des masses pour freiner la conspiration de droite et avancer vers un réel processus de changement en Bolivie, en nationalisant le gaz, le pétrole et les mines, en améliorant les conditions de vie des gens, en prenant les terres des propriétaires et ainsi stopper depuis la racine la rébellion oligarchique.

Ainsi, le XXXè Congrès national des mineurs syndiqués ont appelé à l’unité et à la mobilisation populaire pour reprendre les drapeaux révolutionnaires et pour affronter la droite qui avance d’un pas ferme vers le référendum séparatiste (voir : Les mineurs en guerre contre les 100 clans). Les mêmes ont appelé les travailleurs de l’industrie de transformation, les paysans, les colonisateurs et les autres syndicats.

Parmi les mineurs, spécialement ceux de Huanuni, il y a la certitude que c’est la politique de conciliation avec l’oligarchie de Morales qui a permis l’expansion de l’extrême droite.

“Le gouvernement national présidé par le Mouvement Au Socialisme est aussi coupable de cette situation pour avoir permis que cette minorité de riches se réorganise et relève de nouveau la tête, ceux-là mêmes qui sont puissants parce qu’ils ont le pouvoir économique leur offre l’exploitation de nos ressources naturelles, comme les hydrocarbures, la mine, la terre », avait signalé en fin de semaine le syndicat de Huanuni dans une déclaration publique.

Les prolétaires de l’étain ont averti que si le gouvernement de Evo ne récupère pas ces ressources pour l’État, « ces vampires seront toujours puissants et le chômage se maintiendra, ainsi que la pauvreté et la misère dans lesquelles nous avons vécu toutes ces dernières décennies ».

“ Seule l’application des agendas de 2003 et 2005 (nationalisation du gaz, des mines et des terres, NdR) garantira le démantèlement et la déroute de l’oligarchie. Les mineurs de Huanuni, exigeons du gouvernement d’assumer des mesures plus énergiques pour démonter la fraude du référendum autonomique et d’appliquer une fois pour toutes les véritables changements structuraux dans le pays » a-t-il ajouté.

L’avant-garde prolétaire veut vaincre l’oligarchie qui nourrit une haine profonde et viscérale contre les indiens et les pauvres et qui est en guerre contre la Bolivie; par contre, Morales veut la concertation avec eux dans le cadre d’un processus de changement qui normalise et approfondisse le fonctionnement du capitalisme, en respectant la propriété privée et les investissements étrangers, avec des entreprises qui paient des impôts et qui ne se soustraient pas à la loi, avec une meilleure qualité de vie pour les gens et sans autant de discriminations sociales et raciales contre les indigènes.

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SIGNER LA PÉTITION POUR L'UNITÉ DE LA BOLIVIE

Trad: Esteban

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12 janvier 2008

BOLIVIE : AVANCÉES SUR LES BIENS COMMUNS ET LA RÉFORME CONSTITUTIONNELLE

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Sur ce texte [1]

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Ce pays de 10 millions d’habitants est un des plus pauvres d’Amérique latine. Sa « capitale » |2| La Paz est située à 3 600 mètres d’altitude. Le pays comprend trois zones géographiques : une grande région montagneuse avec des plateaux situés au-dessus de 2 500 mètres d’altitude à la frontière avec le Pérou, le Chili et l’Argentine ; une plaine à basse altitude proche de l’Argentine, du Brésil et du Paraguay et une région amazonienne avec végétation luxuriante proche du Brésil. La plaine est riche en hydrocarbures et ses terres fertiles génèrent d’importants revenus d’exportation, notamment grâce au soja.
Le pays a connu une grande explosion révolutionnaire en 1952 qui a abouti à une réforme agraire, à la nationalisation des mines, à l’éducation publique gratuite et obligatoire ainsi qu’au suffrage universel. De 1971 à 1978, la Bolivie a vécu sous la férule du régime militaire du général Hugo Banzer. A partir de 1985, la Bolivie a été soumise aux pires politiques néolibérales. Pour venir à bout de 20 années de néolibéralisme, les mouvements sociaux boliviens ont mené de puissants et héroïques combats. Depuis fin 2005, pour la première fois de l’histoire bolivienne, un représentant de la majorité indienne de la population a été élu président.


Très affectée par la crise de la dette qui a explosé en 1982, la Bolivie a été soumise à un plan de choc néolibéral à partir de 1985 : privatisation des mines et du pétrole, réduction massive des salaires et de l’emploi, ouverture économique forcée, réduction des dépenses publiques. L’auteur intellectuel de ce plan d’ajustement structurel est l’économiste nord-américain Jeffrey Sachs qui a ensuite conçu le plan de choc appliqué en Russie puis s’est converti en adepte de l’annulation de la dette des pays pauvres, notamment des pays d’Afrique subsaharienne.
A partir de l’année 2000 et jusqu’à aujourd’hui, les luttes sociales ont été nombreuses et le peuple bolivien a joué un rôle d’avant-garde au niveau mondial en mettant au centre de l’agenda la lutte pour le contrôle public sur les biens communs : la lutte victorieuse contre la privatisation de l’eau à Cochabamba en avril 2000 et à El Alto en 2004-2005 ; la lutte pour la récupération du contrôle public sur le gaz en 2003 qui a conduit à la chute du président Gonzalo Sánchez de Lozada |3|.

Le contexte de la présidence d’Evo Morales

La majorité de la population est indienne : selon le recensement de 2001, 62% des Boliviens se considèrent comme faisant partie des populations natives indiennes, en majorité Quechuas et Aymaras. Dans la ville plébéienne d’El Alto (4 000 mètres d’altitude), située à la périphérie de La Paz, dont elle s’est autonomisée en 1985 sous l’effet de son explosion démographique, 80% des 850 000 habitants se considèrent comme indiens. La population indienne a été exclue du pouvoir central (présidence de la république et gouvernement) |4| jusqu’à l’élection fin 2005 d’Evo Morales, indien Aymara, dirigeant syndical paysan des producteurs de la feuille de coca, à la présidence de la république bolivienne. Depuis cette date, le MAS (Mouvement vers le Socialisme), parti d’Evo Morales, dispose d’une majorité à la Chambre des députés mais pas au Sénat dominé par la droite qui tente de bloquer toutes les réformes démocratiques et toutes les mesures favorables au peuple. La réforme constitutionnelle est au centre du débat et des combats politiques. Bien qu’également majoritaire à l’assemblée constituante, le MAS n’y dispose pas des deux tiers nécessaires à l’approbation des propositions de modification constitutionnelle.

En 2006, Evo Morales et son gouvernement ont décrété la nationalisation du pétrole et du gaz, ce qui est très apprécié par une grande majorité de la population. La mise en pratique de cette mesure prend du temps et cela a suscité des tensions dans le camp qui soutient Evo Morales. Néanmoins, le gouvernement a réussi à obtenir des multinationales qui opèrent dans le pays de verser une part beaucoup plus importante de leurs revenus au Trésor public, ce qui permet d’augmenter les dépenses sociales.

Les préfets des départements de Santa Cruz, Tarija, Beni et Pando, au service des capitalistes locaux (industriels, grands propriétaires fonciers et commerçants spécialisés dans l’import-export), font tout pour déstabiliser le régime d’Evo Morales : menace de sécession, refus d’appliquer des réformes, mobilisation de secteurs de la population financée par le patronat, campagne diffamatoire contre Evo Morales et son gouvernement. Les dirigeants du riche département de Santa Cruz se comportent comme les dirigeants de la Croatie lors de l’éclatement de la Yougoslavie au début des années 1990. A demi-mot, ils déclarent qu’ils ne veulent plus financer les provinces pauvres du pays et La Paz. Nous assistons au même jeu centrifuge au Venezuela avec l’Etat pétrolier de Zulia (dont la capitale est Maracaibo) qui menace aussi de se séparer du reste du pays, ainsi qu’en Equateur avec la province de Guayaquil (ville très riche du littoral tenue par la droite). Les déclarations de certains dirigeants de la droite sont carrément racistes. Le maire de Santa Cruz, Percy Fernández, a déclaré le 9 décembre 2007 : « Dans ce pays, bientôt, il faudra se peindre et se mettre des plumes pour exister ! » |5|.

Le cheminement vers l’élection d’Evo Morales et la mutation du mouvement social |6|

Le mouvement social a connu une mutation profonde au cours des vingt dernières années. Jusqu’à la privatisation des mines décidée en 1985, la Centrale ouvrière bolivienne (COB) constituait incontestablement depuis plus de quarante ans le mouvement social le plus important. La COB jouait un rôle politique de premier plan |7| et mettait en avant un programme de gauche très radical. Les mineurs constituaient la colonne vertébrale de la COB. C’est au même moment que Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et le président bolivien Víctor Paz Estenssoro ont lancé leur offensive victorieuse contre les mineurs de leur pays respectif. Cela indique que des objectifs semblables ont été poursuivis au Nord et au Sud de la planète dans le cadre de l’offensive du capital contre le travail sous le drapeau du néolibéralisme. Pour le mouvement social, l’effet de la privatisation des mines et de la fermeture d’un grand nombre d’entre elles a eu des effets encore plus graves en Bolivie qu’en Grande-Bretagne car, dans le pays andin, il n’y avait pas d’autres grands secteurs industriels.
La crise de la dette qui a frappé de plein fouet la Bolivie à partir de 1982 a débouché sur une suspension des paiements en 1984. Le FMI et la Banque mondiale, épaulés par l’économiste démocrate Jeffrey Sachs, ont obtenu le soutien du gouvernement bolivien à partir de 1985 pour appliquer une politique brutale d’ajustement structurel. Au-delà des 23 000 mineurs du secteur public et des 5 000 du secteur privé qui ont perdu leur emploi, tout le peuple a subi les conséquences de l’ajustement de choc : 18 000 fonctionnaires publics licenciés, réduction de 40% du salaire réel dans les secteurs privé et public en septembre 1985 comme résultat de la dévaluation et des mesures d’accompagnement, modifi