LE TACLE

LA CONSCIENCE VAUT MILLE TÉMOINS

03 juin 2008

BRÉSIL: LA GRÈVE GÉNÉRALE DU 28 MAI POUR LA RÉDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL

greve_bresilLe 28 mai, avec les grèves, manifestations et actions pour la réduction du temps de travail qu’il a généré, pourrait s’avérer une date marquante dans l’histoire du syndicalisme brésilien. Après une longue période de reflux, où les luttes étaient trop rares, le climat est aujourd’hui plus favorable à la reprise du combat. La majorité des centrales syndicales et des confédérations nationales est aujourd’hui engagée dans la bataille pour les 40 heures. Le 28 mai peut constituer le point de départ de mouvements plus puissants. L’idée d’une grève générale nationale pour la réduction du temps de travail grandit dans les consciences.

La campagne en faveur des 40 heures sans perte de salaire – qui inclut aussi les objectifs de ratification des conventions 151 (droit à la négociation collective pour les salariés) et 158 (interdiction de licenciement sans cause valable) de l’OIT ( Organisation Internationale du Travail ) ainsi que la fin de la décote concernant les retraites ( mécanisme de minoration des retraites mis en place par le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso en 1999, ndt )  – touche aujourd’hui de nombreux secteurs. La pétition lancée à cet effet a déjà dépassé le seuil du million de signataires, selon le dernier bilan des centrales.

Le 28 mai, les métallos de São-Paulo, liés à la centrale “Força Sindical”, ont procédé à plusieurs arrêts de travail dans les usines au sud de la capitale de l’Etat. Jusqu’aux ouvriers de l’usine ABC, berceau politique du Président Lula, qui ont pris possession de l’avenue Anchieta pour un cortège remarqué. Les remontées en provenance d’autres états sont tout autant encourageantes.

Une “mini-révolution” dans le syndicalisme

Dans la déclaration commune signée par les six principales centrales du pays (CTB, CUT, FS, UGT, NCST e CGTB), souffle un esprit offensif. “ Le 28 mai, les travailleurs seront dans la rue à l’occasion de la Journée Nationale de Lutte et de Mobilisation pour la réduction du temps de travail et pour la ratification des conventions 151 et 158. Du nord au sud du pays auront lieu des rassemblements, des manifestations et des assemblées de salariés pour une grande mobilisation visant à sensibiliser le Congrès National ( Parlement, ndt ) pour qu’il approuve ces mesures en faveur des travailleurs. Il nous faut combattre afin que la bonne conjecture économique se traduise par la création d’emplois, de meilleurs salaires, une plus juste répartition de la richesse et un renforcement des conquêtes sociales."

Selon ce document, la réduction de la durée légale hebdomadaire de travail à 40 heures, sans perte de salaire, par le biais du vote du Projet de Révision Constitutionnelle présenté par les sénateurs Inácio Arruda (PCdoB) et Paulo Paim (PT), pourrait générer 2,2 millions d’emplois dans le pays – “ et dégagerait en outre du temps pour la vie familiale, les études, la formation professionnelle, le repos et les loisirs”. La ratification de la convention 158 de l’OIT, si redoutée par le capital, s’attaquera aussi à la précarité en donnant plus de protection aux travailleurs ; et celle de la convention 151 renforcera le pouvoir de négociation des salariés. Globalement, ces trois objectifs, s’ils venaient à être atteints, constitueront une “mini-révolution” dans le syndicalisme brésilien.

Le discours factieux contre la “répúblique syndicale”

Les syndicalistes qui ne se sont pas encore joints au mouvement – par réflexe bureaucratique ou sectaire – sont en train de laisser passer le train de l’histoire. Ces derniers temps, jamais de tels objectifs n’ont été aussi proches et accessibles et ce, pour plusieurs raisons.

En premier lieu, parce que la croissance économique – même si freinée par le sabotage de la Banque Centrale et menacée par la récession aux U.S.A. – bat des records en terme de créations d’emplois formels, réduit les stocks des entreprises et accroît la capacité de pression des travailleurs. Au point que près de 90% des secteurs étudiés par le Dieese ( Département Intersyndical de Statistique et d’Etudes Socioéconomiques ) ont gagné du pouvoir d’achat l’an dernier, au-dessus du niveau de l’inflation – fait inédit ces dernières décennies.

Secundo, parce que la démocratie a progressé dans notre pays, le mouvement syndical n’est plus criminalisé ni diabolisé comme il a pu l’être sous le règne tragique de Fernando Henrique Cardoso ( dernier président de droite issu de la social-démocratie, ndt ). Les instances de négociation fonctionnent, même si de façon souvent formelle, et les centrales syndicales ont un dialogue direct avec le gouvernement. C’est ce dialogue qui a permis de faire imploser l’inquiétant Forum National des Retraites.

Troisième raison, le capital doit affronter de nouveaux obstacles dans le contexte actuel pour arriver à imposer de nouvelles régressions sociales – à l’image du veto présidentiel sur le projet de loi baptisé “Emenda 3”, visant à précariser encore plus le travail. Il n’en fallait pas moins pour que les média bourgeois reprennent leurs cris d’orfraie contre la “république syndicale du gouvernement Lula”.

Lula a haussé le ton

Dans une période plus propice à la lutte des travailleurs, qui peut ne pas durer, l’agenda syndical se révèle positif à l’heure actuelle. Malgré le black-out de la pensée unique médiatique, les négociations du moment portent sur des mesures de progrès social, comme la réduction du temps de travail et la ratification des conventions de l’OIT.

Le propre Président Lula a haussé le ton pour défendre les revendications des organisations syndicales. Lors d’un récent discours, il a pris fait et cause pour les 40 heures hebdomadaires. “Les avancées technologiques ne sauraient se traduire que par une augmentation de la productivité et des profits des entreprises. Elles doivent également contribuer à l’accroissement du temps libre et à l’amélioration des conditions de travail”, a-t-il déclaré.

C’est cette conjonction de facteurs positifs qui a amené les centrales syndicales et les confédérations, dans un moment fort de maturité, à surmonter leurs divergences et à se rassembler dans la bataille pour de nouvelles avancées dans les relations sociales. Malgré la diversité des organisations, elles sont aujourd’hui plus unies que jamais dans l’action pour la réduction du temps de travail.

Le 28 mai constitue un test majeur. En fonction de l’importance de la mobilisation, peuvent naître les conditions pour le lancement d’une grande grève générale nationale qui représenterait un virage essentiel pour le syndicalisme brésilien. Que ceux qui le négligeraient sachent qu’ils en paieraient un lourd tribut à l’avenir. Et tant les complaintes des bureaucrates que les rhétoriques gauchistes ne seront alors d’aucun secours.


Altamiro Borges
Altamiro_borges
Journaliste, membre du Comité Central du PcdoB, auteur de nombreux ouvrages sur le syndicalisme.


PORTUGUÊS

Traduction : Pedro Da Nóbrega

Posté par LE TACLE à 09:37 - Brésil - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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