LE TACLE

LA CONSCIENCE VAUT MILLE TÉMOINS

26 avril 2008

ESPAGNE: " Le Roi est un corrompu et un fils de crapule "

affirme le Maire de Puerto Real (IU)

joseantoniobarroso« Je n’ai pas eu peur pendant la dictature et ce n’est pas maintenant que j’aurais peur ». C’est ainsi que le maire de Puerto Real José Antonio Barroso s’expliquait, en discustant avec « El Mundo », après avoir appris que le Ministère du Tribunal de Justice de la Province de Cádiz avait ouvert un procès pour ses déclarations polémiques envers le Roi Juan Carlos.

Barroso, Maire depuis 25 ans de la Gauche Unie de cette localité de Cádiz, ne se rétracte pas de ses paroles. Pendant la commémoration en souvenir de la IIè République, le 14 avril dernier, le premier magistrat avait lancé une critique incendiaire dans laquelle il citait le Roi de « corrompu », « descendant de traîtres » et « fils de crapule »

Ce jour-là, dans l’athénée républicaine, le dirigeant n’a pas tourné autour du pot : « Le Bourbon est le fils d’une crapule. Le Bourbon de condition détestable, l’actuel, n’est pas moins détestable que ce que le fut son père. Attaché au Coup d’État, déprécié par le tyran, auquel il avait sollicité plusieurs fois son incorporation dans l’Armée factieuse. Le Bourbon est le fils d’une personne de condition indécente, déplorable, détestable. Et non moins indécente que celle de son épouse ».

Loin de se rétracter, Barroso revient à la charge : " La Monarchie est par nature corrompue. Le Roi n’est aucun modèle ni aucun miroir sur lequel on peut se refléter. N’importe quel politique avec son entourage aurait déjà creusé sa propre tombe. Je me refuse à ce qu’on le peigne comme un modèle de vertus " relate t-il convaincu.

" Si le ministère a décidé d’ouvrir une enquête, cela me paraît parfait, il arrivera ce qui arrivera, et s’ils veulent me juger qu’ils me jugent ", avait souligné le premier magistrat. Barroso a relaté que s’il est accrédité d’avoir commis un délit d’injure à la couronne " et la Loi paraît établir la possibilité d’emprisonnement, eh bien, qu’ils me mettent en prison ".

Institution inutile

Barroso est républicain jusqu’à la moëlle et affirme que cela fait des années qu’il défend ses idées et il s’étonne pourquoi il y a maintenant tant de remous avec ses déclarations. Le Maire est un militant historique de Gauche Unie.

" Moi, j’aspire à un pays plus démocratique parce que maintenant tous ceux et celles natifs d’Espagne ne sont pas égaux. Il y a un grande différence dans le traitement que l’on donne au Roi et dans celui qui est donné au reste des mortels " explique t-il.

À son avis, la Monarchie est non seulement « anachronique et d’origine dictatoriale » mais en plus « elle n’est pas nécessaire ». « le train de vie du Roi ne correspond pas avec la vie austère et pleine de dévouement dont il est supposé avoir », souligne Barroso.

Sur les pétitions du PP [Parti Populaire (droite)] afin qu’il se rétracte, le dirigeant a expliqué que son acte n’a pas été fait en tant que Maire et qu’il dit ce « qu’il a envie ». « Le PP n’a pas lutté pour la démocratie comme moi j’ai lutté, et j’ai lutté précisément pour dire ce que j’ai envie de dire » et il a ajouté que « si Franco ne lui a pas mis la muselière, ce n’est pas le PP qui va la lui mettre »

Une fois que le tribunal aura entamé la procédure, le juge devrait décider alors s’il impute le dirigeant d’un délit d’injures contre la Couronne.

Pour sa part, le coordinateur du réseau des municipalités et des autorités publiques pour la Troisième République, Antonio Romero, a exigé du chef du Tribunal d’Audience de la Province de Cádiz, Ángeles Ayuso, qu’il archive la procédure de recherche ouverte sur des déclarations du Maire de Puerto Real, José Antonio Barroso (IU), dans lesquelles il a qualifié le Roi de « corrompu ».

Romero a montré sa "solidarité" avec Barroso, et que « nous partageons toutes ses manifestations, puisque le Roi doit aussi être objet de critique ». Romero a dénoncé que la Maison Royale espagnole est la « plus opaque » de toutes celles qui existent, puisque « personne ne fiscalise l’argent public qu’elle reçoit, et qui est utilisé par le Roi comme « Tout pour moi rien pour les autres ».

Le coordinateur du Réseau des Municipalités et des Autorités Publiques pour la Troisième République a fait ressortir que « si le Roi se permet le luxe d’opiner politiquement, il ne peut pas prétendre de rester en dehors de la critique », c’est pourquoi il n’hésite même pas de faire observer que « c’est l’heure de faire des recherches sur le rôle qu’il a joué le 23-F(1), puisque nous ne pouvons pas oublier qu’il s’agit de l’héritier de Franco ».

Romero a annoncé qu’ils vont présenter dans toutes les municipalités, des pétitions d’appui au Maire de Puerto Real, de même que le président du Gouvernement, José Luis Rodríguez Zapatero, sera prié d’appuyer «la dépénalisation des injures à la Couronne et ôter la couverture du Roi, qui est l’héritier de Franco et titulaire de la Maison Royale la plus opaque de toutes celles qui existent ».

Le dirigeant communiste s’est adressé au ministre de l’Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba, auquel il a demandé que « après s’être présenté comme député pour la province de Cádiz il devrait se prononcer en faveur de la liberté d’expression » parce que « si ce n’est comme cela, nous serons en dehors de cette Constitution et l’Espagne ne serait pas une démocratie ».

Le mois de novembre dernier, Guillermo Torres et Manel Fontdevilla, des humoristes de le revue satyrique « El jueves » ont reçu une amende de 3000 euros pour une caricature, dans laquelle, en rapport au « cheque-bebé » l’ont voyait Don Felipe y Doña Letizia ayant des rapports sexuels pendant que lui disait « tu te rends compte ?, si tu es enceinte… cela va paraître comme étant le plus grand travail que j’ai effectué dans ma vie ! ».

Ana del Barrio
El Mundo/Agencias/La República

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(1) Le 23 février 1981, le lieutenant-colonel Tejero fait irruption dans les Cortès. À Valence, le capitaine général Milans del Bosch sort ses chars. Le général en chef de la División Acorazada Brunete bloque les installations de la radio et de la télévision nationale. Mais rapidement, il se retire. Juan Carlos contacte alors tous les capitaines généraux pour leur indiquer qu’il ne soutient pas l’action. À l’exception de Milans del Bosch, tous confirment leur fidélité au roi. Ce dernier s’adresse à la nation à une heure du matin, une fois le siège de la télévision levé. Le lendemain matin, les députés sont libérés...
[Bizarre cette "poigne" du Roi...n'est ce pas ?...]

Traduction: Esteban

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29 octobre 2007

ESPAGNE: Église réactionnaire et béatification

beatificactionElle revendique sa mémoire historique particulière

L’Église sort en défense de la "Sainte Croisade"

Le 28 octobre l'Église catholique espagnole a célébré avec faste sur la Place du Vatican la béatification de 498 "martyrs de la République", revendiquant ainsi la réactionnaire "Sainte Croisade" dans laquelle elle avait joué un rôle.

Une nouvelle provocation, soutenue par la hiérarchie du Vatican

Cette célébration coïncide avec les démarches sur la Loi de la Mémoire Historique qui a soulevé tant de bruit à l'intérieur de la droite héritière du franquisme, inclut l'église elle-même. Une véritable "Loi de point final" qui comme l'ont dénoncé de nombreux collectifs et associations, n'annule pas non seulement les jugements politiques et les conseils de guerre franquistes mais qui, même ainsi, n'est pas du goût de ceux qui continuent de revendiquer le mouvement fasciste.

La célébration a été patronné par la papauté, ce qui ne doit pas surprendre en connaissant le passé hitlérien de Ratzinger, digne descendant de l'ultra réactionnaire Jean-Paul II, qui a initié en 1987 le processus de béatification des religieux espagnols "martyrs" des "rouges". Le 28 octobre ils ont été béatifié, et en plus revendiqués comme étant un modèle de conduite exemplaire et digne d'être imité, des personnages aussi sinistres comme l'évêque de Cuenca, qui avait organisé, financé et soutenu la conspiration fasciste et la répression républicaine dans son territoire.
Cet admirable "dévot" ne cachait pas ses motivations :"maintenant la Révolution nous trouve mieux organisés qu'en 1931 et, de plus, habitués non seulement à souffrir mais aussi à résister". De ce processus de béatification ont été exclu logiquement des religieux tout aussi exemplaires comme les seize Basques, pour s'être opposé au soulèvement franquiste et d'avoir soutenu les idées républicaines et nationalistes.

Une question qui reste en suspens

Le caractère profondément rétrograde et réactionnaire de l'Église espagnole n'est pas une nouveauté. Depuis des siècles elle a fait partie intégrante de la vieille oligarchie dominante et le principal pilier idéologique de sustentation de l'ordre dans lequel elle a basé sa domination. De la, le profond sentiment anticlérical enraciné dans les classes populaires de l'État espagnol, toujours présent dans les périodes de grande agitation sociale. Et bien que les temps paraissent avoir changé, à chaque fois l'Église, comme le vieil ordre franquiste jamais épuré, revient montrer son vieux et vrai visage : celui des évêques manifestant publiquement pour la défense de "l'Unité de l'Espagne", contre les couples homosexuels, et réclamant l'obligation d'une formation religieuse dans l'Éducation...

Dans l'État espagnol la séparation de l'État et de l'église reste toujours en suspens, une vieille revendication de la Révolution bourgeoise, anti féodale, qui n'a jamais cessé. Une tâche en attente, qui pourtant, avait été pris en compte pendant la période de la Révolution Sociale de 1931-1939, un de ces moments historiques agités et exceptionnels dans lequel le vieux système d'exploitation et d'oppression est remis en question et dans lequel chacun se situe d'un côté de la barricade où se trouve l'intérêt de sa classe. Et, l'Église faisant partie des vieilles lattes du pouvoir oligarchique et bourgeois, a été du côté franquiste pour écraser une Révolution qui mettait l'interdit sur ses privilèges.

Privilèges et parasitisme social : vivre du Trésor Public

La réforme du franquisme à travers le nommé " Pacte de Transition " a permis de préserver l'essentiel de l'héritage du régime antérieur : la monarchie instituée par Franco, l'armée franquiste et l'indissoluble" Unité et de la Patrie" garantie par lui-même, le système économique et la propriété bourgeoise...
Pour sa part, l'Église a eu la garantie de la continuité de ses privilèges grâce au nommé "Accord entre l'État espagnol et le Saint-Siège sur les affaires économiques", un Concordat signé en 1979 grâce auquel l'église maintient un système de subventions publiques qui dure depuis 1837 et qu'elle avait cessé de percevoir pendant la période de la République. Grâce à ce système, l'église perçoit plus de 3 milliards d'euros par an d'argent public : 141 millions au compte du I.R.P.F. dont la recette réelle est moindre, 600 millions de salaires aux professeurs enseignant la religion, 600 millions de subventions pour son réseau de centres, 125 millions pour la conservation du patrimoine artistique... En plus de l'exonération du paiement de nombreux impôts ( I.V.A, I.B.I, impôt de patrimoine et de successions...), ce dernier privilège qui est aujourd'hui remis en question par l'Union Européenne elle-même.

Pour un État laïque

L'état actuel des choses ne peut s'expliquer sans la responsabilité d'une gauche institutionnelle qui avec le "Pacte de Transition" a accepté, entre autres choses, la continuité des privilèges de l'Église, faisant avorter la possibilité d'une rupture profonde avec le vieux régime et donnant avec cela un nouvel élan à une droite plus réactionnaire. En ce sens, la lutte pour une véritable séparation Église-État reste une tâche à réaliser, sans doute inséparable de la lutte que livrent aujourd'hui de nombreux activistes pour que cesse ce régime monarchique héritier du franquisme.

Teo Navarro

IRPF : Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques (0,82% des impôts des revenus de chaque espagnol est pour l’Église)
IVA : Taxe sur la valeur Ajoutée (dispense à l'église)
IBI : Impôt sur les Biens et les Immeubles (dispense à l'église)

Español

Traduction : Esteban

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