LE TACLE

LA CONSCIENCE VAUT MILLE TÉMOINS

04 septembre 2009

IRAK : ADIEU À UNE GRAND-MÈRE IRAKIENNE

Bibi s'en est allée, loin de Bagdad

Saja
Auteur: SAJA سجى

En me réveillant hier matin, j'ai découvert un message électronique de mon père, qui est en voyage d'affaires en Europe en ce moment, m'informant que ma grand-mère avait eu une attaque dimanche et était décédée.

Au contraire de mes cousins qui ont grandi à ses côtés, je n'ai jamais connu ma grand-mère. Elle a toujours vécu en Irak et j'ai toujours vécu en dehors d'Irak à l'exception de ma première année de vie; elle s'est alors occupée de moi quand ma mère travaillait. Mais après cette année, Bibi (qui signifie « grand-mère » en arabe irakien) et moi avons toujours été séparées à cause des guerres en Irak et des occupations, à part quelques brèves visites dans des pays qui ont été assez généreux pour accorder des visas à des citoyens d'un pays considéré internationalement comme un État criminel.

La mort d'un être aimé ne devrait jamais être décrite dans des termes politiques. Tout comme le chagrin de quelqu'un ne devrait pas être diffusé au delà de son propre cœur. Mais la mort d'un Irakien porte habituellement tellement plus de bagages politiques qu'une personne qui serait originaire de Suisse ou d'un pays qui ne connaît pas la guerre. Le deuil de ma famille pour notre grand-mère n'est qu'une fraction du grand soupir que relâche l'Irak chaque jour sous le lourd talon de l'impérialisme.

Quand le Pentagone a déclaré lors de son introduction à la guerre en Irak qu'il n'y aurait plus un endroit en sécurité à Bagdad, j'ai envoyé un message électronique avec une photographie de Bibi entourée de mes cousins, à toutes les personnes que je connaissais, pour leur montrer que les prévisions de  Rumsfeld ne pouvaient pas être menaçantes.

J'ai appelé Bibi la nuit du 19 mars 2003 après avoir écouté le discours de Bush annonçant le début de l'invasion de l'Irak. Je lui ai demandé de rester éloignée des abris anti- bombes car une douzaine d'années plus tôt, les USA avaient bombardé l’abri d' Al Amriyah. Sa seule réponse fut « prie pour nous ».

J'ai vu Bibi quand j'avais 14 ans. J'eus la chance de la voir à nouveau en avril dernier pendant quelques jours au Moyen-Orient. Elle était en route entre l'Irak et l'Afrique du Nord où son âme a quitté cette terre. À la frontière entre l'Irak et la Jordanie, les policiers jordaniens exigèrent qu'elle sorte de la voiture et soit fouillée au corps, ce qui fut pour elle, une épreuve physique. Je me demande bien quelle menace pour la sécurité d'un pays peut représenter une vieille femme irakienne de 90 ans. J'ai vu des grand-mères palestiniennes recevoir le même genre de traitement irrespectueux à la frontière sioniste- jordanienne, l'été 2005.

Lorsque je l'ai vue il y a quelques mois, je voulais interviewer Bibi pendant des heures et des heures. En parfaite possession de ses esprits malgré son âge et des souvenirs bien vivants depuis que les premiers colons britanniques avaient foulé le sol irakien, elle était un trésor de connaissance sur l'histoire de l'Irak du 20ème siècle. Mais sa mauvaise santé, due en partie à l'uranium appauvri et aux autres armes que les USA ont utilisé sur l'Irak, j'en suis persuadée, nécessitait qu'elle passe beaucoup de temps à recevoir des soins.

Les grand-mères irakiennes passent les dernières années de leurs vies à se battre pour réclamer les bases d'une vie digne. Une femme qui a élevé 9 enfants et des douzaines de petits-enfants mérite d'être entourée par ses proches sur son lit de mort. Mais les enfants et les petits-enfants de Bibi sont tous éparpillés dans une diaspora entre quatre continents. Elle sera enterrée sur le sol africain, où mon père et toute la famille auront sûrement le plus grand mal du monde à se rendre. Sa tombe, bien sûr, sera encore moins accessible que si elle avait été enterrée à côté de mon grand-père à Bagdad comme elle le souhaitait. Elle ne méritait pas de passer les derniers jours de sa vie sous les sanctions et l'occupation étrangère. Je parie que jamais au cours de sa longue vie, elle n'aurait pu prédire qu'elle serait déracinée de la seule ville dans laquelle elle a toujours vécu.

La dernière fois que j'ai entendu la voix de Bibi a été le 8 août, jour de mon mariage. Elle a appelé pour nous féliciter alors que je sortais d'un salon de beauté. J'ai alors compris ce que signifiait avoir des « sentiments mitigés » : sentiment heureux d'entendre sa grand-mère le jour de son mariage tout en maudissant la distance et le déplacement créés par l'agitation de votre pays d'origine. J'ai retenu mes larmes pour éviter de ruiner le maquillage de mariée qu'on venait de me faire.

Nous sommes cependant plus chanceux que beaucoup d'Irakiens. Seul Dieu connaît le nombre de grand-mères irakiennes (et palestiniennes et libanaises et afghanes) qui ont été déchiquetées par les bombardements US et sionistes. Devant les portes des hôpitaux d’Amman où Bibi était soignée, se trouvaient des grand-mères irakiennes, filles du plus riche pays pétrolier du monde, qui vendaient des cigarettes et des chewing-gums sur le trottoir, proches de tomber dans la mendicité.

J'espère un jour voir la maison de Bibi à Bagdad où elle a élevé deux générations d'Irakiens. Jusqu'à ce jour, la meilleure façon de lui rendre hommage est de continuer à s'opposer à l'occupation injuste qui a détruit sa famille.

Traduction : Isabelle Rousselot

ESPAÑOL, FARSI

**************
Source : L'auteure -
Departure of an Iraqi Grandmother
Article original publié le 4/9/2009
Sur l’auteure
Saja et Isabelle Rousselot sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8573&lg=fr

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02 septembre 2009

ISRAËL: BOYCOTTER ISRAËL, LE BLOC RACISTE, ASSASSIN ET LE PLUS LÂCHE DE LA PLANÈTE

NON Monsieur Avnery, le boycott ne va pas radicaliser Israël,
car Israël est déjà un bloc radical.
Esteban LE TACLE

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Un Israélien, NEVE GORDON, nous dit :

"BOYCOTTER ISRAËL"

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DESMOND TUTU nous dit:

LES ARABES PAYENT LE PRIX DE L'HOLOCAUSTE

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URI AVNERY sioniste de gauche répond :

LA PRIÈRE DE TUTU - UNE RÉPONSE À NEVE GORDON

NON Monsieur Avnery, le boycott ne va pas radicaliser Israël,
car Israël est déjà un bloc radical.
Esteban-LE TACLE

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KIM PETERSEN répond à URI AVNERY:

LES BOYCOTTS,
UN MOYEN LÉGITIME DE RÉSISTANCE

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Esteban

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31 août 2009

ISRAËL: LES BOYCOTTS, UN MOYEN LÉGITIME DE RÉSISTANCE - UNE RÉPONSE À URI AVNERY

Hier l'Afrique du Sud, aujourd'hui Israël : où est la différence ?

Kim_Petersen
Auteur : Kim PETERSEN

sionisme et le racisme.  Il est tout à fait possible pour des personnes bien intentionnées d’entretenir un préjugé et, pire encore, d'agir sur la base de préjugés.

Uri Avnery s'oppose à la brutalité infligée aux Palestiniens. Il milite pour la paix avec les Palestiniens. Mais il a aussi un passé sioniste. Il est né en Europe européenne et a combattu dans les rangs de l'Irgoun terroristes dans la perpétration d'un holocauste (Nakba) contre les Palestiniens. Il a plus tard renoncé à la tactique de l’Irgoun. Il est contre la guerre, mais il n'est pas contre les fruits de la guerre. Il approuve une solution à deux États. En d'autres termes, les Juifs israéliens veulent conserver ce dont ils ont dépossédé les autres - ce tout en continuant à faire pression pour le retour de ce dont ils ont été dépossédés eux-mêmes (1).

Avnery préconise un usage sélectif des tactiques contre le sionisme. C’est manifeste à propos d'un boycott international d'Israël. Avnery déclare que personne n'est mieux qualifié que l’archevêque sud-africain Desmond Tutu pour répondre à cette question (2).

Que dit Que dit Tutu ? Il a appelé la communauté internationale à traiter Israël comme elle a traité l’Afrique du Sud de l'apartheid. Tutu soutient la campagne boycott-désinvestissement-sanctions contre Israël (3).

Le compatriote israélien d’ Avnery, Neve Gordon, considère que le  temps du boycott est venu (4). Avnery se lamente: «Je suis désolé mais je ne peux pas être d'accord avec lui cette fois-ci - ni sur la similitude avec l'Afrique du Sud, ni sur l'efficacité d'un boycott d'Israël. "

En effet, les deux apartheids - bien que similaires à bien des égards - sont également différents. Gary Zatzman pointed to a key difference: Gary Zatzman souligné une différence essentielle:

"Malgré tous ses maléfices graves et incontestables et les nombreux crimes contre l'humanité commis en son nom, y compris des massacres physiques, l'apartheid sud-africain des racistes blancs, ne relevait pas d’une intention de commettre un génocide. Le sionisme, en revanche, s’est engagé dans la dissolution de l'intégrité sociale, culturelle, politique et économique du peuple palestinien, c'est-à-dire un génocide, dès le départ, au moins depuis l'injonction de Théodore Herzl dans son journal, à effectuer "le transfert" des "population sans le sou" palestiniennes «discrètement et avec circonspection" (5).

Les boycotts comme tactique contre le racisme

Selon Avnery, Tutu lui a dit: "Le boycott a été extrêmement important, beaucoup plus que la lutte armée."

Mais ce fut le révolutionnaire Nelson Mandela, qui avait refusé de renoncer au droit à la lutte armée, qui négocia le démantèlement de l'apartheid en Afrique du Sud (6).

Tutu a également dit à Avnery : «L'importance du boycott n’était pas seulement économique mais aussi morale."

Avnery écrit: «Il me semble que la réponse de Tutu insiste sur la différence énorme entre la réalité sud-africaine de l'époque et la nôtre aujourd'hui."

Alors, qu’est en train de dire Avnery ? D'abord, il affirme que Tutu est la personne la mieux qualifiée pour parler à l'efficacité du boycott comme outil dans la lutte contre le racisme, puis il dit que Tutu a tout faux. Avnery veut-il donc, dire qu'il est lui-même le mieux qualifié pour parler de l'efficacité des boycotts contre le racisme?

Avnery craint que les Juifs israéliens sentent que "le monde entier est contre nous».

Toutefois, n'est-ce pas, dans un sens, le but: montrer que le monde entier est contre le racisme juif vis-à-vis des Palestiniens? Il faut souligner que le monde n'est pas contre les Juifs, comme la propagande israélienne aimerait bien le faire croire. Bien qu'il ne le précise pas expressément, Avnery utilise une version de l’accusation d’l'antisémitisme: si vous êtes contre quoi que ce soit que fait Israël, alors vous êtes contre les Israéliens. Cette perversion grotesque de la morale et la logique veut que le fait d'être contre le racisme envers les Palestiniens font de vous un antisémite.

Avnery admet: «En Afrique du Sud, le boycott mondial a contribué à renforcer la majorité et tremper  pour la lutte. L'impact d'un boycott sur Israël serait exactement le contraire: ce serait pousser la grande majorité dans les bras de l'extrême-droite et créer une mentalité de forteresse contre le «monde antisémite». (Le boycott aurait, bien entendu, ont un impact différent sur les Palestiniens, mais ce n'est pas le but de ceux qui le préconisent.) "

Avnery ne fait que constater le statu quo actuel. Israël est déjà recroquevillé dans une mentalité de forteresse d'extrême droite. Le boycott n'en est pas la cause. Avnery fait une fixation sur la dynamique des populations. Quelle est la pertinence de la majorité et la minorité dans le raisonnement d’Avnery?  Il semblerait que le fait que les Palestiniens constituent la minorité - et qu’ils soutiennent le boycott – devrait être une bonne raison d'apporter un appui international au boycott. Qui et quoi Avnery soutient-il : les Palestiniens du racisme ou les juifs israéliens contre les effets économiques et la stigmatisation morale d'un boycott international ?

Quant à l'objectif de la campagne de boycott: " refuser à Israël les moyens financiers de continuer à tuer des Palestiniens et d'occuper leurs terres." (7)

Avnery évoque «l'Holocauste», soutenant que la souffrance des Juifs s'est gravée profondément dans l'âme juive. Que les nazis aient enfermé les juifs dans des camps de concentration était un outrage moral. Mais quelle est la leçon de la Seconde Guerre mondiale? Que la souffrance infligée à un groupe identifiable de personnes est un mal et une erreur, ou qu'un groupe peut s'approprier un holocauste, le faire sien, et utiliser la souffrance passée comme un bouclier pour infliger un holocauste à un autre peuple? Avnery affirme qu’un boycott contre  les Juifs leur rappellerait le nazisme, mais quand des Juifs utilisent des techniques de type nazi, qu’est-ce que ça leur rappelle ?

Avnery dit qu'il est normal de boycotter les produits des "colonies". Il établit une distinction entre les "colons" [« settlers », en anglais, terme anodin qui évoque les « pionniers », NdT] (c’est-à-dire les "colonisateurs") et d'autres Juifs israéliens. Comment alors Avnery rationalise-t-il le fait que les «colons» sont en Cisjordanie?

Avnery affirme: «Ceux qui appellent à un boycott le font en désespoir de cause. Et c’est là le fond de la question. "En effet, le désespoir est la réalité de vie pour beaucoup de Palestiniens sous occupation ou dans des camps de réfugiés.

Avnery afirme qu'un boycott international serait difficile à réaliser, et que les USA ne l’appuieraient pas. Ce n'était pas non plus facile à réaliser à l'encontre des régimes d'apartheid en Afrique du Sud. Est-ce une raison pour ne pas essayer? Est-ce que les USA ne se sont pas opposés à un boycott de l'Afrique du Sud? Oui, cela pourrait prendre un certain temps. Mais les temps changent. La récalcitrance des USA (et de leurs alliés occidentaux) a été passée au rouleau compresseur au Venezuela, à Cuba, en Bolivie et ailleurs. Les Empires ont connu grandeur puis décadence tout au long de l'histoire.

Avnery estime que la tactique du boycott est "un exemple d'un diagnostic erroné conduisant à un traitement erroné. Pour être précis: l'hypothèse erronée que le conflit israélo-palestinien ressemble à l'expérience sud-africaine aboutit à un choix erroné de stratégie."

Avnery poursuit: "En Afrique du Sud il y avait un accord total entre les deux parties sur l'unité du pays. La lutte visait le régime. Les Blancs et les Noirs se considéraient tous Sud-Africains et étaient déterminés à garder le pays intact. Les Blancs ne voulaient pas de partition, et ne pouvaient pas la vouloir, car leur économie était basée sur le travail des Noirs. "

Il semble que l’analyse est plutôt bancale. «Les Blancs ne voulaient pas de partition" ?  Comment Avnery  peut-il affirmer des choses aussi inexactes factuellement ? Qu’étaient les Venda, les Lebowa, les bantoustans, sinon des sections de l'Afrique du Sud soumises à partition par le gouvernement blanc ? En outre, le fait que le sionisme n'est plus dépendant de la main-d'œuvre palestinienne ne masque pas le fait qu'il était à une époque dépendant de son travail; Avnery est fait un drôle de tri dans son argumentation. Refuser aux Palestiniens le droit de travailler dans la Palestine historique est une tactique émanant du sionisme.

En outre, comment Avnery peut-il argumenter  contre un boycott international d'Israël quand Israël maintient un embargo illégal écrasant sur les Palestiniens - un crime de guerre? Tant qu'Israël utilise une telle tactique, alors la résistance, par le boycott, est certainement légitime.

Avnery dit que les Juifs israéliens et les Arabes palestiniens n'ont rien en commun. Toutefois, ce même manque de communauté était aussi vrai entre Blancs et Noirs Sud-Africains. Néanmoins, je m'insurge contre l'idée maîtresse de l'argumentation. Elle fait le lit du racisme. Juifs israéliens, Palestiniens, Noirs et Blancs d'Afrique du Sud sont tous les humains. Tous ils mangent, travaillent, dorment, rêvent, ont des familles. Cela devrait être une raison suffisante pour agir humainement les uns envers les autres: l'amour de l'humanité. Il est tout à fait possible d'embrasser notre humanité partagée et de respecter la diversité.

Avnery conclut: «En résumé: les deux conflits sont fondamentalement différents. Therefore, the methods of struggle, too, must necessarily be different.” Par conséquent, les méthodes de lutte, elle aussi, doivent nécessairement être différentes. "

Ce raisonnement est une erreur logique , tout comme c’est une erreur logique et morale que le fait d’avoir été victime d'un génocide minimise votre culpabilité dans un génocide ultérieur. On peut suspecter Avnery d’ être victime d'une conscience douloureuse et d’une dissonance cognitive. Je soutiens que les deux "conflits" (8) sont fondamentalement similaires. Fondamentalement, l'Israël et l'Afrique du Sud coloniaux,partagent ces caractéristiques: une un groupe d’outsiders racialement, culturellement et spirituellement différents ont dépossédé des peuples autochtones de leur terre par la violence et ont mis en place un système d'apartheid humiliant les autochtones et privilégiant  les occupants.

Avnery se concentre sur certains "fondamentaux" - que je considère pas comme des fondamentaux, mais comme des nuances - qu'il considère comme différents.

Pour Avnery, la solution réside dans «un plan complet et détaillé de la paix" du président US Barack Obama et dans «le pouvoir de persuasion sans réserve des USA » à conduire « vers un chemin de la paix avec la Palestine. »

Avnery se souvient bien des précédents plans de paix  appuyés par les USA, comme Oslo et la Feuille de route. Pourquoi, alors, met-il son espoir audacieux dans un Obama soucieux d’apaiser l'AIPAC ? Avnery espère-t-il que les Juifs israéliens se rendront compte que la paix avec les Palestiniens est la voie ? Le militant pacifiste vante les mérites d'une solution qui a échoué et été rejetée à plusieurs reprises. Il rejette une solution qui a marché en Afrique du Sud en raison de la sensibilité des oppresseurs.

Mais examinons la logique Avnery selon laquelle des "conflits"  fondamentalement différents exigent des formes de lutte différentes.

C’est  la lutte qui renverse l’oppression. Fondamentalement des "conflits" différents peuvent aboutir à des victoires grâce à des luttes similaires. À titre d'exemple, les révolutionnaires ont renversé une dictature soutenue par les USA à Cuba à travers la lutte armée et les révolutionnaires cubains vaincu les forces sud-africaine en Angola par la lutte armée (9).

En conclusion de son article, apparemment sûr de sa propre argumentation sur la personne qu'il juge la meilleure autorité qualifiée sur les boycotts comme outil pour surmonter l'apartheid, Avnery cite une prière de Tutu - une prière qui pourrait servir à chacun d'entre nous:

"Cher Dieu, quand je me trompe, s'il te plaît, rends-moi capable de voir mon erreur. Et si j’ai raison, s'il te plaît, rends-moi supportable la vie avec cela. "

Espérons qu’Avnery sera capable d’autant d’ humilité quand il verra son erreur.

Traduction : Fausto Giudice

ENGLISH Kim Petersen
DEUTSCH Übersetzt von Einar Schlereth

Notes

1. Voir Dinah Spritzer, “ Last chance for Holocaust restitution ? ” JTA, 30 June 2009.

2. Uri Avnery, “ Tutu's Prayer ,” Gush Shalom , 29 August 2009 et Tlaxcala, à paraître en français sur http://www.france-palestine.org/
   
3. Desmond Tutu, “ Israel: Time to Divest ,” New Internationalist magazine, January/February 200

4. Neve Gordon, «"Boycott Israel", Los Angeles Times, 20 août 2009 et Tlaxcala.

5. Gary Zatzman, “The Notion of the ‘Jewish State’ as an ‘Apartheid Regime’ is a Liberal-Zionist One,” Dissident Voice, 21 November 2005.

6. Voir Bill Keller, Tree Shaker: The Story of Nelson Mandela (Boston: Kingfisher, 2008). Mandela a voulu poursuivre une solution pacifique, non-violente de règlement, mais confronté à la violence du pouvoir d'Etat, il s'est senti obligé d'utiliser la violence comme méthode de lutte. Mandela did emphasize that this violence was not terrorism: 98. Mandela a souligné que cette violence n'est pas le terrorisme: 98.

7. ” Aim of the boycott campaign ,” Boycott Israel Now (But de la champagne de boycott, par Boycottons Israël Maintenant).

8. Le mot «conflit» minimise les atrocités infligées aux Palestiniens et aux Sud-Africains par leurs oppresseurs.

9. Isaac Saney soutient que la bataille de Cuito Cuanavale a été le «point tournant dans la lutte contre l'apartheid ». Isaac Saney, “The Story of How Cuba Helped to Free Africa,” Morning Star, 4 November 2005 (L'histoire de comment Cuba a aidé à libérer l'Afrique)

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Source : Dissident Voice -
Boycotts as a Legitimate Means of Resistance
Article original publié le 29.8.2009
Sur l’auteur
Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8527&lg=fr

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ISRAËL : LA PRIÈRE DE TUTU - UNE RÉPONSE À NEVE GORDON (par Uri Avnery)

Pas d'accord avec le boycott d'Israël

Uri_Avnery
Auteur: Uri AVNERY

Quelle est la réelle contribution du boycott de l'Afrique du Sud dans la chute de son régime raciste ? Cette semaine, j'ai eu une conversation avec Desmond Tutu à ce sujet, sujet qui me préoccupait depuis longtemps.

Personne n'est aussi qualifié que lui pour répondre à cette question. Tutu, l'archevêque anglican sud-africain et prix Nobel de la paix, était un des dirigeants de la lutte contre l'apartheid et plus tard, Président de la Commission de la vérité et de la réconciliation chargée d'enquêter sur les crimes du régime. Cette semaine, il s'est rendu en Israël avec les « Elders » (les Anciens), une organisation mise en place par Nelson Mandela, qui regroupe d'anciens dirigeants politiques du monde entier.

La question du boycott est revenue à l'ordre du jour cette semaine suite à la parution d'un article du Dr. Neve Gordon dans le Los Angeles Times (version française ici), appelant à un boycott international d'Israël. Il a donné l'exemple de l'Afrique du Sud pour montrer comment un boycott d'envergure mondiale pourrait obliger Israël, qu'il compare au régime de l'apartheid,  à mettre fin à l'occupation.

Je connais et respecte Neve Gordon depuis de nombreuses années. Avant de devenir maître de conférences à l'Université Ben Gourion à Beersheba, il a organisé plusieurs manifestations contre le mur de séparation dans la région de Jérusalem, auxquelles j'ai également pris part.

Je regrette de ne pas être d'accord avec lui cette fois-ci, que ce soit sur la ressemblance d'Israël avec l'Afrique du Sud ou sur l'efficacité d'un boycott d'Israël.

Il existe différentes opinions au sujet de la contribution du boycott dans le succès de la lutte anti-apartheid. Selon certains, il a été décisif. D'autres considèrent que son impact a été mineur. Certains pensent que c'est plutôt l'effondrement de l'Union Soviétique qui en a été le facteur décisif. Après cela, les USA et ses alliés n'avaient plus de raison de soutenir le régime en Afrique du Sud, qui était considéré jusqu'alors comme un pilier de la lutte internationale contre le communisme.

« LE BOYCOTT a eu une importance considérable », m'a dit Tutu. « Bien plus d'importance que la lutte armée. »

Rappelons que Tutu, au contraire de Mandela, était un défenseur de la lutte non-violente. Mandela aurait pu être libéré à tout moment de la prison où il s'est morfondu pendant 28 ans, si seulement il avait accepté de signer une déclaration condamnant le terrorisme. Il a toujours refusé.

« L'importance du boycott n'a pas été qu'économique, » a expliqué l'archevêque, « mais également mentale. Par exemple, les Sud-africains sont dingues de sport. Le boycott, qui empêchait leurs équipes de concourir à l'étranger, les a fortement affectés. Mais la principale conséquence est que cela leur a donné le sentiment que nous n'étions pas seuls, que le monde se souciait de nous. Cela nous a donné la force de continuer. »

Pour me montrer l'importance du boycott, il m'a raconté l'histoire suivante : en 1989, le dirigeant modéré blanc, Frederic Willem de Klerk a été élu Président d'Afrique du Sud.  Au moment d'entrer en fonction, il déclara son intention de mettre en place un régime multiracial. « Je l'ai appelé pour le féliciter et la première chose qu'il m'a dite a été : Allez vous stopper le boycott  maintenant ? »

IL ME SEMBLE que la réponse de Tutu souligne l'énorme différence entre la réalité sud-africaine de l'époque et la nôtre aujourd'hui.
La lutte en Afrique du Sud se déroulait entre une grande majorité et une petite minorité. Sur une population totale de presque 50 millions, les blancs représentaient moins de 10 %. Ce qui signifie que plus de 90 % des habitants du pays soutenaient le boycott, même s'il les affectait eux aussi.

En Israël, la situation est tout à fait inverse. Les Juifs représentent plus de 80 % des citoyens d'Israël, et constituent une majorité d'environ 60 % dans tout le pays entre la mer Méditerranée et le fleuve Jourdain. 99.9 % des Juifs s'opposent à un boycott d'Israël.

Ils ne vont pas avoir le sentiment que « le monde entier est avec nous », mais plutôt que « le monde entier est contre nous ».

En Afrique du Sud, le boycott international a aidé à renforcer la majorité et à lui donner du courage dans sa lutte. L'impact d'un boycott sur Israël aurait des conséquences totalement inverses : il pousserait une grande majorité dans les bras de l'extrême droite et créerait une attitude de forteresse contre le « monde antisémite ». (Le boycott aurait, bien entendu, un impact différent sur les Palestiniens, mais ça n'est pas l'objectif de ceux qui le défendent.)

Les gens ne sont pas les mêmes partout. Il semble que les noirs en Afrique du Sud soient très différents des Israéliens, et des Palestiniens aussi. L'effondrement du régime oppressif et raciste n'a pas mené à un bain de sang, comme on aurait pu le penser, mais au contraire : à la fondation de la Commission de vérité et réconciliation. Le pardon au lieu de la vengeance. Ceux qui se présentaient devant la Commission et reconnaissaient leurs fautes étaient graciés. C'était en accord avec la croyance chrétienne, et c'était aussi en accord avec le serment biblique juif : « Celui qui avoue et délaisse [ses fautes] obtient miséricorde. » (Proverbes 28:13).
J'ai dit à l'évêque que j'admire non seulement les dirigeants qui ont choisi cette voie mais aussi les gens qui l'ont acceptée.

Une des profondes différences qui existe entre les deux conflits concerne l'Holocauste.

Des siècles de pogroms ont gravé dans la conscience des Juifs la conviction que le monde entier cherche à les faire disparaître. Cette croyance a été renforcée au centuple par l'Holocauste. Chaque enfant juif israélien apprend à l'école que « le monde entier restait silencieux » quand six millions de juifs étaient assassinés. Cette croyance est ancrée dans les plus profonds recoins de l'âme juive. Même si elle reste latente, il est facile de la réveiller.

(C'est cette conviction qui a rendu possible le fait qu'Avigdor Lieberman, la semaine dernière, accuse la nation suédoise entière de coopérer avec les nazis, à cause d'un stupide article [sic] publié dans la presse populaire suédoise.)

Il se peut que la conviction juive que « le monde entier est contre nous » soit irrationnelle. Mais dans la vie des peuples, comme d'ailleurs dans la vie des individus, il est irrationnel d'ignorer l'irrationnel.

L'Holocauste aura un impact décisif sur tout appel au boycott d'Israël. Les dirigeants d'un régime raciste en Afrique du Sud s'associèrent ouvertement avec les nazis et furent d'ailleurs internés pour cela pendant la deuxième guerre mondiale. L'apartheid était basé sur les mêmes théories racistes qui ont inspiré Adolf Hitler. Il était facile d'amener le monde civilisé à boycotter un régime si répugnant. Les Israéliens, eux, sont considérés comme les victimes du nazisme. L'appel au boycott rappellera à beaucoup de gens dans le monde entier, le slogan nazi : « Kauft nicht bei Juden ! » - N'achetez pas chez les Juifs.

Ceci ne vaut pas pour tous les boycotts. Il y a 11 ans, le mouvement Gush Shalom, dans lequel je milite, a appelé au boycott des produits des territoires occupés. Le but était de différencier les colons du public israélien, et de montrer qu'il y a deux sortes d'Israéliens. Le boycott était conçu pour renforcer ces Israéliens qui s'opposent à l'occupation, sans qu'ils deviennent anti-israéliens ni antisémites. Depuis lors, l'Union Européenne a travaillé dur pour fermer les portes de l'UE aux produits des colons, et pratiquement personne ne l'a accusée d'antisémitisme.

UN DES principaux champs de batailles dans notre combat pour la paix est l'opinion publique israélienne. La plupart des Israéliens pensent qu'actuellement la paix est souhaitable mais impossible (à cause des Arabes bien sûr.) Nous devons les convaincre non pas, que la paix est une bonne chose pour Israël, mais qu'elle est réellement faisable.

Quand l'archevêque m'a demandé ce que nous, les militants pacifistes israéliens, espérions, je lui ai répondu : nous espérons que Barack Obama édicte un plan de paix complet et détaillé et utilise tout le pouvoir de persuasion des États-Unis d'Amérique pour convaincre les parties de l'accepter. Et nous espérons que le monde entier se ralliera derrière cette initiative. Et nous espérons que ceci aidera à remettre le mouvement de paix israélien sur pied et à convaincre notre public qu'il est possible et que ça vaut la peine de suivre le chemin de la paix avec la Palestine.

Aucune personne qui nourrit cet espoir ne peut soutenir l'appel au boycott d'Israël. Ceux qui appellent au boycott le font par désespoir. Et là se trouve l'origine du problème.

Neve Gordon et ses partenaires, dans cet effort, ont désespéré des Israéliens. Ils en sont arrivés à la conclusion qu'il n'y a aucune chance de changer l'opinion publique israélienne. Selon eux, aucun salut ne viendra de l'intérieur. On doit ignorer le public israélien et se concentrer sur une mobilisation du monde contre l’État d'Israël. (Certains pensent que, de toute façon, l'Etat d'Israël devrait être détruit et remplacé par un état binational).

Je ne partage aucune de ces opinions : pas plus le désespoir envers le peuple israélien, auquel j'appartiens, que l'espoir que le monde se lèvera et forcera Israël à changer ses manières d'agir contre sa volonté. Pour que cela arrive, il faudrait que le boycott bénéficie d'un élan mondial, que les USA  rejoignent le mouvement, que l'économie israélienne s'effondre et que le moral du public israélien soit brisé.

Combien de temps cela prendra-t-il ? Vingt ans ? Cinquante ans ? L'éternité ?

J'AI peur que ceci démontre l'erreur de diagnostic qui mène à un traitement inadéquat du problème. Je m'explique : la supposition fausse que le conflit israélo-palestinien ressemble à l'expérience sud-africaine mène à un choix erroné de stratégie.

Il est vrai que l'occupation israélienne et le système d'apartheid sud-africain ont certaines similitudes. En Cisjordanie, il existe des routes « pour les Israéliens uniquement ». Mais la politique israélienne est basée sur un conflit national et non pas sur des théories raciales. Un petit exemple pourtant significatif : en Afrique du Sud, un homme blanc et une femme noire (ou l'inverse) n'avaient pas le droit de se marier et les relations sexuelles entre blancs et noirs étaient considérées comme un crime. En Israël, il n'existe pas de tels interdits. D'un autre côté, un citoyen arabe israélien qui se marie avec une femme arabe des territoires occupés (ou inversement) ne peut pas ramener sa femme ou son époux en Israël. La raison : sauvegarder la majorité juive en Israël. Les deux cas sont condamnables, mais fondamentalement différents.

En Afrique du Sud, un accord total existait entre les deux côtés au sujet de l'unité du pays. La lutte concernait le régime. Les blancs et les noirs se considéraient tout autant sud-africains et étaient déterminés à garder le pays intact. Les blancs ne souhaitaient pas la partition, et d'ailleurs ils ne pouvaient pas la vouloir puisque leur économie était basée sur le travail des noirs.

Dans ce pays, les Juifs israéliens et les Arabes palestiniens n'ont rien en commun : pas de sentiment national commun, pas de religion commune, pas de culture commune et pas de langue commune. La grande majorité des Israéliens veulent un État juif (ou hébreu). La grande majorité des Palestiniens veulent un État palestinien (ou islamique). Israël ne dépend pas des travailleurs palestiniens ; au contraire, il pousse les Palestiniens à quitter leurs lieux de travail. A cause de tout cela, il existe aujourd'hui une unanimité internationale sur le fait que la solution se trouve dans la création d'un État palestinien à côté d'Israël.

En résumé, les deux conflits sont fondamentalement différents. Ainsi, la méthode de lutte doit aussi être nécessairement différente.

REVENONS à l'archevêque, une personne charmante qu'il est impossible de ne pas immédiatement apprécier. Il m'a dit qu'il priait souvent, et que sa prière préférée était la suivante (je cite de mémoire) :

« Mon Dieu, quand je me trompe, fais que je veuille reconnaître mon erreur. Et quand j'ai raison, fais que je ne devienne pas insupportable à vivre. »

Traduction : Isabelle Rousselot

Révision : Fausto Giudice

ENGLISH, ESPAÑOL, DEUTSCH

Lire la réponse de Kim Petersen à cet article
Les boycotts, un moyen légitime de résistance

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Source :
Tutu’s Prayer
Article original publié le 29/8/2009
Sur l’auteur
Isabelle Rousselot et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8572&lg=fr

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ISRAËL : " LES ARABES PAYENT LE PRIX DE L'HOLOCAUSTE" - Desmond Tutu

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"La leçon qu'Israël devrait tirer de l'Holocauste c’est qu'il ne pourra jamais obtenir la sécurité avec des clôtures, des murs et des fusils", a déclaré jeudi à Haaretz l'archevêque sud-africain Desmond Tutu.

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Auteur : Akiva ELDAR ò÷éáà àìãø

En commentant la déclaration du Premier ministre Benjamin Netanyahu en Allemagne jeudi affirmant que la leçon de l'Holocauste était qu’Israël devait toujours se défendre, Desmond Tutu a fait remarquer qu’«en Afrique du Sud, ils ont essayé d'obtenir la sécurité par le canon d'un fusil. Ils n'y sont jamais arrivés. Ils ont obtenu la sécurité lorsque les droits humains de tous ont été reconnus et respectés."

Le lauréat du prix Nobel s’est adressé aux journalistes de Haaretz à Jérusalem à la fin de la tournée ménée par l'organisation The Elders [«Les Sages»] en Israël et en Cisjordanie. Il a déclaré que l'Occident était dévoré par la culpabilité et les remordsenvers Israël à cause de l'Holocauste, "comme il se doit."

«Mais qui paie la pénitence? La pénitence est payée par les Arabes, par les Palestiniens. Une fois, j'ai rencontré un ambassadeur allemand qui m’a dit que l'Allemagne est coupable de deux fautes. L'une était ce qu'ils ont fait aux Juifs. Et maintenant, de la souffrance des Palestiniens".

Il a également critiqué les organisations juives aux USA, en affirmant qu'elles intimidaient toute personne qui critique l'occupation et s'empressent d'accuser ces critiques d'antisémitisme. Tutu a rappelé comment ces organisations font pression sur des universités US pour que celles-ci annulent ses interventions sur leur campus.

«C'est dommage, parce que mes propres positions sont en fait issus de la Torah. Vous savez que Dieu vous a créé à l'image de Dieu. Et nous avons un Dieu qui a toujours pris parti en faveur des opprimés».

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Tutu a également commenté l'appel lancé par le professeur de l'Université Ben-Gourion, Neve Gordon, pour appliquer des sanctions sélectives contre Israël.

"Je dis toujours aux gens que les sanctions ont été importantes dans le cas sud-africain pour plusieurs raisons. Nous avons eu un boycott sportif, et comme nous sommes un pays fou de sport, cela a touché les gens ordinaires. Cela a été l'un des instruments les plus puissants au niveau psychologique".

"Deuxièmement, il cela a réellement frappé le gouvernement sud-africain au portefeuille. Je veux dire, quand nous avons eu l'embargo sur les armes et le boycott économique."

Il dit que quand FW De Klerk est devenu président, il l’a appelé pour le féliciter. "La première chose qu'il m'a dite ce fut : " Eh bien maintenant, allez-vous appeler à la levée de sanctions?" Bien qu’ils ne cessaient de répéter, eh bien, ces choses ne nous affectent pas du tout. Ce n'était pas vrai ".

"Et une autre raison importante, c’est que cela a donné l'espoir à notre peuple que le monde se souciait de lui. Vous le savez. C’était là une forme d'identification."

Plus tôt dans la journée, Tutu et le reste de la délégation s'étaient rendus dans le village de Bil'in, où des manifestations contre le Mur de Séparation, construit en partie sur les terres du village, ont lieu chaque semaine.

«Nous avions l’habitude d’emmener nos enfants au Swaziland et nous devions passer par les postes-frontières en Afrique du Sud où nous étions confrontés au même comportement, où vous êtes à la merci d'un agent de police. Ils peuvent décider quand ils vont vous faire passer et ils peuvent vous renvoyer pour une chose sans importance. Mais d'un autre côté, nous n'avions pas de punition collective. Nous n'avons pas eu de démolitions de maisons parce que l’un des membres de la famille était suspecté d’être ou non un terroriste».

Il a déclaré que les militants de Bil'in lui rappelaient Gandhi, qui a réussi à renverser la domination britannique en Inde par des moyens non violents, et Martin Luther King, Jr., qui a défendu la lutte d'une femme noire qui était trop fatiguée pour aller à l’arrière d'un bus ségrégationniste.

Il a insisté sur sa conviction qu'aucune situation n’était désespérée, en faisant l'éloge du succès du processus de paix en Irlande du Nord. Le processus a été négocié par le sénateur George Mitchell, qui est maintenant l'envoyé spécial US au Proche-Orient.

Interrogé sur la polémique à Petah Tikva, où plusieurs écoles primaires ont refusé de recevoir des écoliers éthiopiens, Mgr Tutu a déclaré: «J'espère que votre société va évoluer."

Traduction : MG. pour ISM

Édition : Fausto Giudice

ENGLISH, DEUTSCH

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Source :
Tutu to Haaretz: Arabs paying the price of the Holocaust
Article original publié le 29/8/2009
Sur l’auteur
MG est rédactrice du site ISM, Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8541&lg=fr

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ISRAËL : BOYCOTTER ISRAËL

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Un Israélien arrive à la conclusion douloureuse que c'est le seul moyen de sauver son pays

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Auteur: Neve GORDON ðéá âåøãåï

Cet article du professeur Neve Gordon a suscité une tempête de haine en Israël, les menaces de mort alternant avec les appels à éliminer le "traître", le "virus", le "cancer" d'une manière ou d'une autre. Le ministre de l'Éducation Gideon Sa’ar  a qualifié cet article de "répugnant et lamentable". Riva Cakmi, la présidente de l'Université Ben Gourion, où Gordon enseigne, a déclaré au Jesrusalem Post que l'Université "pourrait se passer de ses services", ajoutant : “Des universitaires qui ont de tels sentiments sur leur pays, n'ont qu'à se chercher un foyer personnel et professionnel ailleurs".
Des députés de la Knesset font pression sur le ministre et la Présidente pour qu'ils licencient le professeur Gordon.

Simultanément, d'autres attaques plus "subtiles" contre Gordon sont venues du "camp pacifiste", en l'occurrence son "pape", Uri Avnery, qui, du haut de ses 81 ans, joue le rôle de chien de garde la doxa sioniste "de gauche": il faut préserver l'État juif, en le rendant plus moral. Pas question de boycotter Israël, explique-t-il dans sa dernière chronique hebdomadaire (Tutu's Prayer), car cela ne ferait que renforcer la mentalité de forteresse assiégée en Israël, où les Juifs seraient immanquablement appelés à se rappeler le boycott nazi des entreprises juives, l'Holocauste etc. et de toute façon, explique-t-il, Israël n'a rien à voir avec l'Afrique du Sud. On pourra lire ici la réponse de Kim Petersen à cette argumentation avneryenne.- FG, Tlaxcala.

Beaucoup d'Israéliens - même peaceniks - ne souscrivent pas à cette campagne, et ce n’est pas une surprise. Un boycott mondial ne peut pas empêcher des échos d'antisémitisme de retentir. Pose également la question du deux poids-deux mesures (pourquoi ne pas boycotter la Chine pour ses violations flagrantes des droits de l'homme?) et met les Israéliens en porte-à-faux : comment assumer la contradiction apparente que porterait l’appel à un boycott contre leur propre pays ?

Ce n‘est en effet pas une mince affaire pour moi en tant que citoyen israélien d’appeler des gouvernements étrangers, des autorités régionales, des mouvements sociaux internationaux, des organisations confessionnelles, des syndicats et des citoyens à suspendre leur coopération avec Israël. Mais aujourd'hui, quand je regarde mes deux garçons jouant dans la cour, je suis convaincu que c'est la seule manière de sauver Israël de lui-même.

Je dis cela parce qu'Israël a atteint un carrefour historique, et les temps de crise appellent des mesures spectaculaires. Je dis cela en tant que Juif qui a choisi d'élever ses enfants en Israël, qui a été un membre du camp israélien pour la paix depuis près de 30 ans et qui est profondément inquiet pour l'avenir du pays.

La façon la plus précise de décrire aujourd'hui Israël est de constater que c’est un État d'apartheid. Depuis plus de 42 ans, Israël contrôle les terres situées entre la vallée du Jourdain et la Méditerranée. Dans cette région résident environ 6 millions de Juifs et près de 5 millions de Palestiniens. Sur cette population, 3,5 millions de Palestiniens et près d'un demi-million de Juifs vivent dans les territoires occupés par Israël en 1967, et bien que ces deux groupes vivent dans la même région, ils sont soumis à des systèmes juridiques totalement différents. Les Palestiniens sont apatrides et sont privés de la plupart des droits les plus fondamentaux. Par contraste, tous les Juifs - qu'ils vivent dans les territoires occupés ou en Israël - sont des citoyens de l'État d'Israël.

La question qui m'empêche de dormir la nuit, à la fois comme parent et comme citoyen, est de savoir comment faire en sorte que mes deux enfants ainsi que les enfants de mes voisins palestiniens ne grandissent pas dans un régime d'apartheid.

Il n'existe que deux voies morales pour parvenir à cet objectif.

La première est la solution à un État: offrir  la citoyenneté à tous les Palestiniens et établir ainsi une démocratie binationale dans toute la zone contrôlée par Israël. Compte tenu de la démographie, cela équivaudrait à la disparition d'Israël en tant qu'Etat juif; pour la plupart des Juifs israéliens, c’est un anathème.

Le second moyen de mettre fin à notre apartheid est la solution à deux États, solution qui implique le retrait d'Israël dans les frontières d'avant 1967 (avec probablement un échange de terres 1=1), la division de Jérusalem, et la reconnaissance du droit des Palestiniens à retour avec la stipulation que seul une partie limitée des 4,5 millions de réfugiés palestiniens serait autorisé à rentrer en Israël, tandis que le reste pourrait revenir dans le nouvel État palestinien.

Géographiquement, la solution à un État paraît beaucoup plus réalisable car les Juifs et les Palestiniens sont déjà totalement intriqués ; de fait, «sur le terrain," la solution à un État (dans sa version apartheid) est une réalité.

Sur le plan idéologique, la solution à deux États est plus réaliste, parce que moins de 1% des Juifs et seule une minorité de Palestiniens soutiennent a solution binationale.

Pour l'instant, malgré les difficultés concrètes, il est plus logique de modifier les réalités géographiques que celles idéologiques. Si, à une date ultérieure les deux peuples décident de partager un État, ils peuvent le faire, mais actuellement ce n'est pas quelque chose qu'ils veulent.

Donc, si la solution à deux États est le moyen de mettre fin au régime d'apartheid, alors comment peut-on atteindre ce but?

Je suis convaincu que la pression extérieure est la seule réponse. Au cours des trois dernières décennies, le nombre de colons juifs dans les territoires occupés a considérablement augmenté. Le mythe de la Jérusalem Unie a conduit à la création d'une ville d'apartheid où les Palestiniens ne sont pas citoyens et n’ont pas accès aux services de base. Le camp de la paix israélien a progressivement fondu, de sorte qu'aujourd'hui il est presque inexistant, et la politique israélienne se déplace de plus en plus vers l'extrême droite.

Il est donc clair pour moi que la seule façon de contrer la tendance à l'apartheid en Israël est de le faire par une pression internationale massive. Les mots et les condamnations de l'administration Obama et de l'Union européenne n'ont donné aucun résultat, pas même un gel de la colonisation, encore moins une décision de se retirer des territoires occupés.

J'ai donc décidé de soutenir le mouvement pour le Boycott, le désinvestissement et les  sanctions, qui a été lancé par des militants palestiniens en juillet 2005 et a depuis recueilli un large soutien autour du globe. L'objectif est de faire en sorte qu'Israël respecte ses obligations découlant du droit international et que les Palestiniens se voient accorder le droit à l'auto-détermination.

À Bilbao, en Espagne, en 2008, une coalition d'organisations de partout dans le monde, a formulé les 10 points de la campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions destinée à faire pression sur Israël d’une «manière  graduelle et durable, qui tienne compte du contexte et des capacités." Par exemple, l'effort commence par des sanctions et un désinvestissement vis-à-vis d’entreprises israéliennes opérant dans les territoires occupés, suivis par des actions contre ceux qui aident à maintenir et à renforcer l'occupation d'une manière visible. Dans le même esprit, les artistes qui viennent en Israël afin d'attirer l'attention sur l'occupation sont les bienvenus, tandis que ceux qui veulent juste donner un spectacle ne le sont pas.

Mettre une forte pression internationale sur Israël est la seule façon de garantir que la prochaine génération d'Israéliens et Palestiniens – y compris mes deux garçons - ne grandissent pas dans un régime d'apartheid.

Traduction : Fausto Giudice

ENGLISH, DEUTSCH

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Source : The Los Angeles Times -
Boycott Israel
Article original publié le 20/8/2009
Sur l’auteur
Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
URL de cet article sur Tlaxcala :
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28 août 2009

PALESTINE : "MAMAN N'A JAMAIS CESSÉ DE SOUFFRIR ET DE SE POSER DES QUESTIONS" - Polémique israélo-suédoise

visite à la famille de Bilal Ahmed Ghanem, tué par des soldats israéliens en mai 1992

Retour sur les lieux de l’affaire qui a déclenché la polémique israélo-suédoise

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Auteur: Oisín CANTWELL

Bilal Ahmed Ghanem, 19 ans, avait été abattu par des soldats israéliens.
Sa famille pense que les organes du garçon ont été volés.

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Saadega Ghanem sur la tombe de son fils Bilal au cimetière des martyrs du village.

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Saadega Ghanem dit que le souvenir du jour de la mort de son fils n’a jamais cessé de la hanter.

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La famille n’a pas reçu –elle n’en a pas non plus demandé – de réponses des autorités israéliennes sur ce qui s’est vraiment passé avec le corps de Bilal. Jalal pense que les organes de son frère ont été volés.

Photos : URBAN ANDERSSON

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Les reporters d’Aftonbaldet Oisín Cantwell et  Urban Andersson

Les reporters d’ Aftonbladet Oisín Cantwell et Urban Andersson sont retournés à l’endroit où tout a commencé. Les événements d’il ya dix-sept ans ont conduit à la polémique actuelle entre Israël et la Suède.

Dans le petit village d’Imatten en Cisjordanie, des soldats israéliens avaient abattu, le  13 mai 1992, le jeune Palestinien Bilal Ahme Ghanem. Quelques jours plus tard, le corps fut restitué à la famille. Il avait été ouvert et recousu de la gorge au ventre.
La photo du corps de Bilal a été publiée par Aftonbladet le 17 août dernier, pour illustrer l’article controversé de Donald Boström sur le vol d’organes par les Israéliens.

CISJORDANIE. La douleur dans les épaules ne veut pas disparaître.

Saadega Ghanem a eu mal depuis le jour où, il ya dix-sept ans, des soldats israéliens ont abattu son fils. Elle est vieille maintenant et a abandonné depuis longtemps tout espoir de savoir ce qu’ils ont fait avec son corps après l’avoir tué et emporté.

Nous sommes en début de matinée à Imatten, village-fantôme dans le nord-ouest de la Cisjordanie, qui compte environ 2000 habitants, avec un chômage frôlant les 100% et presque pas de boutiques, et il fait déjà presque 30° à l’ombre.

Jalal Ahmed Ghanem a 32 ans ùmmais a l’air d’en avoir dix de plus. Nous sommes assis devant sa petite maison blanche toute simple. Il raconte que quelques journalistes arabes ont téléphoné ces derniers jours pour l’interroger sur son frère Bilal.

Les blessures se rouvrent, dit-il.

– Ça me rend triste. Ça rend ma mère triste.

Il n’est que très vaguement au courant de la crise diplomatique bizarre entre Israël et la Suède déclenchée par les circonstances étranges de la mort de son frère il y a dix-sept ans.

13 mai 1992. Beaucoup d’années se sont passées depuis. Jalal Ahmed Ghanem n’avait alors que 15 ans, mais ses souvenirs de ce jour-là sont précis.

Bilal, son aîné de 4 ans, était, depuis ans, ”pourchassé par les Israéliens parce qu’il défendait son pays”.

En d’autres termes: Bilal Ahmed Ghanem était recherché car il était suspecté d’avoir été un des protagonistes de l’intifada des pierres à la fin des années 1980.

– Il savait qu’il serait tué si les soldats israéliens mettaient la main sur lui. Donc il se planquait.

Bilal Ahmed Ghanem  se cachait dans la montagne. Parfois, il était hébergé par des voisins du village. Après la tombée de la nuit, il se risquait parfois à se glisser chez sa famille.

Personne ne sait pourquoi le garçon  s’est pointé juste ce jour-là, en plein jour, devant la maison familiale.

– Je l’ai demandé à ses amis, mais personne ne le sait, dit Jalal.

C’était la fin de l’après-midi, et soudain on a entendu plusieurs coups de feu. La famille s’est précipitée à l’extérieur.

Des voisins qui ont tout vu racontent la suite.

Bilal n’était qu’à 50 mètres de chez lui lorsque plusieurs hommes en civil qui s’avèreront être des soldats israéliens se sont mis à crier:  ”Bilal, Bilal”.

– Quand il s’est retourné, ils ont su que c’était bien lui.

Quelques soldats en embuscade dans une maison abandonné ont alors ouvert le feu. La première balle a atteint Bilal à la poitrine. La suivante à la jambe.

– On pense qu’il était encore vivant après les coups de feu.

Une petite vieille dans une robe défraîchie sort et vient s’asseoir sous l’olivier.

Saadega Ghanem parle à voix basse, en gardant les yeux baissés. Elle dit qu’elle pense avoir 75 ans.

Elle est aussi s’est précipitée à l’extérieur quand elle a entendu les coups de feu.

– Ils tenaient mon fils par les pieds et ils rigolaient. Ils m’ont forcée à le regarder. Il saignait de partout. Puis ils l’ont traîné sur les marches de l’escalier menant à la maison où ils s’étaient planqués.

Elle se cache le visage dans les mains. Puis sèche ses larmes et poursuit.

– Cet après-midi n’a cessé de me poursuivre. C’est là que j’ai commencé à avoir mal aux épaules. Je n’ai pas cessé d’avoir mal depuis ce jour-là.

– Ils auraient pu interpeller mon fils sans le tuer. Mais ça n’’était pas ce qu’ils voulaient.

Les gens ont commencé à se rassembler autour de la maison où se trouvaient les soldats. Ceux-ci ont appelé des renforts. Puis ils ont emporté le corps vers un hélicoptère militaire qui se trouvait à la lisière du village et l’ont transporté en Israël.

La famille ne sait toujours pas pourquoi.

Quelques jours plus tard l’armée s’est manifestée et a dit qu’elle voulait être payée pour rendre le corps de Bilal : 5 000 shekel, presque 10 000 couronnes [=1000 €], une somme inimaginable pour des gens aussi pauvres.

– Ils ont dit que le transport en hélicoptère avait coûté cher. Mais pourquoi faut-il qu’on les paye pour récupérer nos morts, puisque ce sont eux qui les ont tués.

Jalal veut nous montrer la tombe de son frère. Nous descendons des pentes raides, passant devant des maisons aux fenêtres cassées, des vélos rouillés et des chèvres attachées.

Des vieillards édentés sont assis dans l’entrée de leurs maisons et hochent amicalement de la tête sur notre passage, les rues sont vides et poussiéreuses.

Saadega Ghanem ne marche plus très bien, on la conduit donc en voiture au petit cimetière de martyrs hors du village où reposent  Bilal Ahmed Ghanem et deux autres jeunes Palestiniens tués par balles.

Elle raconte que les soldats sont revenus avec le corps de son fils presque une semaine après l’avoir abattu.

C’était au milieu de la nuit et les soldats avaient interrompu l’alimentation en électricité du village, dont les habitants se déplaçaient dans l’obscurité.

L’ambiance était tendue, le petit village allait recevoir son premier martyr. Les soldats étaient nerveux.

– Bilal était dans un sac noir. Il n’avait plus de dents. Le corps avait été ouvert de la gorge jusqu’au ventre. Et puis mal recousu comme s’il n’était qu’un sac.

La famille a demandé ce qui était arrivé au corps. Les soldats ont haussé les épaules et ont répondu que le garçon avait été autopsié à  Tel Aviv.

Quelques hommes dans le village ont reçu l’ordre de creuser une tombe. Seuls 9 personnes ont été autorisées à assister à l’enterrement.

Des journalistes occidentaux basés à Jérusalem avaient reçu le tuyau sur l’enterrement et sont arrivés avec leurs caméras et microphones. Ils s’attendaient peut-être à une émeute, avec jets de pierres et coups de feu.

– Les Israéliens ont essayé de saisir les caméras. Ils ont crié aux photographes qu’ils n’avaient pas le droit de prendre des photos, dit Jalal.

Les journalistes n’ont pas non plus été autorisés à voir le corps.

Quand l’aube est arrivée, les soldats ont quitté le village, laissant une famille à ses questions sans réponses.

Jalal pense que les organes de son frère ont été volés.

– Toute la cage thoracique et l’estomac étaient enfoncés, comme s’ils étaient vides.

– Et pourquoi l’ont ils emmené en Israël ? Ils n’ont pas coutume d’emporter les gens qu’ils ont abattus.

Il ne croit pas que le corps a été autopsié.

– Pourquoi l’auraient-ils fait ? Ils savaient déjà de quoi il était mort.

As-tu des preuves que les  organes ont été volés ?

– Non, je n’en ai pas. Mais j’ai rencontré d’autres gens qui avaient le même genre d’histoires à raconter sur un de leurs parents. Nous avons entendu beaucoup d’histoires similaires.

Nous retournons, en remontant les pentes, vers la petite maison blanche que la maison possède depuis des temps immémoriaux.

C’est ici que Jalal a grandi avec deux frères et cinq sœurs. Il y habite maintenant avec sa femme et leurs deux filles. Et sa maman.

– Je n’ai jamais arrêté de penser à ce qui était arrivé à mon frère. On s’est cassé la tête et posé des questions. Mais nous ne saurons jamais la vérité.

La famille n’a jamais exigé des réponses des autorités israéliennes. Ils disent que ça ne vaut pas la peine de chercher noise. On a dépassé les 30° maintenant et la vieille femme se retire pour aller se reposer et notre interprète essuie la sueur sur son front.

Jalal a de grands yeux tristes; il explique que c’est le premier jour du Ramadan et qu’il ne peut donc pas offrir de thé. Soudain ses yeux s’éclairent:

– J’ai mes souvenirs ! Personne ne peut me les prendre. Je me rappelle de comment Bilal jouait avec moi, de tout ce qu’on faisait ensemble. Le temps que nous passions ensemble.

Il dit que la vie quand même continué. Il a grandi, a rencontré une femme, a fondé une famille.

– ça a été pire pour ma Maman. Elle n’a jamais arrêté de souffrir et de se poser des questions.

Lisez l'article de Donald Boström par lequel le "scandale" est arrivé

Traduction : Fausto Giudice

SVENSKA

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Source : Aftonbladet-”Mamma har aldrig slutat lida, aldrig slutat undra
Article original publié le 23 août 2009
Sur l’auteur
Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8493&lg=fr

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02 juillet 2009

ISRAËL ATTAQUE UN BATEAU EN MISSION HUMANITAIRE POUR LA PALESTINE

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Free Gaza. org

ISRAËL ATTAQUE UN BATEAU EN MISSION DE DÉFENSE DES DROITS HUMAINS, KIDNAPPE LES MILITANTS DES DROITS HUMAINS ET CONFISQUE MÉDICAMENTS, JOUETS ET OLIVIERS

[23 miles nautiques de la côte de Gaza, 15h30] - Aujourd'hui les forces israéliennes d'occupation ont attaqué et sont montés à bord du bateau du Free Gaza Movement, le SPIRIT OF HUMANITY, et ont kidnappé 21 militants des droits humains de 11 pays, parmi lesquels, Mairead Maguire, Prix Nobel de la paix et Cynthia McKinney, l'ancienne membre du Congrès américain (voir ci-dessous pour une liste complète des passagers). Les passagers et l'équipage ont été emmenés de force vers Israël.

"C'est une violation scandaleuse de la loi internationale contre nous. Notre bateau n'était pas dans les eaux israéliennes et nous étions en mission pour les droits humains vers la Bande de Gaza" a dit Cynthia McKinney, une ancienne membre du Congrès américain. "Le président Obama a dit récemment à Israël de laisser entrer les aides humanitaires et les matériaux pour la reconstruction et c'est exactement ce que nous avons essayé de faire. Nous demandons à la communauté internationale d'exiger notre libération pour que nous puissions reprendre notre traversée."

D'après un rapport du Comité International de la Croix-Rouge publié hier, les palestiniens vivant à Gaza sont "bloqués dans le désespoir". Des milliers de gazaouis, dont les maisons ont été détruites lors du massacre israélien de décembre/janvier, sont toujours sans abris malgré les promesses d'aide de 4,5 milliards de dollars car Israël refuse toujours de permettre l'entrée de ciment et d'autres matériaux de construction dans la Bande de Gaza. Le rapport dit aussi que les hôpitaux luttent pour subvenir aux besoins de leurs patients à cause des empêchements par Israël de l’apport del'aide médicale.

"L'aide que nous transportions est un symbole d'espoir pour les gens de Gaza, l'espoir que la voie maritime leur sera ouverte pour le transport de leurs propres matériaux pour commencer la reconstruction des écoles, des hôpitaux et des milliers de maisons détruites pendant la tuerie de l"Opération Plomb Durci". Notre mission est un geste vers les gazaouis pour leur dire que nous sommes à leurs côtés et qu'ils ne sont pas tous seuls," a dit Mairead Maguire, passagère du Spirit of Humanity, Prix Nobel de la Paix pour son travail en Irlande du Nord.

Juste avant d'être kidnappée par Israël, Huwaida Arraf, présidente du Free Gaza Movement et coordinatrice de la délégation pour cette traversée, a déclaré que "Personne ne peut raisonnablement croire que notre petit bateau constitue une menace pour Israël. Nous transportons de l'aide médicale, des matériaux pour la reconstruction et des jouets pour les enfants. Parmi nos passagers, se trouvent une Prix Nobel de la Paix, et une ancienne membre du Congrès américain. Notre bateau a été fouillé et a reçu un certificat de sécurité par les Autorités Portuaire Chypriotes avant le départ et à aucun moment nous n'avons approché les eaux israéliennes".

Huwaida Arraf poursuit, "L'attaque délibérée et préméditée d'Israël contre notre bateau non-armé est en violation flagrante de la loi internationale et nous demandons notre libération immédiate et inconditionnelle".

Auteur : Free Gaza Team

Traduction et plus d’information : Greta Berlin (EN/FR)
Tel: +357 99 081 767
E.mail:
friends@freegaza.org

ENGLISH

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Source :
ISRAËL ATTAQUE UN BATEAU EN MISSION DE DÉFENSE DES DROITS HUMAINS
Article publié le 30 juin 2009 par FreeGaza
URL de l’article sur Free Gaza : http://freegaza.org/fr/accueil/infos-sur-la-hope-fleet/976-israel-attacks-justice-boat-kidnaps-human-rights-workers-confiscates-medicine-toys-and-olive-trees

CE QUE VOUS POUVEZ FAIRE!

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Le Ministère israélien de la Justice
tel: +972 2646 6666 ou +972 2646 6340
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tel: +972 2530 3111
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Mark Regev aux bureaux du Premier Ministre
tel: +972 5 0620 3264 or +972 2670 5354
mark.regev@it.pmo.gov.il

Le comité international de la Croix-Rouge pour demander leur aide pour assurer le bien-être des travailleurs des droits humains et pour l'aider pour obtenir leur liberté.

La Croix-Rouge israélienne

tel: +972 3524 5286
fax: +972 3527 0370
tel_aviv.tel@icrc.org

La Croix-Rouge suisse
tel: +41 22 730 3443
fax: +41 22 734 8280

La Croix-Rouge des USA
tel: +1 212 599 6021
fax: +1 212 599 6009

La Croix-Rouge française
tel: +33 (0)1 44 43 11 00
fax: +33 (0)1 44 43 11 01

Parmi les passagers kidnappés du Spirit of Humanity se trouvent:

Khalad Abdelkader, Bahreïn
Khalad est ingénieur et représente la Islamic Charitable Association de Bahreïn.

Othman Abufalah, Jordanie
Othman est un journaliste renommé d'Al Jazeera TV.

Khaled Al-Shenoo, Bahreïn
Khaled est professeur à l'Université de Bahreïn.

Fatima Al-Attawi, Bahreïn
Fatima est une travailleuse humanitaire et militante communautaire.

Juhaina Alqaed, Bahreïn
Juhaina est journaliste et militante des droits humains.

Huwaida Arraf, USA
Huwaida est Présidente du Free Gaza Movement et coordinatrice de la délégation pour ce voyage.

Ishmahil Blagrove, Royaume Uni
Ishmahil, né en Jamaique, est journaliste et réalisateur de documentaires. Il a crée la boîte de production, Rice & Peas. Ses documentaires se concentrent sur les luttes internationales pour la justice sociale.

Kaltham Ghloom, Bahreïn
Kaltham est militante communautaire.

Derek Graham, Irlande
Derek est électricien, organisateur du Free Gaza Movement et second à bord du Spirit of Humanity.

Alex Harrison, Royaume Uni
Alex est une militante de la solidarité en Grande-Bretagne. Elle voyage à Gaza pour un travail, à long terme, de suivi de la situation en matière des droits humains.

Denis Healey, Royaume Uni
Denis est le Capitaine du Spirit of Humanity. Celui-ci est son cinquième voyage à Gaza.

Fathi Jaouadi, Royaume Uni/Tunisie
Fathi est un journaliste britannique, organisateur du Free Gaza Movement et coordinateur de ce voyage.

Mairead Maguire, Irlande
Mairead, Prix Nobel de la paix, est une militante pacifiste connue.

Lubna Masarwa, Palestine/Israël
Lubna est une militante palestinienne des droits humains et organisatrice du Free Gaza Movement.

Theresa McDermott, Écosse
Theresa est militante de la solidarité. Elle voyage à Gaza pour un travail, sur le long terme, de suivi de la situation en matière des droits humains.

Cynthia McKinney, USA
Cynthia McKinney est une avocate acharnée des droits humains et de la justice sociale, ainsi qu'une ancienne membre du Congrès américain et candidate à la présidentielle.

Adnan Mormesh, Royaume Uni
Adnan est un militant de la solidarité. Il voyage à Gaza pour un travail, sur le long terme, de suivi de la situation en matière des droits humains.

Adam Qvist, Denmark
Adam est un militant de la solidarité. Il voyage à Gaza pour un travail de suivi de la situation en matière des droits humains.

Adam Shapiro, USA
Adam est réalisateur de documentaires et militant des droits humains.

Kathy Sheetz, USA
Kathy est infirmière et réalisatrice. Elle voyage à Gaza pour un travail de suivi de la situation en matière des droits humains.

Free Gaza. org

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30 juin 2009

IRAK : DES FLEURS POUR ABEER

Hommage à une jeune Irakienne victime de l'impérialisme US et des collabos arabes

abeer

Ô, Arabes ! , de Kathim Al-Sahir
   
Frère arabe
Je suis déconcerté
Comment l'épée des révolutionnaires a-t-elle pu se transformer en bâton?
Comment la langue arabe a-t-elle pu dégénérer en langue de bois ?
Ô, peuple à moi ! Ô, Irak
Même pendant le pire des désastres, jamais nous n’avons vendu les arabes
Salut, frères

Salut, amis
La vérité est l'antidote des larmes
Nous n'avons ni pain ni médicaments
Nous sommes affamés et blessés
Mais nous portons nos blessures avec la patience des prophètes
Grâce à Dieu

Qui nous a donné la patience en ces temps d'hypocrisie
Béni soit-tu pour toujours
Informez les Nations Unies, elles pourraient m'entendre avec leur nouveau radar. Peut-être détecteraient-elles l'amour
Et la voix de mon père lorsqu’il prie :

Dieu est grand, Dieu est grand, Dieu est grand
Et la voix de ma mère lorsqu’elle prie :

Dieu est grand, Dieu est grand, Dieu est grand
Et il pourrait entrer dans l'école

Et envelopper la voix de mon fils quand il chante :

Ô, Mohamed! Ô, Christ !
Où est l'humanité dans la nouvelle langue de l'univers ?
Le sang des enfants d'Irak est dans la tombe d’al-Amiriya [1]
Dormez en paix, mes bien-aimés
Contre un inconnu qui observe les juges de l'arabisme
Si nous demandions à l'UNICEF les documents de la cause, nous verrions que la justice est un chèque bancaire
Dormez en paix, mes bien-aimés

Note :

1) Dans la nuit du 13 février 1991, la force aérienne US a lancé deux missiles contre le refuge d'al-Amiriya. C'était le vingtième huitième jour de la guerre, alors qu’il restait encore 16 jours jusqu'à la date de la fin du cessez-le-feu. 403 personnes, dont 142 mineurs de dix ans sont mortes lors l'attaque. Le refuge abritait chaque nuit des familles irakiennes du quartier, mais aussi d’autres familles jordaniennes, syriennes et égyptiennes. En cet hiver froid de la guerre, dans une ville sans approvisionnement depuis presqu'un mois, ces familles venaient chercher dans ces abris, de la chaleur, de la lumière et de l’eau potable plus encore qu’une protection contre les bombardements alliés. Un premier missile perforant avait traversé le plafond au seul point vulnérable de la construction, son système de ventilation, dont la position précise avait été fournie à l'aviation US par l'entreprise finlandaise qui avait construit le refuge quelques années en arrière. Un instant plus tard, un second missile pénétrait par la brèche ouverte par le premier, produisant une boule de feu de 4.000 degrés brûlant ses occupants, et ne laissant de la majorité d’entre eux seulement leur silhouette imprégnée par la chaleur sur les plafonds et contre les murs - comme à Hiroshima et à Nagasaki –. [Voir l’article complet à : http://www.nodo50.org/csca/iraq/al-amiriya/al-amiriya.html ]

Voir aussi Alba Rico, Santiago, Iraq, un cuento para niños (Irak, un conte pour enfants). Un texte édifiant sur l’horreur de l'attaque d'al-Amiriya, disponible à : http://www.nodo50.org/csca/iraq/alba_26-02-02.pdf

Traduction: Esteban

ENGLISH, ESPAÑOL, ITALIANO
Saja, Ana Atienza, Mary Rizzo

***************
Saja, Ana Atienza, Mary Rizzo et Esteban font partie de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
URLTlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/detail_artistes.asp?lg=&reference=331

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ISRAËL : ARRÊTÉS PAR L'APARTHEID

La ligne droite qui va de Soweto à Gaza

Henning_Mankell
Auteur : Henning MANKELL

Israël, en mai 2009

Cette année, à la fin du mois de mai je me suis rendu en Israël et en Palestine. J'y suis allé avec une délégation d’écrivains qui représentaient plusieurs continents. Nous devions participer à une conférence littéraire palestinienne. L’inauguration était prévue au Théâtre National Palestinien de Jérusalem. Mais juste au moment où nous allions nous réunir, des soldats et des policiers israéliens bien armés sont arrivés et nous ont dit qu'ils venaient nous en empêcher. Nous leur avons demandé quelle était la raison. Leur réponse fut celle-ci: « Vous êtes un risque pour la sécurité ».

Évidemment, prétendre qu'à cet instant-là nous étions une menace pour la sécurité d'Israël n'avait aucun sens. Mais, en même temps, ils avaient raison quelque part. Quiconque vient en Israël pour dire ce qu'il pense de l'oppression israélienne contre le peuple palestinien constitue une menace. Ce n’est pas plus étrange que la menace que moi et de milliers d’autres constituions dans le temps pour le système d'apartheid en Afrique du Sud. Les mots sont dangereux.

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Henning Mankell au festival de littérature palestinienne qui a eu lieu du 23 au 28 mai 2009.
Photo Raoof Haj Yahia


C’est aussi ce que j’ai dit lorsque les organisateurs de l'événement ont pu obtenir le transfert de l’inauguration au Centre culturel français, qui a bien voulu nous accueillir :

« Ce qui se passe ici aujourd’hui est une copie exacte du méprisable système d'apartheid qui traitait les Africains et les gens de couleur comme des citoyens de seconde classe sur leur propre terre. Mais n'oublions pas que ce système d’apartheid n'existe plus maintenant. Au début des années quatre-vingt-dix la force des êtres humains l’a envoyé dans les poubelles de l’histoire. Il y a une ligne directe qui unit Soweto et Sharpeville avec les derniers événements à Gaza ».

Au cours des trois jours suivants nous avons visité Hébron, Bethléem, Jénine et Ramallah. Un jour nous sommes allés nous promener dans les montagnes avec l'écrivain palestinien Raja Shebadeh, qui nous a montré comment les colonies israéliennes se multiplient, confisquant la terre palestinienne, détruisant des routes et en construisant d’autres réservés aux seuls colons. Le harcèlement n'a pas tardé aux postes de contrôle. Il va sans dire que pour ma femme Eva et moi cela a été beaucoup plus facile de les passer. Mais pour les personnes de la délégation qui avaient un passeport syrien ou qui étaient d'origine palestinienne, le passage à été plus difficile. Ils devaient décharger leur valise de l'autobus, la déballer, la recharger, pour à nouveau la décharger…

2_sc_ne_de_la_vie_quotidienne
Scène de la vie quotidienne à Hébron.
Poto: AP

Mais même en enfer il y a des degrés. Le pire, c’est Hébron: au milieu d'une ville de 40.000 palestiniens, 400 colons juifs vivent dans une partie du centre-ville qu’ils ont confisqué. Ils sont brutaux, ils n’hésitent pas à agresser leurs voisins palestiniens à tout moment. Pourquoi ne pas leur pisser sur la tête par la fenêtre lorsqu’ils passent dans la rue ? Nous avons vu un documentaire, entre autres, dans lequel des femmes colons et leurs enfants donnaient des coups de pieds et frappaient des femmes palestiniennes sans que les militaires interviennent. C’est la raison pour laquelle, à Hébron, il y a des gens qui, au nom de la solidarité, accompagnent volontairement les enfants palestiniens de leur maison jusqu’à l'école et les ramènent ensuite à leur maison. Ces 400 colons sont protégés vingt-quatre heures sur vingt quatre et sept jours sur sept par 1500 soldats israéliens. Chaque colon a quatre ou cinq gardes du corps. De plus, les colons sont autorisés à porter des armes. Lorsque nous avons visité un des pires carrefours d’Hébron, un colon très agressif nous a filmés. S'il apercevait quelque signe palestinien - un bracelet ou un pin’s- Il courait immédiatement en informer les soldats.

Il est bien évident que, rien de ce que avons vécu durant ces jours ne pourrait être comparé avec la situation vécue par les Palestiniens. Nous les avons rencontrés dans des taxis et dans la rue, dans des séances de lecture, dans des universités et dans des théâtres. Nous avons parlé avec eux et pu entendre les abus auxquels ils étaient soumis.

Qu’y a t-il- de surprenant si certains d’entre eux, désespérés, décident de devenir des kamikazes puisqu’ils ne voient aucune autre issue ? On peut le comprendre. Le plus surprenant c’est qu'il n'y en ait pas davantage qui prennent cette décision.

Le mur qui aujourd’hui divise le pays, empêchera de futures attaques à court terme. Mais c’est une preuve trop claire de l’exaspération du pouvoir militaire israélien. Au final, il aura le même sort que le mur qui divisait Berlin.

La situation dont j'ai été témoin pendant le voyage est très claire : l’État d’ Israël dans sa forme actuelle na aucun avenir. En outre, ceux qui propagent la solution de deux États sont dans l’erreur.

En 1948, année de ma naissance, l'État d'Israël a proclamé son indépendance sur des territoires occupés. Il n’y a aucune raison pour affirmer que ce fut un acte légitime du point de vue du droit International. On a simplement occupé le territoire palestinien. Et le territoire qu'ils occupent n'a pas cessé de s’étendre, après la guerre de 1967 et, aujourd’hui, par l’extension constante des colonies. De temps en temps on démantèle une de ces colonies pour la galerie. Mais elle est immédiatement installée ailleurs. La solution de deux États ne signifie pas que l'occupation historique sera terminée.

Israël finira de la même manière que l'Afrique du Sud de l'apartheid. La seule question qui reste à élucider est si les Israéliens seront capables d'écouter la voix de la raison et d'accepter volontairement le démantèlement de l'État de l'apartheid ou s’il faudra le leur imposer.

Personne ne peut dire quand cela arrivera. Le soulèvement final commencera de l'intérieur. Mais des changements politiques inopinés en Syrie ou en Égypte pourront y contribuer.

Il faut aussi tenir compte que, dans très peu de temps, l’Usamérique ne pourra plus payer cette monstrueuse machine de guerre qui empêche que les enfants grandissent en liberté et qui les pousse à lancer des pierres.

Quand ces changements auront lieu, chaque Israélien, homme ou femme, devra décider s'il est préparé pour renoncer à ses privilèges et à vivre dans un État palestinien. Je n'ai été témoin d'aucun antisémitisme pendant le voyage, seulement d’une haine parfaitement normale contre les occupants. Il est vital de maintenir cette distinction.

Le dernier soir nous avions l'intention de clôturer l'événement de la même façon dont nous l’avions commencé à Jérusalem. Mais le théâtre a été fermé de nouveau par les militaires et l’événement a dû se dérouler ailleurs.

L'État d'Israël ne peut s’attendre qu’à une défaite, c’est le destin de toute puissance occupante.

Les Israéliens détruisent des vies, mais ils ne peuvent pas détruire des rêves. La chute de ce méprisable système d'apartheid est la seule solution pensable puisque nécessaire.

La question n’est donc pas si mais quand elle aura lieu. Et de quelle façon.

Traduction : Esteban

Révision : Fausto Giudice

SVENSKA, DEUSTCH, ESPAÑOL, ENGLISH

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Source :
Aftonbladet- Stoppad av apartheid
Article original publié le 2/6/2009
Sur l’auteur
Esteban et Fausto Giudice rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste sont tous deux sont membres de Tlaxcala.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=7972&lg=fr

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