LE TACLE

LA CONSCIENCE VAUT MILLE TÉMOINS

11 novembre 2009

LE PARAGUAY SUR LA CORDE RAIDE

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Auteur: Guillermo F. PARODI

Il y a eu beaucoup d'informations relatives au procès politique de Lugo, et même au coup d'État planifié contre le président. Tout est vrai. Il y a eu une intention de procès politique et il y a eu l’intention d’une tentative de coup de d'État [1].

La première intention est simple à démontrer car elle avait été publiée dans tous les quotidiens « désinformateurs » du Paraguay. La deuxième est plus délicate, car c’est seulement un quotidien avec des journalistes professionnels sérieux, qui avait vendu la mèche. Lugo avait appris que certains hommes politiques s’étaient entretenus avec les chefs militaires – c’est cette information-là, l’information clé de Última Hora, et de fait elle a décapité les trois forces [2].

Il faut analyser avec minutie la réalité paraguayenne pour pouvoir rendre un diagnostic approprié.

Autant les services vénézuéliens que paraguayens avaient détecté les signes de l'intention de faire dégager Lugo de la scène latino-américaine. Le reste ne sont que des détails. Procès politique ou coup d’État renfermaient la même intention.

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- Mince! Mon sac s'est déchiré !
- Ça doit être un de ces sacs putschistes qui ne servent à rien
Nicodemus Espinosa, 6 novembre 2009

Aujourd'hui Notre Amérique est attaquée comme l’ont été les pays arabes avec l'insertion d'une enclave perverse et puissante. Au Moyen-Orient c’est Israël, en Amérique du Sud la Colombie semble devoir jouer ce rôle. Les gouvernements marionnettes arabes ont leurs équivalents tels le Mexique, le Pérou, le Panama et jusqu'à un certain temps le Honduras. Le Paraguay devait être un autre Honduras.

Mais au Paraguay la stratégie a échoué, ça n’a pas été un nouveau Honduras et encore moins une nouvelle Colombie. Le Paraguay est encore indemne.

Non pas que nous devions chanter des louanges à Lugo, car soyons honnêtes : Lugo nous a trompés. Lugo a gardé les caractéristiques de l’évêque qu’il a été. Lugo applique le Sermon de la Montagne : ne résistez pas à celui qui est mauvais (…), il pense qu'il faut pardonner à celui qui est méchant, qu’il faut tendre l'autre joue, pendant que le pays se délite, au lieu de mettre le méchant en prison. Saramago*, lui, a osé juger plus fermement, et a été plus exigeant dans son dernier roman Caïn.

Que les corrompus de son gouvernement et ceux des précédents rendent ce qu’ils ont volé. Et cela devant les caméras de télévision. Qu’ils soient enfermés un seul jour dans une cage dans un parc zoologique, pour que les citoyens honnêtes puissent leur balancer des œufs et de temps à autre une bonne pierre. C’est seulement ainsi qu’il aura un grand soutien populaire comme celui qu'il avait eu pour son élection, car en ce moment, ce n’est pas le cas, avant il représentait l’imaginaire social (au sens de Cornelius Castoriadis) que tous les Paraguayens avaient développé dans leur esprit.

En résumé, il est vrai que l'intention de coup d’État, militaire ou civil, a existé et il reste toujours présent dans les esprits de beaucoup d’hommes politiques, de chefs d'entreprise de droite et de partis politiques traditionnels, bien que Lugo soit parvenu à déjouer l'agression. Mais pour résister dans le temps, Lugo doit être ferme. Lugo doit laisser de côté son image d'évêque, être pour la première fois, et jusqu'à la fin de son mandat, le président de tous les Paraguayens et gouverner par la loi, comme il avait promis le jour de son élection.

Notes:

[1] Matilde Sosa. Un coup d'État se prépare-t-il au Paraguay ? 
[2] Lugo barre cúpula militar tras hablar de bolsones golpistas

*José Saramago, écrivain portugais né le 16 novembre 1922 à Azinhaga (Portugal), prix Nobel de littérature en 1998, à publié le 17 octobre un nouvel ouvrage « Caïn ». Il avait déjà fait scandale avec « L'Évangile selon Jésus-Christ », Il soulèvera de nouveau un tollé de protestation dans le cercle de l’Église avec « Caïn »dans lequel il explique « Caïn, qui a effectivement tué son frère [Abel], mais qui pour moi ne peut être vu comme une sorte de personnification du mal », ajoutant « Au fond, c'est Dieu le vrai responsable. Dieu, qui devrait respecter l'un et l'autre, chacun dans son travail, a méprisé l'un et mis en valeur l'autre. L'attitude de Dieu est impardonnable ». Source : Actua-litté

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"Le Président Lugo a assuré que jusqu'en 2013, personne ne le ferait sortir du Palais López"
- Même pas pour se baigner ?
Nicodemus Espinosa, 5 novembre 2009

Traduction : Esteban

Révision : Fausto Giudice

ESPAÑOL

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Source : Paraguay en la cuerda floja
Article original publié le 8 novembre 2009
Sur l’auteur
Cet article, sur Tlaxcala le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.

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06 novembre 2009

PARAGUAY : UN COUP D'ÉTAT SE PRÉPARE-T-IL AU PARAGUAY ?

Mémoires de l'eau

Matilde_Sosa
Auteure : Matilde SOSA

« En ce moment, un coup d'État politique et militaire est en préparation au Paraguay, fomenté par le Congrès d'extrême-droite, à travers une mise en accusation du président Fernando Lugo de violer la Constitution et d’entreprendre rien de plus que la bataille contre la pauvreté qu'ils interprètent comme étant une lutte de classes » : c’est ce qu’a déclaré Carolus Wimmer, vicePprésident du groupe vénézuélien au Parlement latino-américain, à l'Agencia Bolivariana de Noticias.

Selon certaines versions de la presse paraguayenne, le président de la Commission des Affaires Constitutionnelles du Sénat, Hugo Estigarribia, qualifie d’« irresponsables » ces déclarations faites par le député vénézuélien. Selon le sénateur paraguayen les appréciations du Vénézuélien sont « très loin de la réalité » car si l’on se réfère au jugement politique, « ce n’est pas un putsch militaire mais un moyen constitutionnel pour écarter Lugo de son poste ».

Ce dernier argument, dévoile, pour le moins, l’intention certaine de destituer Lugo et permet alors de donner raison à l'affirmation du député vénézuélien C. Wimmer.

Carolus Wimmer : Il y a un coup d'État dans l’air au Paraguay

Caracas, 02 novembre 2009. - Le vice-président du Parlement d’Amérique Latine (Parlatino) et secrétaire des Relations1_Carolus_wimmer Internationales du Parti Communiste du Venezuela (PCV), Carolus Wimmer, a dénoncé, hier lundi 2 novembre qu'une conspiration était en préparation au Paraguay, pour favoriser un coup d'État contre le président constitutionnel de ce pays, Fernando Lugo.

« Ils espèrent faire le coup d'État en suivant la doctrine appliquée au Honduras, avec les mêmes acteurs : un Congrès manipulé par la droite et les USA cachés dans l’ombre », a t-il ajouté.

Le parlementaire a souligné qu’une campagne féroce s’est déchaînée contre Lugo afin de faire croire qu’il est lié à différentes affaires dans l'intention d’instruire un procès politique devant le Congrès paraguayen.

« En ce moment la campagne contre Lugo tourne autour de trois aspects principaux, d'abord ils veulent le compromettre dans le kidnapping d'un éleveur paraguayen, deuxièmement l’impliquer dans une supposée action de guérilla et troisièmement l’accuser de violer la Constitution du Paraguay, dans le sens où la lutte engagée par le président contre la pauvreté, et interprétée par la droite comme une haine de classe, serait interdit par le code de la Constitution de ce pays », a t-il précisé.

Le dirigeant communiste a indiqué que cette campagne est dirigée par l'ex-général putschiste Lino Oviedo, le petit-fils du dictateur Alfredo Stroessner et un Chilien portant le nom d’Eduardo Avilés.

Il a indiqué que ce Chilien demeurant au Paraguay parle de la nécessité de former un Commando Anticommuniste paraguayen, avec cinq objectifs immédiats qui doivent être diffusés dans les médias et propagés par tracts dans les rues du Paraguay.

Selon Carolus Wimmer les 5 points auxquels la campagne fait référence sont les suivants :

1- Réunir l'argent pour libérer l'éleveur kidnappé.

2- Collecter de l'argent pour organiser le commando anticommuniste paraguayen.

3- Récolter de l'argent pour acheter des armes.

4- Poursuivre, attraper et liquider physiquement tous les communistes.

5- Communiquer publiquement au gouvernement de « Monsieur Lugo que ses festivités vont se terminer, que les jours de son idylle avec Chávez, Morales, Correa, Castro et autres sont comptés ».

Selon Wimmer, ce groupe met l’accent sur le fait qu’ils sont prêts à jouer le tout pour le tout et qu’« ils sont préparés à tuer et à mourir plutôt que de céder » et que cette menace est soutenue par d'autres organisations de la droite paraguayenne.

Il a déclaré que cette situation s'inscrit dans le cadre de la perte de terrain des USA en Amérique latine avec les victoires populaires des peuples et que par conséquent le gouvernement d'Obama a recours à la solution des coups d'États dans la région.

Carolus Wimmer a lancé un appel à tous les dirigeants, organisations et institutions, à manifester publiquement leur soutien au gouvernement constitutionnel du président Lugo, à maintenir l'état d'alerte face à la possibilité d'une escalade du conflit, à informer opportunément le peuple vénézuélien de la situation du Paraguay et à rejeter la campagne anticommuniste dirigée et financée par l'ambassade des USA.

PRÉOCCUPATIONS

Comme cela a filtré, ces dernières heures le président Fernando Lugo s'est réuni pendant plusieurs heures avec les principaux représentants du Parlement paraguayen et des mouvements sociaux, avec les représentants de l'aile la plus progressiste de son gouvernement, avec des paysans et des députés. Selon l’information de journaux paraguayens, les libéraux ne se sont pas présentés à cette réunion. Pour sa part la Table de Coordination de Groupements Paysans du Paraguay a informé, que ces secteurs putschistes qui cherchent à provoquer une explosion sociale, appartiennent à la droite rétrograde, et se recrutent parmi les éleveurs et planteurs de soja. Il est probable qu’un rassemblement en défense de la démocratie paraguayenne sera organisé le samedi 7 novembre.

INTENTION PUTSCHISTE EN DIFFÉRENTES ÉTAPES

PROCÈS POLITIQUE - PARLEMENT

Actuellement, la situation est qualifiée d’intention imminente d'aller vers un coup d'État, qui se déroulerait en plusieurs étapes.

D’après cette stratégie putschiste, le premier acte est : amener le Parlement à instruire un procès politique au Président, et mettre en place, dès lors, le vice-président paraguayen Federico Franco, qui fait partie de l'Alliance Patriotique pour le changement mais qui est une force qui a été en dissidence manifeste dans le gouvernement de Fernando Lugo.

Dans l’après-midi, selon les informations de la presse paraguayenne, l’ambiance semblait être tendue dans l'environnement présidentiel, principalement à cause de la relation difficile entre le président, Fernando Lugo, et le vice-président, Federico Franco. Mais suite à la dernière réunion du Conseil des Ministres, ils avaient tous les deux affirmé qu’ils clarifieraient personnellement la situation.

Pour situer le niveau de ce premier acte en tant que première étape, dans l’imaginaire journalistique, quelques professionnels se sont référés au putsch de Pinochet contre Salvador Allende au Chili.

Le procès politique en tant que première étape du putsch serait lancé et soutenu par la presse au nom de la supposée « inaptitude et inefficacité à assurer la sécurité intérieure », c'est-à-dire le sempiternel thème cent fois rabâché « de l'insécurité comme cheval de bataille » qui s’appuie sur le cas du kidnapping de l’éleveur paraguayen.

Voilà maintenant que sur le thème de « l'insécurité » apparait une hypothèse d’un mouvement de guérilla, supposé être une Armée du peuple paraguayen qui serait liée au Président Lugo selon les déclarations journalistiques d’un collègue paraguayen d’Asunción, pour Radio del Sur du Venezuela, annoncées cet après-midi, dans le programme de Marcos Salgado.

SAMEDI 7 NOVEMBRE, LE PEUPLE PARAGUAYEN DANS LA RUE

marche_7novembreSelon les versions des journalistes de quotidiens on line paraguayens, certains affirment que « le gouvernement craint un éventuel coup d'État du fait qu’il a programmé ce samedi « une Rencontre avec les secteurs démocratiques et progressistes pour le changement », les secteurs populaires et l'Alliance Patriotique pour le Changement. Les critiques constantes de Franco contre le président, lui ont valu que plusieurs membres du gouvernement, parmi eux le sénateur du mouvement Tekojoja, Sixto Pereira, n’écarte pas l’idée qu’il soit mêlé à une tentative de conspiration contre Lugo.

Pour l’instant, les actions décidées pour les prochains jours sont l’organisation de la mobilisation de ce samedi 7 novembre pour un grand rassemblement afin de soutenir la démocratie.

LUGO-UNASUR CONTRE COMMANDEMENT SUD

Nous rappelons qu'après la réunion de l’Unasur (Union des Nations d’Amérique du Sud), le président du Paraguay, Fernando Lugo, avait refusé la présence de 500 militaires usaméricains prévue pour 2010 dans son pays, dans le cadre d'un programme d'exercices de troupes nommé Nouveaux Horizons. Selon le compte rendu de journaux locaux le président Lugo avait déclaré : « Ce n'est pas un refus catégorique. Simplement nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire que le Commandement Sud des USA reste présent au Paraguay avec 500 effectifs pour ce type d'exercices ».

Selon les mêmes sources, Lugo, expliquait qu'un nouveau scénario en ce qui concerne la défense, la sécurité et la souveraineté conçu par l'Unasur « parie d'abord sur l'intégration régionale ».

Le Président du Paraguay indiquait que dans la réunion des ministres des Relations Extérieures et de la Défense des douze pays de l'Unasur, « la présence importante de soldats usaméricains dans des bases militaires de la région avait été un sujet de grande discussion ».

Selon des agences d’informations la délégation diplomatique des USA à Asunción, déplorait la décision de refus prise par le président Fernando Lugo au sujet des exercices militaires programmés pour 2010 avec 500 soldats US au Paraguay.

Malgré les accords passés entre les USA et le Paraguay pour effectuer des exercices militaires en 2010, le programme avait été baptisé « Nouveaux Horizons ».

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L'Aquifère Guarani

MÉMOIRES DE L'EAU

L'Aquifère Guarani est une des plus grandes réserves souterraines du monde. Il est situé dans une zone stratégique, la Triple Frontière, ce sont le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay qui se le partagent. Comme l’on sait, en Europe et aux USA, l'eau est une ressource déficiente.

L'Aquifère Guarani, appelé ainsi en hommage au peuple originaire qui a majoritairement occupé ce territoire  avant l'arrivée des Européens en Amérique, est situé entre les 16è et 32è parallèles latitude Sud et les 47è et 56è méridiens longitude Ouest, il s’étend jusqu’aux bassins alimentés par les fleuves Paraná, Paraguay et Uruguay. Il a une surface approximative de 1.194.000 km2, dont 839.000 se trouvent au Brésil, 226.000 en Argentine, 71.700 au Paraguay et 59.000 en Uruguay. La recharge (remplissage naturel) de l'aquifère, est estimée entre 160 et 250 km3 par an et seulement 40 km3 par an pourraient suffire à approvisionner 360.000.000 de personnes avec 300 litres par habitant et par jour.

La guerre préventive, les bases militaires en Colombie, le récent putsch au Honduras et la décision qui circule à travers nos peuples pour éviter que demain cet extraordinaire territoire d'eau douce, patrimoine latino-américain, soit la cible d'un nouvel exercice militaire du pouvoir usaméricain, en appellent maintenant à la nécessité de prendre en compte cette réalité.

L’UNASUR EST DÉJÀ EN ALERTEpr_sence_yankee_en_AL

L'ALCA, le Plan Colombie, les Traités de libre échange (TLC) sont des outils hégémoniques. Il se trouve que le Paraguay, déjà membre du MERCOSUR, s’est également inscrit dans l'UNASUR. Les USA n’interviennent dans aucune de ces organisations régionales, et encore moins dans celui qui a été un des principaux promoteurs, le Conseil de la Défense de l'Unasur.

L’Unasur devra agir, et son Conseil de sécurité devra très rapidement se mettre en alerte car le souvenir récent le réclame d’autant plus que la mémoire future de l'eau l’anticipe déjà.

Traduction : Esteban

Révision : Fausto Giudice

La présence yankee en Amérique latine

ESPAÑOL, DEUTSCH

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Source : ¿Golpe de estado en Paraguay?
Article original publié le 3/11/2009
Sur l’auteur
Article sur Tlaxcala

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24 avril 2008

PARAGUAY: La victoire de Lugo et ses incidences sur le Brésil

lugo
C’est dans un climat d’euphorie que des dizaines de milliers de Paraguayens ont envahi les rues du centre d’Asunción dans la soirée du dimanche 20 avril pour célébrer l’annonce officielle, par le Tribunal Supérieur de Justice Electorale (TSJE), de la victoire de l’ex-évêque catholique Fernando LUGO lors du scrutin présidentiel au Paraguay.

Cette fête populaire, chargée d’espoir, marque un virage historique dans ce pays qui a tant souffert, mettant un terme à des décennies de pouvoir du parti de droite Colorado et confirmant ainsi l’inédit tournant à gauche de l’échiquier politique en Amérique Latine, si redouté par l’impérialisme états-unien et par les forces oligarchiques de la région et mal compris par certaines organisations sectaires de l’extrême-gauche.

La foule en liesse s’est massée devant le siège du Comité de l’Alliance Patriotique pour le Changement ( Alianza Patriótica para el Càmbio – APC ) quand le dépouillement du scrutin indiquait une augmentation de l’écart entre LUGO et la candidate " colorada " Blanca OVELA. Personne n’osait croire en ce résultat, craignant des fraudes électorales massives.

Prudent, le nouveau Président a déclaré : " Quand la justice aura ratifié le résultat, une voie s’ouvrira pour une intégration réelle du continent en Amérique Latine. " La journée du candidat en ce jour d’élections illustre bien son profil progressiste d’adepte de la Théologie de la Libération. Il a été voté le matin accompagné par l’Argentine Hebe de BONAFINI, légendaire leader des " Mères de la Place de Mai ", avant d’aller prier, avec son ami brésilien Frei Betto ( représentant les secteurs les plus progressistes de l’église brésilienne, ndt ) à la paroisse San-Juan Batista.

Les manœuvres des média réactionnaires

La victoire de " l’évêque des pauvres " comme il est surnommé en raison du travail réalisé auprès des sans-terre de San-Pedro, une des régions les plus misérables du pays, emplit d’espoir le peuple paraguayen et renforce le processus d’intégration progressiste en cours sur le continent mais elle soulève également quelques préoccupations au Brésil.

Pollués par la campagne des grands média oligarchiques, certains craignent l’éclosion de conflits avec le pays voisin sur les questions relatives à l’énergie hydro-électrique produite par le barrage d’Itaïpu et à la présence de milliers de fermiers brésiliens dans l’agriculture paraguayenne. Il est vrai que ces thèmes ont été au centre de la campagne électorale, où tous les candidats, et pas uniquement LUGO, se sont prononcés pour des modifications, en particulier quant aux clauses du Traité d’Itaïpu.

Mais quels changements peuvent réellement intervenir dans les relations entre le Brésil et le Paraguay ? Quelles peuvent être en la matière les incidences de la victoire historique de Fernando LUGO ? Pour mieux saisir les enjeux en question et ne pas se laisser manœuvrer par les campagnes médiatiques en cours, il est indispensable de se référer à l’ouvrage récemment publié " Le droit du Paraguay à la souveraineté ", dirigé par Gustavo CODAS.

Il regroupe trois contributions qui s’attachent à analyser l’audience étonnante rencontrée par le théologien de la libération, les propositions figurant dans le programme électoral de sa formation, baptisée en guarani " Tekojoja " ( qui signifie " vivre entre égaux " ) et les vraies polémiques existantes sur la brûlante question du Traité de Itaïpu, thème principal de l’ouvrage.

Les dettes du capitalisme brésilien


Dès l’introduction, le Paraguayen Gustavo CODAS, qui a vécu en exil au Brésil du temps de la dictature d’Alfred STROESSNER et milite à la C.U.T. ( Centrale Syndicale du Paraguay ), affirme que la victoire de Lugo doit inévitablement mener à une révision des relations bilatérales. " Le pays souffre d’un lourd héritage dont le Brésil est en grande partie responsable. Le Paraguay a tout d’abord subi les conséquences durables de la guerre d’extermination menée à son encontre entre 1864 et 1870 par le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay puis, dans la deuxième moitié du 20ème siècle, par le renforcement d’un système capitaliste de type mafieux, lié à la bourgeoise brésilienne, par le biais d’activités illicites telles que le narco-trafic, le blanchiment d’argent, la contrebande, etc. "

Il estime qu’une nouvelle relation entre les deux pays, plus juste et souveraine, doit se fonder sur trois axes essentiels :

" En premier lieu, la renégociation du Traité d’Itaïpu. Secundo, une évaluation des résultats de l’invasion d’une bonne partie du territoire oriental du Paraguay par des latifundiaires brésiliens producteurs de soja ( initiée au début des années 70 ).Tertio, une intégration dans le Mercosur qui comprenne une véritable compensation des asymétries de ce petit pays pauvre en relation aux deux plus grands partenaires de ce marché, le Brésil et l’Argentine. "

Ce livre, précise-t-il, vise à renforcer dans la gauche brésilienne " le sentiment internationaliste qui, au-delà des grands discours sur la solidarité, doit se traduire en actes concrets permettant de réparer les dommages causés par le capitalisme brésilien au Paraguay. "

Le programme du mouvement " Tekojoja "

paraguayDans cette perspective, les trois contributions constituent un apport intéressant au débat. La première, de Richard GOTT, membre honoraire de l’Institut d’Etudes des Amériques de l’Université de Londres, trace une biographie détaillée de " l’évêque rouge  du Paraguay". La deuxième est un résumé du programme du Mouvement Populaire " Tekojoja " :

Dans les grands thèmes, la bataille pour une " révolution agraire ", la " souveraineté énergétique " stratégique, une " planification à long terme du développement national ", " un travail productif et digne pour tous ", " une sécurité sociale accessible à tous ", " une intégration régionale solidaire ", entre autres sujets. C’est un programme réformiste, basé sur la croissance économique, mais qui se fonde sur " les valeurs de liberté qui ont nourri la lutte patriotique de notre peuple et sur les idéaux socialistes. "

La contribution la plus longue, la plus documentée et qui concerne directement les Brésiliens est celle de l’ingénieur Ricardo CANESE, un des principaux conseillers du nouveau Président. Il aborde " la reconquête de la souveraineté hydro-électrique du Paraguay ". S’appuyant sur un nombre considérable de données techniques, celui-ci soutient que la capacité de production d’énergie du pays est le seul facteur qui peut désentraver le développement et garantir une plus grande justice sociale. Selon lui, la victoire de LUGO ne peut que relancer ce débat stratégique, abandonné par l’oligarchie paraguayenne qui, " a échangé de façon honteuse la souveraineté hydro-électrique contre quelques modestes concessions et contre des soutiens politiques de la part des élites au pouvoir chez nos voisins les plus puissants ", à l’image de ce qui a pu se passer au Panama avec le canal et en Bolivie avec les réserves de gaz et d’hydrocarbures.

Les traités d’Itaïpu et de Yacyretà

Au-delà de positions qui peuvent être contestables comme celle de se démarquer des expériences socialistes, celle qui accrédite la thèse du sous-impérialisme – " nous avons plus souffert de notre dépendance à l’égard des sous-métropoles ( Brasilia et Buenos-Aires ) que de l’empire lui-même "-, et de celle qui prétend qu’il n’existe pas d’alternative au capitalisme, CANESE présente un argumentaire consistant sur le " vol " de l’énergie hydro-électrique du Paraguay. Il démontre que les prix fixés par le Traité d’Itaïpu se situent bien en dessous des prix du marché, que les taux d’intérêts relatifs à l’amortissement de l’investissement sont usuriers et creusent la dette extérieure et que les règles de commercialisation sont léonines. Le Paraguay consomme à peine 12 % de l’énergie produite à Itaïpu mais est dans l’obligation de vendre le reste au Brésil. Un accord similaire a été signé avec l’Argentine concernant l’exploitation de la production d’énergie à Yaciretà.

CANESE évalue à 3,645 milliards de dollars U$ par an la perte résultante de ces traités inéquitables. Il estime que la renégociation des ces accords avec le Brésil et l’Argentine constitue la seule issue afin que le pays puisse disposer de leviers économiques suffisants pour une politique de développement et d’investissement dans des programmes sociaux qui permette de surmonter l’extrême misère du pays.

" Le Paraguay est un pays hydro-électrique. C’est le seul pays de la région générant des excédents… Avec un PIB d’environ 7,5 milliards de dollars U$, il possède une richesse hydro-électrique qui représente 50 % de son PIB. C’est pourquoi il n’y a rien de plus essentiel que de recouvrer sa souveraineté sur cette si précieuse ressource naturelle. "

Les propositions qu’il formule et qui ont inspiré le programme de LUGO, ne prônent pas la rupture unilatérale des accords, comme l’insinue la campagne des grands média oligarchiques. Elles visent à garantir des prix équitables, à réduire les taux d’intérêts et à définir de nouvelles règles de collaboration.

Elles ne font ni plus ni moins que défendre la souveraineté du Paraguay !

Altamiro_borges
Altamiro BORGES
Journaliste, membre du Comité Central du PC do B, et auteur de nombreux ouvrages



Vermelho brasil

Traduction: Pedro DA NOBREGA

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